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	<title>Archives des # Parfois j&#039;écris ... - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Une photo, quelques mots n° 392</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Jan 2021 14:30:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A lundi pour la publication des textes !</p>
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<figure class="wp-block-image size-large is-style-rounded"><img decoding="async" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2021/01/deon-van-zyl-ffLyf52XufI-unsplash-700x473.jpg" alt="" class="wp-image-23919"/><figcaption>@ Deon van Zyl</figcaption></figure>



<p>A lundi pour la publication des textes ! </p>



<p></p>
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		<title>Le souffle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Jun 2019 06:56:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mon souffle se fait rare ; mon passé resurgitMon corps, ce traître, est devenu une prisonLes années de plaisir sont désormais lointainesEt certains noms s&#8217;effacent, comme ces visages tant aimésLes [&#8230;]</p>
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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://i0.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2019/06/IMG_20190605_084815.jpg?fit=600%2C338&amp;ssl=1" alt="" class="wp-image-23390"/></figure>



<p style="text-align:center">Mon souffle se fait rare ; mon passé resurgit<br>Mon corps, ce traître, est devenu une prison<br>Les années de plaisir sont désormais lointaines<br>Et certains noms s&rsquo;effacent, comme ces visages tant aimés<br>Les souvenirs se mélangent ; qu&rsquo;importe<br>Si ma vie ne tient qu&rsquo;à ton cil<br>Ton sourire sera mon linceul; ton odeur, le parfum de l&rsquo;éternité. <br><br>© AK/AQ</p>
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			</item>
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		<title>Sainte Alida, écriture</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/sainte-alida-ecriture/23336/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 May 2019 04:38:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;En cinquante ans, 50 % des sons de la nature ont disparu.&#160;» Youri coupa le son de l’autoradio, les coucous de la forêt prirent le relais du présentateur. J’ouvris la [&#8230;]</p>
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<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2019/04/fog-atelier-bricabook-326-700x465.jpg" alt="" class="wp-image-23303"/></figure>



<p>«&nbsp;En cinquante ans,
50 % des sons de la nature ont disparu.&nbsp;»</p>



<p> Youri coupa le son de l’autoradio, les coucous de la forêt prirent le relais du présentateur. J’ouvris la porte de la voiture, en descendis, mes semelles glissaient sur l’herbe mouillée. Youri me tendit un panier en osier : le rituel dominical pouvait commencer. Seul Michka, notre chien d’une race indéterminée, me suivait. Youri restait dans la voiture à faire ses mots-croisés. Nous avions tous les deux besoin de retrouver nos solitudes.</p>



<span id="more-23336"></span>



<p>Ce jour-là, une pluie grasse, presque chaude, tombait. Comme à son habitude, Michka partit devant. Il suffisait que je siffle pour le voir revenir, les oreilles et la langue pendantes. Il sautait sur mes jambes, faisait trois fois mon tour, puis repartait chasser des animaux imaginaires. Je me retrouvai seule, à écouter le chant du monde. Des jets de lumière irisés apparurent entre les feuilles, tandis que mes bottes se marbraient de boue. Je connaissais la forêt : le panier se remplit vite, il débordait presque. Je m’accordai une pause, le dos posé sur un mur délabré, la brume m&rsquo;enveloppait de sa ouate. </p>



<p>Revenue à la voiture, je remarquai d’étranges taches blanches sur la carrosserie. J’y passai ma main, les marques grasses s’étalèrent davantage. C’est à cet instant que tout commença. Au début, je crus naïvement qu&rsquo;il neigeait, mais je me ravisai. En avril, la saison froide était déjà terminée. Ce n’était pas de la neige, mais des cendres grisâtres. Michka jappait et courait  après elles : il essaya d’en attraper quelques-unes dans sa gueule. Je cessai de rire quand j’entendis un bourdonnement lointain. Je tournai la tête : une ligne de blindés arrivait sur la route. Quelque chose était arrivé. Mais les nouvelles attendraient : priorité aux champignons rissolés. </p>



<p>©  Alexandra K</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Mathilda Grün  : </p>



<p>Ici et maintenant&nbsp;?</p>



<p>En plein brouillard, ralentir, se ranger sur le bas-côté,
sortir la tête de l’habitacle, décoller le nez du guidon… s’arrêter, respirer,
s’ancrer dans le moment présent. Cela inclut-il cependant de regarder en
arrière&nbsp;? </p>



<p>Le passé… monsieur le Passé, laissez-moi passer&nbsp;! Un
chemin de vie qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Il y a mon passé,
bien-sûr, mais aussi celui dont j’ai hérité. Il a pris beaucoup de ma vie
celui-ci. A m’en faire perdre le présent, et le futur tout autant. </p>



<p>Lui octroyer encore davantage de temps, n’est-ce pas lui
laisser encore trop de pouvoir&nbsp;? </p>



<p>M’arrêter donc si je ne sais pas où aller. Accepter de
regarder dans le miroir&nbsp;? Oui, il l’a fallu. Regarder mes
dysfonctionnements, les comprendre, apprendre à les confier, ainsi à m’en
détacher… et réussir à réduire leur hypertrophie. Ce passé donc dégonflé, mon
présent peut maintenant pointer. </p>



<p>Et à défaut de percevoir clairement la route, peut-être sinon regarder les arbres, qui eux indiquent une voie pleine de promesses. La Nature, puissance supérieure. Faire confiance, accepter les indices qui mènent à la lumière. </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte d&rsquo;Anselme :</p>



<p>Bon, je vous la fais courte. Il y a deux sortes de personnes : les winners et les loosers.<br>Si vous êtes un winner alors vous n&rsquo;avez pas de temps à perdre : votre trappe à essence sera du côté gauche pour vous éviter de faire le tour de votre berline allemande lors du ravitaillement.<br>Si vous êtes un looser alors vous tomberez en panne d&rsquo;essence. Dans ce cas, vaut mieux que la trappe de votre Clio soit côté droit pour pouvoir utiliser sans risque un jerrycan sur la bande d&rsquo;arrêt d&rsquo;urgence.&nbsp;Sauf si vous êtes anglais. Où là, le sens de conduite est inversé, les trappes aussi mais comme le volant aussi, du coup on ne sait plus si le pot d&rsquo;échappement à gauche est fait pour que les misanthropes enfument les piétons ou pas.&nbsp;<br>Si vous avez d&rsquo;autres questions existentielles, vous pouvez les envoyer à Bricabook qui transmettra. </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte d&rsquo;Hermione : </p>



<p>Bien au chaud, dans un taxi, je suis la piste de mon frère. Tout en prenant des notes dans mon calepin bourré de feuilles volantes, j’observe d’un œil perçant les conifères qui bordent la route. Qu’est-ce que Nino a pu&nbsp;&nbsp;ressentir, seul sur ce chemin en pleine nature&nbsp;? Puis-je espérer qu’il a tout de même éprouvé du remords après ce qu’il a fait ?</p>



<p>– La station essence, m’alerte mon chauffeur.</p>



<p>Je descends du véhicule et frissonne en sentant un air glacé s’engouffrer dans mes habits.</p>



<p><em>Nino accéléra. Le compteur affichait cent trente kilomètres heures. Il n’y faisait pas attention. Il n’aurait pas dû partir comme cela, il le savait fort bien. Seulement, il en avait assez. Quand ils étaient enfants, c’était Carina qui veillait sur eux, ses cadets. Lui n’avait jamais eu à s’occuper d’autrui. Il ne pouvait plus le supporter.</em></p>



<p><em>Nino ne put se retenir de se souvenir que c’était à cause de lui qu’Assia avait eu cet accident. Cet accident qui lui avait paralysé les jambes et le bras droit. Cet accident qui la rendait dépendante. Et c’était lui qui avait pour mission de veiller sur elle. Il se souvint de son coup de fil à sa grande sœur. «&nbsp;Tu es son grand frère, Nino. Et je suis au Maroc. Fais un effort. Occupe-toi de notre sœur pendant deux semaines, et après je prends la relève.&nbsp;» avait-elle promis.</em></p>



<p><em>Seulement, Nino avait rapidement compris à quel point sa vie allait se compliquer. Pendant une semaine, il fut obligé d’annuler une fête avec des copains, une randonnée avec leur tante, et un rendez-vous avec le dentiste. Il restait toute la journée à s’occuper d’Assia, qui était trop faible pour le distraire. La deuxième semaine, il décida d’être libre. Un soir, sans avertir sa sœur, il alla voir un film avec un ami. A son retour, il la vit pleurant au bas du lit. Elle avait tenté de prendre son médicament mais sans son aide, elle s’était écroulée sur le sol. Ils ne se parlèrent plus. Pour éviter Assia, Nino sortit de plus en plus. Mais ce midi, alors qu’il roulait, après une réunion professionnelle, en direction de la blessée et de son logis, Nino ne bifurqua pas dans la ruelle à sa droite. Il ne voulait plus aider sa sœur. Il voulait être seul. Alors il prit la route des montagnes.</em></p>



<p>Je rentre dans le bâtiment. Deux vendeurs lèvent la tête de leurs magazines. Ils affichent une mine étonnée. Il ne doit pas y avoir grand-monde qui s’arrête dans cette petite station d’une route déserte.</p>



<p>– Bonjour, je lance. J’ai une question à vous poser.</p>



<p>Ils me regardent sans mot dire, attendant la suite. Je leur tends une photo&nbsp;:</p>



<p>– Avez-vous vu cette voiture-là prendre ce chemin il y a trois jours&nbsp;?</p>



<p><em>Nino</em>&nbsp;<em>aperçut deux panneaux. L’un indiquait une station essence, et, il le savait, s’y trouvait une route permettant de retourner en ville. L’autre, au contraire, faisait traverser les montagnes. Nino hésita. Allait-il laisser sa petite sœur seule, alors qu’elle était paralysée à cause de lui&nbsp;? Etait-il suffisamment calmé pour supporter les plaintes d’Assia&nbsp;?</em></p>



<p>Je retourne dans le taxi. Nino n’est pas retourné chez lui. Alors je dois partir à sa recherche.&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Cloud : </p>



<p>Il était là,
exsangue, sale, affamé, le corps meurtri pas les épineux au sortir du
sous-bois. Il ne dit pas un mot lorsque le conducteur le fit entrer dans la
voiture. Le rendez-vous avait été pris en confiance. Il se recroquevilla dans
le coffre. Il ferma les yeux et lâcha un long soupir de soulagement lorsqu&rsquo;il
entendit claquer la fermeture métallique .</p>



<p>Voilà des
mois, peut-être des années qu&rsquo;il était en cavale, traqué, pourchassé. Il avait
parcouru d&rsquo;incroyables distances dans différents pays, esquivé de multiples
tentatives d&rsquo;assassinat. Il s&rsquo;était enfui de nombreuses fois de geôles
insalubres, subit des tortures infâmes sous le rire de bourreaux sans pitié.</p>



<p>Il venait là
d&rsquo;atteindre la route, la démarche lassée et titubante, après des semaines dans
cette forêt immense à disputer aux animaux sauvages les racines comestibles et
les points d&rsquo;eau saumâtre.</p>



<p>Aujourd&rsquo;hui,
tout rayonnait. La brume dans les arbres laissait apparaître au loin sur la
route,une lumière éclatante&nbsp;: celle du salut. </p>



<p>Le chauffeur
démarra rapidement. Quelques minutes plus tard, le fugitif entendit le moteur
s&rsquo;arrêter. Blotti sans un mot, retenant un temps sa respiration, il discerna un
dialogue formalisé, la douane sans doute, suivi d&rsquo;un : «&nbsp;C&rsquo;est bon,
allez-y&nbsp;!&nbsp;». Le véhicule repartit à grande vitesse. «&nbsp;Ça y est,
heureux, non&nbsp;?&nbsp;», s&rsquo;écria le conducteur en se retournant en direction
de son passager clandestin. Ce dernier, toujours replié dans sa cachette
sommaire par précaution, sentit les larmes couler sur ses joues tuméfiées.
Libre, il était enfin libre pour le restant de sa vie. Son cerveau se mit
subitement à bouillonner, à échafauder des quantités de projets&nbsp;: des
projets simples, d&rsquo;une vie ordinaire comme il n&rsquo;en avait jamais connue, mais
aussi des rêves fantastiques que son imagination si longtemps bridée ne pouvait
s&#8217;empêcher de faire naître.</p>



<p>Tout à coup,
il sentit de violentes secousses. Il crut ensuite reconnaître le bruit de pneus
qui glissaient sur la chaussée, puis un son strident de freins qui crissent.
Enfin, ce fut un mélange de cris et de vacarme métallique . Le véhicule se
retourna de lourdes fois sur la route humide avant de s&rsquo;encastrer dans le tronc
d&rsquo;un sapin. Le silence de la forêt paracheva la scène. </p>



<p>«&nbsp;Le
brouillard, sans doute&nbsp;», maugréa le gendarme sur le lieu de l&rsquo;accident
«&nbsp;Mais je ne m&rsquo;explique pas ce que faisait cet individu dans le coffre de
la voiture&#8230;&nbsp;».</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Ludo : </p>



<p>Longue. </p>



<p>Depuis combien de temps n’avait-il plus emprunté cette
route&nbsp;? Le long ruban se déroule, infini face à lui, son regard se perdant
au loin. Il accélère. Indifférent aux couleurs de l’automne qui ont déjà pris
possession des grands arbres qui bordent la route.&nbsp; Insensible aux odeurs de terre mouillée que
l’orage d’hier a réveillées. Sourd aux bruits de la forêt. Il roule, vite,
fenêtre ouverte et bras à la portière. L’autoradio crache un amas de guitares saturées
et de batteries électrisantes. Le moteur rugit très fort, il sourit du cliché,
mais l’assume. Mieux, il en a envie. Pas question de revenir là-bas autrement
qu’en annonçant son arrivée à grands coups de tape-à-l’œil.</p>



<p>Malgré la vitesse, la ligne droite semble toujours aussi
infinie. Il scrute le chemin déjà parcouru dans son rétroviseur, et derrière
aussi, le bitume se déploie longuement. Il est seul, d’ailleurs il n’a croisé
personne depuis qu’il a emprunté cette route, après avoir tourné à droite après
la station-service. Pas une voiture, pas un camion, tout juste un vieux chat
miteux et tigré, qui l’a regardé de ses yeux verts et n’a pas osé traverser.
Tant mieux, parce qu’à la vitesse à laquelle il roule, il n’aurait pas pu
l’éviter. </p>



<p>Quelques gouttes s’écrasent sur le pare-brise. Il freine,
gare la voiture sur le bas-côté et s’attarde dans la contemplation des rigoles
qui déferlent sur le pare-brise. Il n’enclenche surtout pas l’essuie-glace.
L’eau coule, irrégulière. Il coupe le moteur, la musique se meurt, remplacée
par le bruit de la pluie sur la carrosserie. Il allume une cigarette, regarde
l’heure. </p>



<p>Que sont-ils en train de faire&nbsp;?&nbsp; </p>



<p>Il essaie de les imaginer, de leur fabriquer une vie. Il se
doute que tout a dû changer, lui-même n’est pas resté celui qu’il était. Ils
ont vécu sans lui, après lui, et ont certainement reconstruit un chemin. </p>



<p>La pluie cesse. Il écrase son mégot. Finalement la route lui
parait longue, interminable. Et même s’il arrivait au bout, qu’y
trouvera-t-il&nbsp;qu’il n’a pas déjà, qu’apprendra-t-il qu’il n’a pas déjà
deviné&nbsp;? </p>



<p>Il passe la tête par la portière, fixe son regard sur le
bitume brillant de pluie du chemin qu’il vient de parcourir. Long et dont il
s’est satisfait jusqu’ici, malgré les galères et la solitude. </p>



<p>Il fait demi-tour, sans rallumer la musique, et lentement il revient sur ses pas, retourne vers la vie qui est la sienne, celle qu’il a construite et choisie. Et si tout à l’heure, en passant près de la station, le chat est encore là, il se fait la promesse de s’arrêter. </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte d&rsquo;Iza : </p>



<p>Carla gisait sur le bitume, asphalte froid et humide en cette soirée de début de printemps. Elle n&rsquo;avait pas vu surgir le Monstre, ou plutôt si, mais il allait tellement vite qu&rsquo;elle était restée fascinée par ses deux grands yeux blancs, et elle n&rsquo;avait pas eu le temps de rejoindre l&rsquo;autre côté de la forêt où l&rsquo;attendait Franz. Tétanisée, pétrifiée, elle avait subi le choc. Et désormais elle attendait l&rsquo;appel ultime de Cernunnos, un sang épais et noir s&rsquo;écoulant de sa bouche, ses flancs palpitant d&rsquo;un double battement de cœur, le sien et celui de son enfant qui aurait dû naître ces jours à venir, ces pulsations dont le rythme faiblissait peu à peu et qui s&rsquo;éteignirent à l&rsquo;unisson. Clara eut à peine le temps de fermer les yeux.</p>



<p>«&nbsp;Chanmé&nbsp;! Comment je lui ai trop niqué sa race à la chebi&nbsp;». Ce n&rsquo;est qu&rsquo;après avoir vérifié l&rsquo;état du pare-chocs de sa voiture (ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;il l&rsquo;avait volée qu&rsquo;il ne devait pas en prendre soin, quand même) que Marco daigna accorder son attention à la créature qu&rsquo;il venait de percuter à 150km/h sur cette petite route de forêt lorraine. Il s&rsquo;approcha doucement (on ne sait jamais, une bête reste une bête&#8230; ) de la biche, la regarda attentivement et lui donna un coup de pied pour vérifier si elle était encore vivante. Une fois qu&rsquo;il se rendit compte qu&rsquo;il lui avait effectivement bien «&nbsp;niqué sa race&nbsp;», il poussa un hurlement d&rsquo;exaltation, état certainement provoqué par toutes les drogues qu&rsquo;il avait absorbées avant de prendre le volant. C&rsquo;était son job après tout, dealer, il fallait bien tout tester. «&nbsp;En plus elle était trop grosse, cette pute&nbsp;» dit-il sans se douter que ses propos avaient un double sens et que le second sens était plus réel que le premier. Il retourna à son véhicule où il fouilla le siège passager parmi les bouteilles d&rsquo;alcool premier prix et les sacs de shit, de coke et de cachets divers, de quoi se faire un petit cocktail revigorant afin de reprendre la route.</p>



<p>Alors qu&rsquo;il se roulait un joint tout en buvant à même le goulot d&rsquo;une bouteille de vodka (c&rsquo;est fou les pouvoirs que donne l&rsquo;inconscience), Marco ne vit pas deux silhouettes sortir des fourrés de l&rsquo;autre côté de la route. La première traversa avec une majesté et une élégance qui ne peuvent que se trouver dans le monde animal. C&rsquo;était un cerf immense, au corps massif et aux pattes néanmoins d&rsquo;une délicate finesse. Son poitrail était orné d&rsquo;un pelage abondant et ses bois étaient tellement imposants qu&rsquo;on aurait dit un réseau veineux. Il se tenait droit et avançait lentement vers la voiture, mais avec une telle détermination qu&rsquo;on pouvait lire aussi dans son regard. Le suivait plus timidement un daguet, mais dont on sentait qu&rsquo;il ressemblerait plus tard à son père. Franz dit à son fils «&nbsp;Maximilien, contemple le sort qu&rsquo;il faut réserver aux bipèdes qui nous massacrent&nbsp;». Franz était désormais à deux pas de la vitre du conducteur. C&rsquo;est alors que Marco leva les yeux et se mit à crier. Puis voyant qu&rsquo;il n&rsquo;avait affaire qu&rsquo;à un innocent animal, il éclata de rire. Il se retourna et vit le fils de Clara de l&rsquo;autre côté du véhicule. Marco n&rsquo;eut pas le temps de s&rsquo;inquiéter de la situation qu&rsquo;un des bois pointus et puissants de Franz avait brisé la vitre et arraché un morceau de joue de Marco. Le jeune homme était tellement abasourdi que hurler ne lui vint même pas à l&rsquo;esprit. Franz enfonça un autre bois par l&rsquo;ouverture et dans l&rsquo;oeil gauche de Marco. L&rsquo;organe sortit de l&rsquo;orbite avec un pop et se balança sur la ramure du cerf. Un troisième voyage et c&rsquo;est un bout de cerveau qui se retrouva sur l&rsquo;asphalte. Franz donna un coup de tête à Marco pour vérifier s&rsquo;il était encore vivant. Une fois qu&rsquo;il se rendit compte qu&rsquo;il lui avait bien «&nbsp;niqué sa race&nbsp;», Franz et Maximilien traînèrent le corps de Clara dans la forêt afin que les siens puissent lui rendre un dernier hommage.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Roxane : </p>



<p> Chemin de fuite<br>Et je roule roule roule, je ne sais pas où aller,Je déboule boule boule, sans raison juste oublier,Je me saoule saoule saoule, la vitesse pour me griser,J’fais l’mec cool cool cool, illusion pour m’évader.<br>Elle m’a quitté ce matin,Faire la belle ou la putain,Moi au volant j accélère,Prêt a foutre ma vie en l’air.<br>Et je râle râle râle, un idiot &#8211; priorité,Je déballe balle balle, tout un tas d’insanités,&nbsp;J’me dédale dale dale, labyrinthe de mes pensées,Et j’étale tale tale, des souvenirs inachevés.<br>Je suis seul, sur le sol, &nbsp;Me sens sale, jusqu’aux cils,&nbsp;Pense à celles, qui me saoulent,&nbsp;Las de celles, trop faciles&#8230;<br>Et je file file file, pour ne pas me retourner,Jamais j’pile pile pile, l’horizon comme seul passé,J’fais l’débile bile bile, meurtrier conditionnel,Mauvais deal deal deal, sur la route en arc en ciel.<br>Comme une mule mule mule, je piétine, j’fais du sur place,J’suis trop nul nul nul, mon futur sans elle me glace,Je recule cule cule, sans jeux d’mots, pas d’ca ici,La pendule dule dule, me ramène à la vraie vie.<br>Je décolle, et je vole,&nbsp;Pas de bol, dégringole,Je racole &#8211; baby doll,&nbsp;Joue un rôle, pas si drôle.Je la frôle frôle frôle, bien coincée ds mes souvenirs,Elle m’affole fole fole, trop dur de la voir partir.<br>Alors je roule roule roule, je ne sais pas où aller,Je déboule boule boule, sans raison juste oublier,Je me saoule saoule saoule, la vitesse pour me griser,Je m écroule croule croule, fin d’trajet anticipé&#8230; </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Camille : </p>



<p>Ma vue se trouble. Ça me
fait ça à chaque fois que je m’approche d’une voiture. Comme si je passais dans
un autre&nbsp; monde, comme si je laissais
derrière moi la maman aimante, l’amie rigolote et la femme câline. Pour ne pas
les abîmer, pour ne pas les encombrer de souvenirs inutiles&nbsp;? Je sais pas,
je suis pas psychologue moi. C’est ma technique à moi&nbsp;c’est tout: ma vue
se trouble, je respire un bon coup et j’avance vers le client en priant pour
qu’il soit normal. Enfin, je prie – façon de parler hein parce que je ne crois
pas vraiment en un Dieu tout puissant et aimant. Mais dans ma tête, j’y pense
quoi. Un petit refrain «&nbsp;pourvu qu’il soit normal, pourvu qu’il soit
normal&nbsp;»… Même si, «&nbsp;normal&nbsp;», quand on travaille sur la route,
ça veut plus rien dire. Des mecs «&nbsp;normaux&nbsp;» qui te font des demandes
bizarres, y en a à la pelle. Après, chier dans un verre sur le front d’un mec,
franchement, ça me dérange pas et c’est de l’argent vite gagné, ça me va. Non,
le pire, c’est les brutes qui croient que, parce qu’ils paient, ils peuvent
faire ce qu’ils veulent de toi… ou ceux qui refusent de payer à la fin. Et
c’est dur à anticiper, ça se voit pas à la tête du client. Une fois dans la
voiture, t’es coincée&nbsp;: si le mec est barré, c’est trop tard, faudra faire
avec. Et, ce n’est pas le mec assis plus loin sur la rambarde qui va
intervenir. Lui il empoche le fric mais intervenir pour t’aider, ça, tu peux
rêver. </p>



<p>Bref. Celui-là a l’air jeune… moi je préfère les vieux, j’ai moins l’impression d’être fragile avec des vieux. Mais bon, il s’est arrêté, il m’a fait le signe alors j’avance. Va falloir l’aguicher, donner les tarifs, comprendre et faire ce qu’il veut. Allez, je respire et j’avance… «&nbsp;pourvu qu’il soit normal, pourvu qu’il soit normal&nbsp;»… </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Kroum : </p>



<p></p>



<p>Marche arrière, recommencer,<br>Comme si de rien n’était.<br>Oublier le passé.<br>Elle et lui,<br>Ses coups de colère, son oubli<br>Son pardon, sa tromperie.<br>Eux et nous,<br>Leurs promesses, nos votes mous,<br>Nos espoirs, leurs pas de loup.<br>Toi et moi,<br>Les coups de canif au contrat,<br>Le besoin de débats plutôt que des ébats.<br>Faire table rase du passé,<br>Sous le tapis, la poussière est rangée,<br>il faut avancer.<br>Mais ça patine, difficile de redémarrer,<br>Ça ne veut pas, ça a calé,<br>Un fusible a sauté.<br>Résultat, on ne peut ni avancer,<br>Ni reculer.<br>Que nous est il arrivé&nbsp;?<br>Profiter du moment dans cette forêt,<br>Pour tout déballer,<br>En gardant espoir que la dépanneuse va nous trouver.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Mijo : </p>



<p>La brume matinale s’enroulait autour des troncs d’arbres. Il
faisait doux. La forêt bruissait de milles bruits. Les pépiements des oiseaux,
se réveillant, étaient gais et joyeux. Les&nbsp;
premiers rayons de soleil traversèrent la canopée et frappèrent le pare
brise. La voiture semblait s’être arrêtée là, en douceur, sur le bas côté de
cette route rectiligne,venant d’on ne sait où et allant nulle part. Tout
semblait calme. Dans la voiture côté conducteur, une jeune femme svelte,
musclée, plutôt mignonne et bien gaulée, mais pas très en forme, sur ce coup
là. Elle était là,&nbsp; inerte et très pâle.
Elle semblait morte ou inconsciente&#8230;</p>



<p>Les rayons du soleil, montant dans le ciel, la taquinèrent
,essayant de la sortir des limbes qui la retenaient. Elle frissonna. Elle
reprenait connaissance. Ses yeux lui brûlaient et semblaient plein de sable.
Elle avait mal partout, comme si elle avait été passée à tabac. Sa tête
résonnait et son sang pulsait à ses tempes. Elle avait mal au ventre, avait des
nausées et des brûlures d’estomac. Elle n’était vraiment pas bien&#8230;</p>



<p>Elle sortit difficilement de la voiture mais l’air frais et
pur lui fit du bien. Elle reprenait ses esprits.&nbsp; Que lui est-t-elle arrivée&nbsp;? Qu’avait
elle avalé à son insu pour la rendre aussi malade&nbsp;? Que faisait-elle là,
au milieu de nulle part&nbsp;? A bord d’une voiture inconnue&nbsp;? elle avait
beau regarder… à droite&#8230;à gauche… Elle ne reconnaissait rien&#8230;ni le lieu ni
la&nbsp; voiture&#8230; Elle avait beau réfléchir,
son cerveau était vide, sa mémoire en vadrouille. Elle ne se souvenait de plus
rien, même pas son nom. Qui était elle&nbsp;? Mystère&#8230;</p>



<p>La berline racée était magnifique et puissante, bien pour
fuir. Pourquoi pensait elle à cela&nbsp;? Elle réfléchît et se creusa la tête
mais toujours le néant…&nbsp; le vide.
Peut-être que la voiture lui donnera des indices.&nbsp; Elle regarda par les vitres mais ne trouva
rien. La voiture semblait sortir du concessionnaire aussi vide que son cerveau.
Les clefs étant toujours sur le contact, elle remonta et tourna les clefs mais,
là aussi, rien. Plus d’essence ou panne de batterie, le résultat était le même,
elle était bloquée là et avait, aucun autre choix, que de partir à pieds. </p>



<p>Elle regarda dans la boite à gants, on ne sait jamais. Et
surprise&nbsp;!!! Elle découvrit un magnum calibre 22mm dans son holster.
Comment savait elle cela, rien qu’ en le voyant&nbsp;? Il était accompagné
d’une petite sacoche. Elle l’ouvrit et en sortit des liasses de billets, une
vrai fortune, ainsi que plusieurs passeports, plusieurs identités mais qu’une
seule personne. Un seul visage apparaissait sur tous, le sien. Dans la poche de
côté, elle trouva deux téléphones portables prépayés mais vide sauf un
numéro…Le mystère s’épaississait&#8230; Mais qui était-elle&nbsp;?Et quel boulot
pouvait elle faire&nbsp;?</p>



<p>Il ne lui restait que le coffre à regarder.&nbsp; Avec un peu de chance, elle trouvera, peut
être, un bidon d’essence&#8230; Elle descendit de la voiture, regarda autour
d’elle. Toujours personne. On ne pouvait pas dire que la route était très
fréquentée. Elle déverrouilla, et souleva le hayon&nbsp;. Les clefs lui
échappèrent et tombèrent&nbsp; sur le sol. Là
dans cet espace exigu, une forme ligotée qui ne laissait aucun doute. Elle
resta un moment paralysée de stupéfaction. Puis la curiosité reprit le dessus.
Elle souleva un peu la bâche et découvrit un homme plutôt beau gosse mais avec
une sale gueule avec un trou au niveau de la tempe.</p>



<p>&nbsp;Qui était il&nbsp;? Que c’était il passé&nbsp;? qu’avait elle fait&nbsp;? Était elle la&nbsp; meurtrière&nbsp;? Elle pris la sacoche. Et ni une, ni deux&nbsp;; elle partit d’un bon pas&#8230;</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte d&rsquo;Apolline : </p>



<p>Nuit d’ivresse peu câline …</p>



<p>Les yeux sont blessés, le pôle de
lumière, incandescent là-bas tout au fond, balaye vers le ciel son faisceau de
blancheur et efface les bas-côtés de la route. La voiture est arrêtée, la
moitié du phare arrière rougeoie, encore allumé. Ivan, malgré le froid de cette
aube gelée, a sorti partiellement son visage par la vitre de la portière avant,
côté chauffeur et semble regarder son passé immédiat dans le flou de cette
ambiance étrange. </p>



<p>Il se retourne sur ce qui vient
de se produire et qu’il n’a pas voulu. La forêt s’éclaire après les affres de
la nuit et Ivan reprend corps avec la réalité. Elle n’est pas rose, la
réalité…Comme un cauchemar dont la spirale avait anesthésié son mental depuis
ce qui lui était arrivé et dont il émerge juste. Des heures sombres, longues et
terribles. Bien au-delà de trois heures du matin, Ivan avait continué de
galérer à essayer d’effacer les traces de son forfait involontaire. Là
maintenant, les membres rompus, ankylosé, des écorchures partout, des éraflures,
une crampe dans la cuisse droite, des courbatures &#8211; avait-il dormi&nbsp;sans en
prendre conscience ? &#8211; il ne se souvenait pas de grand-chose sauf du bruit de
l’impact et de sa terreur immédiate. </p>



<p>L’affolement, la panique, il
avait vraiment trop bu hier soir et abusé du shit avec Marcel et Ludo. Il avait
pourtant eu la présence d’esprit de refuser la ligne de poudre blanche qu’ils
lui avaient proposé…Jamais, il n’avait jamais sauté le pas, déjà l’absorption
régulière du reste le faisait flotter et le mettait dans un état second alors
s’il montait le cran au-dessus, c’en était fini…Et pourtant ce n’était pas
faute d’avoir insisté…Un moment fugitif, il avait été tenté de tout lâcher et
puis la petite voix douce de sa mère l’avait rappelé à l’ordre&nbsp;et chuchoté
à l’oreille : Ivan, Ivanouch…Et là, l’ultime sursaut de la raison…L’éclair de
lucidité dans un cerveau&nbsp; brumeux et mou,
le sien. </p>



<p>Ils ne voulaient pas qu’il prenne
le volant&nbsp; après la liquidation totale de
la bouteille de whisky dans un temps record…Mais il avait rendez-vous le
lendemain pour un nouveau boulot et ne voulait pas le rater. Bon, c’est vrai,
pas très raisonnable, cette soirée déjantée avec ses potes…Un homme sous
influence…Il le sait, qu’il se laisse entrainer, qu’il n’a pas de volonté, qu’il
est veule et malléable…C’était pas prévu, besoin d’un peu de chaleur humaine et
on dit OK, j’arrive&nbsp;!</p>



<p>Minuit était largement passé
quand il était parti quand même, il le savait qu’il était pas clair, que le
volant tanguait, que la route lui semblait plus sinueuse que d’habitude. Mais
il s’était dit que dans la forêt, aucune crainte de rencontrer qui que ce soit
à cette heure de la nuit. Alors on tourne la clé de contact et on n’oublie pas
de faire crisser les pneus en démarrant…</p>



<p>Comment avait-il fait pour ne pas
le voir&nbsp;? Les ombres, le brouillard, un début d’ensommeillement, la vision
perturbée, le manque d’éclairage&nbsp;? Convergence de tout…Toujours est-il qu’au
détour d’un virage, il lui était apparu brusquement et que l’aveuglement lié
aux pleins phares, l’avait fait se jeter avec fracas contre l’avant de la
voiture, faisant caler le moteur dans un bruit étrange de soupape qui
s’étrangle.</p>



<p>Le vieux bucheron était mort sur
le coup &#8211; que faisait-il là à deux heures du matin, dans ce bois touffu et par ce
froid acide de janvier, à son âge, avec sa canne et son panier&nbsp;?</p>



<p>Epouvanté, étouffant, les yeux fous, aux prises avec une crise d’angoisse effroyable, Ivan s’était contraint sans réfléchir plus avant, à enterrer le corps près d’un grand chêne, peinant à creuser le sol avec sa pelle américaine et incapable de penser.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte du Corbac : </p>



<p>-MAMANNNNNNN….Maman t’es où&nbsp;?&#8230; Maman, reviens&nbsp;! Me laisse pas tout seul s’il te plaît. J’ai peur.<br><em>(Quelques heures plutôt.</em></p>



<p><em>-Chut…C’est moi mon chéri. Ne t’inquiète
pas…Je vais ôter ma main de ta bouche, mais faut me promettre de ne pas crier
d’accord&nbsp;? Hoche la tête si tu as compris…C’est bien mon cœur. Alors
attention, je vais l’enlever à trois d’accord&nbsp;? Dès que c’est fait, tu ne
dis rien et tu prends ton doudou. Je t’ai préparé un sac pendant que tu
dormais. On va aller se promener tous les deux. Un, deux et…trois.</em></p>



<p><em>Maman a enlevé sa main et j’ai rien dit.
J’aurais voulu lui demander pourquoi elle avait du sang qui coulait de son nez
et puis pourquoi on allait aller se promener tous les deux et si elle s’était
encore disputée avec Papa et si il allait pas se mettre en colère si on partait
comme ça et puis pourquoi elle parlait doucement.</em></p>



<p><em>-Non Nathan, ne t’habille pas on n’a pas le
temps. Tu vas me donner la main et me suivre. J’ai mis nos affaires dans la
voiture et j’ai prévu des couvertures…Quand on descendra l’escalier, tu
regarderas bien droit devant toi d’accord. Et tu ne cries pas, tu ne dis rien
d’accord mon chéri&nbsp;?</em></p>



<p><em>Alors vu que j’avais Doudou Dodo dans mes
bras, j’ai fait oui de la tête et j’ai pris la main de maman. Elle avançait
vite, comme quand elle était pressée de rentrer à la maison après qu’on ait
fait des courses pour que Papa sache pas qu’on était sorti. On a descendu les
marches et quand on est passé devant le salon j’ai pas pu m’empêcher de
désobéir mais elle allait tellement vite que la seule chose que j’ai vu c’était
deux pieds dont un sans chaussure et la table renversée et un truc comme une
petite …et on a passé la porte et elle m’a installé dans la voiture sur le
siège passager. Ouah je me suis dit, parce que j’ai beau souvent demander elle
me dit souvent que je suis trop petit et que j’ai pas le droit et que si la
police nous arrête elle aura une amende et que Papa il sera pas content et que
ça le mettra en colère comme la fois où j’ai renversé mon chocolat sur les
avions qu’il construit et qu’après il accroche partout dans la maison. Mon Papa
à moi il m’a dit qu’il avait fait la Guerre et qu’il volait dans des gros
hélicoptères et que souvent y avait des avions qui lâchaient des bombes sur les
méchants qui voulaient leur mettre la pâtée mais que eux c’étaient que des
animaux qu’il fallait civiliser. Papa de la Guerre il est revenu un peu changé,
même que souvent il fait des mauvais rêves et qu’il crie
et que c’est pour ça qu’il boit beaucoup il m’a dit parce que ça le fait
oublier et que si il se met souvent en colère c’est la faute à tout ce qu’il a
dû faire…Maman elle est rentrée dans la voiture et elle a démarré et on est
parti. Papa il allait être en colère quand il se réveillerait que Maman soit
partie avec sa voiture. Parce que il y a que lui qui a le droit de la conduire
et moi parfois quand il me prend sur ses genoux dans les rues du quartier le
dimanche quand il ne va pas travailler à l’usine et qu’on roule doucement et
qu’il me laisse tenir le volant…Là il est gentil et je me dis que j’ai le
meilleur papa du monde. Il fait noir dehors encore quand on sort de la
résidence. Tous les voisins dorment encore et Maman elle roule doucement. Alors
je regarde par la fenêtre les lumières des lampes en serrant mon Dodo et je
pose la tête contre la fenêtre… Je crois que je me suis endormi et ré-endormi
parce que je me souviens qu’on est passé dans la zone industrielle…qu’on a
traversé la ville et qu’après on s’est retrouvé dans la campagne. J’ai vu le
soleil se lever sur des champs comme j’en avais jamais vu. On aurait dit les
cheveux blonds de maman au soleil tellement ça brillait. Et j’ai refermé les
yeux….c’est le choc qui m’a réveillé pour de bon. Le gros boum et le cri de
Maman quand la voiture a dévié de sa ligne droite. Elle criait et hurlait. Et
je comprenais pas pourquoi. Je me suis retourné. Derrière nous, sur cette route
entre les arbres y avait la voiture de Monsieur Roger, le voisin, et Papa au
volant. Mais il avait pas la même tête. Alors vu que Maman elle criait, j’ai
crié aussi et puis la voiture elle a encore heurté la nôtre et Papa il a
commencé à klaxonner. Maman elle a ralenti et puis elle s’est arrêtée sur le
bas-côté. Je l’ai vu fouiller dans son sac à main, et en sortir un pistolet,
comme celui que j’avais dans ma chambre mais moins gros que ceux que Papa il
avait ramené de la Guerre.</em></p>



<p><em>Elle m’a regardé en souriant et en me disant
que tout irait bien mais elle pleurait et elle était triste je l’ai bien vu.
Derrière j’ai entendu une portière claquer et Papa qui criait. Maman m’a dit de
ne pas m’inquiéter, qu’elle allait revenir très vite et qu’on serait enfin
heureux. Elle est sortie de la voiture, a fermé à clé et a posé sa main sur la
vitre. J’ai trifouillé pour me détacher. J’ai entendu des bruits de pétards
comme le 4 juillet et des cris et encore des boums et quand j’ai enfin réussi à
défaire la ceinture de sécurité…)</em></p>



<p>Il n’y a
plus personne sur la route. La voiture de Monsieur Roger est toujours garée
derrière la nôtre mais je vois plus Maman. Je suis même pas sûr d’entendre ce
que j’entends. Mais je vois personne. J’ouvre la fenêtre, je sors la tête et j
crie</p>



<p>-MAMANNNNNNN….Maman t’es où&nbsp;?&#8230; Maman, reviens&nbsp;! Me laisse pas tout seul s’il te plaît. J’ai peur.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Texte de Florence : </p>



<p><em>Dans le rétroviseur</em></p>



<p>Il peut bien lui jeter des regards noirs, elle s&rsquo;en moque.</p>



<p>Il tapote nerveusement son volant, soupire, s&rsquo;impatiente, la&nbsp;guette dans le rétroviseur extérieur. Il fulmine, et elle s&rsquo;en réjouirait presque.</p>



<p>Ses escarpins la blessent, mais elle s&rsquo;en moque également. Elle reste debout, adossée à la carlingue, une cigarette entre deux doigts. Elle la grillera jusqu&rsquo;au bout, et le plus lentement possible, comme la cigarette du condamné.</p>



<p>Elle ne voulait pas y aller.&nbsp;<br>Cette route est interminable.<br>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;elle fout ici ? Avec lui ?<br>Elle s&rsquo;est trompée. Trompée de destination. Trompée de mec. Trompée de rêve. Elle jette son mégot.<br>Elle contourne la voiture, ouvre le coffre, troque ses escarpins contre des baskets.<br>Elle referme le coffre, adresse un fuck au rétroviseur,<br>Et fait demi-tour.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs : </p>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vQMDtxtdKhy9S5uNx6cb2VDuvZgWYByEof8DzxB1rTbtfImSYzbQgrQHaXcZQ3bnr1Ys2zUqMwTKeJN/pubhtml?gid=869260982&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;></iframe></pre>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/sainte-alida-ecriture/23336/">Sainte Alida, écriture</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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			</item>
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		<title>Dans un voyage, le plus long est de franchir le seuil</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/dans-un-voyage-le-plus-long-est-de-franchir-le-seuil/23127/</link>
					<comments>https://alexandrakoszelyk.com/dans-un-voyage-le-plus-long-est-de-franchir-le-seuil/23127/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Feb 2019 04:19:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>
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		<category><![CDATA[écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les portes m&#8217;ont toujours fascinée. Le passage d&#8217;une pièce à l&#8217;autre, d&#8217;un monde à l&#8217;autre, transition voulue ou subie. La sublime porte, la porte dorée, aux portes de la mort, [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/dans-un-voyage-le-plus-long-est-de-franchir-le-seuil/23127/">Dans un voyage, le plus long est de franchir le seuil</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2019/01/steven-ramon-374509-unsplash-700x933.jpg" alt="" class="wp-image-23100"/><figcaption>© Steve Ramon</figcaption></figure>



<p>Les portes m&rsquo;ont toujours fascinée. Le passage d&rsquo;une pièce à l&rsquo;autre, d&rsquo;un monde à l&rsquo;autre, transition voulue ou subie. La sublime porte, la porte dorée, aux portes de la mort, la porte Nord, la porte Sud, la porte de la Cité, les portes albaniennes du Caucase, les portes de fer, les portes de l&rsquo;enfer, la porte du Paradis.&nbsp;<br>Une porte béante, encadrée d&rsquo;une moulure, une belle porte, une porte de prison, une porte condamnée. La porte d&rsquo;un alcôve, d&rsquo;une antichambre, d&rsquo;un atelier où il se plait à bricoler. La porte d&rsquo;un bar, d&rsquo;une boutique, d&rsquo;un cabaret, la porte de ce temple où il m&rsquo;aima. La belle porte, la porte dérobée, la porte de derrière, la porte étroite d&rsquo;Alice. La grande porte par laquelle j&rsquo;accueille mon Roi, la porte cintrée, ogivale, voûtée, cavalière, cochère, la porte bâtarde par laquelle il me quitte au petit matin. Oui, j&rsquo;aime les portes. &nbsp;&nbsp;<br>La porte de son âme est faite de chêne, de bronze et d&rsquo;ivoire. Je pose ma main sur cette surface cloutée et capitonnée ; une porte à tambour qui jamais ne grince. J&rsquo;y entre sans frapper, elle donne sur le coeur de mon Roi,&nbsp; palais ouvert aux mille portes où je me perds avec délice. </p>



<span id="more-23127"></span>



<p>© Alexandra K, dimanche 3 février 2019</p>



<p><strong>***</strong></p>



<p><strong>Le texte du Mexicain jaune </strong>: </p>



<p> L&rsquo;homme n&rsquo;en pouvait plus de ce monde trop chargé. Trop de publicités, trop d&rsquo;agitation, trop d&rsquo;informations, trop de choses, trop de gens.Alors il se fabriqua des lunettes simplifiantes. Des lunettes qui réduisaient les choses à leur substance essentielle en les stylisant. Une porte en bois devenait un rectangle. Une maison ressemblait à un dessin en fil de fer d&rsquo;un enfant de 5 ans. Un homme, une femme étaient représentés en quatre traits et un cercle pour le visage.L&rsquo;homme souffla enfin.&nbsp;<br>Ses journées devinrent plus simples, plus efficaces. Il apprécia de nouveau les idées, les mélodies, l&rsquo;essentiel. Rien pour l&rsquo;alourdir, pour l’embarrasser. Aucune apparence physique disgracieuse ou attirante qui le détournait de son chemin.Il avait enfin trouvé la solution.Puis un jour, alors qu&rsquo;il déambulait dans des rues filaires, il la croisa. Une géante blonde avec des formes de déesse. Les lunettes simplifiantes n&rsquo;avaient aucun effet sur elle. Elle était l&rsquo;invariant de cette matrice fictive. Elle était SON invariant, l&rsquo;unique solution à l&rsquo;équation qui le tracassait depuis sa naissance.Il ôta ses lunettes et s&rsquo;approcha d&rsquo;elle.&nbsp;<br>Il se présenta. Elle lui sourit. <br>« Enchantée, moi, c&rsquo;est K. » </p>



<p>***</p>



<p><strong>Le texte de Géraldine : </strong></p>



<p>Comme toujours quand j’étais perdue, mon salut était d’aller au musée. Il se trouve que ce samedi là, je n’étais pas à Paris mais de retour dans ma ville natale. Ceci expliquait d’ailleurs surement cela. Faire une heure et demie de train, et me retrouver quelques années en arrière quand j’avais foi en tout, avait un effet cathartique : j’étais submergée par les émotions.&nbsp;</p>



<p>Je devait trier quelques cartons pour faire de la place ; c’était en tous cas l’excuse trouvée par ma mère pour me faire venir dans la maison de mon enfance. Au milieu du fatras de mes agendas et correspondances d’adolescente, je sentais les larmes m’envahir …</p>



<p>«&nbsp;Le thé est servi&nbsp;» m’interrompit ma mère en entrouvrant la porte de ce qui était mon ancienne chambre désormais transformée en bureau. Je la suivis avec soulagement pour ce rituel si réconfortant. Voir le thé remplir la tasse de porcelaine bleue et inonder le temple chinois peint au fond me procurait toujours un apaisement ; sans parler du goût des pains d’épices se mariant divinement avec celui du thé de Noël Mariage Frères.&nbsp;</p>



<p>La conversation fut plaisante même si, en réalité, c’était ma mère qui me disait tout ce qu’elle avait à me dire. Je la laissais faire car mon esprit était déjà ailleurs, au musée des beaux-arts de la ville. Il fallait que j’y aille. Je devais voir les Emile Friand de mon enfance pour respirer à nouveau devant leur beauté.&nbsp;</p>



<p>J’inventais une course urgente à faire et plantais là mes parents. Après un quart d’heure de marche, j’y étais. Le musée allait bientôt fermer et je dus traverser à regret les salles au pas de course pour arriver devant les oeuvres familières et chéries dont celle, si magnétique, représentant un cortège en deuil. J’étais enfin devant ce tableau que j’avais tant contemplé petite quand mon regard fût attiré par une grande boîte blanche posée un peu plus loin dans la salle. Elle était munie d’une porte avec un écriteau indiquant : « Capacité à respecter : 3 personnes maximum&nbsp;».&nbsp;</p>



<p>J’avançais vers cette boîte et y entrais. Je fus saisie. Des néons lumineux en forme de carré s’enchevêtraient presque à l’infini dans ce cube plongé dans le noir. Une autre personne était là et contemplait l’oeuvre. Nous partagions ensemble ce silence et ce vide. Ma respiration s’était ralentie, j’étais bien. Ce n’était pas beau mais vivant. L’installation, toute en lignes de fuite et en contrastes, semblait dire que l’important est l’inconnu ; ce qui vient après ou ce qui n’est pas visible. &nbsp;</p>



<p>Je restais là à contempler quelques minutes, puis je sortais, de cette boîte et du musée. L’air glacial fouetta mon visage et je souris, rassérénée.&nbsp; &nbsp;</p>



<p><strong>***</strong></p>



<p><strong>Le texte de Cloud</strong> : </p>



<p>Dans les années quatre-vingt, Wattaw, artiste contemporain,
eut la chance d’exposer une œuvre audacieuse dans le Palais du Gdaz à Tres en
Belmanie. Une aubaine pour lui, en mal de reconnaissance. Il pouvait montrer là
de quoi il était capable&nbsp;: des tubes de néon montés sur de fins supports
en résine se croisant géométriquement et décrivant carrés, rectangles et
polygones à peine colorés sur un fond noir. Un beau travail d&rsquo;abstraction.</p>



<p>A vrai dire, il y avait peu de chances que les gens
s&rsquo;attardent devant son oeuvre. Le pays, réputé conservateur, était plus enclin
à admirer l&rsquo;art religieux, comme les tableaux de Le Sueur ou Philippe de
Champaigne que celui, conceptuel, d&rsquo;un jeune rêveur écervelé. Wattaw était,
lui, convaincu qu&rsquo;il contribuait modestement à «&nbsp;faire bouger les
lignes&nbsp;» comme il aimait à le répéter, mais il fallait se rendre à
l&rsquo;évidence&nbsp;: à Tres, le public risquait, hélas, de mettre sa création sur
le même plan qu&rsquo;une enseigne de magasin ou une indication d&rsquo;issue de secours.</p>



<p>Le premier jour de l&rsquo;installation, tandis que les rares
spectateurs erraient indifférents dans les allées du palais, une forme humaine
se mit à apparaître progressivement dans le carré central de la composition de
Wattaw. Une jeune femme superbe, vêtue d&rsquo;une robe blanche qui lui moulait le
corps, les mains croisées sur les seins, un sourire à la Mona Lisa, apparut en
lévitation dans un halo de lumière. </p>



<p>Les doux yeux immobiles et enjôleurs de la femme
paraissaient se focaliser sur une spectatrice âgée qui commençait à râler devant
le titre de l&rsquo;oeuvre&nbsp;: «&nbsp;Cosmologie Scapulaire&nbsp;». L&rsquo;octogénaire,
sentant qu&rsquo;elle était observée, leva la tête, et comme foudroyée, tomba à
genoux sur le dallage, les bras en croix, en s’écriant&nbsp;: «&nbsp;Sainte
Zula&nbsp;!&nbsp;». Quelques personnes se précipitèrent,
leurs regards d&rsquo;abord captivés par l&rsquo;apparition, puis par l&rsquo;attitude de la
vieille femme. Ils se signèrent au cas où. Des passants de la rue, attirés par
l&rsquo;agitation, se ruèrent avec fébrilité à l&rsquo;intérieur de la salle&nbsp;.
Rapidement, ce fut un chaos général. Les uns priaient, d&rsquo;autres chantaient des
cantiques, certains se flagellaient. Les paralytiques se mirent à marcher, les
aveugles à voir, les politiques à se repentir. L&rsquo;évêque local consacra à la
hâte le Palais par aspersion répétée d&rsquo;eau bénite et dans les jours qui
suivirent se succédèrent processions, pèlerinages, tours opérators et marchands
de frites. La ville de Tres devint en quelques mois aussi populaire que Lourdes
et Fatima.</p>



<p>Je retrouvai quelques décennies plus tard, Wattaw. Il était
devenu électricien chez un petit artisan local. Il ne créait plus. Tandis que
je lui ravivais le souvenir et le complimentais pour son oeuvre exposée au
Palais du Gdaz, il me murmura la cigarette collée aux lèvres, absorbé par la
réparation d&rsquo;une ampoule à filament&nbsp;: «&#8230; Mouais&#8230; L&rsquo;hologramme, était
sans doute de trop&#8230;&nbsp;».</p>



<p><strong>***</strong></p>



<p><strong>Le texte de Val</strong> : </p>



<p>&#8211; Monsieur s’il vous plait, le musée va fermer.&nbsp;</p>



<p>&#8211;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &#8211;&nbsp;Hein&nbsp;? Comment&nbsp;? Mais quelle heure est-il&nbsp;?</p>



<p>&#8211;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &#8211;&nbsp;Le musée ferme dans cinq minutes. Il est 19h55. Merci de récupérer au plus vite vos affaires au vestiaire. Bonne soirée.</p>



<p>&#8211;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&#8211;&nbsp;&nbsp;Bonne soirée.&nbsp;»</p>



<p>Je n’y croyais pas, que m’était-il arrivé&nbsp;? J’étais pourtant arrivé en milieu d’après-midi dans ce musée d’art moderne que je découvrais pour la première fois. J’y ai vu de tout&nbsp;: des installations des plus étranges avec du matériel de toutes sortes, des matières nobles, des objets de récupération… Et il semble que j’ai été complétement happé par ces traits lumineux. Je ne comprends pas. Je les avais certes repérés de loin mais rien ne laissait penser que j’allais être obnubilé à ce point par ces lignes.</p>



<p>Je suis resté plus de cinq heures devant ces rayons… Comment est-ce possible&nbsp;? C’est la première fois que cela m’arrive. J’ai été touché par des œuvres, j’ai été choqué par des œuvres, j’ai été admiratif, contemplatif, interrogatif mais transporté de cette manière cela ne m’était jamais arrivé. Il est vrai qu’en ce moment, je suis un peu perdu, je ne sais pas trop quelle direction prendre dans ma vie personnelle, dans ma vie professionnelle. Je cherche une issue à plusieurs problèmes. Peut-être ai-je espéré trouver dans ces rais ma voie, le chemin à prendre et me suis-je laissé emporter. J’ai dû suivre ces lignes dans un sens puis dans l’autre, de gauche à droite, du haut vers le bas et vice versa… et j’ai dû m’endormir, sans trouver la porte du labyrinthe. Je ne vois que cela.</p>



<p><strong>***</strong></p>



<p><strong>Le texte d&rsquo;Anne-Marie : </strong></p>



<p><strong>Artiste en herbe </strong></p>



<p>Il était heureux, heureux de
contempler son œuvre entre symétrie et asymétrie. </p>



<p>Sans grande conviction, il avait
contacté une association de son quartier fondée par des artistes de tous bords.
Leur vocation était très louable&nbsp;: «&nbsp;repérer et promouvoir de jeunes
talents&nbsp;». Ceci, bien en marge du système scolaire qui jusqu’à preuve du
contraire n’a guère les moyens de détecter les dispositions artistiques d’un
enfant ou d’un adolescent. Ces jeunes artistes en herbe s’ignorent et sont souvent
peu stimulés. L’inefficience d’un système d’éducation peut éteindre à tout
jamais leur créativité. Or, il s’agit bien de ne pas enfermer ces talents
naissants dans un cadre. </p>



<p>Les premiers contacts avec
l’association avaient été riches d’échanges, d’encouragements. </p>



<p>Très vite, une confiance
réciproque s’était établie. </p>



<p>C’est sur cette base qu’il
s’était lancé, avec toute l’énergie dont il ne se serait jamais cru capable,
dans la réalisation de cette œuvre qui l’habitait. </p>



<p>La recherche d’un local à la
mesure de ce qu’il souhaitait, ne fût pas chose simple. Un vieux hangar
désaffecté fît l’affaire. La solidarité présente à chaque étape de sa quête le
porta jusqu’à l’aboutissement de son projet. </p>



<p>Aujourd’hui, la dimension de
toute son entreprise le dépassait. Et là, seulement, à ce moment, il
s’interrogea sur le besoin&nbsp; qu’il avait
eu d’enchevêtrer ces lignes. Son esprit se prit à vagabonder. Son irrépressible
quête d’infini le conduisait sur des chemins jusqu’alors ignorés de lui. Mais,
cet entrecroisement lumineux, savamment orchestré, lui laissait entrevoir des
abysses vers lesquelles, il ne s’était jamais penché. </p>



<p>Le noir profond qu’il avait voulu
ainsi, soudain, l’inquiéta. Les récents évènements qui l’avaient affecté
n’étaient certainement pas étrangers à ce choix. Une indicible mélancolie
s’empara de lui. </p>



<p>La contemplation d’un ciel sans
nuage emporte vers l’infini, la lumière, la vie.</p>



<p>Mais, ce noir que disait-il de
lui&nbsp;? La petite musique de son histoire intérieure, soudain, l’inquiéta. La
pensée d’aller vers ce cadre noir puis de basculer, puis de sombrer dans une
ineffable angoisse le glaça. </p>



<p>Transcender ses peurs ou les
affronter&nbsp;? Sa raison reprit le dessus, pour combien de temps&nbsp;? </p>



<p>Il se vit dans sa chambre
d’enfant où sa mère pour défier ses peurs enfantines lui avait accroché un
petit nuage plein d’étoiles. C’était il n’y a pas si longtemps. Mais, il
réalisait que son entrée dans l’âge adulte le dépossédait de toute innocence et
qu’il lui faudrait bien du courage pour affronter les démons qui
immanquablement font prendre conscience de la condition humaine. </p>



<p>C’est alors que son œuvre lui
apparut bien incomplète. Sans lueur, sans source de vie. </p>



<p>Il se promit de l’achever en suspendant quelques constellations pour une seconde naissance. </p>



<p>***</p>



<p><strong>Le texte de Mijo : </strong></p>



<p><strong>LE PASSAGE</strong></p>



<p>Ça y est !!! Nous y voilà… On l’a trouvé le passage, le
passage vers un autre monde. Après de nombreuses recherches, de multiples
voyages de par le monde. On y est!!! </p>



<p>Théo est déjà passé … Il a été aspiré, je ne sais pas quand
je le reverrai, ni si je le retrouverai un jour.</p>



<p>Il n’a pas hésité. Il est sûr de lui. Il m’a serré dans ses
bras et m’a dit: «Adieu ou à bientôt qui sait dans un nouveau monde, un monde
meilleur!!!»</p>



<p>Qu’est-ce qu’il en sait… un mode meilleur…On sait que l’on
part mais on ne sait même pas si on peut revenir.</p>



<p>Remarque, je comprends Théo, sa vie était devenue une vrai
chienlit. Depuis quelques mois, il avait perdu son job. Comme il ne pouvait
plus maintenir son train de vie, sa femme est partie avec les enfants. Il a dû
lui laisser la maison pour les gamins… Il avait atterri dans un petit
appartement de quartier, si petit qu’il ne pouvait pas accueillir ses mômes.
Ses gosses qui ne voulaient plus le voir et le dénigraient de plus en plus. Je
suis le seul ami qui lui restait. Alors, un autre monde, une autre vie,
ailleurs…</p>



<p>Je n’aurais pas hésité. Mais, là&#8230; Ma vie me convient.
Certes, on peut toujours vouloir plus, mais…j’ai un travail dans lequel je
m’épanouis dans une bonne ambiance sauf peut-être Denis un collègue un peu trop
m’a tu vu, mais bon, chacun est comme il est. Un boulot qui me permet
d’entretenir une confortable maison de maître dans un petit village à une
dizaine de kilomètres de la grande ville. Une jolie femme, que j’aime et qui
m’aime, entretient notre havre de paix et élève notre progéniture. Que demander
de plus, Il y a bien des disputes et des engueulades mais comme dans toutes
familles. Les grands-parents nous accueillent souvent pour les vacances que les
enfants passent avec les cousins et cousines.</p>



<p>Théo a tout quitter sans regrets. J’irais bien voir de
l’autre côté… mais est que je pourrais revenir?</p>



<p>Et revenir … au même moment, dans le même lieu …Rien n’est
moins sûr. Peut-être, que ce nouveau monde est un paradis. Où il fait toujours
beau, où les gens sont en harmonie, en paix. Mais, peut-être, ce nouveau monde
est noir, triste, miséreux, plein de violence. Ou bien, les extraterrestres,
les robots ou l’intelligence artificielle ont pris le pouvoir. Comment savoir…</p>



<p>Partir ou rester, l’aventure ou la sécurité, la curiosité ou
la sérénité, l’ici ou l’ailleurs…</p>



<p>***</p>



<p><strong>Le texte de Kroum : </strong></p>



<p>

Allez, viens, approche toi,<br>
N’ai pas peur, ça ne mord pas.<br>
Regarde le, lui, il est venu,<br>
d’accord, il est jeune, bien vu !<br>
Pourquoi pour un adieu,<br>
on n’aurait pas le droit de faire comme eux ?&nbsp;<br>
Allez, viens t’asseoir près de moi !<br>
Ça remonte à quand notre dernière fois ?<br>
Tu sais on peut tout s&rsquo;dire, on sera là juste toi et moi.<br>
Allez, qu&rsquo;est-ce que tu fous ? j’ai réservé ce lieu magique.<br>
Arrête de jouer au jeu stratégique<br>
Du viendra, viendra pas,<br>
je t’attends. Elle ne serait pas contente, tu sais, si tu n’étais pas là<br>
pour cette dernière fois.<br>
J’aurais pu organiser la cérémonie à la synagogue, c’était plus près,&nbsp;<br>
Mais tu es baptisée…<br>
Tu vois, t’avais raison,&nbsp;<br>
avec cette histoire de religions<br>
ça ne pouvait pas marcher toi et moi.<br>
Y a déjà ça qui nous opposait tu disais, pas le choix !<br>
Allez, viens, tout est organisé.<br>
Et promis, ça va être simple dans ce crématorium modernisé.<br>
Tu verras, tout va bien se passer :&nbsp;<br>
On va la voir&nbsp;<br>
Défiler Notre Histoire,<br>
Sur cet écran en 3D,<br>
Nos fou rire, tes doutes avérés,<br>
nos discussions en virtuel,<br>
et tous ces moments réels,<br>
avec nos jeux et tout ce qu’on ne peut pas avouer.<br>
On risque c’est vrai d’un peu pleurer,<br>
certainement plus toi&nbsp;<br>
que moi,<br>
mais aussi d’à nouveau rire à nos prises de tête sur plein de sujets.<br>
Ne t’inquiète pas, ça ne va pas trop durer,<br>
10 ans de deux vies ça va vite passer.<br>
Et j’ai choisi les musiques qu’on aimait bien,&nbsp;<br>
du jazz et du Chopin.<br>
Tu verras, on va bien la saluer cette Histoire,<br>
et tout doucement on la verra brûler, Notre Histoire,<br>
qu’on n’a pas su bien mener, faut croire.<br>
Après le film, la société nous remettra les cendres,<br>
ça peut surprendre&nbsp;<br>
mais c’est surtout symbolique<br>
car il va falloir les enterrer pour qu’elles ne deviennent pas diaboliques<br>
dans nos nouvelles vies publiques.<br>
J’ai aussi préparé une surprise, tu sais ?<br>
Tu me diras si elle te plait.&nbsp;<br>
S’ancrer toi et moi ? On n’a jamais vraiment aimé.<br>
Par contre, le vide, ça ça nous sied !<br>
Le funambule sur son fil en l’air<br>
Ça nous a toujours inspiré du tonnerre !<br>
Que dirais tu d’une dernière virée en duo en parachute<br>
Et on les disperserait pendant la chute&nbsp;<br>
En prenant garde de ramasser nos cheveux hirsutes ?<br>
Allez, viens !<br>
Au fait, est ce que tu vas bien ?

Allez, grouille toi,<br>
il fait froid.<br>
Au fait, tu sais, je t’ai aimée,<br>
Même si c’était compliqué.<br>
Je te le dis aujourd’hui simplement,<br>
parce que ça n’a plus d’importance maintenant.

</p>



<p>***</p>



<p><strong>Le texte d&rsquo;Apolline : </strong></p>



<p><strong>Architecture géante </strong></p>



<p>Elle, il, regarde &#8211; le neutre
n’existe pas en français &#8211; il, elle, est tourné et porte un sac à dos qui
plombe un peu ses épaules. Il, elle, voudrait faire partie de l’œuvre, il,
elle, se tient au bord, bras nus et cheveux bicolores et elle, il, a les yeux
rivés sur les lignes lumineuses et géométriques. Rectangles, angles acérés,
imbroglio de croisements blanc-gris, lignes de fuite qui sortent du tableau,
perfection des obliques, traces en 3 D, relief phosphorescent et insolite d’un
devant et d’un arrière sur fond noir et obscur d’une nuit sans lune. </p>



<p>Se préparer à l’abîme, tomber
dans le carré lumineux après avoir enjambé d’un grand pas hasardeux la croix
aplatie du premier plan. Entrer dans l’inconnu, tâter l’impalpable, être séduit
par la ouate d’ébène, s’enfoncer dans le spongieux, plonger dans cet espace qui
sépare de la prochaine ligne pour atteindre au fond le carré salvateur. Car il,
elle, aime la forme du carré, angles droits, rectitude, sécurisation des
contours, égalité des parois, fraternité de l’emboitement comme une protection
d’un carré dans un autre. Equilibre suspendu de la structure, précarité du
labyrinthe mais certitude que le carré tiendra, soutiendra, aidera,
accompagnera le voyage de il, elle, dans le trou noir, le il, elle qui
s’accrochera aux cloisons de séparation et décidera de se lancer. Sidération du
parcours, regard écarquillé, antennes en orbite, oreilles déployées et corps en
lévitation. </p>



<p>Le grand espace intersidéral
l’absorbera et il, elle, verra les grandes lignes éblouissantes se dissoudre
dans l’infini.</p>



<p>Il, elle, n’aura pas résisté à
l’appel du vide.</p>



<p>***</p>



<p><strong>Les textes écrits sur d&rsquo;autres blogs : </strong></p>



<pre class="wp-block-code"><code></code></pre>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vSBDYJ92P9-TPCNeFGJ-mkKAD6lr-gMjyCcOfubkunnhbzpYRzm8D2JZjwLoEvKgf-Mmwojx6NwdngR/pubhtml?gid=1907383642&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;>></iframe></pre>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/dans-un-voyage-le-plus-long-est-de-franchir-le-seuil/23127/">Dans un voyage, le plus long est de franchir le seuil</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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		<item>
		<title>Ecriture : Bibliothèque d&#8217;Alexandrie</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/23018-2/23018/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Jan 2019 03:54:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
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		<category><![CDATA[une photo quelques mots]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tu portes le verre à tes lèvres et le finis d&#8217;un trait. Le coucher de soleil accentue les ombres sur ton visage, et fait ressortir les fleurs de cimetière qui [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/23018-2/23018/">Ecriture : Bibliothèque d&rsquo;Alexandrie</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/12/nick-cooper-539410-unsplash-700x467.jpg" alt="" class="wp-image-22977"/><figcaption>© Nick Cooper</figcaption></figure>



<p class="has-drop-cap">Tu portes le verre à tes lèvres et le finis d&rsquo;un trait. Le coucher de soleil accentue les ombres sur ton visage, et fait ressortir les fleurs de cimetière qui parsèment tes avant-bras. </p>



<p>-Et si nous allions nous promener sur la côte demain ? </p>



<p>Je te réponds par un sourire. Demain, tu auras oublié. Pour me donner une contenance, je prends cette carte des plats. Je la connais par coeur, nous venons ici chaque samedi. </p>



<p>Je regarde la marcescence de tes mains. Elle m&rsquo;émeut toujours. Ce temps qui passe sur ta peau, nos souvenirs qui s&rsquo;épuisent et se colorent de teinte sépia. A partir de quand les gens oublient ? Existe-t-il une date, un fait, une bascule tangible ? A partir de quand les souvenirs prennent-ils plus de place que le présent ? </p>



<p>Le temps. Celui qui passe inéluctablement, celui qu&rsquo;on donne largement à l&rsquo;être aimé et qui se fait peau de chagrin au fil des ans. Existe-t-il un corollaire entre les deux ? Le temps accordé à l&rsquo;autre est-il proportionnel à l&rsquo;amour qu&rsquo;on éprouve pour lui ?</p>



<p>J&rsquo;entrouvre mon sac, en sors ce carnet beige dont je ne me sépare jamais. C&rsquo;est le 42è. Voilà le temps que je m&rsquo;accorde, que je nous accorde. J&rsquo;écris. J&rsquo;écris pour consigner le temps qui passe, sa flétrissure, pour ne pas sombrer dans la brume de l&rsquo;oubli. J&rsquo;écris pour ce temps que nous passons toujours ensemble, pour ne pas le voir profaner, pour m&rsquo;y recueillir le temps des doutes. Et me dire, alors, dans ces moments-là : nous nous sommes aimés.</p>



<p><strong>Alexandra</strong>, samedi 5 janvier 2019</p>



<p>***</p>



<span id="more-23018"></span>



<p><strong>Mijo</strong> : </p>



<p>Il s’appelait Juan. C’était un&nbsp; beau jeune homme, racé, la peau mate, le
cheveu noir et œil de velours, un bel hispanique des pays chauds. Il venait de
terminer ces études de restauration et voulait se perfectionner. Il partit&nbsp; parcourir le monde.</p>



<p>&nbsp;Il partit par monts
et par vaux, de provinces&nbsp; chaudes&nbsp; en pays froids, de la malbouffe à la
gastronomie étoilée. Il bourlingua sa bosse dans de nombreux pays, acquis
plusieurs langues et un&nbsp; savoir-faire
impeccable. Il avait rencontré moult personnes et personnages célèbres ou
inconnus.&nbsp; </p>



<p>Puis un jour, il arriva dans une petite ville de Pologne, au
bord&nbsp; de la mer baltique. Il fut subjugué
par sa beauté et son originalité. Des&nbsp;
façades typiques&nbsp; aux couleurs
vives qui&nbsp; égaillent par temps gris. Des
canaux serpentent la ville, remplaçant certaines&nbsp; rues , permettent aux touristes de sillonner
la cité ou aux autochtones de faire ses courses par bateaux. Juan avait trouvé
son pied à terre. Il allait pouvoir se poser. </p>



<p>Après de nombreuses pérégrinations à travers la ville, il
découvrit au détour d’une rue pavée du centre, une petite place, un banc. Il se
pose et se met à rêver devant la devanture d’une échoppe à vendre. </p>



<p>Devant lui, passa une jeune fille blonde comme les blés et
des yeux bleus à s’y&nbsp; noyer. Elle était
bien pensive. Derrière elle un petit chiot, un petit labrador noir avec un
collier rouge. «&nbsp;&#8211; votre chien est très joli&nbsp;!!&nbsp;». Elle se
retourna, regarda le chiot avec douceur : «&nbsp;Mais ce n’est&nbsp; pas mon chien…&nbsp;» Leurs regards se
croisèrent et Cupidon sévit. Ils trouvèrent dans le collier les coordonnées du
propriétaire et ramenèrent le petit animal. Ils firent ainsi connaissance. Elle
s’appelait Elin et était suédoise. Elle avait traversé la mer pour venir voir
son frère et pourquoi&nbsp; ne pas trouver un
job dans le coin. </p>



<p>Ils ne se quittèrent plus. Ils achetèrent le fameux petit local y créèrent leur commerce. Depuis ce jour, vous pouvez, si vous&nbsp; allez en Pologne, allez boire un café ou une bière en terrasse du «&nbsp;KAFFE PERRO NEGRO&nbsp;»nommé ainsi en souvenir de la rencontre du froid et du chaud et d’un petit chien noir.</p>



<p>***</p>



<p><strong>Cloud</strong> : </p>



<p>Vacances en Poméranie</p>



<p>Chaque année nous allons comme en pèlerinage<br>Sur les traces d&rsquo;une révolte qui me semble d&rsquo;un autre âge.<br>Paul m&#8217;emmène à Gdansk, symbole de ses vingt ans<br>Quand son âme enthousiaste le rendait militant.<br>Kaffe Perro Negro, si ça sonne espagnol<br>Il faut quand même compter trente six heures de bagnole<br>Pour arriver enfin en très mauvais état<br>Sous un brouillard maussade comme un film de Wajda.<br>Tout ça pour la mémoire de feu Solidarnosc<br>Alors que je ne rêve que du ciel de Manosque.<br>On visite les églises et les chantiers navals,<br>Des monuments grisâtres dont je me fous pas mal.<br>Puis on fait des achats, inutiles et ruineux&nbsp;:<br>Des assiettes Walesa et des mugs Jean Paul II.<br>Rentrés tôt à l&rsquo;auberge, installés en terrasse<br>On attend le dîner, on tue le temps qui passe.<br>Je vois Paul en extase devant sa bière Warka<br>Attendant fébrilement qu&rsquo;on lui serve la vodka,<br>Accoutré d&rsquo;une chemise, cadeau de tante Odile,<br>Qui ressemble aux damiers de courses automobiles,<br>Tandis que je maugrée rivée sur mon menu<br>Où quand je veux une chose on me dit «&nbsp;Y en n&rsquo;a plus&nbsp;», <br>Je me dis qu&rsquo;un beau jour, je trouverai l&rsquo;excuse<br>D&rsquo;une révolte gilets jaunes quelque part en Vaucluse. <br>Rivée sur mon menu <br><br>***</p>



<p><strong>Pierre : </strong></p>



<p>

Peu de gens savent que dans cette vallée touristique, à cheval entre la Suisse allemande et la Suisse Italienne, se trouve un village qui a expérimenté à la fin des années 60 un modèle de partage communiste.&nbsp;<br>Il s’agissait de répartir le flot de touristes dans les quatre bars existants. Ils était tous semblables, mais il suffisait que le premier couple de randonneurs ne s’assoit dans l’un, pour que tous les autres suivent l’exemple. Bête exemple de la moutonnie touristique qui sévit dans notre vallée.&nbsp;</p>



<p>Un jour, les quatre cafetiers décidèrent de répartir plus équitablement les randonneurs. Ils décidèrent d’orienter leurs clients par taille de pied. Les 37/39 allaient au Kaffe Perro Negro. Les 40-42 allaient au Kaffe Gatto Giallo et les 43-46 au Kaffe Maiale Rossa. Les moins de 36 au Kaffe Coniglio Bianco.&nbsp;<br>Cela eut des effets inattendus.&nbsp;<br>Il eut par exemple beaucoup plus de femmes au Perro Negro. Les hommes se retrouvaient inévitablement au Maiale Rossa et les enfants au Coniglio Bianco. Seul le Gatto Giallo gardait un semblant de diversité. Du coup, le premier était constamment en rupture de thé, le second de bière et le dernier de soda.&nbsp;<br>Ils décidèrent donc de changer de méthode, tout en gardant les couteuses plaques de lave émaillée indiquant les pointures.&nbsp;<br>Désormais, à l’entrée du village, chaque promeneur se voyait remettre une notice expliquant l’attribution de son café. Il suffisait de prendre son âge additionné à sa pointure et à sa taille en centimètre, modulo seize, plus trente, pour retomber sur un nombre entre trente et quarante-six. Il n’y avait plus qu’à lire les plaques pour trouver le bon café.&nbsp;<br>Malgré l’élégance de cette solution, certains touristes se plaignirent du caractère aléatoire d’un tel système. Pourtant, il s’agissait là d’un groupe abélien de première forme (de type Z/pZ) mais l’ignorance crasse des touristes n’est plus à démontrer.&nbsp;<br>Dépités, les cafetiers abandonnèrent alors l’expérience communiste. Ils laissèrent faire les touristes qui remplissèrent les cafés en fonction de la distance au parking. Résultat, au bout d’une saison, seul le Kaffe Perro Negro fit du chiffre. Les autres, dix, vingt et trente mètres plus loin, firent faillites.<br>Cette plaque 37/39 est là pour nous rappeler ces 3 leçons :<br>le communisme ne fonctionne pas à l’échelle d’un village suisse.<br>les gens ne connaissent pas les groupes abéliens de la forme Z/pZ et c’est bien regrettable.<br>les touristes sont des gros fainéants. </p>



<p>***</p>



<p><strong>Kroum</strong> : </p>



<p>Après les agapes des fêtes de fin d’année<br>Nous voilà à nouveau esseulés<br>Et mon gosier encore bien assoiffé.<br>Ne te moque pas ma dulcinée,<br>Je te vois, tu sais,<br>Avec ton œil gourmand à rechercher un met<br>Pour te sustenter<br>Ou un bon breuvage pour m’accompagner.<br>Après avoir bien festoyé avec nos enfants<br>Et petits enfants,<br>Il était grand temps<br>Qu’on prenne du bon temps<br>Loin de tout ce tumulte festif ambiant<br>A ripailler tout décembre durant.<br>L’astre du jour africain,<br>Tel fut notre gain,<br>Grâce aux deniers<br>De notre descendance adorée.<br>Quelle aubaine !<br>T’imagine ? on aurait pu se retrouver en Pologne à même période avec une petite laine !<br>Comme il est bon de me retrouver qu’avec toi,<br>Là, ici, dans cette taverne désertée… juste toi et moi.<br>Dis moi ma mie,<br>Sais tu ce qui me réjouit ?<br>C’est d’imaginer que mon bonheur le mois prochain<br>Sera tout aussi bien.<br>As-tu une idée<br>De notre destination pour le 14 février ?</p>



<p>***</p>



<p><strong>Anne-Marie : </strong></p>



<h4 class="wp-block-heading">Sous le Parasol</h4>



<p>Rares étaient les moments où ils s’installaient à la
terrasse du «&nbsp;Kaffe Pero Negro&nbsp;», mais, en cette fin d’après-midi
d’octobre, l’air était doux et annonçait, peut-être un hiver à venir moins
rigoureux que l’année passée. La mer Baltique n’était pas loin et Gdansk
respirait la douceur de vivre. </p>



<p>Wanda venait de rejoindre Andrzej qui vidait déjà une pinte
de Zloty Lwy. Elle parcourait avec envie la carte du Kaffe ne sachant que
choisir tellement tout la tentait. Opter pour un «&nbsp;kawa&nbsp;», spécialité
de la maison ou bien le chocolat chaud surmonté de sa Chantilly. Elle avait
déjà décidé qu’une impasse sur la pâtisserie n’était pas envisageable et opta
pour la «&nbsp;szarlotka&nbsp;». Son homme, lui se contentait de sa bière légèrement
ambrée bien moussue et de la poitrine opulente de la serveuse, un vrai régal
pour les yeux, la naissance des seins de cette femme rondelette le
rajeunissait. Il faut dire que Wanda avait cessé de le faire vibrer. Il fallait
bien qu’il se console. Certes, après tant d’années de mariage, leur complicité
n’était plus à prouver et les nourritures terrestres et spirituelles les
réunissaient sans peut-être, les combler. </p>



<p>La fougue de leur jeunesse s’était quelque peu émoussée, voir
envolée. Bien sûr, le temps du passé désormais, avait pris le pas sur le temps
de l’avenir. La valeur du temps s’inscrivait maintenant dans le présent. Chaque
jour, ils s’appliquaient à vivre pleinement chaque instant. </p>



<p>Rien ne leur avait été épargné. Ils avaient lutté coude à
coude dans la Pologne ravagée de leur jeunesse. L’année 1970 resterait à jamais
gravée dans leur mémoire. Andrzej s’échinait sur les chantiers navals et Wanda,
elle, enchaînait des petits boulots pour arriver à faire bouillir la marmite
avec ce qu’elle trouvait. Très engagée politiquement, elle dormait peu, prenait
sur son sommeil pour militer en écrivant pour le journal local. </p>



<p>Cette année-là, les émeutes avaient été d’une extrême
violence. La classe ouvrière fît reculer le pouvoir. Gdansk était au cœur de dramatiques
évènements. Attachés à leur ville et à son histoire, en dépit de la dureté de
leur vie, ils résistèrent. Les affrontements avaient décimé la population. Dans
leur environnement, Ils ne comptaient plus les disparitions. Beaucoup de leurs
camarades de lutte perdirent la vie. </p>



<p>Les années défilèrent&#8230; jusqu’à cet après-midi sous le
parasol du «&nbsp;Kaffe Pero Negro&nbsp;». </p>



<p>Wanda et Andrzej s’étaient-ils perdus,&nbsp;victimes d’un
passé peut-être révolu et d’un avenir à construire dont ils se sentaient exclus
? Avaient-ils encore cette fibre militante&nbsp;? Ou bien l’expérience de la
vie, de leur vie les avaient-ils anesthésiés au point de les engluer dans un
petit confort quotidien fait de petits bonheurs matérialistes…? </p>



<p>A moins que l’âge, l’expérience des luttes et &nbsp;l’analyse des différents mouvements&nbsp; et courants «&nbsp;politico&nbsp;» complexes les
aient amenés à s’éloigner de leurs idéaux. Et pourtant, la capacité à réagir, à
lutter, c’est se tenir debout jusqu’à son dernier souffle, bien vivant en
refusant toutes compromissions et ce, pour un meilleur présent, un meilleur
futur. Un défi à relever pour toutes les générations. </p>



<p>&nbsp;Après quelques pintes
de bières, notre Andrzej, avait dans le regard une lueur quelque peu lubrique
quant à Wanda, elle ne pensait plus qu’à s’empiffrer, la finesse de sa taille
ne l’a préoccupant plus.&nbsp; </p>



<p>***</p>



<p><strong>Aurélie : </strong></p>



<p>Je ne t&rsquo;attendrai plus devant les briques rouges<br>Celles qui nous ont vues chanceler haletant<br>De caresses en baisers, de murmures en serments<br>Car aujourd&rsquo;hui, au fond, rien, non, plus rien ne bouge.</p>



<p>Loin la passion, le feu, loin les heures lancinantes<br>A attendre tes mains et ton souffle et tes lèvres;<br>Loin, très loin, les étreintes, avec elles, les fièvres,<br>Les rêves, les promesses, tes lubies fascinantes.</p>



<p>Nous ne serons jamais ce couple qui attend<br>Dans la tiédeur du jour de plus qui s&rsquo;achève,<br>A l&rsquo;abri du soleil ou du vent qui se lève,<br>A l&rsquo;abri de l&rsquo;Amour que nous aimions si grand.</p>



<p>Je ne t&rsquo;attendrai plus où tu m&rsquo;as rencontrée,<br>Je ne t&rsquo;attendrai plus, je suis si loin déjà,<br>Mon amour, je suis loin, tout aussi loin que toi<br>Et tous nos souvenirs aux autres vont se&nbsp;mêler.</p>



<p>***</p>



<p><strong>Apolline : </strong></p>



<p>Le rendez-vous</p>



<p>Etrange mais l’idée du dîner
avait été lancée début décembre, fixée le 4 janvier sans que personne n’ait pu
savoir encore où celui-ci aurait lieu. On était quand même à trois jours de la
dernière journée de l’année et le mystère n’était toujours pas levé. Plusieurs
s’étaient inscrits car le projet avait eu du succès dès sa proposition et sa
proche concrétisation avait suscité une forme d’excitation dont les friselis
mentaux viraient parfois à l’obsession. Evidemment écrire et mélanger ses écritures
sans savoir à qui on avait affaire et toujours sous un pseudo, ça vous avait un
petit air de promiscuité insolite qu’on avait envie de lever en allant à la
rencontre des aficionados d’A le plus tôt possible. </p>



<p>Sûr que chacun dans son coin
devait se dire, qui donc se cache derrière les mots un peu osés d’untel ou,
celle qui construit toujours ses textes avec une chute mirobolante qu’à chaque
fois on lui envie, comment est-elle&nbsp;?, et celui-là (mais était-on certain
que c’était «&nbsp;il&nbsp;»&nbsp;?), j’ai pas du tout mais pas du tout envie
de le rencontrer, pourvu que le hasard ne me place pas à côté de lui ou que je puisse
m’en apercevoir à temps&nbsp;! Car, lui, je n’aime pas du tout ses mots.</p>



<p>Toujours est-il que le temps
passait et que la curiosité grandissait avec sa dose augmentée de virtuel,
large source d’élucubrations mentales démesurées, au sujet du nombre de
convives, de la parité hommes/femmes, du choix du resto, de l’environnement,
chaleureux&nbsp;? Banal&nbsp;? Accueillant&nbsp;? Célèbre&nbsp;?
Parisien&nbsp;? Bref, des questions, encore des questions, toujours des
questions. Il fallait que ce soit réussi, bon dieu, ce dîner, car la mayonnaise
déjà bien bétonnée depuis 6 ans de l’atelier en dépendait et il fallait à tout
prix que ça continue&nbsp;! Elle n’allait quand même pas se liquéfier
lamentablement cette sauce couleur jaune d’œuf (sans message subliminal ni
supputation équivoque sur l’évolution de l’actualité&nbsp;actuelle)</p>



<p>Alors ceux qui n’avaient pu
s’inscrire, qui pour des raisons financières, qui de disponibilités, qui de volonté
de garder l’anonymat et la protection confortable de leur position derrière
l’écran, allaient regretter amèrement le moment unique de la rencontre au Café
des Editeurs à Paris. Ils n’auront su qu’après coup, que déjà se profilaient
des acceptations de tapuscrits, des parutions de manuscrits, des éditions à
grand volume, que dis-je des prix et que les futurs publiés présents allaient
être encensés en littérature.</p>



<p>Et que le Kaffé Perro Negro de Gdansk ne serait finalement pas le lieu ultime du rendez-vous tant attendu de l’atelier d’écriture n° 322…</p>



<p>***</p>



<p><strong>Terjit : </strong></p>



<p> Pour nos 10 ans de mariage il m’a emmené à Moscou pour voir « le grand  Léonid »… 10 ans plus tard, direction Bucarest pour rendre visite « à  l’immense Nicolae »… Pour nos 30 ans, vol direct Paris-Pékin, puis  correspondance vers Pyongyang, pour saluer « le gigantesque Kim »…<br><br> Quand nous avons commencé à parler de nos 40 ans, j’ai été très claire :  je veux une vraie surprise,  pas de défilé militaire, autre chose à  manger que du chou, et une ville en bord de mer… Je me voyais déjà un  mojito à la main sous les cocotiers, mais c’était sans compter sur son  « humour ». Quand nous avons enregistré les bagages à l’aéroport les  comptoirs se succédaient : Baly, Rio, Los Angeles, mais nous ne nous  arrêtions pas. Tout au bout de l’aérogare mes yeux sont tombés sur  Dar-Es-Salaam, j’étais toute excitée et sur le point de lui sauter au  cou… mais il y avait encore un guichet derrière, et bien sûr c’est là  que nous nous sommes arrêtés. C’est vrai que les défilés militaires  n’ont plus trop la cote en Pologne, que l’âge d’or du chou est révolue  depuis la chute du Mur et que c’est au bord de la mer… mais quand j’ai  vu « Gdansk » j’avais toujours autant envie de lui sauter au cou, mais  pour l’étrangler !<br><br> Et voilà… nous y sommes… Entre deux averses il fait un temps magnifique  pour la Pologne, et je suis devant une carte à choisir entre Bigos,  Oscypek et Pierogi… j’hésite… Lui il s’en moque de tout ça, il a mis son  short avec sa chemise à carreau affreuse, ses sandales agrémentées des  chaussettes blanches pour ressembler à un touriste Munichois et a même  trouvé au coin de la rue une casquette plus immonde que sa chemise. Et  comme monsieur est organisé, demain nous allons marcher sur les pas du  dernier grand soudeur Polonais. Je vous vois venir, vous pensez à Walesa  puisqu’on est à Gdansk… bande de naïfs… pour l’étron borné que me sert  de mari le seul vrai héro ici c’est Jaruzelski, celui qui retirera ses  lunettes noires quand il aura terminé de souder la Pologne avec l’URSS,  comme disait Coluche…<br><br> Dans cette vie de merde, osons le dire, il y a quand même une petite  lueur d’espoir. Après déjeuner nous allons voir les ruines du chantier  naval. Je me suis renseigné sur wikipédia : c’est la plupart du temps  désert, les quais sont glissants comme une patinoire et comme mon crétin  à carreaux n’aime la flotte que pour agrémenter le Ricard il n’a jamais  appris à nager… Ce n’est pas très classe, d’accord, mais il paraît que  la noyade ne dure pas plus de 2 ou 3 minutes, soit presque rien par  rapport à 40 ans…</p>



<p>***</p>



<p><strong>Val : </strong></p>



<p>Comme
 chaque année, alors que nous prenons la route pour aller chez mes 
beaux-parents en Espagne où nous passons une partie de nos vacances, 
nous nous sommes arrêtés à mi-chemin dans ce petit troquet, non loin de 
la frontière, «&nbsp;notre troquet&nbsp;» comme George le surnomme depuis qu’on 
l’a trouvé. Une année, le passage à la douane avait été très chargé 
aussi ce dernier passé nous avions fait une pause. Georges avait une 
forte envie de faire pipi, et le hasard nous avait conduit dans ce petit
 bistrot où le patron servait à manger à toute heure. Nous en avions 
profité pour manger un peu, du coup. Depuis c’est devenu un arrêt obligé
 pour Georges. Il s’y trouve comme chez lui et ça lui coupe le voyage. 
Le patron est, il est vrai super sympa. Personnellement, j’aimerais 
autant nous faire des sandwichs, on perdrait moins de temps mais mon 
homme refuse de manger froid, même en été. Nous voilà donc sur la 
terrasse. Il a déjà choisi ce qu’il voulait manger. En même temps, il 
prend toujours la même chose&nbsp;: un croque-monsieur avec des frites, 
quelle idée en Espagne&nbsp;! Moi j’hésite. Il y a trop de choses sur la 
carte. L’été, j’aime bien manger froid. Mais en même temps, ce n’est pas
 la chaleur aujourd’hui alors je vais peut-être me laisser tenter par le
 plat du jour, qui est moins cher, en plus. Je crois que c’est ce que 
j’avais pris l’année dernière déjà.</p>



<p>Ca
 y est&nbsp;: nous voilà enfin installés à la terrasse de «&nbsp;notre petit 
café&nbsp;», une pause que j’attends toute l’année et qui annonce les 
vacances tant méritées. Quand je m’installe à notre table, toujours la 
même, je décompresse enfin. Je sais que je suis presque arrivé, que 
bientôt je retrouverai mon village natal, ma maison d’enfance et mes 
parents. Yvette n’aime pas trop que l’on s’arrête là, ni ailleurs 
d’ailleurs. Elle voudrait qu’on file au plus vite, qu’elle puisse au 
plus vite sauter dans son maillot de bain et plonger dans la piscine. 
Mais moi cette halte, j’en ai vraiment besoin. C’est un peu comme un sas
 de décompression entre le boulot et le lacher-prise. Si seulement, elle
 pouvait sourire un peu. Elle est pressée et pourtant, il lui faut trois
 plombes pour se décider entre une salade composée, une tortilla ou le 
plat du jour, un plat chaud ou un froid… C’est toujours comme ça les 
femmes, indécises et contradictoires. Moi je sais que je vais me régaler
 comme chaque fois, que les frites seront croustillantes, que l’œuf sera
 coulant juste comme j’aime J’en salive d’avance.</p>



<p>Je
 savais qu’ils seraient là ce midi. Tous les 15 août depuis plusieurs 
années, ils s’arrêtent pour manger. Je ne peux pas les oublier. Ce sont 
mes seuls clients en ce jour férié, que dis-je les seuls de la semaine, 
du mois…bref les seuls qui s’arrêtent encore manger chez moi. En temps 
ordinaire, je ne sers qu’à boire aux rares habitants qui n’ont pas 
encore déserté le village, à savoir une petite dizaine d’octogénaires. 
Mais je suis comme ça moi, je ne veux pas décevoir ce brave homme. Il a 
l’air tellement heureux quand il s’assoit à ma terrasse. En me voyant 
c’est limite s’il ne me prend pas dans ses bras. Alors je n’ai jamais 
osé leur dire que je ne sers plus à manger. En même temps, j’ai un peu 
de temps et il me plait bien à moi aussi ce rendez-vous annuel. Du coup,
 un jour ou deux avant je m’organise. J’astique l’intérieur, je passe le
 karcher au sol, sur les marches. Je nettoie les tables et les chaises, 
sorties pour l’occasion, comme le parasol. Je ramène même quelques 
plantes de la maison. Si seulement, ils savaient. Pour ce qui est du 
menu, lui, ne me pose aucun problème&nbsp;: il prend toujours la même chose, 
un croque- madame avec des frites. Et il est tellement souriant avec sa 
casquette à carreaux, toujours la même. Le plus stressant, c’est elle. 
J’ai conservé mes vieilles cartes, celles du temps où l’auberge tournait
 bien alors il y a un peu de choix et je ne sais jamais ce qu’elle va 
choisir. Discrètement, l’air de rien, je l’oriente sur le plat du jour 
afin de lui servir le reste de notre dîner de la veille. J’espère que 
cette année encore j’y arriverai. J’aurai peut-être dû faire autre chose
 que des tripes hier soir, quelle idée&nbsp;!</p>



<p><br></p>



<p><strong>Les textes écrits sur d&rsquo;autres blogs :</strong> </p>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vQ-wsnI9ZznCSQhySmR69YD64GO0EUvijga9BUb8dzKYs50NEdOo-SywWrhlTiQOczocGAr61YU9hsT/pubhtml?gid=1251275016&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;></iframe>&gt;</pre>



<p></p>



<p></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/23018-2/23018/">Ecriture : Bibliothèque d&rsquo;Alexandrie</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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		<title>Ecriture : Baisser la tête &#8230;</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-ante-natum/22909/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Dec 2018 03:36:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rym baisse toujours la tête. Elle s’excuse d’être là, de déranger, d’interrompre, de respirer. Rym est de celles qu’on ne voit pas. Ou qu’on oublie, dès la porte refermée. Rym [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/12/zhu-liang-772687-unsplash-700x467.jpg" alt="" class="wp-image-22900"/></figure>



<p>Rym baisse toujours la tête. <br>Elle s’excuse d’être là, de déranger, d’interrompre, de respirer. <br>Rym est de celles qu’on ne voit pas. <br>Ou qu’on oublie, dès la porte refermée. <br>Rym n’a pas d’odeur. <br>Elle ne laisse aucun sillage, aucune empreinte. <br>Rym&nbsp;?<br>Je ne connais pas. <br>Pourtant, depuis quelques mois, Rym attend. <br>Elle s’hygiénise, se régimise, s’envitaminise, se bellise, se symbolise. <br>En vain. <br>Rym baisse toujours la tête. <br>Vers ce ventre qui ne grossit pas.</p>



<p>Alexandra K, dimanche 16 décembre 2018</p>



<p>————————————————————————————<br></p>



<span id="more-22909"></span>



<p><strong>Apolline :&nbsp;</strong></p>



<p>Graphick</p>



<p>Même en montant l’escalierroulant, Léa n’avait pu s’empêcher de garder son livre sous les yeux, tropscotchée par sa lecture. Elle avait bien trébuché en prenant la première marchemais s’était rétablie et vu la longueur de la montée, elle avait aussitôtbaissé le regard et continué son chapitre.</p>



<p>Peu importait la beauté desbambous à travers le vitrage, pourtant aériens et très enclins à apporter unenote d’exotisme au paysage en se balançant au gré du vent.</p>



<p>Peu importait la transparence, la
pureté du verre, la croisée géométrique des cadrages de lignes découpant la vue
avec régularité en carrés séduisants.</p>



<p>Peu importait ce qui l’entourait,
elle n’était pas importunée par les bruits ambiants, par les passages
d’habitude incessants des gens dans le hall. Ce matin, il n’y avait&nbsp; personne et Léa se fichait de savoir pourquoi
c’était le désert à cette heure de la journée, ce mardi de septembre. </p>



<p>Léa lisait, point.</p>



<p>Léa avait vingt ans, une queue de
cheval et portait une robe claire à manches ballon.</p>



<p>L’escalier la portait doucement
dans un mouvement fluide et confortable, sans à-coups, elle aurait bien
continué à être téléportée jusqu’au ciel sans rien demander de plus. </p>



<p>Léa était ailleurs, elle vibrait
avec ses personnages, traversait les péripéties de leurs parcours avec avidité,
suivait leurs aventures avec délectation, avait été transportée dans un monde
parallèle, un no-man’s-land étrange qui l’avait attirée dès la première page.
L’incipit était tellement prometteur que d’entrée, Léa avait plongé. «&nbsp;Il
ne savait pas que le hérisson parlait le dialecte des hominidés&nbsp;». Savoir
pourquoi Léa avait trouvé la phrase enchanteresse dépasse les compétences de
l’auteur de ce texte…</p>



<p>Elle était tellement ailleurs,qu’elle n’avait même pas su qu’une violente alerte météo, annoncée par les hauts parleurs, avait conseillé de vider les lieux le plus rapidement possible avant que les bambous ne soient arrachés, les vitres brisées, l’électricité rompue et le danger immanent. </p>



<p>Léa n’avait rien entendu, elle
avait une raison majeure&nbsp;: elle lisait.</p>



<p>————————————————————————————<br></p>



<p><strong>Cloud : </strong></p>



<p>Les bambous légers et libres vantent leur souplesse. Les structures métalliques rectilignes et solides glorifient leur rigueur. Les&nbsp; uns revendiquent la nature, les autres le progrès.</p>



<p>Et, montant l&rsquo;escalator en panne, madame Feng regarde ses pieds.&nbsp;</p>



<p>————————————————————————————<br></p>



<p><strong>Nady :&nbsp;</strong></p>



<p>

Monter. Gravir les marches de l’escalier à pied ou en escalator. Monter encore. Vouloir atteindre le sommet. Toujours plus haut pour paraître plus fort. Monter toujours. Elle n’en finit plus de monter. Attention à ne pas dégringoler, un mauvais pas de côté est si vite arrivé. Monter, tête plongée dans son écran, d’un doigt le scrollant et ainsi captivée par la vie des autres qu’elle voit défiler à la vitesse grand V. Monter, seule mais pourtant tant accompagnée par toute une&nbsp;foule virtuelle qu’elle ne se sent pas le besoin de papoter dans la vie réelle.<br>Mais il va falloir bientôt lever la tête pour affronter la foule du centre commercial pour ses achats de Noël !

</p>



<p></p>



<p>

————————————————————————————

</p>



<p><strong>Val :&nbsp;</strong></p>



<p>Ils avaient passé la nuit ensemble, une des premières. Ils s’étaient aimés à plusieurs reprises en douceur au début puis de plus en plus fougueusement. Elle ne se reconnaissait pas, elle n’avait jamais vécu cela avec aucun homme, n’avait jamais jusqu’alors ressenti pareilles sensations dans son bas ventre. Etait-ce sa jeunesse à lui ou le côté interdit de cette relation qui l’avait à ce point métamorphosée ? Elle si sage et pudique dans ces précédentes histoires ne se croyait pas capable d’autant de fièvre. Il l’avait guidée, lui avait dit et répété qu’elle était belle, elle y avait cru, elle s’était complètement laissée aller et elle avait même pris des initiatives et aimé cela.</p>



<p>Toujours est-il que ce matin quand elle ouvrit un œil et vit l’heure à son réveil, son côté sérieux, consciencieux et professionnel revint d’un coup. Elle allait être en retard et ne le supportait pas. Il essaya de la convaincre de rester, de se faire porter pâle pour une fois. Ils iraient profiter de cette belle journée ensoleillée, mangeraient au restaurant et passeraient l’après midi au lit. Bien que tentée, elle ne pouvait pas se le permettre. Elle devait être au bureau d’ici une heure, elle avait un rendez-vous important. Elle prit une douche rapidement, enfila sa petite robe qu’il essaya à plusieurs reprises de lui ôter la faisant rire aux éclats. Elle l’embrassa, il tenta de la retenir mais elle s’échappa et claqua la porte derrière elle. Elle accéléra le pas. Son téléphone vibrait sans arrêt dans sa main. Il la relançait, lui disait qu’elle aurait dû rester avec lui, que sa peau déjà lui manquait, que son odeur dans les draps était douce mais ne lui suffisait pas, qu’il voulait l’enlacer, la caresser, l’embrasser, l’aimer…. Au haut de l’escalator, absorbée pas ces messages exaltés, elle ne comprit pas ce qu’il se passait. D’un coup, il y eu une secousse, puis une autre encore plus forte. L’endroit si calme deux minutes avant s’emplit de cris, de gens hurlant, de bruits atroces, de murs qui s’écroulent. En un rien de temps, le bâtiment dans lequel elle se trouvait fut rasé et transformé en une montagne de boue, de briques, de ciment et de chair incarcérée.</p>



<p>L’amoureux transi n’a jamais revu sa belle. La nature en a décidé autrement, emportant son amour comme des centaines d’autres victimes qui n’avaient rien demandé à personne, qui étaient juste au mauvais endroit au mauvais moment. Depuis, il pleure, il crie, il s’en veut de ne pas avoir réussi à la retenir. Mais peut-on aller contre le destin&nbsp;?</p>



<p>————————————————————————————</p>



<p><strong>Terjit : </strong></p>



<p>

Les centres commerciaux n’ont plus trop la cote aujourd’hui. A la fin du siècle dernier c’était très tendance de passer son samedi dans ces temples de la consommation aussi abondants qu’impersonnels, mais le monde a changé. Sophia fait partie de ces gens qui n’y ont plus mis les pieds depuis des années. Pourtant elle n’achète rien en ligne, n’est pas agoraphobe et n’a pas cédé à la logique de la décroissance.&nbsp;<br><br>La raison de son absence est juste pragmatique&nbsp;: Sophia appartient à cette nouvelle espèce pudiquement appelée les travailleurs pauvres. Elle travaille à mi-temps dans une maison de retraite comme femme de ménage et gagne à peine 700 euros par mois. On lui a bien proposé de «&nbsp;travailler plus pour gagner plus&nbsp;» en passant à temps plein, mais en horaires décalées. C’est sûr que gagner le double d’aujourd’hui aurait été une bouffée d’oxygène pour payer ses 400 euros de loyer et arrêter de faire la queue aux Restau du cœur quand le réfrigérateur est vide. Mais voilà, elle n’est pas seule Sophia, et même avec un meilleur salaire elle n’aurait pas les moyens de faire garder le soir Sonia, son adorable petit bout de chou de 6 ans. Vous penserez logiquement&nbsp;: et le père&nbsp;dans tout cela ? Il a disparu dans les trois minutes après le test de grossesse. Et sa famille&nbsp;? Elle est bien trop loin et s’est déjà saignée à blanc pour lui offrir un avenir en Europe. Ses amis&nbsp;? C’est difficile d’en avoir quand on ne peut pas rendre les invitations ou même aller boire un café en sortant du boulot, les gens se lassent. Il y a bien sûr les collègues de boulot mais elles sont dans une situation guère plus enviable que la sienne, alors chacune s’occupe de ses problèmes.&nbsp;<br><br>C’est une vie difficile qui la tourmente chaque jour, qui va même jusqu’à la culpabiliser de ne pas pouvoir offrir une meilleure vie à cette enfant qui n’a rien demandé. Mais elle ne se plaint jamais, elle sait qu’elle va devoir faire le dos rond encore quelques années, le temps pour sa puce d’être assez autonome pour se garder seule le soir. Après cela ira mieux, c’est certain.&nbsp;<br><br>Malgré tout elle s’efforce d’économiser un peu d’argent, modestement bien sûr, mais jamais pour elle-même. Dans une petite boite elle met au moins 10 centimes par jour, parfois un peu plus, et quand la somme est suffisante elle va chercher Sonia à l’école avec un pain au chocolat. Ce n’est pas grand-chose mais cette enfant bien consciente du sacrifice que cela représente en a les yeux pétillants. Puis elles rentrent main dans la main, heureuses de ce petit bonheur partagé.&nbsp;<br><br>Ce matin en rentrant de l’école Sophia est tombée sur un panneau publicitaire du supermarché d’à-côté, celui dans lequel elle n’a plus les moyens d’aller depuis bien longtemps. Elle s’est précipitée chez elle pour faire le point sur sa petite cagnotte&nbsp;: avec les efforts supplémentaires de ces dernières semaines elle a accumulé 8 euros et 70 centimes, en plus du budget pour les pains au chocolat, exactement 50 centimes de plus que le prix affiché dans la pub. Elle est ressortie en trombe pour être certaine de ne pas rater l’occasion, a poussé la porte vitrée du centre commercial et la voilà dans l’escalator. Elle recompte pour la troisième fois les pièces au creux de sa main, pour être certaine de ne pas s’être trompée. Maintenant c’est confirmé : elle a ce qu’il faut pour lui acheter la trousse Hello Kity dont elle rêve depuis la rentrée. Dans le rayon le prix est bien celui de l’affiche, et juste à côté elle trouve la gomme à l’odeur de barbe à papa dont elles ont parlé ensemble la semaine dernière.&nbsp;</p>



<p>A la caisse elle en tremble de joie, ce qui attire l’œil de la caissière. C’est une femme plus âgée qu’elle qui comprend l’importance de cet achat quand elle voit Sonia sortir un stock de pièces jaunes. En rendant le ticket la caissière passe discrètement la main sous son pupitre et en ressort une petit pochette cadeau, « Pour votre petit fille » dit-elle avec un grand sourire. </p>



<p><br>————————————————————————————<br></p>



<p><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres sites :&nbsp;</strong></p>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vQg7aK9S7N6PDt5Tv1ja2JZYLlwRua96Vi2Vf1TXGZTDn_HVkaO0lHWcjEY_-gk8gXK8WxHmrVZOecQ/pubhtml?gid=1541432283&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;></iframe>&gt;</pre>
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		<title>Artiste d&#8217;un monde flottant, atelier d&#8217;écriture</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Dec 2018 04:00:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[geisha]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je marbre ta fleur de cerisierDe l&#8217;atlas de mon corpsTandis que sous le souffle de ton kimonoFurète ma bouche fauveLa rosée sur ton corpsAnnonce déjà les berges du crépuscule Alexandra [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter"><img decoding="async" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/12/Atelier-décriture-320.jpg" alt="" class="wp-image-22844"/><figcaption>© Tony Wan</figcaption></figure></div>



<p class="has-drop-cap">Je marbre ta fleur de cerisier<br>De l&rsquo;atlas de mon corps<br>Tandis que sous le souffle de ton kimono<br>Furète ma bouche fauve<br>La rosée sur ton corps<br>Annonce déjà les berges du crépuscule</p>



<p>Alexandra K, dimanche 9 décembre</p>



<p>————————————————————————————<br></p>



<span id="more-22869"></span>



<p><strong>Val</strong> :&nbsp;</p>



<p>Je crois que je peux être fière. Je l’ai rarement été jusque-là mais aujourd’hui ma ténacité paie.</p>



<p>Depuis que je suis petite, je suis fascinée par la mode, les matières, les tissus, les couleurs, la coupe des vêtements. Quand je faisais les boutiques avec ma mère, je ne trouvais jamais rien. Comme nous n’avions pas beaucoup d’argent, nous allions comme toutes mes copines d’ailleurs, dans des enseignes modestes. Sauf que quand je voyais comment étaient faits les vêtements, je n’arrivais jamais à me trouver une jupe, un pantalon ou un chemisier correctement taillé. Quoi que je me mette sur le dos, on aurait dit un sac. Maman, mes amies me disaient que j’exagérais, que tel ou tel article m’allait très bien. Aussi, je finissais par céder car il fallait bien que je m’habille mais il n’était pas rare qu’à peine arrivée à la maison, je découse un côté ou un ourlet pour le reprendre à la main. Le jour où j’ai transformé en jupe un de mes pantalons, mes parents ont commencé à se poser des questions. Moi je ne m’en posais plus. Malgré mes bons résultats scolaires, je ferai un bac pro couture après ma troisième. Ils ont essayé de me détourner, de me dire que c’était dommage de ne pas aller plus loin, que je pouvais continuer à m’amuser à coudre à la maison mais qu’il ne fallait pas gâcher mon potentiel. Nous nous sommes disputés de nombreuses fois mais je ne lâchais pas. Nombre de mes camarades ne savaient pas ce qu’ils voulaient faire plus tard, et moi qui savais, qui était convaincue, on voulait m’embarquer dans des études qui ne me plaisaient pas. Je n’ai pas cédé. Lors de la première feuille de vœux à remplir au début du deuxième trimestre, j’avais mis bac pro couture. Mes parents n’ont pas voulu signer la fiche et ont été reçus par ma prof principale. C’est à contre cœur, qu’ils ont fini par accepter.</p>



<p>Durant ma formation, j’ai travaillé dur pour être toujours au top. Je ne négligeais aucune matière. Malgré les retours positifs de tous mes profeurs, mes parents restaient perplexes, limite déçus. Mais je n’ai pas baissé les bras. Pour valider notre dernière année, nous devions accomplir un gros projet. J’ai passé plusieurs entretiens dans des maisons de haute couture mais j’étais tout le temps en concurrence avec des élèves d’écoles plus prestigieuses que mon petit lycée de banlieue. Je commençais à désespérer quand une de mes profs m’a indiqué qu’un grand spectacle se montait à l’opéra Bastille et qu’ils cherchaient des costumiers. Un ballet asiatique avec une cinquantaine de danseurs. J’ai aussitôt téléphoné et j’ai réussi à décrocher un rendez-vous. J’ai corrigé mon CV, rajouté des photos dans mon book et je suis montée sur Paris. Nous étions nombreux dans le couloir à attendre d’être reçus. J’angoissais mais j’étais motivée comme jamais et ils l’ont senti. Ils m’ont donnée ma chance. Chacun des sélectionnés devait présenter pour la semaine suivante un modèle de kimono féminin. A charge à chacun de trouver un tissu, un modèle et de le confectionner.</p>



<p>A peine sortie de l’entretien, toute euphorique, j’ai pris le métro direction le marché Saint-Pierre. J’ai arpenté les différents boutiques, ouvert grand les yeux, touché des dizaines de tissus à la recherche du Saint-Graal. J’ai craqué pour un tissu en satin avec de fines rayures rouges agrémentées de jolies fleurs et d’étoiles. Dans le train, sur le petit bloc qui ne me quitte jamais, j’ai commencé à dessiner mon modèle… J’ai travaillé jour et nuit jusqu’à que je sois satisfaite. Jusqu’au dernier moment, je trouvais toujours quelque chose qui n’allait pas, un pli mal placé, une piqure pas assez propre… J’avais envie d’y croire mais je savais que mon projet devait être parfait.</p>



<p>Et ça a marché. C’est mon modèle qui a été sélectionné et j’ai été nommée responsable des costumes pour ce grand spectacle. A dix couturières, nous avons dû réaliser en un temps record tous les costumes. Chaque danseur avait mon kimono et au moins une voir deux autres tenues selon son rôle. Ce soir, c’est la première du spectacle. Je suis dans les coulisses, je suis fière des petites mains qui ont travaillé avec moi, je suis fière de moi et j’espère que mes parents qui sont dans la salle sauront également apprécier notre travail.&nbsp;</p>



<p>————————————————————————————</p>



<p><strong>Apolline :&nbsp;</strong></p>



<p>In the Mood for love</p>



<p>Accueillie dans La Maison Pourpre
depuis plus de six mois maintenant, Huan («&nbsp;anneau de jade&nbsp;») restait
timide et peu encline à s’extérioriser. Elle était venue sur la recommandation
de son amie Fang («&nbsp;parfumée&nbsp;»), avait fait face à moultes castings,
avait été retenue mais ne s’habituait pas au cérémonial des présentations de
haute couture dans cette immense ville qu’était Shanghai. Pourtant La Maison
Pourpre, la plus réputée, ce n’était pas rien.</p>



<p>On la disait jolie et déliée et
les encouragements n’avaient pas manqué pour tenter de la propulser sur le
devant de la scène. Elle faisait preuve d’une grâce féérique quand dans un
mouvement aérien et magique, malgré un trac épouvantable, elle acceptait enfin
de se présenter devant un public averti. Il fallait la prier mais elle seule,
était capable d’endosser tous les costumes, des plus chamarrés, des plus
traditionnels, gainée en kimonos colorés, aux plus modernes, aux plus osés,
enveloppée dans des soieries diaphanes ou des voiles éthérés. Elle arborait des
chignons élaborés, piqués dans leurs circonvolutions, qui d’une fleur de lotus,
qui d’une fleur de jasmin ou simplement d’une rose thé qui contrastait
sublimement sur le noir velouté de ses cheveux. Le blanc et le rouge avaient
souvent la préférence du maitre couturier Cheng &#8211; ce n’était pas par hasard si
son prénom était parfaitement adapté à la situation car «&nbsp;réussir&nbsp;»
était son mantra &#8211; et il refusait catégoriquement de se passer de Huan.</p>



<p>Plus le temps passait, plus Huan
souffrait. Elle ne le faisait pas exprès, elle luttait de toutes ses forces
pour être à la hauteur de ce qu’on attendait d’elle. Elle n’était pas
mécontente quand les louanges lui étaient adressées avec force compliments
après un défilé particulièrement réussi. On lui offrait des fleurs, on disait
de belles choses sur elle mais elle fuyait aussitôt sa prestation terminée pour
aller se réfugier dans sa loge en pleurant. Ce n’était pas cela son rêve…Et
pourtant les paillettes, la magnificence l’étourdissaient et c’était sans cesse
en elle, attirance, répulsion. Son corps savait ce qu’il aimait, sa voix aussi,
mais mentalement c’était la vanité et l’inanité de son métier qui
l’anéantissaient. En passer par les affres d’un stress permanent pour juste de
la couture même haute ne la satisfaisait pas. Son amie Fang tentait de la
persuader en lui répétant qu’elle avait une chance folle qu’il ne fallait pas
gâcher, elle l’accompagnait avec fidélité et persévérance, la mettait en garde
contre Cheng, devinant les projets qu’il concoctait en profitant de la naïveté
de Huang. </p>



<p>Huang, elle, ce qu’elle voulait
depuis qu’elle était toute petite fille, c’était faire partie de la troupe du
ballet de Pékin, danser Casse-noisette et chanter l’opéra&nbsp;! Peut-être
serait-elle capable là, d’oublier sa timidité et de s’élancer en pleine
lumière&nbsp;?</p>



<p>Après tout, elle n’avait que
seize ans…</p>



<p>————————————————————————————</p>



<p><strong>Kroum :&nbsp;</strong></p>



<p>Sur la pointe des pieds, tu t&rsquo;en vas&#8230;<br>Ô délicieuse Geisha<br>reviens encore auprès de moi,<br>j&rsquo;ai besoin de toi.<br>T&rsquo;entendre me dire des mots doux,<br>Te voir m&rsquo;écouter aussi dépeindre mon quotidien très lourd,<br>tels étaient mes souhaits ce jour.<br>Mais viens aussi me masser le cou,<br>Là, ici, puis plus bas, tout en moi est si tendu.<br>Dis moi, m&rsquo;as tu bien entendu ?<br>Je te paies assez cher, tu ne crois pas ?<br>Tu pourrais au moins m&rsquo;accorder cette faveur là !<br>Allez, viens par ici,&nbsp;<br>tu n&rsquo;as pas fini.<br>Tu m&rsquo;as bien amusé,<br>c&rsquo;est vrai,<br>mais j&rsquo;en veux plus.<br>Je te vois hésiter en plus ?<br>Est-ce que mes confidences d&rsquo;homme d&rsquo;affaires avisé<br>t&rsquo;auraient donné des idées pour négocier ?<br>Ou peut être regardes tu trop la télé,<br>Et serait influencée dans la revendication par le mouvement actuel du peuple français&nbsp;?<br>Ok ! tu as gagné !<br>Voilà encore quelques billets.<br>Allez, dépêche-toi s&rsquo;il te plait&nbsp;!<br>je suis prêt à plus payer.<br>Mais&nbsp;? Que vois je là&nbsp;?<br>Tu t’en vas&nbsp;?</p>



<p>————————————————————————————</p>



<p><strong>Terjit : </strong></p>



<p>Derrière le velours le brouhaha est rauque. <br>Par l’œil du rideau je vois que la salle est pleine. <br>J’avais prié pour qu’il ne soit pas là, John Arnold est au 2<sup>ème</sup>rang. <br>Je préfèrerais mourir plutôt que jouer devant LUI, si grand en Ritsuko. <br>A jardin le metteur en scène fait le signe des trois minutes. <br>Je veux fuir mais c’est trop tard pour s’échapper. <br><br>Au centre de la scène nous nous retrouvons mains enlacées, nous hurlons notre trouille en silence, je regarde avec douceur cet enfant que je vais assassiner, chacun va prendre sa place en coulisse, je suis inondé sous mon kimono, mes jambes sont chiffons, mon cœur transperce mes tympans, la torture est insoutenable, il faut que cela s’arrête. <br><br>Le voix off résonne : <em>« Merci d’éteindre vos téléphones portables, les photos et vidéos sont interdites. Bon spectacle à l’ombre de L’arbre des tropiques »</em>.<br><br>Le premier coup du brigadier me pulvérise les genoux. <br>Le second me fracasse les côtes. <br>Le dernier me décapite. <br>Le rideau s’ouvre en grinçant. <br>La lumière crue du latéral droit déchire l’espace. <br><br>Mon corps de zombie avance sans réfléchir jusqu’au seuil de la scène, mes pointes de pieds sont au-dessus du précipice, je décompte les 5 secondes avant la chute fatale, à 4 mes orteils se réveillent, à 3 la douleur disparait, à 2 l’excitation me submerge, à 1 j’ai la force d’un lion, à 0 le monde est à ma merci, je franchis le dernier pas en apesanteur. <br><br>Ca y est, mon corps d’homme n’est plus. <br><br>Je suis Ritsuko, la plus machiavélique, incestueuse, infanticide, je méprise du regard tout ce qui m’entoure, mon souffle infeste le monde, ma puissance dévastatrice est infinie, la souffrance des autres me fait jouir, mes enfants ne sont que des cloportes que je vais écraser, mon œuvre accomplie la scène se couvrira du sang de mon suicide, de la plus digne des morts.  <br><br>Le rideau tombera et la mascarade s’arrêtera nette. <br>Au premier salut Ritsuko fera de la résistance. <br>Au second je reprendrai le dessus, un sourire un peu idiot m’envahira. <br>S’il y a un troisième je n’oserais plus regarder le public. <br>Dans les coulisses nous nous féliciterons<br>Je retirerai mon kimono. <br>J’effacerai mon maquillage et redeviendrai moi-même. <br><br>En sortant je prierai pour ne surtout pas croiser John Arnold. <br>Je traverserai la rue jusqu’au Métro. <br>Dans la rame les regards ne seront pas plus bienveillants que ceux de Ritsuko. <br>Ma rue sera aussi déserte qu’à l’habitude. <br>Mon escalier sera toujours aussi pénible à monter. <br>Ma chambre de bonne n’aura pas doublée de taille. <br>Mon frigo sera toujours aussi désert. <br>J’extirperai les derniers fragments de Ritsuko sous la douche. <br>J’irai me coucher des lumières plein les yeux. <br>Je reprendrai ma vie normale jusqu’à demain soir. <br><br>Un big-bang par jour c’est déjà pas mal.</p>



<p><br>————————————————————————————  <br></p>



<p><strong>Les autres textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs :&nbsp;</strong></p>



<p><br>&nbsp;<br><br><br><br></p>

<iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vT6Gvu8fa6MRvjhP_aPz6n-LVZYKjHyWJvHEoXAqJoRag7zpfnN85SDEgS5rWCx1blydSejr_FiUIbK/pubhtml?gid=737115608&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;></iframe>



<p></p>
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		<item>
		<title>Ecriture 319 : Casa nostra</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-319-casa-nostra/22832/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Dec 2018 03:44:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.bricabook.fr/?p=22832</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque week-end, Nicolas se levait aux aurores. Vers 09h 16, quand la brume de mon sommeil s&#8217;éclipsait, je retrouvais la table du petit déjeuner mise : trois croissants et une [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="size-large wp-image-22822" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/11/refuge-700x467.jpg" alt="" width="700" height="467" /></p>
<p style="text-align: justify;">Chaque week-end, Nicolas se levait aux aurores. Vers 09h 16, quand la brume de mon sommeil s&rsquo;éclipsait, je retrouvais la table du petit déjeuner mise : trois croissants et une fleur de saison dans un soliflore. Dans le garage, j&rsquo;entendais Nicolas bricoler. Il sifflotait toujours le même air.<br />
Le dada de mon mari était d&rsquo;équiper la maison des derniers gadgets. Très vite, je n&rsquo;eus besoin que de mon index pour ouvrir le portail, de ma voix pour lever les volets, ou d&rsquo;un simple claquement de doigts pour éteindre les lumières. A l&rsquo;extérieur, toutefois, il fit construire un jacuzzi à l&rsquo;ancienne. Il fonctionnait au bois et au charbon. Rien d&rsquo;électronique.<br />
« Mon petit caprice », comme il aimait l&rsquo;appeler.<br />
Une fois par mois, il y passait une soirée, en compagnie du voisin. Une bonne bouteille de Bourgogne, et ils refaisaient le monde. Moi, j&rsquo;en profitais pour aller faire du taï chi avec Martine. Avec elle aussi, je refaisais le monde. Nicolas revenait toujours plus détendu de cette soirée entre hommes.<span id="more-22832"></span><br />
Un matin, toutefois, la police débarqua. Je la vis à travers la caméra reliée à mon téléphone. Nicolas me dit de me rendormir, qu&rsquo;il réglerait ça. Dans les journaux pourtant, le pigiste était formel : la police avait arrêté le chef de la « Cosa nostra ». Un ponte de la mafia sicilienne. Mon Nico. Lui. L&rsquo;article disait même qu&rsquo;on avait eu du mal à le retrouver, puisque toutes les négociations se faisaient loin de l&rsquo;appareil Google Home. Les preuves avaient été longues à trouver. Depuis, quand je demande à Alexa les dernières informations, j&rsquo;ai toujours une pensée pour mon mari. En prison, les volets ne se ferment pas. L&rsquo;entendre siffloter chaque dimanche me manque.</p>
<p style="text-align: justify;">Alexandra K, dimanche 2 décembre 2018</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mijo</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ils n’avaient pas pris de vacances depuis quelques années, privilégiant leurs carrières. Ils ne gagnent pas trop mal leurs vies. Un joli couple de trentenaire, elle avocate, lui ingénieur dans une grande boite. Ils ont  acquis un bel appartement, pas trop loin du centre parisien, mais qui les obligent malgré tout à prendre le métro tous les jours et rentrent assez tard le soir. Ils n’ont pas beaucoup de temps pour eux et se croisent souvent. Ils n’ont même plus le temps  ou le courage de se disputer.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce soir-là, assis dans leur canapé, ils feuillettent les différents  prospectus de voyages, lorsqu’ils tombent devant cette image. Un séjour intitulé « retour aux sources », dans un cadre idyllique. Un chalet de bois niché dans un  écrin de verdure vous accueille tout l’été. Vous vivrez  un séjour en toute autarcie, au sommet d’une montagne avec une vue magnifique, à 360 degrés sur  les vallées alentours, bercer par les glouglous de la rivière et le frémissement des arbres sous la bise.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est décidé ! Les voilà partis ! Tranquillité, repos,  dépaysement…</p>
<p style="text-align: justify;">Ne rien oublier !  A peine arriver … obliger de laisser la voiture en bas. Deux kilomètres de randonnée avec sac sur le dos. Enfin arrivés…  Le site est superbe et le chalet accueillant. Installation faite, Allez chercher du bois car en altitude il fait toujours un peu frais. La flambée monte dans la cheminée. Le feu crépite dans  l’âtre, la maison craque, le bois vit. Maintenant, le poêle, à bois aussi, pour cuisiner… Ce n’est pas gagner ! Heureusement le premier repas est prêt à être réchauffé…. Le bois va être essentiel, il va falloir en couper pour les jours à venir. Pas de douche ce soir. Elle est extérieure et solaire. Pourvu que demain il fasse beau. L’eau au robinet super !!! Mais que froide… Et bien sûr pas d’électricité…La lampe à pétrole, c’est chaleureux… La nuit est tombée, le silence est assourdissant&#8230; Pas de musique, de télévision, pas d’internet ni de téléphone, totalement déconnecté … Le ciel étoilé est magnifique. La lune éclaire amplement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le calme est reposant. Calme, calme, la forêt se réveille… La chouette ulule, les brindilles craquent sous les pattes des petits animaux, les chauve-souris volettent , le bruit de l’eau est toujours présent, on ne se sent plus aussi seuls… Demain, levez aux aurores, allez chercher le lait et les œufs à la ferme en bas, coupez du bois pour le soir, en espérant le soleil pour la douche… Mais aussi balade à la recherche de mûres ou de champignons&#8230;.Demain, cuisiner et faire le pain dans le four à bois bien sûr. Dire que les arbres mettre des années à pousser…Demain…</p>
<p style="text-align: justify;">Sommes-nous prêts à revenir aux sources, à vivre sans électricité, à tout miser sur le bois  pour se chauffer, pour cuisiner…. Ne pas avoir l’eau au robinet, aller la chercher à la source… être tributaire du soleil pour l’eau chaude….Sommes-nous prêt à lâcher notre confort pour sauver la planète.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Manue</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Personne ne savait qu’il habitait là, le secret était bien gardé. Les quelques habitants de l’île étaient des taiseux et ceux du continent beaucoup trop attachés à leur tranquillité pour dénoncer qui que ce soit.</p>
<p style="text-align: justify;">Son périple avait été bien trop long pour son vieux corps fatigué, bien trop d’épreuves avaient jonché son chemin, de blessures. Le monde est violent pour ceux qui dérangent, mieux vaut les faire disparaître plutôt que d’écouter leurs particularités ou croire à leur magie.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était harassé qu’il s’était finalement posé là, un matin d’hiver. Un pêcheur d’un autre âge l’avait trouvé épuisé près du rivage, il avait donné toutes ses forces pour s’échouer finalement le plus loin possible des terres les plus peuplées. Peut-être avait-il été attiré par le lieu ? Ou par l’aura du bonhomme qui vivait là … Il avait certainement senti que celui qui parlait aux plantes comme à des âmes saurait lui construire un refuge à l’abri des yeux du monde, dans ses entrailles, au plus près de l’antre dont il était issu.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne s’était pas trompé. L’humanité recelait encore quelques trésors, inconnus du plus grand nombre. L’île en était un, et le pêcheur le plus beau de ses joyaux. L’homme vivait de l’air du temps, blotti sous les couettes de duvet quand le temps était à la pire des tempête, mais dans sa coquille de noix quand la mer était belle, ou sur la glace. Il aimait regarder le soleil se lever et s’allonger dans l’herbe sauvage brassée par le vent du nord. Il avait un nid solide mais froid aux pires jours de l’hiver. Et il vivait seul.</p>
<p style="text-align: justify;">Les premiers jours furent harassants, il fallut creuser la terre gelée, la roche, poser des étais solides. Quand la première galerie fut terminée le reste fut plus facile. Son protégé, invisible aux yeux humains, retrouvait force et vigueur, très vite il lui apporta une merveilleuse chaleur, un peu magique, parfois terrifiante. Ses ailes cicatrisaient, les onguents de l’homme faisaient des merveilles sur ses écailles en piteux état et rapidement il retrouva des forces. Assez pour chauffer la maison plus qu’il ne fallait ainsi que l’eau du hot tub. Jour et nuit l’eau était brûlante et la fumée, comme le souffle d’une respiration puissante, semblait ne jamais s’arrêter de sortir du long tuyau d’évacuation.</p>
<p style="text-align: justify;">Les quelques autres habitants, d’abord étonnés de cette nouvelle source de lumière, chaleureuse, ne posèrent guère de questions, ils se contentèrent juste de passer plus souvent prendre des bains lorsque la nuit était tombée et qu’ils pouvaient lire l’avenir dans les étoiles au dessus de leurs têtes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils continuèrent à parler aux plantes et à croire que les êtres magiques existaient, ils en avaient la preuve, un dragon vivait sous la maison.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cloud</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">La photo offrait le spectacle d’une nuit limpide où les ombres ciselées des sapins caressaient les courbes de la montagne. Une cabane, éclairée comme un gilet jaune sortant des ténèbres, donnait au paysage la magie d’une crèche de Noël, et une haute cheminée surplombant un chaudron laissait s’échapper des volutes blanchâtres d’une improbable élection papale salvatrice. Un lieu à fleurir bon l’authenticité naturelle et les produits bio.</p>
<p style="text-align: justify;">Proposée par un site d’hébergement chez l’habitant, l’image bucolique avait de quoi séduire. C’est dans ce lieu perdu de la Belmanie orientale aux confins de Carpates que Gérard Blossut, auteur renommé de contes pour enfants, rarement exaltants souvent soporifiques, décida de se retirer quelques semaines pour y retrouver l’inspiration et écrire son nouvel ouvrage destiné aux enfants bien-pensants de l’ouest parisien. L’esprit des grands auteurs du XIXe siècle, amoureux de la nature et du bien écrire, l’accompagnerait durant son séjour.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le vrai monde est toujours différent des cartes postales. Lorsque le propriétaire, fin saoul, vint le chercher à Gzzadhz, la capitale, et l’emmena dans son épave de voiture à travers les routes sinueuses et verglacées, Gérard pressentit que tout ne serait comme dans le dépliant. Une fois à l’intérieur de sa mansarde sans chauffage qui lui servait de gîte, malgré l’odeur pestilentielle qui émanait de la bassine de mélasse se consumant à proximité, il voulut immédiatement se mettre au travail. Hélas, il constata amèrement que son ordinateur avait été subtilisé. En désespoir de cause, il arracha la nappe en papier de la table en bois et tenta, malgré tout, d’aligner de ses doigts glacés quelques mots, fussent-ils maladroits. N’est pas le Docteur Jivago qui veut, le froid sibérien figea autant son imagination que ses mains de poète. Il abandonna rapidement et se servit un ersatz de café. Il était seize heures, il faisait déjà nuit, une panne électrique plongea la vallée dans l’obscurité totale. Il se coucha, un peu dépité sans pour autant pouvoir dormir au milieu du vacarme des chiens errants, de voisins mitoyens en proie à des scènes de violence, et d’une femme fellinienne qui grattait à sa porte pour lui proposait ses charmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, le lendemain, avec tristesse et découragement, il décida d’écourter son séjour. Le logeur, après lui avoir discrètement volé quelques affaires personnelles, accepta de le déposer à l’aéroport pour une somme aussi rondelette que son embonpoint.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois revenu chez lui à Paris, sans un euro restant, il se remit au travail et écrivit sans relâche dans la quiétude de son appartement parisien, face au Jardin du Luxembourg. Six mois plus tard, il publia avec succès son livre «Triple meurtre dans les Carpates».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour réussir, il faut sans doute accepter de sortir un moment de sa zone de confort.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Kroum</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une cabane en bois,<br />
Adossée à la colline. Aujourd’hui il y fait froid<br />
On y vient en voiture<br />
Tellement elle est perdue dans la nature.<br />
On s’y sent bien toi et moi,<br />
On aime y venir depuis quelques mois.<br />
Après avoir marié notre petit dernier<br />
Cet été<br />
on s’est retrouvé un peu perdu<br />
Tous les deux dans notre immense appartement cossu.<br />
Mais il me vint une idée, celle de nous échapper là bas<br />
En achetant une cabane au Canada,<br />
Loin de tout ce monde qui s’agite autour de nous,<br />
Loin de cette ville citadine qui nous rend fous !<br />
Ici, auprès d’un feu de cheminée,<br />
Nous retrouvons notre romantisme oublié<br />
Pendant toutes ces années actives et débordées<br />
De parents et d’employés.<br />
Ici, dans cet environnement apaisant,<br />
On se redit des mots plaisants<br />
Tout en restant au lit<br />
Tant qu’on en a envie.<br />
Nous revivons nos jeunes années d’amoureux transits<br />
Quand nous devions nous voir à l’abri<br />
Des yeux de nos parents<br />
Pas toujours coulants.<br />
Même si nos corps ont bien vieilli,<br />
Notre amour passionné est resté intact et on le savoure ici.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Lieu-dit, La Prairie.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin allais-je peut-être sortir de cette période de « vache maigre »… D’autres horizons daigneraient peut-être s’ouvrir à moi. Les prémices d’une réussite se dessinaient. Sans trop y croire, je m’accrochais. Bercer par ces perspectives de réussite, je m’endormis d’un sommeil profond et réparateur.<br />
Après tout, certaines et certains avaient réussi, et ce, au-delà de leurs espérances.<br />
Par exemple, prenons : J.K. Rowling avec son « Harry Potter » écrit sur un coin de table dans un café situé dans un quartier déshérité d’Edimbourg. J.K., penchée sur sa page blanche, n’imaginait pas faire fortune en tant qu’écrivaine reconnue, et pourtant…<br />
Il est permis de rêver. Nos rêves peuvent se matérialiser, y croire est déjà énorme. L’espoir est définitivement un bien précieux.<br />
Le miracle se produisit. Mes pages, si laborieusement écrites, faisaient la une de l’actualité littéraire (on ne rit pas). Et mon premier livre trônait dans les vitrines des libraires.<br />
Sans être vénale et en reprenant ce poncif : « l’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue ». L’un de mes rêves allait peut-être pouvoir se réaliser. Quitter cette petite mansarde pour une maison qui me correspondrait.<br />
J’enchaînais les visites. Mais le coup de cœur tardait à venir. Je voulais tout ; la mer, la  montagne ou la campagne mais au fait, quelle campagne ! Et puis, lors d’un déplacement dans le Jura français, pour une dédicace,  j’eus une véritable illumination. La nuit, constellée d’étoiles, était déjà bien avancée et là, au détour d’une petite route située sur un haut-plateau. J’aperçu cette maison, habitée, très éclairée et pleine de vie. En face de la maison, au milieu d’une vaste étendue, deux personnes faisaient « trempette » dans un bain scandinave chauffé au feu de bois. Ils bravaient le froid comme deux norvégiens assoiffés de nature. J’ai mis de côté mes réticences dictées par mon éducation, j’ai fait taire ma pudibonderie. J’ai sonné « la cloche de vache » accrochée au portail.<br />
Je ne m’étais pas trompée. Les occupants n’étaient pas norvégiens mais suédois. Mes charmants hôtes me proposèrent de partager un plateau de fromages accompagné du nectar de la région, un « Pulsard » gouleyant à souhait. Le Morbier assorti des fameux « knäckebröd » était « à tomber ».<br />
La maison leur avait été louée pour une semaine au cœur des cascades du Hérisson. Ils m’invitèrent à entrer tout en m’expliquant que les propriétaires jurassiens souhaitaient vendre. Je n’en croyais pas mes oreilles. Quelle aubaine !</p>
<p style="text-align: justify;">L’affaire fût conclue. A moi les bains pour des moments de détente magique et relaxant, le bureau que j’installerai devant la fenêtre du salon avec une vue à 180° sur le lac et les collines environnantes ; les feux de cheminée pour réunir famille et amis. Ah, la belle vie ! Une maison pour alimenter la source de mon inspiration, ce  havre de paix qui pourrait stimuler mon imaginaire et me permettrait peut-être d’atteindre la consécration avec un prix Goncourt…<br />
Encore endormie, mon réveil sonna. Dans une douce torpeur, emmitouflée dans ma couette, j’ai tendu le bras pour couper la sonnerie stridente qui m’intimait l’ordre de me lever. Il est six heures, petit matin chagrin, la pluie tambourine sur la verrière, quelques pigeons, ces rats volants se sont posés sur le rebord de la lucarne.<br />
La nuit m’avait emportée vers un horizon jurassien. Le réveil mit un terme à mon rêve un peu fou de châtelaine, écrivaine dans les Monts du Jura.<br />
Allons, ne désespérons jamais et continuons de rêver.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nady</strong> :</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Souvenirs</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;"><em>« </em><em>Je sais on fait ce qu`on peut  </em><em><br />
Moi si j`étais l`Bon Dieu<br />
Je crois qu`j`aurais des remords<br />
Et maintenant bon Dieu<br />
Tu as bien rigolé<br />
Et maintenant j`vais pleurer » Brel dans Fernand</em></p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">23h40, j’allume mon PC pour me reconnecter à la réalité virtuelle. Inutile que j’aille rejoindre mon amoureux, Morphée ne sera pas au rendez-vous de sitôt ce soir. Le petit est couché, le silence est assourdissant dans la maisonnée ; j’aimerais tant les réveiller, ne serait ce que pour leur annoncer la nouvelle mais ça ne servira à rien, ils ne le connaissaient pas et puis à quoi bon affoler les hommes de ma vie, ça peut attendre demain.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Je clique sur le lien Bricabook et ce cliché apparait. Je reconnais les lieux : notre refuge l’an dernier sur le chemin de Compostelle lorsque nous nous sommes rencontrés au vingt cinquième kilomètre de notre journée de marche. Tout de suite nous nous sommes salués et avons commencé à papoter. Son prénom était Tony. La fatigue se faisant ressentir dans nos mollets, d’un commun accord, nous avons décidé de faire la halte de la soirée dans ce refuge plutôt moderne et accueillant. Le bois nous avait attiré et puis on y voyait un peu de monde civilisé, ça nous changeait des jours précédents au confort plus que spartiate. Nous n’étions qu’au début du printemps, ça ne se bousculait pas au portillon et nous avons eu de la place.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">A peine arrivés, nous étions pressés de nous préparer pour nous retrouver au diner, nous semblions avoir tellement de choses à partager ! Ce soir là, lui et moi avions trouvé l’oreille qui nous comprendrait. C’est drôle cette sensation… Etait ce ce lieu chaleureux qui nous invitait à la confidence ? Est-ce que cela ne serait pas aussi parce que c’était lui et parce que c’était moi ? Mais l’heure n’était pas à la recherche du pourquoi, nous avions déjà tous les deux un grand questionnement à élucider sur ces 3 mois de marche vers Compostelle. Il avait du mal à comprendre et dialoguer avec son fils. Après un petit entraînement, il s’était décidé à laisser sa femme s’occuper des petits enfants pour tenter de réfléchir à la situation en marchant.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Moi, j’avais laissé mon mari et mon petit de 10 ans à la maison. J’avais besoin de prendre du recul pour trouver la manière la plus apaisante pour annoncer au fruit de mes entrailles que son père est en fait un beau père dans le langage administratif mais qu’il pourra toujours le considérer comme son père. Je l’avais rencontré deux mois avant d’accoucher et notre histoire avait commencé. Son vrai père, celui qu’on qualifie de biologique, nous avait quitté subitement 8 mois et demi avant sa naissance, tué par un requin en surfant. Ce ne sont que des détails de mots mais j’ai besoin de lui dire la vérité même si beaucoup d’amour est présent dans notre foyer depuis près de 10 ans.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Nous avons passé Tony et moi la soirée à discuter sans nous préoccuper de l’heure. Tant pis si le lendemain nous ne pouvions pas nous réveiller aussi tôt comme les autres matinées. Notre rythme sera plus lent mais ce soir là tout ce qui nous importait était l’instant présent. Les sujets que nous avons abordés ne regardent que nous mais quand le lendemain nous nous sommes quittés, il avait voulu partir avant moi pour tester un sentier, il s’est mis à me tutoyer, fait exceptionnel d’après lui, me serrant très fort dans ses bras et me remerciant de l’avoir aidé à comprendre la génération de son fils. Quant à moi, c’est comme un père spirituel que j’enlaçais, n’ayant pas suffisamment de mots pour exprimer le bien qu’il m’a fait à travers ses pensées qui sonnaient parfois comme des conseils avisés.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Nous nous étions échangés nos mails mais depuis notre retour dans nos quotidiens bien organisés, nous nous contentions de nous envoyer des messages aux grandes occasions.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Je n’aurai pas le bonheur de lire ses souhaits de nouvelle année dans deux mois. Je viens de passer une demi heure au téléphone avec son fils qui avait trouvé mon numéro en signature d’un courriel adressé à son père le mois dernier où je complimentais Tony de ses talents de maquilleurs d’enfants sur le cliché de ses petites filles déguisées pour Halloween. Ce fils  m’appelait pour m’annoncer le décès de son père. Il ne me connaissait pas mais avait ressenti comme une force qui le guidait à me faire part de cette nouvelle. Avant de raccrocher, ce fils me fit une confidence étonnante en m’avouant qu’il était heureux d’avoir retrouvé un père à l’écoute à qui il avait pu dire plein de choses depuis son retour de Compostelle.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Il est bientôt minuit et demi. Il est tant que j’aille au lit prendre des forces car je sens que demain s’avère être une journée forte en émotions. Je vais proposer à mes hommes un petit pic-nic près du lac à quelques kilomètres de chez nous, un endroit qu’on aime tant, j’ai des choses à dire à notre petit.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Terjit</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">L’eau est à température idéale pour avoir très chaud sans être ébouillanté. La quantité de sel est parfaitement dosée pour que cela soit relaxant sans être agressif. La vapeur mélangée à la fumée gratifie mes narines d’effluves boisées. Il n’y a pas âme qui vive à distance raisonnable. Ayant pris un peu d’avance je suis déjà totalement immergé quand la porte de la maison s’ouvre. Elle apparait sur le seuil à contre-jour, sa grande serviette ne cachant presque rien de sa silhouette. En quelques pas pressés, elle est à côté du baquet.</p>
<p style="text-align: justify;">La chaleur est au début très désagréable, la sensation de brulure est paradoxalement très proche de celle d’une entrée dans une mer glacée après être resté longtemps au soleil, alors je sais que j’ai deux ou trois minutes pour la regarder avant qu’elle puisse totalement s’y plonger. Elle monte sur le petit escalier, une jambe s’écarte de l’autre pour enjamber la bordure laissant apparaître un hale de lumière à travers le linge. Le pied frôle l’eau, hésite un peu puis disparaît jusqu’à la cheville. La jambe étant moins douloureuse elle peut sans problème se laisser réchauffer jusqu’au genou. La cuisse plus longue à s’habituer impose beaucoup de lenteur, et s’immerge millimètre après millimètre. La lumière rasante détaille chaque frisson et chaque hésitation.</p>
<p style="text-align: justify;">La moitié de la cuisse enfin dans l’eau la serviette remonte jusqu’à la hanche pour rester sèche, il est temps à la seconde jambe de rejoindre la première. Les cuisses jointes ne laissent plus passer la lumière, le hâle est devenu enveloppant. Le temps pour le regard de s’adapter à la pénombre fait apparaître par magie les sinuosités harmonieuses. L’eau gagne du terrain vers les hanches, la serviette remonte maintenant jusqu’à la taille. La chaleur devient enfin supportable alors le passage du haut des cuisses est plus facile. Jusqu’à la base du nombril il faut savoir prendre son temps pour apprécier la caresse de l’envahissement, les picotements le long des reins, le frisson jusqu’à la nuque. La serviette n’ayant plus aucune utilité le corps est enfin libéré. Le ventre pourrait s’enfoncer sans à-coup jusqu’aux épaules mais ce serait gâcher le plaisir du frôlement de l’eau à mi-chemin. Elle s’arrête donc un instant, pivote d’un quart de tour pour me laisser m’extasier devant ce galbe surmonté d’une cerise encore transie par le froid. La descente reprend si lentement que l’eau semble franchir un col avec difficulté puis les quelques centimètres jusqu’au menton marquent la fin des préliminaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la suite vous n’en saurez rien car seule la lune est notre témoin, et elle sait garder les secrets.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apolline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Se brûler les ailes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dès le brasero et la lumière sous l’auvent allumés, Joseph a aperçu un papillon de la nuit, un hétérocère, dit-on savamment &#8211; mais quand on a comme lui, un chat qui s’appelle Pacha, on préfère dire un Gastropacha ou un Pachipasa, et quand on aime les mots, on peut aussi choisir une Graellsia Isabellae ou un Sphynx du laurier rose, bref on a le choix quand on n’y connaît rien et qu’on a aussitôt cherché le « modèle » sur M.Google.</p>
<p style="text-align: justify;">Et même si on n’est pas un scientifique pur jus, on sait qu’on aime la nature.</p>
<p style="text-align: justify;">On s’y confronte, on s’y délecte, on vit en osmose avec elle, on veut du dehors, de l’air pur ou peu frelaté, de l’herbe verte ou fanée par l’été, des arbres entre terre et ciel et toujours la montagne au loin comme un chapeau protecteur. On veut s’évader des murs, des frontières, des barrières, des limites, des haies et des protections, on ne veut pas de digital code, de fermeture sécurisée, de portail électrique gris foncé télécommandé ou d’alarme anti vol. Et on se fout d’avoir une sonnette. On préfèrerait une cloche de brebis au son aigrelet ou au timbre profond …</p>
<p style="text-align: justify;">Joseph avait longtemps cherché un coin où s’installer, il lui fallait le calme et la sérénité, le silence ou le chant des oiseaux, juste le bruit des feuilles qui craquent avec le vent ou celui des fourrés crissant d’insectes, les troupeaux sur les pentes, l’œil aigu du milan ou le cri du choucas. Le reste, il s’en accommodait. Avec Pacha, peu importait la solitude et avec son vieux vélo un peu rouillé, peu importait l’éloignement limité de la première épicerie.</p>
<p style="text-align: justify;">Après de multiples virées dans la région et autres déambulations le long des chemins noirs, il l’avait enfin dégotté sa maison, son antre, sa grotte, son nid. Pas forcément en super état mais pas cher et bonne à retaper &#8211; beaucoup de potentiel, dit-on habituellement dans les agences immobilières &#8211; le coup de cœur qui ne se raisonne pas. On a les oreilles qui bourdonnent, les yeux qui papillonnent, les mains qui tremblent, les jambes coupées, le ventre qui bouge et on sait organiquement que la trouvaille est forte d’émotion libérée. Alors on signe.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, vous pensez bien que quand un Gastropacha a commencé à virevolter autour des flammes, Joseph a été empli d’une joie décuplée. C’était la preuve d’un choix judicieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a eu envie de boire un coup, a sorti la gnôle et le petit verre de la tante Angèle et hop, il s’est enfilé le breuvage cul-sec en convaincant son Pacha de venir se frotter langoureusement à ses jambes et en priant que son Gastropacha ne se brûlât pas les ailes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vT103qW0snnlZYOI7S8C8_40aXQQBBWVh8Jxxz76EG8ow0DygUyDHbnK5S6qEDK81_0bL3UYtF71cgx/pubhtml?gid=1132835411&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;</iframe></p>
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		<title>Ecriture : Qui marche dans la neige ne peut pas cacher son passage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Nov 2018 03:17:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[neige]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>29 janvier 1942 06h19. Le bec de gaz crachote sa lumière vacillante. Un frisson me zèbre le dos de son arc électrique. Je relève mon col, mais le froid entre [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_22768" style="width: 343px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-22768" class="size-full wp-image-22768" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/11/snow.jpg" alt="" width="333" height="501" /><p id="caption-attachment-22768" class="wp-caption-text">© Aaron Wilson</p></div></p>
<p style="text-align: justify;">29 janvier 1942<br />
06h19. Le bec de gaz crachote sa lumière vacillante. Un frisson me zèbre le dos de son arc électrique. Je relève mon col, mais le froid entre toujours sous ma jupe. Je rabats maladroitement les pans de mon manteau, sa laine crisse sous mes doigts.  La féerie des cristaux accompagne chacun de mes pas : de ses grandes aiguilles, la neige tricote un monde nouveau, et ouate ma voix de son tricot en alpaga. Le pas blanchi de mes souvenirs entrouvre un chemin des possibles. Je me raccroche à cette idée comme un allumeur de réverbères et je presse un peu le pas.<span id="more-22783"></span></p>
<p style="text-align: justify;">06h20. Tout bascule. Mes traces de pas sont rejointes par d&rsquo;autres, plus petites, mais plus nombreuses. Des empreintes qui jappent. Le froid ne me saisit plus, je ne sens que leurs dents sur mes mollets. Je vacille, comme la lumière qui m&rsquo;entoure, me raccroche au fer forgé, mais les canines sont fichées dans ma chair. Je renonce, puis tombe. Dans ma chute, j&rsquo;entraîne ces lettres cachées sous mon manteau, elles s&rsquo;éparpillent, et forment un autre tapis blanc. Bientôt mon sang se mêle à ce camaïeu. De ma plaie s&rsquo;échappe une traînée noire. Je cherche de l&rsquo;aide, de l&rsquo;autre côté du pont je ne vois qu&rsquo;un chat muet, immobile. Noir lui aussi. Puis c&rsquo;est le néant, le coup de matraque contre ma tempe. La neige virevolte toujours et pose sur moi son ridicule manteau blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K, 25 novembre 2018</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Un pont entre deux rives</p>
<p style="text-align: justify;">Année après année, Setsuko retrouvait le petit « Pont des Soupirs ». Elle parcourait inlassablement la distance entre Nagoya et Kyôtô pour revivre avec nostalgie toutes les émotions qu’elle avait ressenties ce jour où elle le vit. Lui, l’étranger, le Gaijin.</p>
<p style="text-align: justify;">Janvier 1952, ce jour-là, Setsuko abordait le « Pont des Soupirs » pour rejoindre le temple Tenryû-Ji. Elle avait besoin de cette parenthèse. Dans cet environnement dépouillé et pétri d’un esthétisme à couper le souffle, Elle se ressourçait et oubliait pour quelques heures la dureté de sa jeune existence. Son île lui manquait cruellement.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le Japon de cette époque, son père n’arrivait plus à nourrir sa famille. Chacun se demandait si le pays, exsangue, pourrait renaître de ses cendres, tant il avait été éprouvé par ces années d’une guerre impitoyable. Ecrasé, affamé, blessé au sens propre comme au figuré, le peuple japonais ignorait de quoi serait fait son avenir. Trop de blessures à panser. Les familles avaient été décimées, s’étaient disloquées.</p>
<p style="text-align: justify;">La mère de Setsuko, d’Hana et de Yukiko n’eut pas son mot à dire. Le père trancha. Ses filles partiraient travailler en ville. Il n’avait plus les moyens de les nourrir avec la pêche. Ce fût un déchirement tant pour elles que pour lui. Des tractations eurent lieues. C’est ainsi que Setsuko, 16 ans, Hana, 14 ans et Yukiko, 13 ans, s’embarquèrent un matin, à l’aube sur un petit caboteur. Pour tout bien : les vêtements qu’elles portaient et un maigre baluchon avec le strict nécessaire.<br />
Elles ne se plaignirent pas de leur sort. Des parents d’amies, à bout et peu scrupuleux, avaient vendu leurs filles au plus offrant. Les filles Matami, elles, devaient rejoindre chacune un Ryôtei, maison de thé.<br />
Arrivées à leur destination, Setsuko, Hana et Yukiko, commençaient à réaliser à quel point leur destin était scellé. Leur séparation était inévitable. Une profonde et incommensurable tristesse les envahie. Elles ne purent contenir leurs sanglots. Quand se reverraient-elles ? Dans leur malheur, les Geishas qui devaient les former et les employer, étaient des femmes droites et honnêtes.</p>
<p style="text-align: justify;">En cet après-midi du mois de janvier 1952, alors que Setsuko abordait le « Pont des Soupirs ».<br />
Un homme de haute taille l’aborda. Peu familière de cette attitude, corsetée par son éducation, elle garda ses distances tout en ne manquant aucun détail de cette rencontre fortuite.<br />
L’allure dégingandée du jeune homme, ses grands pieds. Il était si grand rapporté à sa petite taille. La couleur de ses cheveux : jaunes comme les narcisses.<br />
Tout en lui surprenait Setsuko. Téméraire, elle osa pousser plus avant l’observation de ce grand escogriffe au long nez. Le regard de ce Gaïjin, bleu comme la mer de son enfance, la cloua sur place. Dans un japonais approximatif, il s’adressa à elle. Il avait perdu son chemin et ne doutait pas qu’elle l’aiderait à le retrouver. Elle s’enhardit et lui indiqua où se trouvait le Ryokan (auberge) et le Onsen (bains) qu’il cherchait.<br />
Lui fût immédiatement fasciné par cette femme. Tout en elle n’était que grâce. Son kimono ne laissait pas entrevoir ses formes mais sa silhouette gracile dégageait une force qu’il perçue.</p>
<p style="text-align: justify;">Peter, après un long périple à travers le Japon, découvrait Kyoto.<br />
Arrivé en 1945 sur le porte-avion « Missouri » en baie de Tokyo, il venait d’être enfin démobilisé. Le Japon l’avait comme happé. Le retour aux Etats Unis était pour l’heure inenvisageable. Le pays du Soleil Levant l’avait comme envoûté.</p>
<p style="text-align: justify;">Autour d’eux, le paysage avait pris une teinte féérique. La neige recouvrait délicatement la nature alentour. Quelques flocons voletaient. Un silence neigeux régnait. La pâle et timide lumière des lampadaires renforçait la magie de l’endroit.<br />
Setsuko fit claquer ses « socks » sur les pavés disjoints du Pont des soupirs, Peter à ses côtés.<br />
Quelques mois plus tard, naquit une petite fille qu’ils prénommèrent Yuki comme Neige.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Val ©</strong> :<br />
« Du calme, du calme les enfants ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Il en a de drôles notre père. Nous sommes tout excités nous, avec mes frères et sœurs. Cela fait un moment que nous nous préparons pour le grand saut. La dernière fois, on croyait que le grand jour était enfin arrivé mais papa a décidé que ce n’était pas le bon moment. « Les gens sont encore énervés aujourd’hui. Ils ne vont pas apprécier. Ils vont râler que la météo n’avait pas prévu cela. » Ils n’aiment plus trop les surprises ici-bas dit souvent papa. Nous, on trépignait, on s’était fait tout beaux, prêts à tourbillonner. Quand il a grondé pour nous ramener à l’ordre, certains ont fondu. Moi, j’ai pris sur moi. Je me suis mis dans un coin et j’ai regardé en bas.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce jour-là que je les ai vu la première fois les amoureux. En début de soirée, ils traversaient la passerelle main dans la main, le sourire béat des premiers jours aux lèvres. Ils respiraient le bonheur, ils semblaient flotter. J’ai tout de suite su que c’était sur eux que je voulais me poser le jour J. Je savais qu’il y avait peu de chance de repasser pile poil au même lieu au même moment et de retomber sur eux. Mais la semaine suivante, je les ai revus et celle d’après aussi. Alors je me suis dit que ce n’était pas un hasard et j’ai gardé l’espoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mes cristaux brillent de mille feux. Je suis prêt, je suis splendide. Il fait presque nuit mais je n’ai même par peur, ni du noir, ni du grand vide d’ailleurs. Je ne pense qu’à la joie que je vais lire sur leur visage quand ils vont me voir descendre du ciel, comme par magie. La chaleur que j’imagine ressentir à leur contact me réconforte et me donne du courage. Allez, je saute !<br />
<a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Roxane ©</strong> :<br />
3 petits tours&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un pont comme les autres&#8230;<br />
Enfin, &#8230; pas tout à fait.<br />
Une passerelle, un chemin,<br />
Pour les âmes égarées ;<br />
Rêves sans lendemain<br />
D’une enfance déjà loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois courir, gamin,<br />
Objectif : la rive d’en face !<br />
Ile aux trésors ou camp d’indiens,<br />
Parfois même voyage sur mars,<br />
Au gré de nos jeux enfantins.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois rose à la main,<br />
Endimanché, le coeur battant,<br />
La rejoignant tremblant, fébrile,<br />
Main dans la main se baladant,<br />
Se moquant des augures futiles,<br />
De nos idylles sans lendemain.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois, projets battant,<br />
La gare d’en face en point de mire.<br />
Un job une femme et des enfants,<br />
Diplôme, boulot, comme seul désir<br />
Des réussites, petits succès,<br />
Et ne jamais se retourner.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois en quarantaine,<br />
Ne plus pouvoir le traverser.<br />
En marche arrière à la dérive,<br />
Espoirs déchus le cœur en peine<br />
Rester bloquer sur cette rive<br />
Immobile de mon passé.</p>
<p style="text-align: justify;">En fin je me vois comme un sot.<br />
Je regarde l’eau se jouer gaiment<br />
De ma vie, de ses tourments.<br />
Je voulais être acrobate !?<br />
Ce soir j arrête de me débattre,<br />
Et je vous offre mon plus beau saut !</p>
<p style="text-align: justify;">C’était un pont comme les autres&#8230;<br />
Enfin, &#8230; pas tout à fait.<br />
Une passerelle, un chemin,<br />
Pour mon âme égarée,<br />
Souvenirs sans lendemain<br />
D’un avenir déjà loin.<br />
<a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sam ©</strong> :<br />
Newton a dit « l&rsquo;homme construit trop de murs et pas assez de ponts ».<br />
Eric était devant un pont. Celui de sa vie.<br />
S&rsquo;il restait sur sa rive, il continuerait ce qu&rsquo;il avait toujours fait. Des études d&rsquo;ingénieur, un boulot intéressant mais essentiellement alimentaire. Aucune passion, beaucoup de raison.<br />
De l&rsquo;autre côté du pont, il entrevoyait de nouveaux horizons. De l&rsquo;écriture, de la musique, de l&rsquo;art sous toutes ses formes. De nouvelles rencontres, des soirées à discuter, boire, chanter, des soirées pour réechanter le monde.<br />
Il neigeait. Eric y vit un symbole de plus.<br />
Au moment où il mit le premier pied, les lampadaires s&rsquo;allumèrent. Magnifique coïncidence. La neige redoubla. Il ralentit. Comme pour mieux savourer cet instant qui allait marquer d&rsquo;une pierre blanche sa nouvelle route.<br />
Il repensa à la citation de Newton et l&rsquo;amenda. « L&rsquo;homme se construit trop de murs et n&rsquo;ose pas traverser les ponts ».<br />
Et il sourit.<br />
<a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mijo ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions tous agglutinés les uns aux autres. Nous descendions doucement, au gré des vents, ensemble pour mieux se séparer par la suite. Cette fois, il faisait très froid et pour moi c’était la première fois. Nous étions vraiment beaux, tous habillés de blanc et parés de cette dentelle magnifique. Ça y est, nous approchons de la ville. Elle est belle toute illuminée de la féerie de Noël, Les arbres rehaussés de boules colorées et de guirlandes chatoyantes. Les vitrines rivalisaient de beauté, offrant aux promeneurs ravis des scènes de joies et de nature animées d’automates. Au-dessus de la ville l’air se réchauffe un peu, nous nous séparons et nous voletons chacun vers son avenir. Les anciens m’ont dit, si tu veux durer un peu, joue avec les courants d’air et évite, bien sûr la rivière, mais aussi les lampadaires. Ils sont attirants par leurs lumières mais ils sont chauds et tu te liquéfieras très vite, et retour à rivière, direction la mer sans avoir eu le temps de rien voir.<br />
Le mieux serait une des branches d’arbres mais c’est un peu loin des humains et l’air chaud monte… Le parapet, peut-être, pas côté rivière, j’aurais trop peur .Côté pont pour voir le passage, avec le risque qu’une main d’enfant me saisisse. Il faut me décider le sol approche. Oh, Là ! Sur le coin de cette vitrine, sur le marbre. Il semble que ce soit l’idéal pour en profiter plus longtemps. En plus, elle est belle et attire tous les enfants. Voir ces yeux pétillants sur ces visages émerveillés de tant de beauté. Entendre tous ces rires cristallins et joyeux. Toute cette magie encore présente pour les petits qui réjouies les grands, avec un brin de nostalgie. Atterrissage en douceur ! bien négocié sur la pierre froide désirée. Dans les prochains jours retour au ciel, pour revenir plus tard, ici ou ailleurs en pluie ou en neige… Mais profitons de cet instant heureux, ici et maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;">Kroum © :</p>
<p style="text-align: justify;">Mignonne, au-delà de ce pont enneigé<br />
Je m’en vais vous retrouver<br />
chez vous, où je vous imagine m’attendant fébrilement.<br />
Vous m’avez promis une cuisine épicée,<br />
N’en mettez pas trop dans ces plats finlandais,<br />
Mais croquer le piment de votre corps dénudé m’enchanterait pleinement.<br />
Émoustillé ! Telle est actuellement mon émotion.<br />
Mignonne, vous n’êtes pas étrangère à cette sensation.<br />
Tout excité, c’est ainsi que je me presse d’arriver chez vous.<br />
Etes vous sûre de vouloir commencer par une entrée ?<br />
Me laisserez vous d’abord vous caresser ?<br />
Plus que quatre réverbères et je serai enfin chez vous.<br />
Avez-vous mis la bouteille au frais Mignonne ?<br />
Car je n’aurais pas le temps de vous conter fleurette en somme.<br />
Vous me comprenez,<br />
J’ai bien d’autres idées pour nous deux<br />
Qui peuvent nous amener vers d’autres Cieux<br />
Que de simplement ravir nos palais.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————<br />
<strong>Roger Raynal ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">L’instant d’avant, c’était l’hiver. Un ciel lourd d’où chutaient comme la tristesse de lourds flocons collants, et cette passerelle déserte dans le jour finissant alors que je rêvais encore d’une voie et d’un chemin, le cœur empli de toi. Je cherchais un passage vers toi, vers cet ailleurs, vers demain.<br />
Un passage.<br />
Et puis un appel. Ta voix s’épanchant en mon âme éprise. Trois mots.<br />
Le froid est suspendu. J’ignore l’humidité qui gagne mes chaussures, les frissons de mon corps, les mille piqures du froid sur mon visage. Tout cela ne me parvient plus, cette réalité se dissout, perd consistance et matérialité. Cet instant, comme un éveil, je le vis reclus en moi même, avant d’exploser. Tu m’as ouvert le passage, ma voie vers toi. Je l’ai, en réalité, toujours connue, mais je n’osais l’emprunter. Mes pas me portent, à présent, bien plus sûrement. Je m’engage sur ce chemin. Je m’engage pour toi, avec toi à l’esprit, au cœur, le corps travaillé, échauffé de désir. Les larmes gelées de ce ciel de décembre se volatilisent avant de toucher ma peau désormais plus qu’amoureuse. Par delà ce ciel laiteux, je sais le bleu de tes yeux. Derrière cette froideur volante, je connais la chaleur de ton cœur et de ton corps. Je franchis ce pont vers demain, emporté par l’irrépressible flot des secondes. Tu as libéré mon regard, et sur cette toile blanche offerte à mon imagination, j’écris ton nom. Il y a longtemps que les hivers ont emporté ma jeunesse, mais sur le parapet qui sépare ma vie du vide, j’écris ton nom mêlé au mien.<br />
Il n’est plus temps à présent de marcher. Le pont que tu m’as fait franchir ce soir me met sur ta route. Pour te rejoindre, il me faudra du temps, il me faudra des ailes. Qu’importe, à présent ma métamorphose est complète. Je ne suis plus celui pour qui l’avenir n’était qu’une étendue glacée. Je suis l’homme pour lequel il a la force d’une évidence. L’évidence de cet instant où ta voix, à jamais présente en moi désormais, m’a avoué en tremblant « je t’aime »…</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apolline ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Toute entière gagnée par la froideur de son esprit, Clara pense hiver et pas feu de cheminée, elle pense neige et glace et pas blancheur. En regardant la courbure de la passerelle, elle pense traversée hasardeuse mais son regard est aussi accroché par la lumière et c’est elle, la clarté jaune des réverbères qui peut encore la raccrocher à la vie. Et puis ces arbres, et puis, ces pavés, et puis surtout la perspective dans le lointain de la silhouette qui se profile d’une petite chapelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Clara est au bout du pont, elle ne va pas regarder en bas, elle va avancer prudemment son peton mignonnet, chaussé de ces bottines de chevreau lustré qu’elle adore et elle va tenter de ne pas glisser sous les flocons pour atteindre la porte sacrée. Car une sensation pétrifiante l’envahit quand fondent les volutes duveteuses sur ce qui reste de la rondeur de ses joues. Elle n’en peut plus de la maladie, de la frustration galopante qui l’enserre et la fait vieillir avant l’âge. Amoureuse oui, tellement aimante et aimée mais un amour sacrifice dont elle a pris conscience au fil les années. Elle se sait entourée mais était-cela son rêve de vie ?</p>
<p style="text-align: justify;">Clara traverse à petits pas heurtés ou glissés et secoue un peu les pans de sa cape alourdie de neige pour se faire plus légère. Sa main gantée finement de cuir de veau, a saisi la rampe dont elle ne perçoit pas la mouillure mais devine la froidure et s’agrippe dans un geste de protection. Elle ne réussit pas à évacuer ce qui lui contamine l’esprit, elle est toute glacée à l’extérieur et à l’intérieur. Comment croire en l’avenir, comment le soutenir encore après tant d’années ? Au bout d’un temps qui lui a paru démesurément lent, elle atteint l’autre bout de la passerelle, lève les yeux vers la cime des squelettes sans feuilles, retient ses larmes, renifle doucement puis baisse la tête sous sa capeline de velours prune. Un vent mauvais soulève sa voilette et fait couler un air glacial dans le creux de son cou. Elle tremble.</p>
<p style="text-align: justify;">Clara pousse le lourd battant clouté, entre dans la chapelle, admire instinctivement les fresques, hume les traces du parfum de l’encens, s’approche de l’autel en enlevant sa coiffure pour venir s’agenouiller sur le prie-Dieu du premier rang. Elle croise les doigts, baisse la tête et une longue prière lui vient aux lèvres. La musique s’impose et envahit ses tympans dans une douceur inégalée et bienheureuse.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><strong>Terjit ©</strong> :</p>
<p><em>« Qui des deux a marché vers l&rsquo;autre<br />
Chacun de nous moitié moitié<br />
Par les persiennes de mes côtes<br />
Mon cœur tout là-bas te voyait… »</em></p>
<p>Dans quelques minutes je verrai apparaître un bonnet à pompon, mais moi je connais tes cheveux relâchés pour les avoir caressés.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai deux joues rougies par le froid, mais moi je connais tes sourires pour les avoir embrassés.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai une silhouette emmitouflée dans un blouson, mais moi je connais ta poitrine pour l’avoir explorée.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai dépasser un morceau de pull en laine, mais moi je connais tes hanches pour les avoir empoignées.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai un pantalon aussi large que chaud, mais moi je connais tes jambes pour les avoir enlacées.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai une paire de chaussures fourrées, mais moi je connais tes pieds pour les avoir cajolés.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai un gant se glisser dans le mien, mais moi je connais ta main pour l’avoir demandée.</p>
<p><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs :</strong></p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vTImO6GX3DKJOm75vEZOcYdBmYp_5nIh9w8yx8c9pWBd-o9rSsuIULw-nBlF12XgxMQmT3qAoWdrxct/pubhtml?gid=1775659445&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;</iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-qui-marche-dans-la-neige-ne-peut-pas-cacher-son-passage/22783/">Ecriture : Qui marche dans la neige ne peut pas cacher son passage</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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		<title>Ecriture : l&#8217;éthique de la joie</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-lethique-de-la-joie/22748/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Nov 2018 04:03:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[casiers]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>-Je pose ça où ? -Dans la cuisine. Le livreur s&#8217;exécuta. Il déballa un à un les paquets. Le sol ressemblait à un jour de Noël. Les cartons s’amoncelaient devant [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_22726" style="width: 4456px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-22726" class="size-full wp-image-22726" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/11/casier-moren-shu.jpg" alt="" width="4446" height="3334" /><p id="caption-attachment-22726" class="wp-caption-text">© Moren Hsu</p></div></p>
<p style="text-align: justify;">-Je pose ça où ?<br />
-Dans la cuisine.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livreur s&rsquo;exécuta. Il déballa un à un les paquets. Le sol ressemblait à un jour de Noël. Les cartons s’amoncelaient devant la fenêtre, on distinguait à peine le haut de la grue jaune. Le chat, attiré par un instinct hors du commun,  sauta dans le poly bulle qui éclata. Médusée, elle regardait ce champ de bataille avant de pousser un cri. Au deuxième étage, le bébé lui répondit en écho. Le chat sortit la tête du plastique, le livreur réagit mollement.</p>
<p style="text-align: justify;">Les portes colorées ne ressemblaient pas du tout à la cuisine qu&rsquo;elle avait commandée chez le géant jaune et bleu. D&rsquo;ailleurs, ça ne ressemblait pas du tout à des meubles de cuisine.</p>
<p style="text-align: justify;">-Vous signez là.<span id="more-22748"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Elle s&rsquo;offusqua, mais le livreur dit qu&rsquo;il avait son job « j&rsquo;ai livré ». Elle s&rsquo;exécuta, et resta bientôt seule avec son chat.</p>
<p style="text-align: justify;">Le service clients fut formel  :<br />
-Vous avez signé, vous avez accepté votre commande, nous ne pouvons rien faire. Tout au plus, commandez-nous une nouvelle cuisine, nous ferons un geste sur le prix.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors elle assembla les éléments, trouva une résonance symbolique dans l&rsquo;agencement des couleurs. Un casier pour les objets aimés, un autre pour les oubliés, et un pour tous ses secrets. Le meuble trônait, fier, dans son salon. Les invités s&rsquo;étonnaient, puis ils pensaient qu&rsquo;ils avaient devant eux un meuble d&rsquo;un designer huppé de l&rsquo;ouest parisien. Certains chuchotaient même, quand elle était dans la cuisine, qu&rsquo;ils avaient déjà vu ce meuble lors de la dernière FIAC.</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K, 18 novembre 2018</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cloud</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Il était une fois, douze casiers métalliques resserrés, sans espace de ciel ni fragment de terre. Impénétrables, leurs portes étaient fermées à double tour pour cacher sans doute quelques biens éphémères ou des secrets futiles. Malgré leurs couleurs distinctes ils se ressemblaient tous mais, conduits par la méfiance, aucun ne montrait à l&rsquo;autre les richesses de son âme. Certains matins, un rayon de soleil timide frappait à leurs portes pour  rappeler qu&rsquo;ils appartenaient au Monde. Rien n&rsquo;y faisait, pas même un entrebâillement n&rsquo;esquissait la lueur d’une confiance.</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps, implacable, fit son œuvre : ils finirent un à un cabossés, rouillés, et réduits en limaille. Et jamais ils ne surent que pour les ouvrir une seule clé aurait suffi.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Terjit</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai jamais compris pourquoi ils mettent des serrures sur les casiers, tant il est évident qu’il n’y a rien à voler dedans et qu’il est inutile de vouloir empêcher quoi que ce soit d’en sortir. Là où je suis encore moins convaincu c’est sur les trous d’aération qui sont clairement trop petits pour évacuer efficacement les odeurs corporelles. Quand on ouvre un casier il y a toujours quelques secondes où il vaut mieux rester en apnée pour éviter de tourner de l’œil. En revanche je trouve que les couleurs sont une bonne idée. Ca change des grandes enfilades de portes uniformes, ça rend le lieu moins austère. Et parfois ça peut être la source de rigolades entre nous, ce qui n’est pas du luxe dans notre métier. Quand un nouveau arrive, on le regarde et si c’est un cas de décès un peu ancien on le colle dans une case noire, si c’est un accidenté il aura droit au rouge, pour les « tout propre » c’est bleu ou blanc en fonction des places et pour celles qui nous plaisent le plus c’est orange. Ce n’est pas grand-chose mais ça égaie un peu notre quotidien de jouer à Tétris.</p>
<p style="text-align: justify;">Hier par exemple mon collègue devait ressortir le n° 312/allée 2 pour l’autopsie, une très jolie femme de 30/35 ans pas encore abîmée. Quand elle est arrivée sur le brancard j’étais avec lui. Il a soulevé le drap et il n’a pas pu s’empêcher de me dire « wahou ! regarde ! » : elle était totalement nue, avec des jambes et une poitrine « niveaux jeux olympiques ». Le rapport disait qu’elle avait fait un arrêt cardiaque « à la Félix Faure » sur la banquette arrière d’une voiture. Même si on serait encore bien restés un petit moment à la regarder ça devenait gênant, alors on l’a recouverte du drap. D’habitude je n’aime pas trop ce côté voyeur du métier mais là j’étais bien obligé de faire une exception, ce n’est pas tous les jours qu’on a de telles visiteuses. Pour elle c’était forcément une case orange et en l’occurrence la 312/allée 2 parce que c’est celle juste à côté de la fenêtre, avec « vue sur mer » comme on a l’habitude de dire en rigolant.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, hier matin en arrivant je suis allé ouvrir la fenêtre et j’en ai profité pour lui dire bonjour. Comme j’avais un peu d’avance sur mon collègue, que je savais qu’il allait se charger de la sortir et qu’il n’en avait surement pas dormi de la nuit, j’ai inversé le 312/allée 2 et le 312/allée 3 (le petit vieux qu’on a retrouvé après des mois chez lui…), j’en riais d’avance… Je vois encore mon bonhomme tout émoustillé à l’idée de s’en occuper et foncer vers la case promise. Quand je l’ai entendu me couvrir d’injures j’ai su qu’il avait ouvert. Je sais que c’est un peu puéril comme blague, mais franchement si on ne rigole pas un peu dans notre métier… Et puis comme ça c’est moi qui me suis occupé du 312/allée 3…</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ballade à Buda</p>
<p style="text-align: justify;">Par un pâle soleil d’hiver, je traverse à petits pas le Pont des chaînes.<br />
Un vent glacial me transperce. Une brume opaque s’élève du fleuve en contre-bas. Rien ne la dissipe. Elle semble totalement m’envelopper.<br />
Le Danube alimente mes rêveries matinales. Budapest ne lasse pas de me surprendre.<br />
Passé, présent se mêle, se heurte.</p>
<p style="text-align: justify;">J’abandonne les collines de Pest pour me diriger vers Buda et son Musée d’Art Moderne, le Ludwig Museum.<br />
Le Ludwig regorge d’œuvres contemporaines. Aux détours d’une galerie, une photographie attire mon regard. Elle me laisse très interrogative sur le choix du sujet, quelle drôle d’idée de photographier des portes de casier. Certes, les couleurs vives attisées par la lumière du jour ont vraisemblablement inspiré l’artiste photographe.<br />
Est-il tombé littéralement sous le charme de cette pièce colorée qui, à priori, n’avait aucune vocation à s’exposer dans un musée.<br />
Ces portes fermées intriguent. Que cachent-elles derrière leur apparence si séduisante par leurs couleurs vives ?<br />
Le photographe sait peut-être ce que renferment ces casiers et nous encourage à laisser libre cours à notre imagination.<br />
Verrou pour verrouiller, poignée pour ouvrir, mais où sont les clés.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors le rat de musée que je suis et le « scribouillard en herbe » que j’espère devenir devrait pouvoir disserter sur sa perception de cette image en tout point énigmatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Un chocolat bien chaud accompagné d’une tarte « Dobos », un petit péché mignon, m’aideront peut-être à trouver l’inspiration. Quelques nourritures terrestres ne peuvent nuire à la pensée, je dirai même : bien au contraire.<br />
Le Café Müvès est tout indiqué pour méditer et continuer à me torturer pour essayer de comprendre pourquoi le photographe a appuyé sur le déclencheur pour capturer des portes de casier.<br />
Décidément, cette image me hante. Après tout, il a, peut-être tout simplement, saisi une belle image sans arrière-pensée aucune.<br />
Mais nos subconscients voir nos inconscients ignorent le hasard.<br />
Aucun indice n’est laissé à notre appréciation, emplacement vide d’étiquette, pas de noms, de pseudo, de numéros. L’envie me prend de sortir de ce cocon cartésien dans lequel, trop souvent, je me complais. Ne pas se censurer, regarder au-delà des apparences ou de ce que l’œil nous donne à voir.<br />
Admettons que ces douze portes constituent un tout, ouvrons les toutes. Découvrons un univers surnaturel, fantasmagorique, surréaliste…</p>
<p style="text-align: justify;">Au fait, qui êtes-vous Moren Hsu ?<br />
Vous qui n’avez pas laissé votre imagination au vestiaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Kroum</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Les casiers d’une vie</p>
<p style="text-align: justify;">Elle en avait fermé des portes,<br />
Toujours la même rengaine : Il fallait aller à l’entraînement !<br />
Avec lui, elle en a vu des blanches et des colorées<br />
dans toutes les piscines où il la coachait.<br />
Mais cette porte noire elle voulait la cadenasser à jamais !<br />
Il lui avait réservé le premier casier en bas à gauche pour qu’elle ne perde pas de temps.<br />
Pas mal de mauvais souvenirs lui revenaient.<br />
Elle devait tout donner dans l’eau et rester concentrée dès son arrivée.<br />
Jamais il n’offrait !<br />
Mais d’elle il exigeait le meilleur pour une médaille aux JO.<br />
Quand il se pointait, elle devait être tout sourire,<br />
malgré parfois la fatigue qui l’envahissait, elle se devait d’être entraînée !<br />
c’est ainsi qu’il la voyait, elle devait toujours lui faire plaisir</p>
<p style="text-align: justify;">En voulant gagner demain, après demain et encore bientôt !<br />
Mais un jour c’en fut trop, elle voulut arrêter cette mascarade qui l’amenait vers un échec de sa vie<br />
Et raccrocha avant le championnat de trop.<br />
Il ne s’y attendait pas, son orgueil fut touché… Il n’eut aucune pitié et voulut se venger.<br />
Mais en parallèle Florent était là pour sauver l’honneur du nom Manaudou.<br />
Au fil du temps il comprit qu’elle n’était pas heureuse dans cette vie à toujours surjouer,<br />
Et se mit à rechercher d’autres graines de championnes,<br />
Pendant qu’elle, de son côté, conjuguait un bonheur plus que parfait avec celui qui la méritait telle qu’elle était.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Val</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la rentrée. Je suis en 3ième et malgré le drame de juin dernier, mes parents n’ont pas voulu me faire changer de collège.</p>
<p style="text-align: justify;">-«Tu dois assumer ma fille, m’a dit mon père. Tu nous as fait perdre la face devant la principale et tous tes professeurs. Tu as sali ma réputation de notaire dans toute la ville et les villes avoisinantes avec tes conneries. Alors tu vas prendre sur toi, tu vas y retourner et tu vas être irréprochable comme doit l’être une fille Bos. Cette année, je ne veux entendre parler de toi qu’en bien, pour tes résultats excellents et ton attitude exemplaire. C’est bien compris ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Une seule chose l’intéresse, son nom. Son nom et sa petite personne. Je crois qu’en juin dernier, il a pris une claque. Mais ce n’est rien à côté de la gifle que j’ai reçue. Je ne parle pas de celle qu’il m’a mise dans le bureau de la principale. Mais de celle bien plus sournoise liée à sa totale indifférence à mon égard qui me brûle encore le corps et le cœur. Pas une seule fois, sur le moment et même depuis, il a essayé de me comprendre, de me consoler, de me prendre dans ses bras. Non, pas une fois. J’étais au plus mal. J’ai même pensé au suicide et lui, pas une fois, il m’a demandé comment j’allais.</p>
<p style="text-align: justify;">Seule la conseillère principale d’enseignement du collège m’a tendue la main et m’a soutenue. A croire qu’elle me connaissait mieux que mes propres parents. Je ne parle pas de ma mère qui n’a aucune personnalité, lobotomisée par toutes ces années de mariage avec mon père. La CPE m’a écoutée, a essayé de comprendre mon revirement d’attitude, la chute de mes résultats. Elle m’a mise en garde très vite contre ce garçon. Mais j’étais tombée éperdument amoureuse. Amoureuse du mauvais garçon. J’aurais fait n’importe quoi pour briller à ces yeux, et j’ai fait n’importe quoi. Sur le coup, j’ai trouvé étrange que ce garçon de troisième que toutes les filles du collège convoitaient s’intéresse à moi. Puis il est devenu de plus en plus présent, entreprenant. Il m’attendait devant ma classe. A la cantine, il s’asseyait à la table à côté de moi. Il était toujours là et sa présence me faisait un tel effet. Mon cœur s’accélérait, mes jambes tremblaient&#8230; Je n’avais jamais été amoureuse avant lui, je n’avais jamais ressenti cela avant. Je pensais à lui tout le temps, je n’arrivais plus à me concentrer en classe… Aussi quand il m’a demandé mon 06, je n’ai pas hésité. Pendant plusieurs jours, il m’a fait le coup du garçon amoureux et moi, naïve je n’ai pas marché, j’ai couru. Un soir, à la sortie, il a fait quelques pas vers chez moi et m’a embrassée sur la bouche en guise d’en revoir. Notre premier baiser. J’étais aux anges, je flottais. Mais il n’y en a eu qu’un. Le soir, il m’a envoyé SMS sur SMS, encore plus que les jours précédents. Il était « in love de moi », « il me kiffait trop », tout en moi lui plaisait « la couleur de mes yeux, les boucles de mes cheveux, mon parfum vanillé, mes lèvres… ». Tous ces compliments auxquels je n’étais pas habituée m’ont fait tourner la tête, je n’étais plus moi, je n’étais plus responsable de mes actes. Aussi quand en fin de soirée, il m’a demandé de lui montrer mes seins, c’est sans réfléchir aux conséquences que j’ai fait ce selfie de moi, poitrine dénudée et que je lui ai envoyé. J’étais heureuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’a pas perdu de temps pour se moquer de moi. C’était son seul but, en fait. A mon arrivée le lendemain, les regards étaient tous tournés sur moi, tout le monde chuchotait sur mon passage, les insultes et les moqueries pleuvaient. Je ne comprenais pas jusqu’à ce que j’arrive vers les casiers. Il avait imprimé ma photo en plusieurs exemplaires et l’avait placardée sur tous les casiers. Je ne savais plus où me mettre. J’avais honte, j’avais mal d’avoir ainsi été trahie. Très vite, la CPE est venue à mon secours, a ordonné que l’on retire immédiatement ces photos et qu’on les lui amène dans son bureau où elle m’a conduite. Elle m’a écoutée, m’a déculpabilisée. Nous sommes montés chez la principale qui a appelé mes parents. Mon père est arrivé furieux, il m’a mis une claque et a demandé que l’on m’exclue jusqu’à la fin de l’année. Il s’occuperait de me faire récupérer les cours. Il n’a même pas demandé qui était ce garçon.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas comment mes camarades vont m’accueillir ce matin. Je dois dire que personne, même celles et ceux que je croyais être des amis, n’a essayé de me contacter depuis les événements. Une pestiférée infréquentable, voilà ce que je suis, sans doute, à leurs yeux. Mais moi, je sais au fond de moi, après un long travail d’accompagnement avec la CPE, que je ne suis qu’une victime. Je saurais le crier s’il le faut et elle saura le leur rappeler.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi en franchissant la grille ce matin, j’ai levé la tête et j’ai souri, prête, non pas à oublier, encore moins à pardonner mais prête à être plus forte avec.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apolline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière les placards, derrière les vestiaires…</p>
<p style="text-align: justify;">Elle a envie de les ouvrir un à un, ils ne portent déjà plus l’étiquette du nom de leur propriétaire. Peut-être va t-elle découvrir un détail, un indice inattendu, une trace, une miette infime qui va lui donner des indications ? Elle n’y compte pas beaucoup mais se prend à espérer, ce serait un cadeau pour son enquête.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils sont beaux, maintenant qu’ils ont été remis à neuf, repeints aux couleurs de l’arc en ciel &#8211; non, il manque le vert &#8211; ils étaient devenus tellement laids à force d’utilisation depuis la création de l’usine, trente ans qu’ils étaient là, gris souris, cabossés, huileux, maculés de traces de doigts et presque rouillés par endroits. On savait à qui ils avaient été attribués au départ, celui en haut à gauche c’était celui de Jojo, au milieu, Jean, à côté Pierrot, en bas à droite le petit Serge puis Francis et les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’arrivée douze placards, douze hommes de l’atelier n° 15, qui avaient produit tout le temps qu’on avait eu besoin d’eux. La force de travail, la dignité, la fierté, l’attachement aux machines mais aussi les engueulades, les grèves, les empoignades avec les copains…</p>
<p style="text-align: justify;">Elle ose à peine tirer sur la poignée de celui en quatrième position en haut, le rouge par exemple. Elle se sent presque comme une violeuse, de quel droit s’arrogerait-elle cette intrusion et qui l’aurait autorisée ? Certainement pas eux ni les autres…Ceux qui….</p>
<p style="text-align: justify;">Ils n’ont pas été remis à neuf, ni coloriés, eux, les ouvriers de l’usine Valim. Ils ont vécu là, leur vie parallèle, ils ont vieilli au même rythme que leurs placards, eux aussi meurtris des bleus de leur monde laborieux. Ils sont devenus vieux et serviteurs inutiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Après l’article dans le journal local, elle a voulu faire leur connaissance, ça a été le déclic et le commencement de son documentaire. Elle les a convaincus de raconter, de dire le plaisir de travailler, oui, le plaisir parfois mais surtout les affres, la pénibilité, les levers aux aurores, le rythme insensé, les cadences des trois/huit. Elle a voulu les photographier pour donner à voir à tous, la mémoire de chacun et la fierté qui l’accompagne.<br />
Et elle fera aussi la photo des douze placards multicolores.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour, un lundi 12 mars à 8 h trop pluvieux, on leur a annoncé officiellement que l’usine venait d’être rachetée et qu’elle était délocalisée en Roumanie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Roxane</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Recherche multi-couleurs</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut vraiment que je le trouve, rouge,<br />
Je pensais l’avoir mis dedans, blanc,<br />
Mais ne le vois pas, c’est fâcheux, bleu.</p>
<p style="text-align: justify;">J&rsquo;essaie encore et je me bouge, rouge,<br />
J’ai déjà perdu trop de temps, blanc,<br />
Et cela me rend nerveux, bleu.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aurais du l’mettre dans le tiroir, noir,<br />
Et pas dans ce casier étrange, orange,<br />
Qui est somme toute bien trop grand, blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">Allez mon dernier espoir, noir,<br />
Mais la prochaine fois qu&rsquo;j&rsquo;le range, orange,<br />
Promis j’ferai gaffe à l’emplacement, blanc !</p>
<p style="text-align: justify;">Blanc bleu noir &#8211; orange blanc rouge,<br />
Je cherche je cherche, j&rsquo;ai l&rsquo;air d&rsquo;une courge,<br />
Rouge blanc bleu &#8211; noir orange blanc,<br />
Pas de quoi tout de même faire un roman.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Caroline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Depuis deux ans, le jour de la rentrée, Agnès ne pouvait s’empêcher de s’arrêter devant ces casiers. Cette année pourtant,il y avait une nouveauté : ils avaient été repeints. Le stress s’empara d’Agnès. Était-il toujours là ? Agnès se dirigea vers les casiers et ouvrit le troisième situé en haut. Elle fut soulagée de voir que le « graffiti » était toujours là. C’était un cœur gravé à l’intérieur du casier, un cœur où il était inscrit les initiales AB. Ce cœur, Bruno et Agnès l’avait fait quelques semaines après le début de leur relation. Ce tag et cette relation étaient,tous deux, des erreurs de jeunesse. Pourtant,quand Agnès repensait au jour de leur rencontre,elle était toujours émue. Elle se revoyait arpentant les couloirs du lycée Bonaparte,essayant de trouver sa salle. C’est là,devant ces casiers, que le regard d’Agnès et Bruno se croisèrent pour la première fois,que leurs mains se touchèrent. Agnès fut tout de suite attirée par le professeur de littérature. Bruno était grand,brun,athlétique. Il avait les yeux marron et quand il souriait deux jolies fossettes lui creusaient les joues. Leur idylle commença très rapidement et se termina de la même manière. Leur histoire était vouée à l’échec. Agnès était fiancée,Bruno était marié et allait être père. La raison ou les conventions avaient eu raison de leur passion. La cloche sonna,ce qui sortit Agnès de sa rêverie. Elle se dirigea vers la salle 327 où l’attendaient ses nouveaux élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">La cloche venait de sonner, les élèves et Agnès allaient déserter les couloirs. Bruno se précipita vers les casiers,il ne voulait surtout pas rater Agnès. Leur histoire avait beau être terminée depuis des années, Agnès était son unique et grand amour. Bruno ne pouvait pas se passer de la professeur d’histoire. Devant les casiers, Bruno vu une jolie rousse disparaître à l’angle du couloir. Il était vraiment déçu,encore une fois il n’avait pas pu avoir la femme de sa vie. Bruno se dirigea d’un pas lent vers son bureau de proviseur, un poste morne qu’il occupait depuis dix ans. Arrivé devant son bureau, Bruno eut un choc. Ce n’était pas son nom inscrit sur la porte. Tout lui revient d’un coup en mémoire. Son addiction aux jeux, les dettes qui s’accumulent, son divorce avec Hélène, sa vaine reconquête d’Agnès . La descente aux enfers aurait pu s’arrêter là mais Bruno avait continué à s’enfoncer. Il avait abusé des antidépresseurs puis avait complètement dérapé à entamant une liaison avec Rebecca une élève de terminale. Cette liaison s’était mal finie, Rebecca accusant le professeur d’attouchements. Bruno avait touché le fond et ne savait pas comment s’en sortir. Il avait cherché de l’aide auprès d’Agnès. Mais,elle le repoussa . Bruno ne lui en voulait pas, il la comprenait.Qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Bruno n’était pu l’homme dont elle était tombée amoureuse, il était l’ombre de lui-même. Le coup de grâce arriva le 18 décembre 2013. Bruno reçut une lettre du rectorat lui intimant de déposer sa démission à la fin des vacances de Noël. C’est ce soir-là, attelé à l’écriture de cette fameuse lettre que Bruno prit une décision fatale. Après avoir avalé deux ou trois verres d’un très mauvais whisky, Bruno ouvrit la fenêtre inspira une grande bouffée d’air frais ,laissa couler une larme en pensant à Agnès et mit un point final à sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vQvAoQ-IjeB1A-3jP0dJXMg8cMp4WCd1iBCfd59GZJPVQzukFdDjGsZ20AgATGA-4jzpAho2vNTRlWo/pubhtml?gid=583106274&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;</iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-lethique-de-la-joie/22748/">Ecriture : l&rsquo;éthique de la joie</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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