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	<title>Archives des Une photo, quelques mots - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des Une photo, quelques mots - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Photo de l&#8217;atelier d&#8217;écriture 325</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Mar 2019 08:30:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voici la 325è photo ! Elle servira de base au prochain atelier d&#8217;écriture. Quelques modalités : Il s&#8217;agit d&#8217;écrire un texte à partir de cette photographie. Le ton et le [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Voici la 325è photo ! Elle servira de base au prochain atelier d&rsquo;écriture. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelques modalités </strong>: Il s&rsquo;agit <strong>d&rsquo;écrire un texte à partir de cette photographie</strong>. Le ton et le genre sont laissés libres, en revanche <strong>une page word sera le grand maximum</strong>. Le but de cet atelier est<strong> le partage</strong> : merci de <strong>mentionner la source de la photographie, mais aussi l&rsquo;atelier </strong>(si jamais certaines personnes souhaitent se joindre à nous, c&rsquo;est plus pratique). </p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;atelier se veut un moment <strong>convivial </strong>mensuel : <strong>les participants s&rsquo;engagent alors à commenter quelques textes</strong> (pas tous). Il y a donc un moment solitaire d&rsquo;écriture, et un moment d&rsquo;échanges avec les autres. Cela prend du temps, mais c&rsquo;est important pour moi. Sinon, autant rester à écrire dans son coin &#8230; (ce que nous faisons la plupart du temps). 🙂 </p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2019/03/arthur-humeau-metro.jpg?fit=600%2C900&amp;ssl=1" alt="" class="wp-image-23233"/><figcaption>© Arthur Humeau</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Merci à tous pour votre participation d&rsquo;hier. Nous étions nombreux, les textes divers et variés. J&rsquo;aime beaucoup la variété de nos points de vue. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On se donne rendez-vous le lundi 1er avril pour la publication de nos textes.</strong> N&rsquo;oubliez pas de vous inscrire sur le formulaire afin d&rsquo;y faire figurer votre lien. Pour les sans blog fixe, vous pouvez m&rsquo;envoyer un mail à l&rsquo;adresse indiquée dans la colonne de droite. </p>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLScG5l_9ISatblcweCDAVsyLWG1TGBZRz4WpixYcUT91Q7mVsA/viewform?embedded=true" width="640" height="854" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0">Chargement en cours...</iframe></pre>
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		<title>Dieu pédale et le Diable fait la roue libre : atelier d&#8217;écriture 324</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/dieu-pedale-diable-roue-libre-ecriture/23192/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Mar 2019 04:19:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Sabine Faulmeyer]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce qu’on raconte sur l’au-delà est un tissu d’âneries. Je le sais bien, je viens de mourir. Nulle élévation au-dessus du corps, nulle lumière blanche. On atterrit dans une pièce [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/dieu-pedale-diable-roue-libre-ecriture/23192/">Dieu pédale et le Diable fait la roue libre : atelier d&rsquo;écriture 324</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2019/02/tricycle-sabine-700x451.jpg" alt="" class="wp-image-23136"/><figcaption>© Sabine Faulmeyer</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">

Ce qu’on raconte sur l’au-delà est un tissu d’âneries. Je le sais bien, je viens de mourir. Nulle élévation au-dessus du corps, nulle lumière blanche. On atterrit dans une pièce qui pourrait être la salle d’attente de mon généraliste. Sauf que sur la porte figure le nom de Saint-Pierre.

</p>



<span id="more-23192"></span>



<p class="wp-block-paragraph">J’y suis depuis quelques heures (ou quelques minutes car ici le temps est relatif), quand il ouvre la porte. C’est une belle barbe blanche qui m’invite à entrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Examen en tous genres. Antécédents, prise de la tension, palpation. Et puis, on passe dans la seconde salle : celle de l’épreuve. J’ai toujours eu en horreur les examens car ils me font perdre tous les moyens. Mais là j’hallucine : au centre de la pièce un tricycle. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais que veut Saint-Pierre ?<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je le sonde du regard, il reste imperturbable et se contente de lisser sa barbe comme Pai Mei dans « Kill Bill ». A moi de trouver la clé. A l&rsquo;autre bout de la pièce, une grande baie me montre mille visages : des morts m’observent, la pression monte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, le déclic. J’enfourche le tricycle, je me mets à pédaler. Le visage des morts s’efface. Soudain, je sens la main de mon père, il me pousse, je prends de la vitesse, je n’ai plus d’âge. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière moi, Saint-Pierre sourit. Retrouver le chemin de l&rsquo;enfance est la clef pour accéder au paradis.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="text-align:right">© Alexandra K, dimanche 3 mars 2019</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte de Roxane</strong> :</p>



<p class="wp-block-paragraph">

« Quand je serai grand je serai champion du monde »,<br>Disait l’enfant, sur son vélo,&nbsp;<br>Imaginant sa course furibonde<br>Tout en défiant son propre chrono.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Quand je serai grand, je f’rai tout ce que je veux »,<br>Croyait l’enfant sur son vélo,<br>Plus fort plus grand, mais jamais vieux !<br>La vie est belle, l’avenir sera beau&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Quand j’serai grand j rêverai ma vie »,<br>Riait l’enfant, comme un oiseau,<br>Pas comme ces gens, tout fade tout gris,<br>Ces morts vivants, métro boulot !</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Quand je serai grand, je serai quelqu’un »,&nbsp;<br>Pensait l enfant, déjà héros&#8230;<br>Pas juste un grand, quelqu’un de bien,<br>Bel homme galant, ami réglo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Quand je serai grand ça sera magique »,&nbsp;<br>Rêvait l’enfant déjà ado,<br>N’imaginant l’issue tragique,&nbsp;<br>P’tain d’accident ! Chauffard ! Salop !</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Avant d être grand j’étais robuste »,&nbsp;<br>Pleure le monsieur sur son fauteuil.<br>Il ne voudrait pourtant rien de plus,<br>Juste oublier ce soir de deuil&#8230;<br>Être james bond ou Dartagnan,<br>Chanter au monde ses rêves d enfants,<br>« Champion du monde ! » L’horloge défiant&#8230; </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte de Anne-Marie</strong> : </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fend-la-bise</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">A vendre Joli Tricycle Vintage en excellent état (voir photo) Me contacter si intéressé…<br>Ainsi en va-t-il de la vie des objets qui nous ont accompagnés au fil du temps. <br>Certains ont plus compté que d’autres selon les instants de bonheur et de joie qu’ils nous ont
procurés. Les moments vécus sont ainsi tellement plus précieux que l’objet en
lui-même. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais, il m’est bien difficile de me séparer de mon cher vélo, premier véhicule lié à mon désir d’indépendance et de recherche de liberté. Oui, il a beaucoup compté, totalement associé à mes souvenirs de petite enfance. Il ressuscite ma grand-mère, mère de quatre rejetons dont l’autorité n’était plus à prouver. Ma mémé appliqua à sa première
petite fille les préceptes d’éducation dignes de son époque. </p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ainsi que par une belle
journée d’été, ma grand-mère décida de rendre visite à l’une de mes tantes à
l’autre bout du village. Je lui imposais d’emprunter mon cher tricycle. «&nbsp;Ah oui&nbsp;», me
dit-elle&nbsp;: «&nbsp;tu empruntes ton vélo, à une condition, tu feras l’aller
et le retour en pédalant&nbsp;». J’étais aux anges. La journée qui avait débuté dans
l’allégresse ne se termina pas comme elle avait commencé. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Arrivée sur la place de l’église, le pédalage n’avait plus
grâce à mes yeux. Alors que je n’étais qu’une enfant de quatre ans. Pourquoi,
ce souvenir est-il aussi précis dans ma mémoire&nbsp;? Ma mémé se retrouva avec
le tricycle d’un côté, sa petite fille de l’autre. Elle me somma de remonter &nbsp;sur l’engin. L’affrontement commença et la
colère monta crescendo. Je hurlais. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Un attroupement se forma. Quelques personnes encouragèrent
et félicitèrent ma grand-mère de son autorité. J’étais une incomprise&nbsp;:
Non, je finirais la route à pieds. Immobile, les bras croisés du haut de mes
quatre ans, je défiais toute autorité. Aucune négociation ne fût possible.
J’avais ameuté une bonne partie du village. Nous rentrâmes et je dus pédaler. </p>



<p class="wp-block-paragraph">La leçon se termina par une sieste contrainte et les mots
suivants&nbsp;: «&nbsp;qui dort, dîne&nbsp;».&nbsp;
Je ne suis pas sûre d’avoir tiré
la quintessence de cet épisode. Il y en eut certainement d’autres. Les amis et
voisins de mes grands-parents me surnommèrent&nbsp;: «&nbsp;fend-la-bise&nbsp;».
</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un surnom très flatteur à mes
yeux. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma mémé, elle était arrivée de
sa Bretagne natale à l’âge de 20 ans. Ses racines bretonnes avaient, de toute
évidence, forgé son caractère bien trempé. Les conditions de vie de ce bout de
la terre qu’est le Finistère&nbsp; l’avaient
décidée à s’exiler. Femme courageuse, forte femme, femme solaire, figure de
femme emblématique qui imposait le respect. On disait d’elle que c’était une
«&nbsp;maîtresse femme&nbsp;» mais elle savait donner à toute sa tribu beaucoup
d’amour. La douceur de ses câlins m’émeut
encore. </p>



<p class="wp-block-paragraph">A la veille de me séparer de mon fameux tricycle, complice de mes frasques, je me penche sur un carton de photos jaunies et c’est tout un pan de mon histoire familiale qui s’étale devant&nbsp;&nbsp; mes yeux. C’est aussi une plongée dans une France d’un autre temps. Un temps où les Bretons, les Auvergnats, les Aveyronnais et bien d’autres encore quittaient leurs terres natales pour une vie qu’ils espéraient meilleure.&nbsp; </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte de Kroum</strong> : </p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon cher petit Eli, mon fils chéri,<br>Attendre ta venue fut longue, crois moi,<br>Des mois, des années à t’espérer.<br>J’y ai cru pourtant une fois,<br>Tout semblait bien se goupiller<br>Puis quelque chose clocha<br>Et il a fallu tout recommencer.<br>A nouveau sur le marché, pour la énième fois,<br>Il m’a fallu encore chercher celle qui aurait voulu<br>Te façonner dans l’amour et la tendresse avec moi,<br>des émotions jamais repues<br>chez moi.<br>Et puis un jour, ma fée est arrivée et on a conclu.<br>Il était temps&nbsp;!<br>Cette inespérée rencontre<br>Est enfin arrivée pour moi à 70 ans&nbsp;!<br>Je ne pouvais pas être contre&nbsp;!<br>Et enfin, te voilà depuis hier né et nous t’admirant.<br>Tu es tout petit mais il n’y a plus maintenant de course contre la montre&nbsp;!<br>Tu as mis du temps à arriver mon fils chéri,<br>Mais prends celui de grandir<br>Même si plein de choses sont prêtes ici<br>Pour ton avenir.<br>J’ai même pensé à ton premier tricycle, t’imagine&nbsp;! et ce n’est pas fini&nbsp;!<br>Je l’ai même placé entre deux lignes droites, c’est te dire&nbsp;!<br>Droit le chemin que je veux pour toi,<br>Du moins, je voudrais que tu ne manques de rien<br>Dans les années où je ne serais plus là.<br>J’ai tenté d’amasser des biens<br>Pour que tu aies toujours de quoi manger, étudier et même un toit.<br>Je sais, parler ainsi fait ancien.<br>Mais sache aussi une chose mon enfant.<br>Le chemin ne sera pas toujours droit.<br>Tu devras parfois emprunter des tournants,<br>Des virages nommés erreurs et des lois.<br>Tes amis et ta mère agiront en feux de signalisation aimants.<br>Mais en attendant, on improvisera toi et moi, ça te va&nbsp;?<br>Ton papa qui t’aime.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte de Mijo : </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est
ainsi que tout à commencer. 
</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui,
j’ai trois ans c’est mon anniversaire. Une grande fête est prévu
dans le jardin avec toute la famille. Je suis super excité. Mon
grand frère n’arrête pas de me titiller. c’est long, quand on
attend. Enfin le premier invité arrive et la fête commence… Puis
le gâteau, au chocolat, bien sûr, mon préféré. Trop fier d’avoir
soufflé d’un coup mes trois bougies. Pleins de cadeaux, trop
content. 
</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque
du jardin me parvient la voix de mon père. «Lulu!!!  Viens voir
&#8230;» Je sors en courant et tombe en arrêt, subjugué ,devant un
beau tricycle rouge flambant neuf.Je reste quelques instants immobile
avant de monter dessus. Ils ont eu du mal à me coucher, ce soir-là.
De ce jour, je ne l’ai plus lâcher, à fond dans le jardin, pour
aller faire les courses avec maman, pour aller à l’école. J’étais
toujours quillé sur ma petite selle. Le dimanche, toute la famille
partait en balade, chacun son vélo. J’étais trop fier, je n’étais
plus sur le petit siège derrière maman. Je pédalais comme un fou
et faisait déjà des courses avec mon frère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La
passion ne m’a plus quittée. Mon père est devenu mon coach, nous
partions régulièrement sur les routes. Au début, mon frère nous
accompagnait. Mais en grandissant, il a préféré sortir avec ces
potes, aller au bal ou au café&#8230;Moi, dés que je sortais de
l’école, je montais sur ma bécane et hop!!! j’avalais les
kilomètres. Je me suis inscrit dans un club, pour me perfectionner
et participais à des courses. Le week-end, mon père m’accompagnait,
m’emmenait aux départs des courses et venait me chercher à
l’arrivée. J’étais régulièrement sur les podiums.Je devenais
connu et reconnu dans le milieu. A force travail et de ténacité, je
suis entrais dans une équipe professionnelle, enfin!!! 
</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et un
jour, inscription au Tour de France, nouveau challenge… beaucoup de
travail, avec mes huit collègues, on se tirait la bourre. Il fallait
être le premier, être le leader. Beaucoup de rivalité, de stress
et de doute. Ainsi que la tentation de dopage pour être en tête au
risque de se détruire la santé. Achat du dernier matériel
performant, pas donné donné&#8230; 
</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’étais
pas trop mal placé et avais toutes mes chances. J’avais réuni à
grimper dans les premier lors de l’étape dans les alpes. Et là,
l’accident &#8230; dans la descente, dans un virage en épingle à
cheveux,une sortie route à plus de cent kilomètre heure… une
chute vertigineuse dans le décor. Je me suis réveillé à l’hôpital
après une dizaine de jours de coma et un corps en bouilli…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis,
je suis dans un fauteuil roulant. Je ne marcherais plus… Le vide,
c’est créé autour de moi. Les équipiers sont partis sans se
retourner en se disant: «Ouf!!! c’était pas pour nous, dur pour
lui mais&#8230; cela fait une place de plus.» Heureusement, la famille
est là…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec
recul, En voyant mon frère, avec sa femme, ses enfants, ses potes
qui se retrouvent régulièrement d’années en années… Cette
passion, comme n’importe quelle passion portée à l’extrême,
vous coupe de tout, de la réalité et nous fait vivre dans un autre
monde avec ces propres règles.Tout cela, pour quoi? la gloire, la
renommée, l’argent … Et après?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus on monte haut, plus la chute est dure&#8230;</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte de Géraldine</strong> : </p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Qu’est ce que c’est que ça ?&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">A la façon dont Fabien, son mari, lui posa la question, Sandrine comprit qu’elle avait encore tout faux.&nbsp; La matinée à la brocante au bord du lac lui avait fait tellement de bien. Elle s’était sentie coupée de tout et à nouveau elle-même. Arrivée au seuil de la maison, le tricycle à bout de bras, la parenthèse prenait fin.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Ben tu vois bien, c’est un tricycle, lui répondit-elle. Je pensais l’offrir à Sacha pour son anniversaire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Mais enfin je t’ai dit qu’on allait lui prendre une draisienne. C’est ce qui se fait maintenant. Tous les enfants ont ça. J’ai déjà trouvé le modèle chez Décathlon.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Ça n’empêche pas, non ? Il peut avoir les deux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Bien sur. Ça nous encombrera c’est tout. Bon je te laisse je file courir. Le poulet est au four.»&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sandrine alla poser le tricycle dans le salon, et retourna dans l’entrée se déchausser et accrocher son manteau. Puis elle revint se laisser choir sur le canapé et éclata en sanglots en regardant son beau tricycle rouge à quelques mètres d’elle. Les mots échangés avec son mari lui revenaient en tête : «&nbsp;ça nous encombrera, c’est tout&nbsp;».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle prenait ces mots pour elle : elle encombrait. Elle encombrait depuis deux ans, depuis la naissance de Sacha et la dépression post-partum qui avait suivi. Mais ce matin justement elle avait&nbsp; eu la sensation de commencer doucement à reprendre pied. Acheter ce vélo en pensant à son petit garçon lui avait procuré tant de joie ; elle qui avait toujours chiné, elle chinait pour la première fois pour son fils. Et voilà que Fabien la rembarrait. Le chemin était encore long. A la culpabilité, qui commençait à s’atténuer, succédait l’angoisse que son couple ne s’en remette pas. La sonnerie de son portable la fît sortir de ses pensées. C’était son père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Allo ma chérie, ça va ? Tu es encore à la brocante ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Non non, je viens de rentrer à la maison. Comment va Sacha ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Maman est en train de le coucher. Il a très bien mangé.&nbsp; Et toi tout va bien ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ça peut aller. J’ai pris un tricycle pour l’anniversaire de Sacha. J’espère qu’il va aimer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Mais bien sur qu’il va aimer. C’est exactement ce qu’il faut à cet âge!&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">A ces mots, un sourire passa sur le visage de Sandrine. Elle dit à son père qu’elle avait le poulet à sortir du four et raccrocha. Comme convenu ses parents lui ramèneraient le petit après sa sieste. D’ici là elle espérait que Fabien allait bientôt revenir et qu’elle pourrait se glisser avec lui sous la douche.&nbsp;&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte de Nady : </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand tu te réveilleras ce matin, tu recevras ton cadeau mon lapin : un tricycle à roulettes ! A 3 ans aujourd’hui tu marches sans te tenir à rien. Courir aussi tu sais le faire très bien. Il est temps d’apprendre à rouler, tu veux bien ? Une fois l’équilibre acquis, et quand tu auras grandi, j’enlèverai les 3 roulettes. Tu m’accompagneras dans des petits champs de terre quand on ira prendre l’air et tu ne poseras pas les pieds par terre en haut de ta bicyclette ! Tu circuleras fier et libre. </p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’adolescence, avant d’apprendre à être ivre, tu testeras le skate et ses figures de style en impro ; faisant ainsi le beau tout en évitant les bobos, ça serait chouette ! Quand adulte épanoui et las, du temps tu en manqueras, très vite tu opteras pour la trottinette. Au début tu voudras perdre du poids. Alors tu avanceras une jambe en haut, une jambe en bas. Puis l’électrique deviendra un déclic pour aller toujours plus vite en trottinette&nbsp;!</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte d&rsquo;Agathe</strong> : </p>



<p class="wp-block-paragraph"> Que fait-on de ces enfances qu’on ne vit pas? </p>



<p class="wp-block-paragraph">Lui a vécu dans une famille nombreuse, trois frères et une sœur ;<br> il est le dernier des enfants. <br>Il n’était pas désiré. <br>Parce qu’il n’était pas désiré, il est né charge, anté-présence. <br>Avant même de naître, il avait déjà vécu une mauvaise distribution des rôles. <br><br>Elle a vécu dans une famille nombreuse, deux sœurs, un frère ; <br>elle est la dernière des filles, la fragile. <br>Née le cordon autour du cou, elle née en étouffant, pas de larmes à la naissance, <em>sous-présence</em>. <br><br>Lui est né nié, Elle noyée. <br>Avant de passer les portes de l’enfance, <br>Il a fallu se confectionner une naissance. <br>Avant l’écriture, aucun souvenir personnel, des souvenirs communs. <br>Lorsqu’ils apprennent à former les lettres, ils décident tout deux peu à peu de se solidifier l’enfance, d’immobiliser des souvenirs. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Lui traine derrière ses frères, dehors tout le temps à côté de l’usine, dans les sous-bois, <br>à la sortie des établissements que fréquentes les grands – des lieux qui ne lui sont pas interdits, il y passe inaperçu. <br>Enfant, on ne lui pose pas la question du présent, on lui demande l’avenir sur-le-champ. <br><br>Elle est malade souvent, regarde la fratrie, depuis le lit dans les draps moites et anxiogènes. Les lieux lui sont tous interdits – elle est trop frêle, trop risquée. <br>Enfant, on lui pose sans cesse la question du lendemain, s’il adviendra ou non. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Lui a fomenté les souvenirs communs, tout était mieux quand il était enfant au fond. Il avait le droit de chuter toujours sans jamais attirer l’attention. Les souvenirs de la mère-volage remplacent les siens, solidifient des attitudes, bourre de contenance. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle a survécu à son enfance, consignée dans des films Super-8 dans lequel le père-aimant parfois la prend dans ses bras. Les films pâles projettent une enfance qui n’est pas la sienne, mais celle de la matière familiale. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Après latence, <br>Lui émet des signes de sortie d’enfance tardive, <br>ne veut pas entrer dans une autre occurrence. <br>Le père pourtant, a refermé derrière lui les portes de l’enfant depuis longtemps. <br>Elle n’a pas vraiment incarné, n’a pas donné à la mesure de ces fortes années, <br>a cloisonné une enfant qu’elle méconnait sur un lit en croix. <br>La mère morte a emporté avec elle le corps-enfance. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Lui dit avoir eu droit à un âge-tendre heureux, se ment, <br>court, fantomal, après. <br>Elle pense intimement avoir échappé à l’innocence, <br>avec décence et tempérance. Tous deux, enfants dans la maison, ne savent plus s’aimer. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfance, il faut s’appartenir.  </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Texte d&rsquo;Apolline</strong> : </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’appelle Paul mais on a
toujours dit le p’tit Paul, surnom qui lui est resté en grandissant mais qui a
eu le don de l’horripiler…Il a pourtant grandi et quand il est revenu dans la
maison de sa grand-mère décédée là-bas au fin fond de l’Aubrac, il avait
presque 30 ans. Il ne s’appelait plus le p’tit Paul car il avait décidé de
changer, il y a une dizaine d’années et d’utiliser son deuxième prénom&nbsp;:
Simon. Ca lui était venu comme ça, un jour où l‘exaspération était au summum…Et
il avait exigé de tous qu’on l’appelle dorénavant Simon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais à l’instant T, Simon ne se
préoccupe pas de prénoms ou d’agacement. Il est juste arrivé après avoir voyagé
presque toute la journée mais ça lui avait plu de prendre son temps et
d’approcher lentement pour mieux se réapprivoiser le lieu de ses jeunes
étés.&nbsp; </p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est entré, il a fermé les
yeux, a repris doucement contact avec les odeurs, l’ambiance, les objets, les
meubles et toute cette atmosphère surannée qu’il a si bien connue mais oubliée
depuis. Comme une bouffée d’enfance qui lui saute aux narines. Instinctivement,
il a visité la cave en vain, sans réfléchir du tout et maintenant ses jambes le
portent vers l’escalier sans doute vermoulu mais toujours impeccablement ciré
qui monte au grenier. Ce grenier si sombre, si grand dans son souvenir et qu’il
trouve si restreint aujourd’hui, tellement encombré de toutes les vieilleries
accumulées depuis combien de générations&nbsp;?&nbsp;
Ne pas jeter, conserver, «&nbsp;ça peut toujours servir&nbsp;»…C’est
pour cette raison que la transmission ne s’anoblit pas quand les héritiers
héritent…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Simon veut vérifier. Quand il a
appris la nouvelle, il a su immédiatement qu’il lui fallait vérifier. Sa chère
grand-mère, ses chers parents, ces aimants, ces protecteurs éternels, non… pas
éternels puisqu’il était là pour un enterrement, tous ces proches qui avaient
voulu le préserver, le protéger, lui épargner l’annonce, ne pas dire… </p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas de fratrie. Il avait pensé
longtemps qu’il était le seul, le premier et qu’il allait le rester. Il n’avait
su qu’assez tard que la vérité était autre que celle qu’on lui serinait depuis
sa naissance. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour où il avait pris
possession du petit tricycle qu’on était allé dénicher pour lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour où la vie avait débordé
des deux lignes blanches qu’on lui avait tracées. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour où sa grand-mère, le
voyant hésiter, avait glissé involontairement&nbsp;: «&nbsp;tu sais, le p’tit
Pierre lui, il a tout de suite su s’en servir et rouler…&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tricycle était bien au
grenier…Et pour qui cette fois&nbsp;?</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le texte de Cloud : </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Bon Coin. A vendre&nbsp;: tricycle bon état 12 euros. </p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;avais acheté le tricycle comme ça, sans raison, sur un
coup de tête. Je n&rsquo;en n&rsquo;avais pas besoin&nbsp;; je n&rsquo;avais pas d&rsquo;enfant,
n&rsquo;étais pas collectionneur, et mes fantasmes érotiques n&rsquo;avaient jamais nécessité
ce genre d&rsquo;accessoire. Pourtant, il trônait là, devant moi, au milieu de ma
chambre de bonne dans un 6e étage mansardé. Je lui avais donné un nom&nbsp;:
Ansel. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je lui parlais, lui racontais ma vie, nous écoutions la
musique ensemble. Contrairement à un chien, pas d&rsquo;envie de faire pipi, ni de
quémander continuellement de la nourriture, rien de tout ça&nbsp;; il était
tranquille, moi aussi, jusqu&rsquo;au jour où&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous regardions la télé ce soir là. Je l&rsquo;entendis
murmurer&nbsp;: «&nbsp;Dis donc, tu crois toi au cycle des renaissances&nbsp;?&nbsp;».
Estomaqué d&rsquo;entendre parler un vélo si petit soit-il, je lui répondis&nbsp;:
«&nbsp;Moi, pas trop, pourquoi&nbsp;?&#8230;&nbsp;». «&nbsp;Parce qu&rsquo;en ce qui me
concerne, j&rsquo;aimerais savoir s&rsquo;il existe également un tricycle des renaissances».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous partîmes alors en Inde. Nous parcourûmes les villes
saintes. Nous déambulâmes dans les rues bondées de Bénarès, juchés sur un
rickshaw. Je lui demandai si ce véhicule répondait à ses questionnements. Il me
rappela qu&rsquo;il ne fallait pas confondre généalogie et métempsycose. Le sujet
était clos&nbsp;: on ne contredit pas un tricycle. Nous consultâmes ici ou là
quelques gourous et saddhus qui ne s&rsquo;avérèrent pas plus capables d&rsquo;apporter une
solution à son problème existentiel. Nous revînmes bredouilles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A notre retour, tandis que nous devisions sur la vie et la
mort, l&rsquo;avant et l&rsquo;après, la sagesse et l&rsquo;ignorance, en longeant le lac du Bois
de Boulogne, nous vîmes une maman cygne noire qui glissait sur l&rsquo;eau, trois
petits la suivant dans un triangle parfait. L&rsquo;eau transparente laissait voir les
palmes qui gigotaient pour avancer comme des pieds d&rsquo;un cycliste sur un
pédalier, et le long cou de la mère portait fièrement une tête altière qui
pivotait au fur et à mesure de son avancée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ansel se tourna face à elle et me dit&nbsp;: «&nbsp;Elle est
magnifique, tu ne trouves pas&nbsp;?&nbsp;! … Et si&#8230; ». </p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa voix se fit posée, puis prenant un léger ton lamartinien,
la présence du lac sans doute, il laissa tomber ces mots&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Quel malheureux karma m&rsquo;a réduit en objet</em><br><em>De tricycle figé, de jouet inanimé.</em><br><em>Funeste destinée que ces vies tour à tour</em><br><em>Ont privé de mes ailes pour voler mon amour.</em><br><em>Je veux te retrouver, palmipède d&rsquo;airain,</em><br><em>Et tracer avec toi de merveilleux desseins.</em><br><em>Je veux graver ce jour un cœur de mes sillons</em><br><em>Pour servir de rempart aux réincarnations&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’abandonna alors lentement vers les remous du bassin.
Les clapotis l&#8217;emportèrent peu à peu. Le guidon se tourna une dernière fois
vers moi avant d&rsquo;être englouti. Je lui fis un geste d&rsquo;adieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Triste, esseulé, je me remis sur le site du Bon Coin. J&rsquo;achetai un autre tricycle. Aujourd&rsquo;hui, cela fait bien six mois qu&rsquo;il trône au milieu de ma pièce, et rien ne se passe.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le texte de Manue : </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il était comme un vieux souvenir, le gardien d’un autre temps. Il gisait là, abandonné. Le vent le poussait parfois dans cette antique cour d’école mais ça faisait bien longtemps que des petits pieds potelés n’avaient pas utilisé les pédales. Plus personne ne courait de nos jours. Trop dangereux. Ils avaient essayé de les faire sortir avec des tas de protections mais cela prenait trop de temps pour les enfiler à tous, ils jouaient un peu et puis il était l’heure de rentrer apprendre, le corps n’était plus au service de l’intelligence, ils avaient complètement oublié l’évolution. Le temps courait lui, par contre. Parfois, quand c’était trop dur, ils les sortaient, un par un. Moins dangereux. La cour bitumée n’offrait plus aucun obstacle, pas d’aspérités, pas de végétation, pas de structures sur lesquelles grimper, pas de camarades pour se battre, se percuter, juste un tricycle stable au cas où l’enfant en ait eu marre de courir seul. Et puis ils avaient abandonné cela aussi. Mieux valait qu’ils utilisent les écrans pour se calmer, un chacun, pour éviter de se disputer. Le dehors était devenu angoissant, on y sentait un reste d’humanité que tous rejetaient de plus en plus. Il fallait être fou pour vouloir sortir et sentir la brûlure du soleil ou la caresse du vent sur sa peau. Le parfum d’une rose, oublié. Rien ne les hypnotisait plus que l’image sans cesse changeante de leur périphérique favori et il était de plus en plus difficile de communiquer avec eux. Le savoir n’était plus qu’une utopie dans la tête des plus anciens et par la fenêtre ils regardaient un passé révolu. Leurs derniers élèves ne savaient même plus observer le dehors, les vitres, des murs aussi solides que les briques, les protégeaient de l’extérieur. L’ennemi était partout, l’autre un danger, un obstacle à son propre bonheur. La religion du nombril prévalait sur toute autre. La parole oubliée, mieux valait soigner son image virtuelle et communiquer au besoin via sa messagerie électronique. L’humanité touchait du bout du doigt sa propre fin sans s’en apercevoir.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le vent soufflait de plus en plus fort dehors et, le temps passant, il balaierait le tricycle définitivement.&nbsp;Les vitres, bientôt opaques, feraient disparaître les derniers souvenirs des hommes.&nbsp;</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le texte d&rsquo;Amélie : </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>N’oubliez pas le
tricycle&nbsp;!</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Et le tricycle, vous le prenez ? </p>



<p class="wp-block-paragraph">J&rsquo;avisai le minuscule véhicule oublié au milieu de la
cour et jetai un œil au coffre de la voiture. </p>



<p class="wp-block-paragraph">— Je reviendrai le chercher le mois prochain. Ça ira
pour aujourd&rsquo;hui, je crois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">— Comme vous voulez. Mais vous savez, les services de
la mairie passeront peut-être se servir avant, moi je dis ça…&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">La remarque du cantonnier me fit sourire. Il était
lui-même employé par la mairie, bien sûr, mais ça ne l’empêchait pas d’avoir
choisi son camp. Ce qui, aujourd’hui, me rendait bien service.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moment de fermer le coffre, je faillis craquer et
tout laisser tomber. Abandonner la voiture là, dans la cour de l’école, et fuir
en courant jusqu’à la gare pour monter dans le premier train qui me ramènerait
chez moi. La réalité me paraissait soudain beaucoup trop compliquée. Mettre sur
pieds ce projet de foyer pour les mineurs isolés ici, au beau milieu de nulle
part, avait été un long chemin semé d’embûches, maintenant qu’on y était, je
commençais à sentir la fatigue m’envahir. Et si je n’arrivais pas à m’occuper
d’eux&nbsp;? Et si les gens du village n’étaient plus aussi solidaires qu’au
début du projet&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cantonnier traversa la cour pour m’ouvrir le
portail. Trop tard pour partir en courant, et bien trop tard pour commencer à
reculer. La porte du coffre claqua plus fort que ce que j’aurais voulu, mais le
bruit eut le mérite de balayer mes derniers doutes. En passant devant lui,
j’ouvris la fenêtre pour le saluer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Ne vous en faites pas, je le mets de côté, le
tricycle. Et puis les livres qui restent, aussi. Ils vont quand même pas tout
vider, ils nous ont déjà pris les gamins du village pour les envoyer à l’école
à l’autre bout du département, ça suffit comme ça&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est bien ce que vous faites. Pour ces mômes, je veux
dire. Faut que ça serve, tout ce matériel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">— Merci, Monsieur Simier. Vous viendrez les voir, les
enfants&nbsp;? Le foyer sera ouvert dans un mois, ça me ferait
plaisir.&nbsp;Venez leur lire des livres, ils adoreront. </p>



<p class="wp-block-paragraph">— Oh, je sais pas trop&#8230; Il y a beaucoup
de travail, ici, je ne sais pas si j&rsquo;aurai le temps. Et puis vous savez,
l’agitation, les gosses qui crient, finalement ça me manque pas tant que ça&#8230; Je
me suis habitué au calme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">— Allez, je
sais que ça vous manque. Venez quand vous pouvez, de toute façon le foyer est
ouvert tout le temps. Gardez les livres avec vous, vous leur en apporterez au
fur et à mesure. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Je lui fis un
signe de la main et enclenchai la vitesse. Le bruit du moteur couvrit la voix
du cantonnier, mais dans le rétroviseur, je vis sa main s’agiter d’un petit
signe discret. </p>



<p class="wp-block-paragraph">— Et n&rsquo;oubliez
pas le tricycle !&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce
sourire, j’aurais juré que ses yeux s’étaient mis à briller.&nbsp; </p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph"> </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les autres textes publiés sur d&rsquo;autres blogs, mais écrits dans le même cadre : </strong></p>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vSPjg-Fa_tmyyphCIAsn_8yLanrxTvyoq_SU3PgD5hlf6ADpLxnHMNTi9V1zuliQfIyiokfUpcZjBKy/pubhtml?gid=1011439240&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;>></iframe></pre>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/dieu-pedale-diable-roue-libre-ecriture/23192/">Dieu pédale et le Diable fait la roue libre : atelier d&rsquo;écriture 324</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Photo de l&#8217;atelier d&#8217;écriture 322</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/photo-de-latelier-decriture-322/22976/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 27 Dec 2018 09:09:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[café]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photo]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[photo]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Apres les agapes des premières fêtes, voici la photographie de l&#8217;atelier 322. Les textes seront publiés le lundi 7 janvier. Notre dîner #Bricabook aura lieu le 4 janvier. Pourriez-vous m&#8217;envoyer [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Apres les agapes des premières fêtes, voici la photographie de l&rsquo;atelier 322. Les textes seront publiés<strong> le lundi 7 janvier. </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Notre dîner #Bricabook aura lieu le 4 janvier. Pourriez-vous m&rsquo;envoyer un mail afin de confirmer votre venue ? Je vous enverrai alors l&rsquo;adresse du resto.  </strong></p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/12/nick-cooper-539410-unsplash.jpg?fit=700%2C467&amp;ssl=1" alt="" class="wp-image-22977"/><figcaption>© Nick Cooper</figcaption></figure>



<span id="more-22976"></span>



<pre class="wp-block-preformatted"><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSdrIsLhu_qsvxHEOnHMCQC-4avEBLbMQ3x9csomS7ZEi4qSmw/viewform?embedded=true" width="640" height="767" frameborder="0" marginheight="0" marginwidth="0">Chargement en cours...</iframe></pre>
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			</item>
		<item>
		<title>Photo de l&#8217;atelier d&#8217;écriture 320</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/photo-atelier-ecriture-320/22843/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Dec 2018 16:49:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[coutumes]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[geisha]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tout d&#8217;abord, un petit point sur le dîner qui nous réunirait. La date du 4 janvier remporte les suffrages. Bloquez votre soirée ! Je vous en dirai plus très vite [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Tout d&rsquo;abord, un petit point sur le dîner qui nous réunirait. <strong>La date du 4 janvier remporte les suffrages. Bloquez votre soirée !</strong> Je vous en dirai plus très vite (je vous contacterai par mail.) Ce sera sympa de vous (re)voir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Autre petit point que je souhaitais aborder avec vous &#8230; Un point délicat. En 2019, l&rsquo;atelier ne sera plus hebdomadaire, mais mensuel.</strong> Je suis désolée de ce changement, mais je n&rsquo;arrive plus à tenir le rythme &#8230; mais je me dis que c&rsquo;est bien aussi de distiller nos textes, car le rythme actuel est très soutenu. 🙂 Nous nous retrouverions chaque premier lundi du mois. Je posterais ensuite la photo le premier mardi du mois.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voici la photographie du prochain atelier. A lundi !</p>
<p><div id="attachment_22844" style="width: 344px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-22844" class="size-full wp-image-22844" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/12/Atelier-décriture-320.jpg" alt="" width="334" height="501" /><p id="caption-attachment-22844" class="wp-caption-text">© Tony Wan</p></div></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-22843"></span>Le formulaire à remplir (uniquement quand vous avez un blog.)</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfos6wfLpBQEB5ostGxmqyaAA1BPExavNQID7fSJqQyE3WDKQ/viewform?embedded=true" width="640" height="736" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
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		<title>Ecriture 319 : Casa nostra</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-319-casa-nostra/22832/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Dec 2018 03:44:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque week-end, Nicolas se levait aux aurores. Vers 09h 16, quand la brume de mon sommeil s&#8217;éclipsait, je retrouvais la table du petit déjeuner mise : trois croissants et une [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-319-casa-nostra/22832/">Ecriture 319 : Casa nostra</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="size-large wp-image-22822" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/11/refuge-700x467.jpg" alt="" width="700" height="467" /></p>
<p style="text-align: justify;">Chaque week-end, Nicolas se levait aux aurores. Vers 09h 16, quand la brume de mon sommeil s&rsquo;éclipsait, je retrouvais la table du petit déjeuner mise : trois croissants et une fleur de saison dans un soliflore. Dans le garage, j&rsquo;entendais Nicolas bricoler. Il sifflotait toujours le même air.<br />
Le dada de mon mari était d&rsquo;équiper la maison des derniers gadgets. Très vite, je n&rsquo;eus besoin que de mon index pour ouvrir le portail, de ma voix pour lever les volets, ou d&rsquo;un simple claquement de doigts pour éteindre les lumières. A l&rsquo;extérieur, toutefois, il fit construire un jacuzzi à l&rsquo;ancienne. Il fonctionnait au bois et au charbon. Rien d&rsquo;électronique.<br />
« Mon petit caprice », comme il aimait l&rsquo;appeler.<br />
Une fois par mois, il y passait une soirée, en compagnie du voisin. Une bonne bouteille de Bourgogne, et ils refaisaient le monde. Moi, j&rsquo;en profitais pour aller faire du taï chi avec Martine. Avec elle aussi, je refaisais le monde. Nicolas revenait toujours plus détendu de cette soirée entre hommes.<span id="more-22832"></span><br />
Un matin, toutefois, la police débarqua. Je la vis à travers la caméra reliée à mon téléphone. Nicolas me dit de me rendormir, qu&rsquo;il réglerait ça. Dans les journaux pourtant, le pigiste était formel : la police avait arrêté le chef de la « Cosa nostra ». Un ponte de la mafia sicilienne. Mon Nico. Lui. L&rsquo;article disait même qu&rsquo;on avait eu du mal à le retrouver, puisque toutes les négociations se faisaient loin de l&rsquo;appareil Google Home. Les preuves avaient été longues à trouver. Depuis, quand je demande à Alexa les dernières informations, j&rsquo;ai toujours une pensée pour mon mari. En prison, les volets ne se ferment pas. L&rsquo;entendre siffloter chaque dimanche me manque.</p>
<p style="text-align: justify;">Alexandra K, dimanche 2 décembre 2018</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mijo</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ils n’avaient pas pris de vacances depuis quelques années, privilégiant leurs carrières. Ils ne gagnent pas trop mal leurs vies. Un joli couple de trentenaire, elle avocate, lui ingénieur dans une grande boite. Ils ont  acquis un bel appartement, pas trop loin du centre parisien, mais qui les obligent malgré tout à prendre le métro tous les jours et rentrent assez tard le soir. Ils n’ont pas beaucoup de temps pour eux et se croisent souvent. Ils n’ont même plus le temps  ou le courage de se disputer.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce soir-là, assis dans leur canapé, ils feuillettent les différents  prospectus de voyages, lorsqu’ils tombent devant cette image. Un séjour intitulé « retour aux sources », dans un cadre idyllique. Un chalet de bois niché dans un  écrin de verdure vous accueille tout l’été. Vous vivrez  un séjour en toute autarcie, au sommet d’une montagne avec une vue magnifique, à 360 degrés sur  les vallées alentours, bercer par les glouglous de la rivière et le frémissement des arbres sous la bise.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est décidé ! Les voilà partis ! Tranquillité, repos,  dépaysement…</p>
<p style="text-align: justify;">Ne rien oublier !  A peine arriver … obliger de laisser la voiture en bas. Deux kilomètres de randonnée avec sac sur le dos. Enfin arrivés…  Le site est superbe et le chalet accueillant. Installation faite, Allez chercher du bois car en altitude il fait toujours un peu frais. La flambée monte dans la cheminée. Le feu crépite dans  l’âtre, la maison craque, le bois vit. Maintenant, le poêle, à bois aussi, pour cuisiner… Ce n’est pas gagner ! Heureusement le premier repas est prêt à être réchauffé…. Le bois va être essentiel, il va falloir en couper pour les jours à venir. Pas de douche ce soir. Elle est extérieure et solaire. Pourvu que demain il fasse beau. L’eau au robinet super !!! Mais que froide… Et bien sûr pas d’électricité…La lampe à pétrole, c’est chaleureux… La nuit est tombée, le silence est assourdissant&#8230; Pas de musique, de télévision, pas d’internet ni de téléphone, totalement déconnecté … Le ciel étoilé est magnifique. La lune éclaire amplement.</p>
<p style="text-align: justify;">Le calme est reposant. Calme, calme, la forêt se réveille… La chouette ulule, les brindilles craquent sous les pattes des petits animaux, les chauve-souris volettent , le bruit de l’eau est toujours présent, on ne se sent plus aussi seuls… Demain, levez aux aurores, allez chercher le lait et les œufs à la ferme en bas, coupez du bois pour le soir, en espérant le soleil pour la douche… Mais aussi balade à la recherche de mûres ou de champignons&#8230;.Demain, cuisiner et faire le pain dans le four à bois bien sûr. Dire que les arbres mettre des années à pousser…Demain…</p>
<p style="text-align: justify;">Sommes-nous prêts à revenir aux sources, à vivre sans électricité, à tout miser sur le bois  pour se chauffer, pour cuisiner…. Ne pas avoir l’eau au robinet, aller la chercher à la source… être tributaire du soleil pour l’eau chaude….Sommes-nous prêt à lâcher notre confort pour sauver la planète.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Manue</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Personne ne savait qu’il habitait là, le secret était bien gardé. Les quelques habitants de l’île étaient des taiseux et ceux du continent beaucoup trop attachés à leur tranquillité pour dénoncer qui que ce soit.</p>
<p style="text-align: justify;">Son périple avait été bien trop long pour son vieux corps fatigué, bien trop d’épreuves avaient jonché son chemin, de blessures. Le monde est violent pour ceux qui dérangent, mieux vaut les faire disparaître plutôt que d’écouter leurs particularités ou croire à leur magie.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était harassé qu’il s’était finalement posé là, un matin d’hiver. Un pêcheur d’un autre âge l’avait trouvé épuisé près du rivage, il avait donné toutes ses forces pour s’échouer finalement le plus loin possible des terres les plus peuplées. Peut-être avait-il été attiré par le lieu ? Ou par l’aura du bonhomme qui vivait là … Il avait certainement senti que celui qui parlait aux plantes comme à des âmes saurait lui construire un refuge à l’abri des yeux du monde, dans ses entrailles, au plus près de l’antre dont il était issu.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne s’était pas trompé. L’humanité recelait encore quelques trésors, inconnus du plus grand nombre. L’île en était un, et le pêcheur le plus beau de ses joyaux. L’homme vivait de l’air du temps, blotti sous les couettes de duvet quand le temps était à la pire des tempête, mais dans sa coquille de noix quand la mer était belle, ou sur la glace. Il aimait regarder le soleil se lever et s’allonger dans l’herbe sauvage brassée par le vent du nord. Il avait un nid solide mais froid aux pires jours de l’hiver. Et il vivait seul.</p>
<p style="text-align: justify;">Les premiers jours furent harassants, il fallut creuser la terre gelée, la roche, poser des étais solides. Quand la première galerie fut terminée le reste fut plus facile. Son protégé, invisible aux yeux humains, retrouvait force et vigueur, très vite il lui apporta une merveilleuse chaleur, un peu magique, parfois terrifiante. Ses ailes cicatrisaient, les onguents de l’homme faisaient des merveilles sur ses écailles en piteux état et rapidement il retrouva des forces. Assez pour chauffer la maison plus qu’il ne fallait ainsi que l’eau du hot tub. Jour et nuit l’eau était brûlante et la fumée, comme le souffle d’une respiration puissante, semblait ne jamais s’arrêter de sortir du long tuyau d’évacuation.</p>
<p style="text-align: justify;">Les quelques autres habitants, d’abord étonnés de cette nouvelle source de lumière, chaleureuse, ne posèrent guère de questions, ils se contentèrent juste de passer plus souvent prendre des bains lorsque la nuit était tombée et qu’ils pouvaient lire l’avenir dans les étoiles au dessus de leurs têtes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils continuèrent à parler aux plantes et à croire que les êtres magiques existaient, ils en avaient la preuve, un dragon vivait sous la maison.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cloud</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">La photo offrait le spectacle d’une nuit limpide où les ombres ciselées des sapins caressaient les courbes de la montagne. Une cabane, éclairée comme un gilet jaune sortant des ténèbres, donnait au paysage la magie d’une crèche de Noël, et une haute cheminée surplombant un chaudron laissait s’échapper des volutes blanchâtres d’une improbable élection papale salvatrice. Un lieu à fleurir bon l’authenticité naturelle et les produits bio.</p>
<p style="text-align: justify;">Proposée par un site d’hébergement chez l’habitant, l’image bucolique avait de quoi séduire. C’est dans ce lieu perdu de la Belmanie orientale aux confins de Carpates que Gérard Blossut, auteur renommé de contes pour enfants, rarement exaltants souvent soporifiques, décida de se retirer quelques semaines pour y retrouver l’inspiration et écrire son nouvel ouvrage destiné aux enfants bien-pensants de l’ouest parisien. L’esprit des grands auteurs du XIXe siècle, amoureux de la nature et du bien écrire, l’accompagnerait durant son séjour.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le vrai monde est toujours différent des cartes postales. Lorsque le propriétaire, fin saoul, vint le chercher à Gzzadhz, la capitale, et l’emmena dans son épave de voiture à travers les routes sinueuses et verglacées, Gérard pressentit que tout ne serait comme dans le dépliant. Une fois à l’intérieur de sa mansarde sans chauffage qui lui servait de gîte, malgré l’odeur pestilentielle qui émanait de la bassine de mélasse se consumant à proximité, il voulut immédiatement se mettre au travail. Hélas, il constata amèrement que son ordinateur avait été subtilisé. En désespoir de cause, il arracha la nappe en papier de la table en bois et tenta, malgré tout, d’aligner de ses doigts glacés quelques mots, fussent-ils maladroits. N’est pas le Docteur Jivago qui veut, le froid sibérien figea autant son imagination que ses mains de poète. Il abandonna rapidement et se servit un ersatz de café. Il était seize heures, il faisait déjà nuit, une panne électrique plongea la vallée dans l’obscurité totale. Il se coucha, un peu dépité sans pour autant pouvoir dormir au milieu du vacarme des chiens errants, de voisins mitoyens en proie à des scènes de violence, et d’une femme fellinienne qui grattait à sa porte pour lui proposait ses charmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, le lendemain, avec tristesse et découragement, il décida d’écourter son séjour. Le logeur, après lui avoir discrètement volé quelques affaires personnelles, accepta de le déposer à l’aéroport pour une somme aussi rondelette que son embonpoint.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois revenu chez lui à Paris, sans un euro restant, il se remit au travail et écrivit sans relâche dans la quiétude de son appartement parisien, face au Jardin du Luxembourg. Six mois plus tard, il publia avec succès son livre «Triple meurtre dans les Carpates».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour réussir, il faut sans doute accepter de sortir un moment de sa zone de confort.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Kroum</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une cabane en bois,<br />
Adossée à la colline. Aujourd’hui il y fait froid<br />
On y vient en voiture<br />
Tellement elle est perdue dans la nature.<br />
On s’y sent bien toi et moi,<br />
On aime y venir depuis quelques mois.<br />
Après avoir marié notre petit dernier<br />
Cet été<br />
on s’est retrouvé un peu perdu<br />
Tous les deux dans notre immense appartement cossu.<br />
Mais il me vint une idée, celle de nous échapper là bas<br />
En achetant une cabane au Canada,<br />
Loin de tout ce monde qui s’agite autour de nous,<br />
Loin de cette ville citadine qui nous rend fous !<br />
Ici, auprès d’un feu de cheminée,<br />
Nous retrouvons notre romantisme oublié<br />
Pendant toutes ces années actives et débordées<br />
De parents et d’employés.<br />
Ici, dans cet environnement apaisant,<br />
On se redit des mots plaisants<br />
Tout en restant au lit<br />
Tant qu’on en a envie.<br />
Nous revivons nos jeunes années d’amoureux transits<br />
Quand nous devions nous voir à l’abri<br />
Des yeux de nos parents<br />
Pas toujours coulants.<br />
Même si nos corps ont bien vieilli,<br />
Notre amour passionné est resté intact et on le savoure ici.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Lieu-dit, La Prairie.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin allais-je peut-être sortir de cette période de « vache maigre »… D’autres horizons daigneraient peut-être s’ouvrir à moi. Les prémices d’une réussite se dessinaient. Sans trop y croire, je m’accrochais. Bercer par ces perspectives de réussite, je m’endormis d’un sommeil profond et réparateur.<br />
Après tout, certaines et certains avaient réussi, et ce, au-delà de leurs espérances.<br />
Par exemple, prenons : J.K. Rowling avec son « Harry Potter » écrit sur un coin de table dans un café situé dans un quartier déshérité d’Edimbourg. J.K., penchée sur sa page blanche, n’imaginait pas faire fortune en tant qu’écrivaine reconnue, et pourtant…<br />
Il est permis de rêver. Nos rêves peuvent se matérialiser, y croire est déjà énorme. L’espoir est définitivement un bien précieux.<br />
Le miracle se produisit. Mes pages, si laborieusement écrites, faisaient la une de l’actualité littéraire (on ne rit pas). Et mon premier livre trônait dans les vitrines des libraires.<br />
Sans être vénale et en reprenant ce poncif : « l’argent ne fait pas le bonheur mais il y contribue ». L’un de mes rêves allait peut-être pouvoir se réaliser. Quitter cette petite mansarde pour une maison qui me correspondrait.<br />
J’enchaînais les visites. Mais le coup de cœur tardait à venir. Je voulais tout ; la mer, la  montagne ou la campagne mais au fait, quelle campagne ! Et puis, lors d’un déplacement dans le Jura français, pour une dédicace,  j’eus une véritable illumination. La nuit, constellée d’étoiles, était déjà bien avancée et là, au détour d’une petite route située sur un haut-plateau. J’aperçu cette maison, habitée, très éclairée et pleine de vie. En face de la maison, au milieu d’une vaste étendue, deux personnes faisaient « trempette » dans un bain scandinave chauffé au feu de bois. Ils bravaient le froid comme deux norvégiens assoiffés de nature. J’ai mis de côté mes réticences dictées par mon éducation, j’ai fait taire ma pudibonderie. J’ai sonné « la cloche de vache » accrochée au portail.<br />
Je ne m’étais pas trompée. Les occupants n’étaient pas norvégiens mais suédois. Mes charmants hôtes me proposèrent de partager un plateau de fromages accompagné du nectar de la région, un « Pulsard » gouleyant à souhait. Le Morbier assorti des fameux « knäckebröd » était « à tomber ».<br />
La maison leur avait été louée pour une semaine au cœur des cascades du Hérisson. Ils m’invitèrent à entrer tout en m’expliquant que les propriétaires jurassiens souhaitaient vendre. Je n’en croyais pas mes oreilles. Quelle aubaine !</p>
<p style="text-align: justify;">L’affaire fût conclue. A moi les bains pour des moments de détente magique et relaxant, le bureau que j’installerai devant la fenêtre du salon avec une vue à 180° sur le lac et les collines environnantes ; les feux de cheminée pour réunir famille et amis. Ah, la belle vie ! Une maison pour alimenter la source de mon inspiration, ce  havre de paix qui pourrait stimuler mon imaginaire et me permettrait peut-être d’atteindre la consécration avec un prix Goncourt…<br />
Encore endormie, mon réveil sonna. Dans une douce torpeur, emmitouflée dans ma couette, j’ai tendu le bras pour couper la sonnerie stridente qui m’intimait l’ordre de me lever. Il est six heures, petit matin chagrin, la pluie tambourine sur la verrière, quelques pigeons, ces rats volants se sont posés sur le rebord de la lucarne.<br />
La nuit m’avait emportée vers un horizon jurassien. Le réveil mit un terme à mon rêve un peu fou de châtelaine, écrivaine dans les Monts du Jura.<br />
Allons, ne désespérons jamais et continuons de rêver.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nady</strong> :</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Souvenirs</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;"><em>« </em><em>Je sais on fait ce qu`on peut  </em><em><br />
Moi si j`étais l`Bon Dieu<br />
Je crois qu`j`aurais des remords<br />
Et maintenant bon Dieu<br />
Tu as bien rigolé<br />
Et maintenant j`vais pleurer » Brel dans Fernand</em></p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">23h40, j’allume mon PC pour me reconnecter à la réalité virtuelle. Inutile que j’aille rejoindre mon amoureux, Morphée ne sera pas au rendez-vous de sitôt ce soir. Le petit est couché, le silence est assourdissant dans la maisonnée ; j’aimerais tant les réveiller, ne serait ce que pour leur annoncer la nouvelle mais ça ne servira à rien, ils ne le connaissaient pas et puis à quoi bon affoler les hommes de ma vie, ça peut attendre demain.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Je clique sur le lien Bricabook et ce cliché apparait. Je reconnais les lieux : notre refuge l’an dernier sur le chemin de Compostelle lorsque nous nous sommes rencontrés au vingt cinquième kilomètre de notre journée de marche. Tout de suite nous nous sommes salués et avons commencé à papoter. Son prénom était Tony. La fatigue se faisant ressentir dans nos mollets, d’un commun accord, nous avons décidé de faire la halte de la soirée dans ce refuge plutôt moderne et accueillant. Le bois nous avait attiré et puis on y voyait un peu de monde civilisé, ça nous changeait des jours précédents au confort plus que spartiate. Nous n’étions qu’au début du printemps, ça ne se bousculait pas au portillon et nous avons eu de la place.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">A peine arrivés, nous étions pressés de nous préparer pour nous retrouver au diner, nous semblions avoir tellement de choses à partager ! Ce soir là, lui et moi avions trouvé l’oreille qui nous comprendrait. C’est drôle cette sensation… Etait ce ce lieu chaleureux qui nous invitait à la confidence ? Est-ce que cela ne serait pas aussi parce que c’était lui et parce que c’était moi ? Mais l’heure n’était pas à la recherche du pourquoi, nous avions déjà tous les deux un grand questionnement à élucider sur ces 3 mois de marche vers Compostelle. Il avait du mal à comprendre et dialoguer avec son fils. Après un petit entraînement, il s’était décidé à laisser sa femme s’occuper des petits enfants pour tenter de réfléchir à la situation en marchant.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Moi, j’avais laissé mon mari et mon petit de 10 ans à la maison. J’avais besoin de prendre du recul pour trouver la manière la plus apaisante pour annoncer au fruit de mes entrailles que son père est en fait un beau père dans le langage administratif mais qu’il pourra toujours le considérer comme son père. Je l’avais rencontré deux mois avant d’accoucher et notre histoire avait commencé. Son vrai père, celui qu’on qualifie de biologique, nous avait quitté subitement 8 mois et demi avant sa naissance, tué par un requin en surfant. Ce ne sont que des détails de mots mais j’ai besoin de lui dire la vérité même si beaucoup d’amour est présent dans notre foyer depuis près de 10 ans.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Nous avons passé Tony et moi la soirée à discuter sans nous préoccuper de l’heure. Tant pis si le lendemain nous ne pouvions pas nous réveiller aussi tôt comme les autres matinées. Notre rythme sera plus lent mais ce soir là tout ce qui nous importait était l’instant présent. Les sujets que nous avons abordés ne regardent que nous mais quand le lendemain nous nous sommes quittés, il avait voulu partir avant moi pour tester un sentier, il s’est mis à me tutoyer, fait exceptionnel d’après lui, me serrant très fort dans ses bras et me remerciant de l’avoir aidé à comprendre la génération de son fils. Quant à moi, c’est comme un père spirituel que j’enlaçais, n’ayant pas suffisamment de mots pour exprimer le bien qu’il m’a fait à travers ses pensées qui sonnaient parfois comme des conseils avisés.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Nous nous étions échangés nos mails mais depuis notre retour dans nos quotidiens bien organisés, nous nous contentions de nous envoyer des messages aux grandes occasions.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Je n’aurai pas le bonheur de lire ses souhaits de nouvelle année dans deux mois. Je viens de passer une demi heure au téléphone avec son fils qui avait trouvé mon numéro en signature d’un courriel adressé à son père le mois dernier où je complimentais Tony de ses talents de maquilleurs d’enfants sur le cliché de ses petites filles déguisées pour Halloween. Ce fils  m’appelait pour m’annoncer le décès de son père. Il ne me connaissait pas mais avait ressenti comme une force qui le guidait à me faire part de cette nouvelle. Avant de raccrocher, ce fils me fit une confidence étonnante en m’avouant qu’il était heureux d’avoir retrouvé un père à l’écoute à qui il avait pu dire plein de choses depuis son retour de Compostelle.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Il est bientôt minuit et demi. Il est tant que j’aille au lit prendre des forces car je sens que demain s’avère être une journée forte en émotions. Je vais proposer à mes hommes un petit pic-nic près du lac à quelques kilomètres de chez nous, un endroit qu’on aime tant, j’ai des choses à dire à notre petit.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Terjit</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">L’eau est à température idéale pour avoir très chaud sans être ébouillanté. La quantité de sel est parfaitement dosée pour que cela soit relaxant sans être agressif. La vapeur mélangée à la fumée gratifie mes narines d’effluves boisées. Il n’y a pas âme qui vive à distance raisonnable. Ayant pris un peu d’avance je suis déjà totalement immergé quand la porte de la maison s’ouvre. Elle apparait sur le seuil à contre-jour, sa grande serviette ne cachant presque rien de sa silhouette. En quelques pas pressés, elle est à côté du baquet.</p>
<p style="text-align: justify;">La chaleur est au début très désagréable, la sensation de brulure est paradoxalement très proche de celle d’une entrée dans une mer glacée après être resté longtemps au soleil, alors je sais que j’ai deux ou trois minutes pour la regarder avant qu’elle puisse totalement s’y plonger. Elle monte sur le petit escalier, une jambe s’écarte de l’autre pour enjamber la bordure laissant apparaître un hale de lumière à travers le linge. Le pied frôle l’eau, hésite un peu puis disparaît jusqu’à la cheville. La jambe étant moins douloureuse elle peut sans problème se laisser réchauffer jusqu’au genou. La cuisse plus longue à s’habituer impose beaucoup de lenteur, et s’immerge millimètre après millimètre. La lumière rasante détaille chaque frisson et chaque hésitation.</p>
<p style="text-align: justify;">La moitié de la cuisse enfin dans l’eau la serviette remonte jusqu’à la hanche pour rester sèche, il est temps à la seconde jambe de rejoindre la première. Les cuisses jointes ne laissent plus passer la lumière, le hâle est devenu enveloppant. Le temps pour le regard de s’adapter à la pénombre fait apparaître par magie les sinuosités harmonieuses. L’eau gagne du terrain vers les hanches, la serviette remonte maintenant jusqu’à la taille. La chaleur devient enfin supportable alors le passage du haut des cuisses est plus facile. Jusqu’à la base du nombril il faut savoir prendre son temps pour apprécier la caresse de l’envahissement, les picotements le long des reins, le frisson jusqu’à la nuque. La serviette n’ayant plus aucune utilité le corps est enfin libéré. Le ventre pourrait s’enfoncer sans à-coup jusqu’aux épaules mais ce serait gâcher le plaisir du frôlement de l’eau à mi-chemin. Elle s’arrête donc un instant, pivote d’un quart de tour pour me laisser m’extasier devant ce galbe surmonté d’une cerise encore transie par le froid. La descente reprend si lentement que l’eau semble franchir un col avec difficulté puis les quelques centimètres jusqu’au menton marquent la fin des préliminaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la suite vous n’en saurez rien car seule la lune est notre témoin, et elle sait garder les secrets.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apolline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Se brûler les ailes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dès le brasero et la lumière sous l’auvent allumés, Joseph a aperçu un papillon de la nuit, un hétérocère, dit-on savamment &#8211; mais quand on a comme lui, un chat qui s’appelle Pacha, on préfère dire un Gastropacha ou un Pachipasa, et quand on aime les mots, on peut aussi choisir une Graellsia Isabellae ou un Sphynx du laurier rose, bref on a le choix quand on n’y connaît rien et qu’on a aussitôt cherché le « modèle » sur M.Google.</p>
<p style="text-align: justify;">Et même si on n’est pas un scientifique pur jus, on sait qu’on aime la nature.</p>
<p style="text-align: justify;">On s’y confronte, on s’y délecte, on vit en osmose avec elle, on veut du dehors, de l’air pur ou peu frelaté, de l’herbe verte ou fanée par l’été, des arbres entre terre et ciel et toujours la montagne au loin comme un chapeau protecteur. On veut s’évader des murs, des frontières, des barrières, des limites, des haies et des protections, on ne veut pas de digital code, de fermeture sécurisée, de portail électrique gris foncé télécommandé ou d’alarme anti vol. Et on se fout d’avoir une sonnette. On préfèrerait une cloche de brebis au son aigrelet ou au timbre profond …</p>
<p style="text-align: justify;">Joseph avait longtemps cherché un coin où s’installer, il lui fallait le calme et la sérénité, le silence ou le chant des oiseaux, juste le bruit des feuilles qui craquent avec le vent ou celui des fourrés crissant d’insectes, les troupeaux sur les pentes, l’œil aigu du milan ou le cri du choucas. Le reste, il s’en accommodait. Avec Pacha, peu importait la solitude et avec son vieux vélo un peu rouillé, peu importait l’éloignement limité de la première épicerie.</p>
<p style="text-align: justify;">Après de multiples virées dans la région et autres déambulations le long des chemins noirs, il l’avait enfin dégotté sa maison, son antre, sa grotte, son nid. Pas forcément en super état mais pas cher et bonne à retaper &#8211; beaucoup de potentiel, dit-on habituellement dans les agences immobilières &#8211; le coup de cœur qui ne se raisonne pas. On a les oreilles qui bourdonnent, les yeux qui papillonnent, les mains qui tremblent, les jambes coupées, le ventre qui bouge et on sait organiquement que la trouvaille est forte d’émotion libérée. Alors on signe.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, vous pensez bien que quand un Gastropacha a commencé à virevolter autour des flammes, Joseph a été empli d’une joie décuplée. C’était la preuve d’un choix judicieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a eu envie de boire un coup, a sorti la gnôle et le petit verre de la tante Angèle et hop, il s’est enfilé le breuvage cul-sec en convaincant son Pacha de venir se frotter langoureusement à ses jambes et en priant que son Gastropacha ne se brûlât pas les ailes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vT103qW0snnlZYOI7S8C8_40aXQQBBWVh8Jxxz76EG8ow0DygUyDHbnK5S6qEDK81_0bL3UYtF71cgx/pubhtml?gid=1132835411&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;&gt;</iframe></p>
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		<title>Ecriture : Qui marche dans la neige ne peut pas cacher son passage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Nov 2018 03:17:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[neige]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>29 janvier 1942 06h19. Le bec de gaz crachote sa lumière vacillante. Un frisson me zèbre le dos de son arc électrique. Je relève mon col, mais le froid entre [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_22768" style="width: 343px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-22768" class="size-full wp-image-22768" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/11/snow.jpg" alt="" width="333" height="501" /><p id="caption-attachment-22768" class="wp-caption-text">© Aaron Wilson</p></div></p>
<p style="text-align: justify;">29 janvier 1942<br />
06h19. Le bec de gaz crachote sa lumière vacillante. Un frisson me zèbre le dos de son arc électrique. Je relève mon col, mais le froid entre toujours sous ma jupe. Je rabats maladroitement les pans de mon manteau, sa laine crisse sous mes doigts.  La féerie des cristaux accompagne chacun de mes pas : de ses grandes aiguilles, la neige tricote un monde nouveau, et ouate ma voix de son tricot en alpaga. Le pas blanchi de mes souvenirs entrouvre un chemin des possibles. Je me raccroche à cette idée comme un allumeur de réverbères et je presse un peu le pas.<span id="more-22783"></span></p>
<p style="text-align: justify;">06h20. Tout bascule. Mes traces de pas sont rejointes par d&rsquo;autres, plus petites, mais plus nombreuses. Des empreintes qui jappent. Le froid ne me saisit plus, je ne sens que leurs dents sur mes mollets. Je vacille, comme la lumière qui m&rsquo;entoure, me raccroche au fer forgé, mais les canines sont fichées dans ma chair. Je renonce, puis tombe. Dans ma chute, j&rsquo;entraîne ces lettres cachées sous mon manteau, elles s&rsquo;éparpillent, et forment un autre tapis blanc. Bientôt mon sang se mêle à ce camaïeu. De ma plaie s&rsquo;échappe une traînée noire. Je cherche de l&rsquo;aide, de l&rsquo;autre côté du pont je ne vois qu&rsquo;un chat muet, immobile. Noir lui aussi. Puis c&rsquo;est le néant, le coup de matraque contre ma tempe. La neige virevolte toujours et pose sur moi son ridicule manteau blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K, 25 novembre 2018</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Un pont entre deux rives</p>
<p style="text-align: justify;">Année après année, Setsuko retrouvait le petit « Pont des Soupirs ». Elle parcourait inlassablement la distance entre Nagoya et Kyôtô pour revivre avec nostalgie toutes les émotions qu’elle avait ressenties ce jour où elle le vit. Lui, l’étranger, le Gaijin.</p>
<p style="text-align: justify;">Janvier 1952, ce jour-là, Setsuko abordait le « Pont des Soupirs » pour rejoindre le temple Tenryû-Ji. Elle avait besoin de cette parenthèse. Dans cet environnement dépouillé et pétri d’un esthétisme à couper le souffle, Elle se ressourçait et oubliait pour quelques heures la dureté de sa jeune existence. Son île lui manquait cruellement.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le Japon de cette époque, son père n’arrivait plus à nourrir sa famille. Chacun se demandait si le pays, exsangue, pourrait renaître de ses cendres, tant il avait été éprouvé par ces années d’une guerre impitoyable. Ecrasé, affamé, blessé au sens propre comme au figuré, le peuple japonais ignorait de quoi serait fait son avenir. Trop de blessures à panser. Les familles avaient été décimées, s’étaient disloquées.</p>
<p style="text-align: justify;">La mère de Setsuko, d’Hana et de Yukiko n’eut pas son mot à dire. Le père trancha. Ses filles partiraient travailler en ville. Il n’avait plus les moyens de les nourrir avec la pêche. Ce fût un déchirement tant pour elles que pour lui. Des tractations eurent lieues. C’est ainsi que Setsuko, 16 ans, Hana, 14 ans et Yukiko, 13 ans, s’embarquèrent un matin, à l’aube sur un petit caboteur. Pour tout bien : les vêtements qu’elles portaient et un maigre baluchon avec le strict nécessaire.<br />
Elles ne se plaignirent pas de leur sort. Des parents d’amies, à bout et peu scrupuleux, avaient vendu leurs filles au plus offrant. Les filles Matami, elles, devaient rejoindre chacune un Ryôtei, maison de thé.<br />
Arrivées à leur destination, Setsuko, Hana et Yukiko, commençaient à réaliser à quel point leur destin était scellé. Leur séparation était inévitable. Une profonde et incommensurable tristesse les envahie. Elles ne purent contenir leurs sanglots. Quand se reverraient-elles ? Dans leur malheur, les Geishas qui devaient les former et les employer, étaient des femmes droites et honnêtes.</p>
<p style="text-align: justify;">En cet après-midi du mois de janvier 1952, alors que Setsuko abordait le « Pont des Soupirs ».<br />
Un homme de haute taille l’aborda. Peu familière de cette attitude, corsetée par son éducation, elle garda ses distances tout en ne manquant aucun détail de cette rencontre fortuite.<br />
L’allure dégingandée du jeune homme, ses grands pieds. Il était si grand rapporté à sa petite taille. La couleur de ses cheveux : jaunes comme les narcisses.<br />
Tout en lui surprenait Setsuko. Téméraire, elle osa pousser plus avant l’observation de ce grand escogriffe au long nez. Le regard de ce Gaïjin, bleu comme la mer de son enfance, la cloua sur place. Dans un japonais approximatif, il s’adressa à elle. Il avait perdu son chemin et ne doutait pas qu’elle l’aiderait à le retrouver. Elle s’enhardit et lui indiqua où se trouvait le Ryokan (auberge) et le Onsen (bains) qu’il cherchait.<br />
Lui fût immédiatement fasciné par cette femme. Tout en elle n’était que grâce. Son kimono ne laissait pas entrevoir ses formes mais sa silhouette gracile dégageait une force qu’il perçue.</p>
<p style="text-align: justify;">Peter, après un long périple à travers le Japon, découvrait Kyoto.<br />
Arrivé en 1945 sur le porte-avion « Missouri » en baie de Tokyo, il venait d’être enfin démobilisé. Le Japon l’avait comme happé. Le retour aux Etats Unis était pour l’heure inenvisageable. Le pays du Soleil Levant l’avait comme envoûté.</p>
<p style="text-align: justify;">Autour d’eux, le paysage avait pris une teinte féérique. La neige recouvrait délicatement la nature alentour. Quelques flocons voletaient. Un silence neigeux régnait. La pâle et timide lumière des lampadaires renforçait la magie de l’endroit.<br />
Setsuko fit claquer ses « socks » sur les pavés disjoints du Pont des soupirs, Peter à ses côtés.<br />
Quelques mois plus tard, naquit une petite fille qu’ils prénommèrent Yuki comme Neige.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Val ©</strong> :<br />
« Du calme, du calme les enfants ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Il en a de drôles notre père. Nous sommes tout excités nous, avec mes frères et sœurs. Cela fait un moment que nous nous préparons pour le grand saut. La dernière fois, on croyait que le grand jour était enfin arrivé mais papa a décidé que ce n’était pas le bon moment. « Les gens sont encore énervés aujourd’hui. Ils ne vont pas apprécier. Ils vont râler que la météo n’avait pas prévu cela. » Ils n’aiment plus trop les surprises ici-bas dit souvent papa. Nous, on trépignait, on s’était fait tout beaux, prêts à tourbillonner. Quand il a grondé pour nous ramener à l’ordre, certains ont fondu. Moi, j’ai pris sur moi. Je me suis mis dans un coin et j’ai regardé en bas.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce jour-là que je les ai vu la première fois les amoureux. En début de soirée, ils traversaient la passerelle main dans la main, le sourire béat des premiers jours aux lèvres. Ils respiraient le bonheur, ils semblaient flotter. J’ai tout de suite su que c’était sur eux que je voulais me poser le jour J. Je savais qu’il y avait peu de chance de repasser pile poil au même lieu au même moment et de retomber sur eux. Mais la semaine suivante, je les ai revus et celle d’après aussi. Alors je me suis dit que ce n’était pas un hasard et j’ai gardé l’espoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mes cristaux brillent de mille feux. Je suis prêt, je suis splendide. Il fait presque nuit mais je n’ai même par peur, ni du noir, ni du grand vide d’ailleurs. Je ne pense qu’à la joie que je vais lire sur leur visage quand ils vont me voir descendre du ciel, comme par magie. La chaleur que j’imagine ressentir à leur contact me réconforte et me donne du courage. Allez, je saute !<br />
<a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Roxane ©</strong> :<br />
3 petits tours&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un pont comme les autres&#8230;<br />
Enfin, &#8230; pas tout à fait.<br />
Une passerelle, un chemin,<br />
Pour les âmes égarées ;<br />
Rêves sans lendemain<br />
D’une enfance déjà loin.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois courir, gamin,<br />
Objectif : la rive d’en face !<br />
Ile aux trésors ou camp d’indiens,<br />
Parfois même voyage sur mars,<br />
Au gré de nos jeux enfantins.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois rose à la main,<br />
Endimanché, le coeur battant,<br />
La rejoignant tremblant, fébrile,<br />
Main dans la main se baladant,<br />
Se moquant des augures futiles,<br />
De nos idylles sans lendemain.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois, projets battant,<br />
La gare d’en face en point de mire.<br />
Un job une femme et des enfants,<br />
Diplôme, boulot, comme seul désir<br />
Des réussites, petits succès,<br />
Et ne jamais se retourner.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me revois en quarantaine,<br />
Ne plus pouvoir le traverser.<br />
En marche arrière à la dérive,<br />
Espoirs déchus le cœur en peine<br />
Rester bloquer sur cette rive<br />
Immobile de mon passé.</p>
<p style="text-align: justify;">En fin je me vois comme un sot.<br />
Je regarde l’eau se jouer gaiment<br />
De ma vie, de ses tourments.<br />
Je voulais être acrobate !?<br />
Ce soir j arrête de me débattre,<br />
Et je vous offre mon plus beau saut !</p>
<p style="text-align: justify;">C’était un pont comme les autres&#8230;<br />
Enfin, &#8230; pas tout à fait.<br />
Une passerelle, un chemin,<br />
Pour mon âme égarée,<br />
Souvenirs sans lendemain<br />
D’un avenir déjà loin.<br />
<a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Sam ©</strong> :<br />
Newton a dit « l&rsquo;homme construit trop de murs et pas assez de ponts ».<br />
Eric était devant un pont. Celui de sa vie.<br />
S&rsquo;il restait sur sa rive, il continuerait ce qu&rsquo;il avait toujours fait. Des études d&rsquo;ingénieur, un boulot intéressant mais essentiellement alimentaire. Aucune passion, beaucoup de raison.<br />
De l&rsquo;autre côté du pont, il entrevoyait de nouveaux horizons. De l&rsquo;écriture, de la musique, de l&rsquo;art sous toutes ses formes. De nouvelles rencontres, des soirées à discuter, boire, chanter, des soirées pour réechanter le monde.<br />
Il neigeait. Eric y vit un symbole de plus.<br />
Au moment où il mit le premier pied, les lampadaires s&rsquo;allumèrent. Magnifique coïncidence. La neige redoubla. Il ralentit. Comme pour mieux savourer cet instant qui allait marquer d&rsquo;une pierre blanche sa nouvelle route.<br />
Il repensa à la citation de Newton et l&rsquo;amenda. « L&rsquo;homme se construit trop de murs et n&rsquo;ose pas traverser les ponts ».<br />
Et il sourit.<br />
<a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mijo ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions tous agglutinés les uns aux autres. Nous descendions doucement, au gré des vents, ensemble pour mieux se séparer par la suite. Cette fois, il faisait très froid et pour moi c’était la première fois. Nous étions vraiment beaux, tous habillés de blanc et parés de cette dentelle magnifique. Ça y est, nous approchons de la ville. Elle est belle toute illuminée de la féerie de Noël, Les arbres rehaussés de boules colorées et de guirlandes chatoyantes. Les vitrines rivalisaient de beauté, offrant aux promeneurs ravis des scènes de joies et de nature animées d’automates. Au-dessus de la ville l’air se réchauffe un peu, nous nous séparons et nous voletons chacun vers son avenir. Les anciens m’ont dit, si tu veux durer un peu, joue avec les courants d’air et évite, bien sûr la rivière, mais aussi les lampadaires. Ils sont attirants par leurs lumières mais ils sont chauds et tu te liquéfieras très vite, et retour à rivière, direction la mer sans avoir eu le temps de rien voir.<br />
Le mieux serait une des branches d’arbres mais c’est un peu loin des humains et l’air chaud monte… Le parapet, peut-être, pas côté rivière, j’aurais trop peur .Côté pont pour voir le passage, avec le risque qu’une main d’enfant me saisisse. Il faut me décider le sol approche. Oh, Là ! Sur le coin de cette vitrine, sur le marbre. Il semble que ce soit l’idéal pour en profiter plus longtemps. En plus, elle est belle et attire tous les enfants. Voir ces yeux pétillants sur ces visages émerveillés de tant de beauté. Entendre tous ces rires cristallins et joyeux. Toute cette magie encore présente pour les petits qui réjouies les grands, avec un brin de nostalgie. Atterrissage en douceur ! bien négocié sur la pierre froide désirée. Dans les prochains jours retour au ciel, pour revenir plus tard, ici ou ailleurs en pluie ou en neige… Mais profitons de cet instant heureux, ici et maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;">Kroum © :</p>
<p style="text-align: justify;">Mignonne, au-delà de ce pont enneigé<br />
Je m’en vais vous retrouver<br />
chez vous, où je vous imagine m’attendant fébrilement.<br />
Vous m’avez promis une cuisine épicée,<br />
N’en mettez pas trop dans ces plats finlandais,<br />
Mais croquer le piment de votre corps dénudé m’enchanterait pleinement.<br />
Émoustillé ! Telle est actuellement mon émotion.<br />
Mignonne, vous n’êtes pas étrangère à cette sensation.<br />
Tout excité, c’est ainsi que je me presse d’arriver chez vous.<br />
Etes vous sûre de vouloir commencer par une entrée ?<br />
Me laisserez vous d’abord vous caresser ?<br />
Plus que quatre réverbères et je serai enfin chez vous.<br />
Avez-vous mis la bouteille au frais Mignonne ?<br />
Car je n’aurais pas le temps de vous conter fleurette en somme.<br />
Vous me comprenez,<br />
J’ai bien d’autres idées pour nous deux<br />
Qui peuvent nous amener vers d’autres Cieux<br />
Que de simplement ravir nos palais.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————<br />
<strong>Roger Raynal ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">L’instant d’avant, c’était l’hiver. Un ciel lourd d’où chutaient comme la tristesse de lourds flocons collants, et cette passerelle déserte dans le jour finissant alors que je rêvais encore d’une voie et d’un chemin, le cœur empli de toi. Je cherchais un passage vers toi, vers cet ailleurs, vers demain.<br />
Un passage.<br />
Et puis un appel. Ta voix s’épanchant en mon âme éprise. Trois mots.<br />
Le froid est suspendu. J’ignore l’humidité qui gagne mes chaussures, les frissons de mon corps, les mille piqures du froid sur mon visage. Tout cela ne me parvient plus, cette réalité se dissout, perd consistance et matérialité. Cet instant, comme un éveil, je le vis reclus en moi même, avant d’exploser. Tu m’as ouvert le passage, ma voie vers toi. Je l’ai, en réalité, toujours connue, mais je n’osais l’emprunter. Mes pas me portent, à présent, bien plus sûrement. Je m’engage sur ce chemin. Je m’engage pour toi, avec toi à l’esprit, au cœur, le corps travaillé, échauffé de désir. Les larmes gelées de ce ciel de décembre se volatilisent avant de toucher ma peau désormais plus qu’amoureuse. Par delà ce ciel laiteux, je sais le bleu de tes yeux. Derrière cette froideur volante, je connais la chaleur de ton cœur et de ton corps. Je franchis ce pont vers demain, emporté par l’irrépressible flot des secondes. Tu as libéré mon regard, et sur cette toile blanche offerte à mon imagination, j’écris ton nom. Il y a longtemps que les hivers ont emporté ma jeunesse, mais sur le parapet qui sépare ma vie du vide, j’écris ton nom mêlé au mien.<br />
Il n’est plus temps à présent de marcher. Le pont que tu m’as fait franchir ce soir me met sur ta route. Pour te rejoindre, il me faudra du temps, il me faudra des ailes. Qu’importe, à présent ma métamorphose est complète. Je ne suis plus celui pour qui l’avenir n’était qu’une étendue glacée. Je suis l’homme pour lequel il a la force d’une évidence. L’évidence de cet instant où ta voix, à jamais présente en moi désormais, m’a avoué en tremblant « je t’aime »…</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apolline ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Toute entière gagnée par la froideur de son esprit, Clara pense hiver et pas feu de cheminée, elle pense neige et glace et pas blancheur. En regardant la courbure de la passerelle, elle pense traversée hasardeuse mais son regard est aussi accroché par la lumière et c’est elle, la clarté jaune des réverbères qui peut encore la raccrocher à la vie. Et puis ces arbres, et puis, ces pavés, et puis surtout la perspective dans le lointain de la silhouette qui se profile d’une petite chapelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Clara est au bout du pont, elle ne va pas regarder en bas, elle va avancer prudemment son peton mignonnet, chaussé de ces bottines de chevreau lustré qu’elle adore et elle va tenter de ne pas glisser sous les flocons pour atteindre la porte sacrée. Car une sensation pétrifiante l’envahit quand fondent les volutes duveteuses sur ce qui reste de la rondeur de ses joues. Elle n’en peut plus de la maladie, de la frustration galopante qui l’enserre et la fait vieillir avant l’âge. Amoureuse oui, tellement aimante et aimée mais un amour sacrifice dont elle a pris conscience au fil les années. Elle se sait entourée mais était-cela son rêve de vie ?</p>
<p style="text-align: justify;">Clara traverse à petits pas heurtés ou glissés et secoue un peu les pans de sa cape alourdie de neige pour se faire plus légère. Sa main gantée finement de cuir de veau, a saisi la rampe dont elle ne perçoit pas la mouillure mais devine la froidure et s’agrippe dans un geste de protection. Elle ne réussit pas à évacuer ce qui lui contamine l’esprit, elle est toute glacée à l’extérieur et à l’intérieur. Comment croire en l’avenir, comment le soutenir encore après tant d’années ? Au bout d’un temps qui lui a paru démesurément lent, elle atteint l’autre bout de la passerelle, lève les yeux vers la cime des squelettes sans feuilles, retient ses larmes, renifle doucement puis baisse la tête sous sa capeline de velours prune. Un vent mauvais soulève sa voilette et fait couler un air glacial dans le creux de son cou. Elle tremble.</p>
<p style="text-align: justify;">Clara pousse le lourd battant clouté, entre dans la chapelle, admire instinctivement les fresques, hume les traces du parfum de l’encens, s’approche de l’autel en enlevant sa coiffure pour venir s’agenouiller sur le prie-Dieu du premier rang. Elle croise les doigts, baisse la tête et une longue prière lui vient aux lèvres. La musique s’impose et envahit ses tympans dans une douceur inégalée et bienheureuse.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><strong>Terjit ©</strong> :</p>
<p><em>« Qui des deux a marché vers l&rsquo;autre<br />
Chacun de nous moitié moitié<br />
Par les persiennes de mes côtes<br />
Mon cœur tout là-bas te voyait… »</em></p>
<p>Dans quelques minutes je verrai apparaître un bonnet à pompon, mais moi je connais tes cheveux relâchés pour les avoir caressés.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai deux joues rougies par le froid, mais moi je connais tes sourires pour les avoir embrassés.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai une silhouette emmitouflée dans un blouson, mais moi je connais ta poitrine pour l’avoir explorée.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai dépasser un morceau de pull en laine, mais moi je connais tes hanches pour les avoir empoignées.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai un pantalon aussi large que chaud, mais moi je connais tes jambes pour les avoir enlacées.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai une paire de chaussures fourrées, mais moi je connais tes pieds pour les avoir cajolés.</p>
<p>Dans quelques minutes je verrai un gant se glisser dans le mien, mais moi je connais ta main pour l’avoir demandée.</p>
<p><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs :</strong></p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vTImO6GX3DKJOm75vEZOcYdBmYp_5nIh9w8yx8c9pWBd-o9rSsuIULw-nBlF12XgxMQmT3qAoWdrxct/pubhtml?gid=1775659445&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;&gt;</iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-qui-marche-dans-la-neige-ne-peut-pas-cacher-son-passage/22783/">Ecriture : Qui marche dans la neige ne peut pas cacher son passage</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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		<title>Ecriture : l&#8217;éthique de la joie</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-lethique-de-la-joie/22748/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Nov 2018 04:03:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[casiers]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>-Je pose ça où ? -Dans la cuisine. Le livreur s&#8217;exécuta. Il déballa un à un les paquets. Le sol ressemblait à un jour de Noël. Les cartons s’amoncelaient devant [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_22726" style="width: 4456px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-22726" class="size-full wp-image-22726" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/11/casier-moren-shu.jpg" alt="" width="4446" height="3334" /><p id="caption-attachment-22726" class="wp-caption-text">© Moren Hsu</p></div></p>
<p style="text-align: justify;">-Je pose ça où ?<br />
-Dans la cuisine.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livreur s&rsquo;exécuta. Il déballa un à un les paquets. Le sol ressemblait à un jour de Noël. Les cartons s’amoncelaient devant la fenêtre, on distinguait à peine le haut de la grue jaune. Le chat, attiré par un instinct hors du commun,  sauta dans le poly bulle qui éclata. Médusée, elle regardait ce champ de bataille avant de pousser un cri. Au deuxième étage, le bébé lui répondit en écho. Le chat sortit la tête du plastique, le livreur réagit mollement.</p>
<p style="text-align: justify;">Les portes colorées ne ressemblaient pas du tout à la cuisine qu&rsquo;elle avait commandée chez le géant jaune et bleu. D&rsquo;ailleurs, ça ne ressemblait pas du tout à des meubles de cuisine.</p>
<p style="text-align: justify;">-Vous signez là.<span id="more-22748"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Elle s&rsquo;offusqua, mais le livreur dit qu&rsquo;il avait son job « j&rsquo;ai livré ». Elle s&rsquo;exécuta, et resta bientôt seule avec son chat.</p>
<p style="text-align: justify;">Le service clients fut formel  :<br />
-Vous avez signé, vous avez accepté votre commande, nous ne pouvons rien faire. Tout au plus, commandez-nous une nouvelle cuisine, nous ferons un geste sur le prix.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors elle assembla les éléments, trouva une résonance symbolique dans l&rsquo;agencement des couleurs. Un casier pour les objets aimés, un autre pour les oubliés, et un pour tous ses secrets. Le meuble trônait, fier, dans son salon. Les invités s&rsquo;étonnaient, puis ils pensaient qu&rsquo;ils avaient devant eux un meuble d&rsquo;un designer huppé de l&rsquo;ouest parisien. Certains chuchotaient même, quand elle était dans la cuisine, qu&rsquo;ils avaient déjà vu ce meuble lors de la dernière FIAC.</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K, 18 novembre 2018</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cloud</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Il était une fois, douze casiers métalliques resserrés, sans espace de ciel ni fragment de terre. Impénétrables, leurs portes étaient fermées à double tour pour cacher sans doute quelques biens éphémères ou des secrets futiles. Malgré leurs couleurs distinctes ils se ressemblaient tous mais, conduits par la méfiance, aucun ne montrait à l&rsquo;autre les richesses de son âme. Certains matins, un rayon de soleil timide frappait à leurs portes pour  rappeler qu&rsquo;ils appartenaient au Monde. Rien n&rsquo;y faisait, pas même un entrebâillement n&rsquo;esquissait la lueur d’une confiance.</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps, implacable, fit son œuvre : ils finirent un à un cabossés, rouillés, et réduits en limaille. Et jamais ils ne surent que pour les ouvrir une seule clé aurait suffi.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Terjit</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai jamais compris pourquoi ils mettent des serrures sur les casiers, tant il est évident qu’il n’y a rien à voler dedans et qu’il est inutile de vouloir empêcher quoi que ce soit d’en sortir. Là où je suis encore moins convaincu c’est sur les trous d’aération qui sont clairement trop petits pour évacuer efficacement les odeurs corporelles. Quand on ouvre un casier il y a toujours quelques secondes où il vaut mieux rester en apnée pour éviter de tourner de l’œil. En revanche je trouve que les couleurs sont une bonne idée. Ca change des grandes enfilades de portes uniformes, ça rend le lieu moins austère. Et parfois ça peut être la source de rigolades entre nous, ce qui n’est pas du luxe dans notre métier. Quand un nouveau arrive, on le regarde et si c’est un cas de décès un peu ancien on le colle dans une case noire, si c’est un accidenté il aura droit au rouge, pour les « tout propre » c’est bleu ou blanc en fonction des places et pour celles qui nous plaisent le plus c’est orange. Ce n’est pas grand-chose mais ça égaie un peu notre quotidien de jouer à Tétris.</p>
<p style="text-align: justify;">Hier par exemple mon collègue devait ressortir le n° 312/allée 2 pour l’autopsie, une très jolie femme de 30/35 ans pas encore abîmée. Quand elle est arrivée sur le brancard j’étais avec lui. Il a soulevé le drap et il n’a pas pu s’empêcher de me dire « wahou ! regarde ! » : elle était totalement nue, avec des jambes et une poitrine « niveaux jeux olympiques ». Le rapport disait qu’elle avait fait un arrêt cardiaque « à la Félix Faure » sur la banquette arrière d’une voiture. Même si on serait encore bien restés un petit moment à la regarder ça devenait gênant, alors on l’a recouverte du drap. D’habitude je n’aime pas trop ce côté voyeur du métier mais là j’étais bien obligé de faire une exception, ce n’est pas tous les jours qu’on a de telles visiteuses. Pour elle c’était forcément une case orange et en l’occurrence la 312/allée 2 parce que c’est celle juste à côté de la fenêtre, avec « vue sur mer » comme on a l’habitude de dire en rigolant.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, hier matin en arrivant je suis allé ouvrir la fenêtre et j’en ai profité pour lui dire bonjour. Comme j’avais un peu d’avance sur mon collègue, que je savais qu’il allait se charger de la sortir et qu’il n’en avait surement pas dormi de la nuit, j’ai inversé le 312/allée 2 et le 312/allée 3 (le petit vieux qu’on a retrouvé après des mois chez lui…), j’en riais d’avance… Je vois encore mon bonhomme tout émoustillé à l’idée de s’en occuper et foncer vers la case promise. Quand je l’ai entendu me couvrir d’injures j’ai su qu’il avait ouvert. Je sais que c’est un peu puéril comme blague, mais franchement si on ne rigole pas un peu dans notre métier… Et puis comme ça c’est moi qui me suis occupé du 312/allée 3…</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ballade à Buda</p>
<p style="text-align: justify;">Par un pâle soleil d’hiver, je traverse à petits pas le Pont des chaînes.<br />
Un vent glacial me transperce. Une brume opaque s’élève du fleuve en contre-bas. Rien ne la dissipe. Elle semble totalement m’envelopper.<br />
Le Danube alimente mes rêveries matinales. Budapest ne lasse pas de me surprendre.<br />
Passé, présent se mêle, se heurte.</p>
<p style="text-align: justify;">J’abandonne les collines de Pest pour me diriger vers Buda et son Musée d’Art Moderne, le Ludwig Museum.<br />
Le Ludwig regorge d’œuvres contemporaines. Aux détours d’une galerie, une photographie attire mon regard. Elle me laisse très interrogative sur le choix du sujet, quelle drôle d’idée de photographier des portes de casier. Certes, les couleurs vives attisées par la lumière du jour ont vraisemblablement inspiré l’artiste photographe.<br />
Est-il tombé littéralement sous le charme de cette pièce colorée qui, à priori, n’avait aucune vocation à s’exposer dans un musée.<br />
Ces portes fermées intriguent. Que cachent-elles derrière leur apparence si séduisante par leurs couleurs vives ?<br />
Le photographe sait peut-être ce que renferment ces casiers et nous encourage à laisser libre cours à notre imagination.<br />
Verrou pour verrouiller, poignée pour ouvrir, mais où sont les clés.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors le rat de musée que je suis et le « scribouillard en herbe » que j’espère devenir devrait pouvoir disserter sur sa perception de cette image en tout point énigmatique.</p>
<p style="text-align: justify;">Un chocolat bien chaud accompagné d’une tarte « Dobos », un petit péché mignon, m’aideront peut-être à trouver l’inspiration. Quelques nourritures terrestres ne peuvent nuire à la pensée, je dirai même : bien au contraire.<br />
Le Café Müvès est tout indiqué pour méditer et continuer à me torturer pour essayer de comprendre pourquoi le photographe a appuyé sur le déclencheur pour capturer des portes de casier.<br />
Décidément, cette image me hante. Après tout, il a, peut-être tout simplement, saisi une belle image sans arrière-pensée aucune.<br />
Mais nos subconscients voir nos inconscients ignorent le hasard.<br />
Aucun indice n’est laissé à notre appréciation, emplacement vide d’étiquette, pas de noms, de pseudo, de numéros. L’envie me prend de sortir de ce cocon cartésien dans lequel, trop souvent, je me complais. Ne pas se censurer, regarder au-delà des apparences ou de ce que l’œil nous donne à voir.<br />
Admettons que ces douze portes constituent un tout, ouvrons les toutes. Découvrons un univers surnaturel, fantasmagorique, surréaliste…</p>
<p style="text-align: justify;">Au fait, qui êtes-vous Moren Hsu ?<br />
Vous qui n’avez pas laissé votre imagination au vestiaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Kroum</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Les casiers d’une vie</p>
<p style="text-align: justify;">Elle en avait fermé des portes,<br />
Toujours la même rengaine : Il fallait aller à l’entraînement !<br />
Avec lui, elle en a vu des blanches et des colorées<br />
dans toutes les piscines où il la coachait.<br />
Mais cette porte noire elle voulait la cadenasser à jamais !<br />
Il lui avait réservé le premier casier en bas à gauche pour qu’elle ne perde pas de temps.<br />
Pas mal de mauvais souvenirs lui revenaient.<br />
Elle devait tout donner dans l’eau et rester concentrée dès son arrivée.<br />
Jamais il n’offrait !<br />
Mais d’elle il exigeait le meilleur pour une médaille aux JO.<br />
Quand il se pointait, elle devait être tout sourire,<br />
malgré parfois la fatigue qui l’envahissait, elle se devait d’être entraînée !<br />
c’est ainsi qu’il la voyait, elle devait toujours lui faire plaisir</p>
<p style="text-align: justify;">En voulant gagner demain, après demain et encore bientôt !<br />
Mais un jour c’en fut trop, elle voulut arrêter cette mascarade qui l’amenait vers un échec de sa vie<br />
Et raccrocha avant le championnat de trop.<br />
Il ne s’y attendait pas, son orgueil fut touché… Il n’eut aucune pitié et voulut se venger.<br />
Mais en parallèle Florent était là pour sauver l’honneur du nom Manaudou.<br />
Au fil du temps il comprit qu’elle n’était pas heureuse dans cette vie à toujours surjouer,<br />
Et se mit à rechercher d’autres graines de championnes,<br />
Pendant qu’elle, de son côté, conjuguait un bonheur plus que parfait avec celui qui la méritait telle qu’elle était.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Val</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la rentrée. Je suis en 3ième et malgré le drame de juin dernier, mes parents n’ont pas voulu me faire changer de collège.</p>
<p style="text-align: justify;">-«Tu dois assumer ma fille, m’a dit mon père. Tu nous as fait perdre la face devant la principale et tous tes professeurs. Tu as sali ma réputation de notaire dans toute la ville et les villes avoisinantes avec tes conneries. Alors tu vas prendre sur toi, tu vas y retourner et tu vas être irréprochable comme doit l’être une fille Bos. Cette année, je ne veux entendre parler de toi qu’en bien, pour tes résultats excellents et ton attitude exemplaire. C’est bien compris ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Une seule chose l’intéresse, son nom. Son nom et sa petite personne. Je crois qu’en juin dernier, il a pris une claque. Mais ce n’est rien à côté de la gifle que j’ai reçue. Je ne parle pas de celle qu’il m’a mise dans le bureau de la principale. Mais de celle bien plus sournoise liée à sa totale indifférence à mon égard qui me brûle encore le corps et le cœur. Pas une seule fois, sur le moment et même depuis, il a essayé de me comprendre, de me consoler, de me prendre dans ses bras. Non, pas une fois. J’étais au plus mal. J’ai même pensé au suicide et lui, pas une fois, il m’a demandé comment j’allais.</p>
<p style="text-align: justify;">Seule la conseillère principale d’enseignement du collège m’a tendue la main et m’a soutenue. A croire qu’elle me connaissait mieux que mes propres parents. Je ne parle pas de ma mère qui n’a aucune personnalité, lobotomisée par toutes ces années de mariage avec mon père. La CPE m’a écoutée, a essayé de comprendre mon revirement d’attitude, la chute de mes résultats. Elle m’a mise en garde très vite contre ce garçon. Mais j’étais tombée éperdument amoureuse. Amoureuse du mauvais garçon. J’aurais fait n’importe quoi pour briller à ces yeux, et j’ai fait n’importe quoi. Sur le coup, j’ai trouvé étrange que ce garçon de troisième que toutes les filles du collège convoitaient s’intéresse à moi. Puis il est devenu de plus en plus présent, entreprenant. Il m’attendait devant ma classe. A la cantine, il s’asseyait à la table à côté de moi. Il était toujours là et sa présence me faisait un tel effet. Mon cœur s’accélérait, mes jambes tremblaient&#8230; Je n’avais jamais été amoureuse avant lui, je n’avais jamais ressenti cela avant. Je pensais à lui tout le temps, je n’arrivais plus à me concentrer en classe… Aussi quand il m’a demandé mon 06, je n’ai pas hésité. Pendant plusieurs jours, il m’a fait le coup du garçon amoureux et moi, naïve je n’ai pas marché, j’ai couru. Un soir, à la sortie, il a fait quelques pas vers chez moi et m’a embrassée sur la bouche en guise d’en revoir. Notre premier baiser. J’étais aux anges, je flottais. Mais il n’y en a eu qu’un. Le soir, il m’a envoyé SMS sur SMS, encore plus que les jours précédents. Il était « in love de moi », « il me kiffait trop », tout en moi lui plaisait « la couleur de mes yeux, les boucles de mes cheveux, mon parfum vanillé, mes lèvres… ». Tous ces compliments auxquels je n’étais pas habituée m’ont fait tourner la tête, je n’étais plus moi, je n’étais plus responsable de mes actes. Aussi quand en fin de soirée, il m’a demandé de lui montrer mes seins, c’est sans réfléchir aux conséquences que j’ai fait ce selfie de moi, poitrine dénudée et que je lui ai envoyé. J’étais heureuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n’a pas perdu de temps pour se moquer de moi. C’était son seul but, en fait. A mon arrivée le lendemain, les regards étaient tous tournés sur moi, tout le monde chuchotait sur mon passage, les insultes et les moqueries pleuvaient. Je ne comprenais pas jusqu’à ce que j’arrive vers les casiers. Il avait imprimé ma photo en plusieurs exemplaires et l’avait placardée sur tous les casiers. Je ne savais plus où me mettre. J’avais honte, j’avais mal d’avoir ainsi été trahie. Très vite, la CPE est venue à mon secours, a ordonné que l’on retire immédiatement ces photos et qu’on les lui amène dans son bureau où elle m’a conduite. Elle m’a écoutée, m’a déculpabilisée. Nous sommes montés chez la principale qui a appelé mes parents. Mon père est arrivé furieux, il m’a mis une claque et a demandé que l’on m’exclue jusqu’à la fin de l’année. Il s’occuperait de me faire récupérer les cours. Il n’a même pas demandé qui était ce garçon.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas comment mes camarades vont m’accueillir ce matin. Je dois dire que personne, même celles et ceux que je croyais être des amis, n’a essayé de me contacter depuis les événements. Une pestiférée infréquentable, voilà ce que je suis, sans doute, à leurs yeux. Mais moi, je sais au fond de moi, après un long travail d’accompagnement avec la CPE, que je ne suis qu’une victime. Je saurais le crier s’il le faut et elle saura le leur rappeler.</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi en franchissant la grille ce matin, j’ai levé la tête et j’ai souri, prête, non pas à oublier, encore moins à pardonner mais prête à être plus forte avec.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apolline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Derrière les placards, derrière les vestiaires…</p>
<p style="text-align: justify;">Elle a envie de les ouvrir un à un, ils ne portent déjà plus l’étiquette du nom de leur propriétaire. Peut-être va t-elle découvrir un détail, un indice inattendu, une trace, une miette infime qui va lui donner des indications ? Elle n’y compte pas beaucoup mais se prend à espérer, ce serait un cadeau pour son enquête.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils sont beaux, maintenant qu’ils ont été remis à neuf, repeints aux couleurs de l’arc en ciel &#8211; non, il manque le vert &#8211; ils étaient devenus tellement laids à force d’utilisation depuis la création de l’usine, trente ans qu’ils étaient là, gris souris, cabossés, huileux, maculés de traces de doigts et presque rouillés par endroits. On savait à qui ils avaient été attribués au départ, celui en haut à gauche c’était celui de Jojo, au milieu, Jean, à côté Pierrot, en bas à droite le petit Serge puis Francis et les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’arrivée douze placards, douze hommes de l’atelier n° 15, qui avaient produit tout le temps qu’on avait eu besoin d’eux. La force de travail, la dignité, la fierté, l’attachement aux machines mais aussi les engueulades, les grèves, les empoignades avec les copains…</p>
<p style="text-align: justify;">Elle ose à peine tirer sur la poignée de celui en quatrième position en haut, le rouge par exemple. Elle se sent presque comme une violeuse, de quel droit s’arrogerait-elle cette intrusion et qui l’aurait autorisée ? Certainement pas eux ni les autres…Ceux qui….</p>
<p style="text-align: justify;">Ils n’ont pas été remis à neuf, ni coloriés, eux, les ouvriers de l’usine Valim. Ils ont vécu là, leur vie parallèle, ils ont vieilli au même rythme que leurs placards, eux aussi meurtris des bleus de leur monde laborieux. Ils sont devenus vieux et serviteurs inutiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Après l’article dans le journal local, elle a voulu faire leur connaissance, ça a été le déclic et le commencement de son documentaire. Elle les a convaincus de raconter, de dire le plaisir de travailler, oui, le plaisir parfois mais surtout les affres, la pénibilité, les levers aux aurores, le rythme insensé, les cadences des trois/huit. Elle a voulu les photographier pour donner à voir à tous, la mémoire de chacun et la fierté qui l’accompagne.<br />
Et elle fera aussi la photo des douze placards multicolores.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour, un lundi 12 mars à 8 h trop pluvieux, on leur a annoncé officiellement que l’usine venait d’être rachetée et qu’elle était délocalisée en Roumanie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Roxane</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Recherche multi-couleurs</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut vraiment que je le trouve, rouge,<br />
Je pensais l’avoir mis dedans, blanc,<br />
Mais ne le vois pas, c’est fâcheux, bleu.</p>
<p style="text-align: justify;">J&rsquo;essaie encore et je me bouge, rouge,<br />
J’ai déjà perdu trop de temps, blanc,<br />
Et cela me rend nerveux, bleu.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aurais du l’mettre dans le tiroir, noir,<br />
Et pas dans ce casier étrange, orange,<br />
Qui est somme toute bien trop grand, blanc.</p>
<p style="text-align: justify;">Allez mon dernier espoir, noir,<br />
Mais la prochaine fois qu&rsquo;j&rsquo;le range, orange,<br />
Promis j’ferai gaffe à l’emplacement, blanc !</p>
<p style="text-align: justify;">Blanc bleu noir &#8211; orange blanc rouge,<br />
Je cherche je cherche, j&rsquo;ai l&rsquo;air d&rsquo;une courge,<br />
Rouge blanc bleu &#8211; noir orange blanc,<br />
Pas de quoi tout de même faire un roman.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Caroline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Depuis deux ans, le jour de la rentrée, Agnès ne pouvait s’empêcher de s’arrêter devant ces casiers. Cette année pourtant,il y avait une nouveauté : ils avaient été repeints. Le stress s’empara d’Agnès. Était-il toujours là ? Agnès se dirigea vers les casiers et ouvrit le troisième situé en haut. Elle fut soulagée de voir que le « graffiti » était toujours là. C’était un cœur gravé à l’intérieur du casier, un cœur où il était inscrit les initiales AB. Ce cœur, Bruno et Agnès l’avait fait quelques semaines après le début de leur relation. Ce tag et cette relation étaient,tous deux, des erreurs de jeunesse. Pourtant,quand Agnès repensait au jour de leur rencontre,elle était toujours émue. Elle se revoyait arpentant les couloirs du lycée Bonaparte,essayant de trouver sa salle. C’est là,devant ces casiers, que le regard d’Agnès et Bruno se croisèrent pour la première fois,que leurs mains se touchèrent. Agnès fut tout de suite attirée par le professeur de littérature. Bruno était grand,brun,athlétique. Il avait les yeux marron et quand il souriait deux jolies fossettes lui creusaient les joues. Leur idylle commença très rapidement et se termina de la même manière. Leur histoire était vouée à l’échec. Agnès était fiancée,Bruno était marié et allait être père. La raison ou les conventions avaient eu raison de leur passion. La cloche sonna,ce qui sortit Agnès de sa rêverie. Elle se dirigea vers la salle 327 où l’attendaient ses nouveaux élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">La cloche venait de sonner, les élèves et Agnès allaient déserter les couloirs. Bruno se précipita vers les casiers,il ne voulait surtout pas rater Agnès. Leur histoire avait beau être terminée depuis des années, Agnès était son unique et grand amour. Bruno ne pouvait pas se passer de la professeur d’histoire. Devant les casiers, Bruno vu une jolie rousse disparaître à l’angle du couloir. Il était vraiment déçu,encore une fois il n’avait pas pu avoir la femme de sa vie. Bruno se dirigea d’un pas lent vers son bureau de proviseur, un poste morne qu’il occupait depuis dix ans. Arrivé devant son bureau, Bruno eut un choc. Ce n’était pas son nom inscrit sur la porte. Tout lui revient d’un coup en mémoire. Son addiction aux jeux, les dettes qui s’accumulent, son divorce avec Hélène, sa vaine reconquête d’Agnès . La descente aux enfers aurait pu s’arrêter là mais Bruno avait continué à s’enfoncer. Il avait abusé des antidépresseurs puis avait complètement dérapé à entamant une liaison avec Rebecca une élève de terminale. Cette liaison s’était mal finie, Rebecca accusant le professeur d’attouchements. Bruno avait touché le fond et ne savait pas comment s’en sortir. Il avait cherché de l’aide auprès d’Agnès. Mais,elle le repoussa . Bruno ne lui en voulait pas, il la comprenait.Qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Bruno n’était pu l’homme dont elle était tombée amoureuse, il était l’ombre de lui-même. Le coup de grâce arriva le 18 décembre 2013. Bruno reçut une lettre du rectorat lui intimant de déposer sa démission à la fin des vacances de Noël. C’est ce soir-là, attelé à l’écriture de cette fameuse lettre que Bruno prit une décision fatale. Après avoir avalé deux ou trois verres d’un très mauvais whisky, Bruno ouvrit la fenêtre inspira une grande bouffée d’air frais ,laissa couler une larme en pensant à Agnès et mit un point final à sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vQvAoQ-IjeB1A-3jP0dJXMg8cMp4WCd1iBCfd59GZJPVQzukFdDjGsZ20AgATGA-4jzpAho2vNTRlWo/pubhtml?gid=583106274&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;</iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-lethique-de-la-joie/22748/">Ecriture : l&rsquo;éthique de la joie</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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		<title>Photo de l&#8217;atelier d&#8217;écriture 317</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Nov 2018 18:54:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier]]></category>
		<category><![CDATA[casier]]></category>
		<category><![CDATA[couleurs]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Et voici la nouvelle photographie (hihi) ! Publication des textes lundi prochain ! Le formulaire à remplir (uniquement quand vous avez un blog sur lequel vous publiez votre texte.)  Chargement [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Et voici la nouvelle photographie (hihi) ! Publication des textes lundi prochain !</p>
<p><div id="attachment_22726" style="width: 4456px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-22726" class="size-full wp-image-22726" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/11/casier-moren-shu.jpg" alt="" width="4446" height="3334" /><p id="caption-attachment-22726" class="wp-caption-text">© Moren Hsu</p></div></p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-22725"></span>Le formulaire à remplir (uniquement quand vous avez un blog sur lequel vous publiez votre texte.)</p>
<p style="text-align: justify;"> <iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSe6Ekn-nBK07MM65l9Jvw7zfjbn9_bikf-Ufun2JGlgkPPq9Q/viewform?embedded=true" width="640" height="891" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2018/10/photo-atelier-ecriture-314/" target="_blank" rel="noopener">Les modalités de l&rsquo;atelier d&rsquo;écriture : par ici.</a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2018/11/ecriture-316-le-sceau-de-lange/" target="_blank" rel="noopener">Pour lire les textes de l&rsquo;atelier n°316, par ici.</a></p>
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		<title>Ecriture 315 : Reine d&#8217;une nuit</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/ecriture-315-reine-dune-nuit/22676/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Nov 2018 04:46:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photo]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://www.bricabook.fr/?p=22676</guid>

					<description><![CDATA[<p>© Tyler Dozier Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen, Tod und Verzweiflung flammet um mich her ! Fühlt nicht durch dich Sarastro Todesschmerzen, So bist du meine Tochter nimmermehr [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="size-full wp-image-22634" style="font-weight: 600; color: #777777; font-size: 16.884px; font-style: italic;" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/10/tyler-dozier-157879-unsplash.jpg" alt="" width="5184" height="3456" /></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 14px; color: #777777; font-style: italic;">© Tyler Dozier</span></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen,</em><br />
<em>Tod und Verzweiflung flammet um mich her !</em><br />
<em>Fühlt nicht durch dich Sarastro Todesschmerzen,</em><br />
<em>So bist du meine Tochter nimmermehr</em></p>
<p style="text-align: justify;">La reine de la nuit entame son solo, mon archet l&rsquo;accompagne, il glisse sur les cordes. Les vibrations remontent dans mon bras. Il picote. Quelques poils se dressent, cohorte de duvet protecteur. Une goutte naît dans le creux de mes cheveux. Elle grossit, puis entame sa descente. Elle roule dans la vallée de mon cou et s&rsquo;arrête en point d&rsquo;orgue sur mon épaule. Elle tremblote au rythme de mes mouvements. L&rsquo;instant d&rsquo;après, elle s&rsquo;est évanouie.<span id="more-22676"></span></p>
<p style="text-align: justify;">La représentation se termine, mon violon glisse dans son étui. Les picotements sur mon bras sont toujours là. Les méandres de la ligne 14 m&rsquo;engloutissent, direction le dernier métro.</p>
<p style="text-align: justify;">Les vapeurs de la douche forment un halo protecteur. Ma tête se relève, l&rsquo;eau me baume et m&rsquo;enrubanne. Ma bouche crochète quelques notes de la reine de la nuit, mes doigts se placent sur un manche imaginaire : le jet d&rsquo;eau trésaille comme les cordes d&rsquo;un violon.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le parquet, mes pieds mouillés forment le chemin d&rsquo;une carte au trésor. L&rsquo;ouverture de la porte fenêtre emplit la pièce de son grincement, l&rsquo;air de la nuit saisit ma nudité. Les picotements sur mon bras s&rsquo;amplifient. D&rsquo;eux éclosent d&rsquo;infimes feuilles. Leurs bruissements nocturnes sont une symphonie : elle me berce, me couronne, et me pare d&rsquo;habits de reine.</p>
<p style="text-align: justify;">Alexandra K, 4 novembre 2018</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pierre</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;inconsolé :<br />
Nous étions trois. Elle au violon, lui à la contrebasse, moi à la flute traversière.<br />
Nous ne répétions qu&rsquo;une fois par mois, quand un ami partait en week-end et nous prêtait sa cave. Ce n&rsquo;était pas assez.<br />
Alors, nous commençâmes à jouer à vide, sans instrument et sans bruit. En mimant les mouvements des doigts. Au début, c&rsquo;était pour ne pas importuner nos voisins. Puis, nous avons vite remarqué que cette méthode était très efficace. Rien qu&rsquo;aux regards, nous savions quand l&rsquo;un d&rsquo;entre nous était en retard ou quand il jouait une fausse note. Il s&rsquo;excusait maladroitement d&rsquo;un repositionnement du corps involontaire.<br />
Nous recommencions alors le mouvement, quelques mesures avant.<br />
Le mois d&rsquo;après, dans la cave, nous constatâmes des progrès considérables.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous partagions une colocation du côté de Nation. Chaque matin et chaque soir, nous répétions en silence. Des heures. Cela devint une habitude. Tout seul sur le quai du métro, ou au bureau entre deux dossiers. Mes mains parcourait une flûte imaginaire, son bras zébrait l&rsquo;espace d&rsquo;un archer fictif.<br />
Nous avions même l&rsquo;impression qu&rsquo;à distance, cela fonctionnait.<br />
Nous échangions par SMS.<br />
« Tu as eu du mal ce matin avec l&rsquo;arpeggio du 4eme mouvement, non ? « . Un smiley rieur.<br />
« Exact. Mais j&rsquo;ai bien travaillé tout le reste de la journée. Attends ce soir ».</p>
<p style="text-align: justify;">Progressivement, nous perdîmes l&rsquo;habitude de répéter chez notre ami. Plus question de perdre une heure en RER avec des instruments trop lourds. Nous restions dans notre appartement à jouer tranquillement tout en sirotant du bourgogne soyeux.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette année-là, nous atteignîmes une virtuosité sans pareille mesure. C&rsquo;était il y a bien longtemps déjà.<br />
Désormais, un brouillard uniforme baigne mes souvenirs et j&rsquo;espère que mes deux amis s&rsquo;en souviennent aussi.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cloud</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Eclairée par le seul réverbère de la départementale, Zara arriva devant la haie, se déshabilla lentement. Nue, le visage et le corps en sueur, les yeux mi-clos, elle effectua d&rsquo;abord quelques gestes amples de danseuse chamanique, puis peu à peu mima dans le vide les mouvements d&rsquo;un violoniste inspiré. Les feuillages frémirent se mêlant à ceux tatoués sur ses bras galbés et virevoltants qui semblaient avoir pris leurs racines dans le bois de l&rsquo;objet fictif. Soudain, des sons sublimes et envoûtants émanèrent de l&rsquo;instrument invisible avec la virtuosité d’un Itzhak Perlman et propagèrent dans la campagne endormie et vers le ciel étoilé la mélodie savante des vingt-quatre Caprices de Paganini.<br />
Trois hommes étaient tapis dans le fossé à observer la scène avec effroi, admiration et lubricité : l&rsquo;instituteur, le curé et le comte. Le premier découvrait là une entorse à sa rationalité, le second un frémissement du Malin, quant au troisième, il trouvait enfin dans cette scène un écart libertin à ses réunions conventionnelles du Rotary Club.<br />
Ils avaient bien connu Zara. Zara la folle, la sorcière, la fille facile, dont ils avaient, quand ils étaient plus jeunes, un peu forcé les faveurs, un soir de comices plutôt bien arrosées.<br />
Au vingt-troisième Caprice, Zara arrêta ses mimiques. Comme par enchantement, la musique persista malgré tout et enchaîna seule le vingt-quatrième et dernier morceau de l&rsquo;oeuvre italienne. A la fin du quasi presto, Zara porta son regard devenu vif vers l&rsquo;endroit où se terraient les trois hommes. Elle se retourna, écarta délicatement les branches de la haie située derrière elle. Un enfant de dix ans, un violon à la main, se leva le regard effarouché, et se blottit immédiatement contre elle. C&rsquo;était Lucien, le simplet, le bossu, le bâtard du village. La voix ferme de Zara résonna alors dans la nuit :</p>
<p style="text-align: justify;">« Vous pouvez sortir, messieurs : cet enfant est votre fils ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tara</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">La végétation gravée dans sa chair n&#8217;empêchait pas Elena d&rsquo;apprécier les effluves boisées qui l&rsquo;entouraient. Elle savourait cette courte escapade dans la forêt tropicale accessible par un rapide trajet de taxi depuis son hôtel international climatisé de Kuala Lumpur. Sa renommée mondiale lui permettait d&rsquo;exiger un rythme de tournée offrant quelques plages de repos et de visites avant ou après ses concerts.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa vie avait basculé de l&rsquo;ombre à la lumière lors d&rsquo;un concours international où elle avait enchaîné les étapes des éliminatoires à la finale, alors que son père venait d&rsquo;expirer brutalement lors d&rsquo;un malaise aussi soudain qu&rsquo;inexpliqué. A vingt ans, armée de son violon pour lutter contre son immense chagrin, elle n&rsquo;avait pas voulu renoncer à ces épreuves qu&rsquo;elle préparait depuis des années, avec le soutien fervent et admiratif de son père. Elle savait qu&rsquo;il aurait voulu qu&rsquo;elle poursuive ses rêves.<br />
Sans jamais les laisser paraître, ses émotions avaient néanmoins traversé sa musique comme jamais, soutenues par une technique totalement maîtrisée. Plus aucune place ne restait pour la peur ou le trac, le chagrin avait tout pris. Libérée de la crainte du résultat et des jugements, elle avait laissé la musique l&rsquo;inspirer, porter ses bras et sa main, comme un message transmis d&rsquo;un disparu vers les vivants.</p>
<p style="text-align: justify;">Lors de la finale, où elle parvint presque malgré elle, entre cauchemar et rêve, elle s&rsquo;était totalement effacée pour exprimer la musique dans son essence même. Alors qu&rsquo;elle interprétait d&rsquo;une manière stupéfiante un programme extrêmement exigeant, sous les manches en soie blanche de son chemisier, elle senti des picotements monter de son poignet vers l’épaule, suivant le tempo et la mélodie. Au fur et à mesure les notes s&rsquo;effaçaient de sa partition. La musique qui célébrait la mémoire du défunt s&rsquo;imprimait en arbre de vie sur son instrument de chair, son bras qui ne faisait qu&rsquo;un avec le violon, le bois ancien de l’instrument retrouvant son feuillage sur la peau de la jeune femme.</p>
<p style="text-align: justify;">Personne ne le vit.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle fut ovationnée et couronnée du premier prix, aussitôt adulée par le public et les critiques.‎</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis, son tatouage redonne vie à son violon à chaque fois qu&rsquo;elle joue, envoûtant son public.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Kroum</strong> :<br />
LA FIN</p>
<p style="text-align: justify;">Il y avait dans son regard vert<br />
Un amour si fort qu’elle en perdait ses repères<br />
Et que lui seul pouvait animer.<br />
Il y avait sur son corps<br />
Des blessures collectors<br />
Que ses caresses, en feuillage, savaient transformer.<br />
Il y avait dans son âme tourmentée<br />
Une demande d’amour souvent incontrôlée<br />
Que parfois il arrivait à calmer.<br />
Il y avait dans ses bras tendus<br />
Tout plein de questions et de points suspendus<br />
Sur lesquels il ne voulait pas s’attarder.<br />
Ça devenait trop compliqué,<br />
Mieux valait l’oublier,<br />
Au loin partir,<br />
Telle l’anguille fuir,<br />
Aujourd’hui c’est ce qu’il préférait.<br />
Il ne lui avait rien promis.<br />
Ensemble ils n’avaient rien construit,<br />
A part quelques souvenirs, ici et là, volés au temps,<br />
Et tentant de rallonger le présent,<br />
Précieux graal qu’elle cherchait toujours à capter avec lui.<br />
Mais de son corps à elle, il avait perdu toute envie.<br />
Ses paroles devinrent tout à coup rejetantes, elle n’était plus dans le déni,<br />
Elle les prenait en pleine face avec une violence inouïe.<br />
Un regret pour elle, celui d’avoir trop aimé,<br />
Un chagrin aussi, celui d’avoir trop donné.<br />
Tant pis pour elle, il l’avait prévenue,<br />
elle a voulu jouer, elle a perdu.<br />
Cette fois ci elle en est sûre et c’est même très clair,<br />
ça sera pour son amour, une mise en terre.<br />
De cela jaillira peut être un jour un superbe bouquet<br />
Où alors sortiront de mauvaises herbes que d’autres se chargeront d’enlever.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Val</strong> :<br />
Je n’étais plus que l’ombre de moi-même, un zombie qui ne tenait plus debout et pour qui l’homme était devenu un monstre. Quand j’ai embarqué sur cette caravelle en 1613, j’étais pourtant fier d’avoir enfin trouvé du boulot, fier de pouvoir ramener de l’argent pour nourrir mes parents et mes frères et sœurs. Si j’avais su, s’ils avaient su.</p>
<p style="text-align: justify;">Ma fierté n’a pas survécu à des mois de navigation dans des conditions insoutenables, sur un bateau où la haine était partout, où l’irrespect total de la race humaine prônait : entre nous matelots, avec notre capitaine, avec les hommes et les femmes entassés dans la cale, réduits à de l’or noir mais sur lesquels nous tombions régulièrement avec toute la lâcheté du monde et notre bestialité.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne pouvais plus fermer l’œil sans que les images des jours précédents viennent me hanter : cette femme violée à la chaine par les matelots qui n’avait même plus la force de crier, cette autre en train d’accoucher dans la merde et la pisse jonchant le sol, cet homme mort de faim ou de fatigue mangé par les rats que l’odeur pestilentielle avait attirés, cet autre qui après avoir lutté pour ne pas rentrer dans la cale préférait se jeter dans la tombe abyssale.</p>
<p style="text-align: justify;">Les cris, les pleurs, le bruit des chaînes, des fouets, j’aurais donné n’importe quoi pour ne plus les entendre. Pareil pour ces odeurs nauséabondes qui emplissaient mon nez à longueur de journée : mélange d’excréments, de vomis, de mort. Tous nos sens étaient soumis à rudes épreuves. Nous n’avions plus rien d’humain, je ne supportais plus rien, je ne me supportais plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand le bateau a fait escale sur cette île, j’ai mis toute la force qui me restait pour m’éloigner le plus possible du groupe. Je ne savais pas ce qui m’attendait sur ce lieu à des kilomètres de chez moi, mais j’avais déjà vécu le pire. J’étais bien trop faible pour que le capitaine perde du temps à me faire chercher, je n’étais pour lui qu’une bouche de moins à nourrir, à la chaine il s’en réjouirait. Hors de portée de leur vue, je me suis allongé sur le dos, j’ai regardé le ciel, longtemps, très longtemps… Puis ils sont partis. Dans le silence, j’ai de nouveau entendu mon cœur battre. J’avais tout perdu, je n’étais plus rien mais j’étais vivant. Libre et vivant.</p>
<p style="text-align: justify;">Les années qui ont suivi, j’ai lutté contre mes cauchemars, j’ai tenté de regagner un peu de considération pour moi-même, j’ai essayé de pardonner ma trahison envers les autres matelots, envers ces hommes et femmes que je n’avais pu qu’abandonner. J’ai fouillé en moi, dans mes souvenirs d’avant l’horreur pour retrouver un peu d’humanité. En vain. J’ai finalement communié avec la nature avec laquelle , je ne fais plus qu’un.<br />
<a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nady</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis l’arbre de la vie. La sève coule en moi jusqu’à me faire porter la vie.</p>
<p style="text-align: justify;">L’hiver j’aime cocooner chez moi,enlacée par lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Au printemps le soleil vient m’avertir de préparer ma peau à l’été. Il y réveille un feuillage doux et soyeux où la rosée aime s’y installer.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand l’été est bien là, mes fleurs éclosent ; mes jupes se relèvent et mes robes à volants aiment montrer mes gambettes toute bronzées quand lui préfère se plonger dans mes décolletés.</p>
<p style="text-align: justify;">Peu à peu l’été indien s’étire pour m’éviter un changement d’humeur trop brusque devant un manque de lumière certain ; puis l’automne vient s’installer dans mon cœur et mes activités à l’extérieur se mettent en jachère pour le plus grand bonheur de mon sommeil qui gagne une heure de plus avec lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis incontestablement une femme qui respire et aime la vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Caroline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est étrange , ce que l’on peut ressentir quand on est sur le point de découvrir une partie de son histoire familiale. Un mélange entre peur et excitation . Une sensation qui n’a pas de nom. Dimitri expérimentait ce sentiment anonyme.Il avait entre les mains, une enveloppe contenant un fragment du journal appartenant à Édouard Victor Bretz , son illustre ancêtre.Dimitri sortit une feuille de l’enveloppe et voici ce qu’il découvrit.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le soir tomba sur le campement des Oway. Le chef de la tribu sortit de sa tente en tenue d’apparat. Il portait une coiffe de plumes bleu nuit, un long collier de perles blanches, une jupe constituée de plumes et de feuilles. Il saisit un magnifique bâton sculpté et se mit à parler. Je ne compris absolument pas son discours mais toute la tribu se rassembla autour de son chef et tous partir en direction de la forêt. Je fut fortement intimé à faire la même chose. Sans torche, sans mon carnet de croquis, je suivi le mouvement . Nous marchâmes un long moment, juste éclairés par la lune. Puis, la tribu s’arrêta devant un immense arbre dont je ne saurais deviner l’espèce. Tous s’assirent et se mirent à chantonner un semblant de psaume . Au bout d’un moment, une femme se leva. Je ne l’avais pas encore remarquée depuis mon arrivée chez les Oways. Elle portait une longue robe à capuche qui lui cachait le visage. Sans hésitation, la femme se mit nue et ce fut à ce moment que je me rendis compte qu’elle n’appartenait pas à cette tribu. Cette femme était blonde, avait les yeux verts, un corps menu, une petite poitrine bien ferme… Ce qui l’a rapprochée de ces sauvages c’étaient sa peau hâlée et le nombre incalculable de tatouages qui lui couvraient le corps. Quand l’inconnue s’approcha de l’arbre, le chant de la tribu ce fit plus intense. La femme caressa l’arbre, son tronc, ses branches, ses feuilles&#8230;Elle ne négligea aucune partie qui lui était donné d’atteindre. Quand , la femme enlaça l’arbre , le chant de la tribu cessa, les animaux prirent , alors , le relais et en quelques instants toute la forêt s’anima. Le silence de la nuit disparu pour laisser place au brouhaha animalier. La femme aux mille tatouages semblait ne faire plus qu’un avec le végétal. Sa voix se mêlait aux chants des animaux. Ce qui se passa ensuite me paraît tellement invraisemblable, que j’ai encore du mal à y croire au moment où j’écris.Grâce aux chants , l’arbre s’anima. Les branches enlacèrent la prêtresse,( je pense que cela en était une) ., les tatouages de la femme se teintèrent en vert. L’arbre et elle étaient en parfaite symbiose, chacun puisant l’énergie de l’autre. Cette symbiose ne dura que quelques minutes, la prêtresse y mit fin en écartant une des branches. Puis, elle retourna s’asseoir au milieu de la tribu. Chaque villageois , se mit à toucher la femme et grâce à ce contact et tous récupérèrent l’énergie de l’arbre. Une fois que chaque Oway, fut servi la prêtresse dit quelques mots et s’évanouit. Les femmes de la tribu , l’habillèrent et un homme ( le premier à l’avoir touchée) la prit dans ses bras. Tous les Oways se levèrent et nous repartîmes au campement. Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit là.Je fis des rêves étranges à propos de la prêtresse et surtout je me demandais à quoi avait bien pu servir cette céromonie. J’eus, une explication les jours suivants. La tribu était entré en guerre avec une tribu voisine : les Maldew . Certains hommes de la tribu partirent le matin pour le combat. Leurs tatouages étaient verts comme ceux de la prêtresse, ils avaient encore en eux l’énergie de l’arbre. Grâce au rituel, ils étaient devenus plus forts. Mais, ce que les Oway ignoraient c’est que les Maldew avaient eux aussi eu recours à un rituel et qu’ils avaient passé un pacte avec un être plus puissant que l’arbre magique. La guerre , entre les tribus, ne faisait que commencer&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;">Dimitri souhaitait découvrir la suite du journal. Il regarda dans l’enveloppe mais il n’y avait plus rien d’autre. A l’exception d’une note où il était écrit « Si vous souhaitez savoir la suite et retrouver votre ancêtre, aidez-nous à retrouver la prêtresse Oway ».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pachamama</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">La petite-fille des Emotions.</p>
<p style="text-align: justify;">Il était une fois, une petite fille qui voyageait annuellement en train avec sa Mamie pour l’Eté. Elle se prénommait Emotion. Elle se souvient de tout. Chaque trajet, à regarder par la fenêtre les paysages accélérés tels des feux-follets d’un temps qui file à ses petits yeux de lutin transi par la fascination. Mamie de sa voix chaude et ronde contait alors son enfance et amenait Emotion à partager son opinion sur la Vie. Ravie de l’écouter la petite fille se délectait du monde spirituel que lui offrait son aïeule, en complète opposition avec la devise paternelle « il y a le devoir et l’amour, le devoir d’abord ».</p>
<p style="text-align: justify;">Du plus loin qu’Emotion s’en souvienne, sa Mamie éclipsait sa famille entière. Cette image d’elle qu’elle s’était forgée, aller-retours après aller-retours au village natal de cette femme qui ranimait pour sa petite tant de souvenirs et de sagesse élémentaire, chaque été ; Cette femme, avait comme effacé de sa mémoire les efforts constants de ses géniteurs à l’ancrer dans le concret.</p>
<p style="text-align: justify;">Emotion avait appris dès son plus jeune à déceler et ressentir l’amour par-delà la dureté de l’existence. Troublante et impitoyable l’histoire que désirait raconter Mamie dans le temps, lui livrait la quintessence de qui elle était, une filiation, un secret lourd de majesté : une sorcière. De ce fait, ni Emotion ni sa Grand-mère n’avaient rien en commun avec la trivialité de leurs congénères.</p>
<p style="text-align: justify;">La petite fille retrouvait chaque année le giron de Mamie, et contemplait dans la chambre de droite au bout du couloir chargé de livres, le portrait peint à l’huile de cette maîtresse femme de sa vie qui faisait face au lit. Accroché au mur il flottait pourtant il semblait, en dépit du solide et chargé cadre d’or. On ne sait qui a représenté sa Mamie ainsi, beaucoup ignorent même que c’est elle jeune femme sur la toile. Mamie la défiait, à perpète, sans qu’Emotion ne sache pourquoi. Elle a longtemps été hanté par l’étoffe blanche dont était la peau de sa parente à peine femme. Happée par les végétaux et feuilles d’une même couleur, liés, grimpants, enroulés autour du bras laiteux du modèle. De profil, le visage indistinct, le geste doux et hypnotisant de la main qui appelle, la deviner nue, subjuguait perpétuellement Emotion. A diverses reprises même, la petite fille percevait les motifs tels des lianes se mouvoir. Il était évident que Mamie était une partie de l’Univers et que l’Univers était devenu une partie d’elle.</p>
<p style="text-align: justify;">A présent que la réalité vous a été dévoilée, vous comprendrez aisément le sort d’Emotion, joyeuse, bonne et compatissante jusqu’au-boutisme afin de faire disparaître la tristesse de ce monde et l’étroitesse d’esprit de ses prochains, aussi. Intelligence et intuition sont ses deux sœurs de chemin dans l’essence de sa vie à transmettre l’amour. A chaque main tendue, à chaque oreille offerte, à chaque rire provoqué, de nouveaux bourgeons apparaissent sur les chairs d’Emotion et fleurissent son cœur pur de sorcière, de Grand-Mère en petite fille.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dick</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Le début d’une danse.<br />
C’est elle, bien ensorcelante,<br />
Le bras haut levé,<br />
La tête tournée,<br />
Elle va bientôt se lancer<br />
Pour moi, épaté.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————<br />
<strong>Mijo</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Ca y est, j’y suis. Il m’en a fallu du temps et de l’énergie pour arriver dans cette forêt. Retrouver les miens. Je suis le numéro 132. Ils m’ont nommée Léa. Mais, je ne suis qu’un rat de laboratoire. L’homme joue à Dieu, créant des mutants. Je suis un OGM. Je suis née au laboratoire comme les autres, d’une manipulation entre l’homme et un végétal, pour moi le châtaignier.<br />
Le châtaignier arbre de nos forêts, excellant pour la construction aussi bien extérieur qu’intérieur, imputrescible… De plus il donne des fruits intéressants, très nutritifs. Le sable à quasiment disparu de notre planète, plus de béton ou alors à des prix prohibitifs. Le châtaignier pourrait résoudre non seulement la pénurie de bois de construction mais aussi de plus nourrir biologiquement les êtres et animaux, et ainsi réduire tous ces produits chimiques qui nous détruits peu à peu.<br />
Je vis dans une petite chambre où je suis étudiée, observée de très près, épiée, examinée et ce depuis une quinzaine d’année. Je suis devenu, au fil du temps, aussi souple que dure, rarement malade, je mange peu et depuis quels temps je respire différemment. J’assainis l’air ambiant.<br />
A chaque pleine lune, je me transforme. Les durées de mutations s’allongent de plus en plus. Très rapidement au bout de un an, j’avais l’aspect d’un arbre de dix ans. A chaque pleine lune, je donnais une récolte conséquente de châtaignes. On était obligé de me tailler. C’est douloureux, on me coupait des branches. J’ai horreur du bruit de la scie, c’est pire que la fraise du dentiste, je peux vous le dire. Mais les plantes n’ont pas la parole. Ils subissent la destruction des hommes. Je suis très rentable : châtaignes, bois pour construction ou meuble et avec le broyage de l’élagage du bois de chauffage.<br />
Je sens que la fin ou le début est proche. Je me suis échappée. Je suis, là dans cette forêt, une encore sauvegarder. Avec les miens. Je sens la dernière mutation venir. Je me s’en bien en pleine nature, mes branches vont à la rencontre des autres. Mes racines plongent dans cette terre riche, gorgée d’eau. Mes feuilles frémissent sous la brise. Je peux enfin communiquer avec les miens. Je ne finirais pas en bois de construction, ni en meubles… Je continuerais à purifier l’atmosphère, à nourrir les plus démunis venus ramasser mes fruits et récolter, lorsque que mes feuilles se parent de couleurs d’or, les champignons, ces cèpes de châtaigniers si recherchés et gouteux. Je donnerais abri aux oiseaux, aux écureuils et autres petits animaux et insectes. Je vivrai en symbiose avec la nature et les éléments dont je fais enfin partie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Anne-Marie</strong> :<br />
Changer de vie en changeant tout….</p>
<p style="text-align: justify;">Lisa, ta passion pour la nature t’emmena loin de la ville et de ses affres, loin très loin de cette cage de verre du 36ème étage dans laquelle tu t’enfermais pour traiter de fusions et d’acquisitions. Tu décidas de quitter tes tailleurs près du corps et tes escarpins à semelles rouges avec lesquels tu martelais le sol en marbre des hauts lieux de la finance pour suivre tes envies profondes. Enfin t’immerger dans le vert au point de t’installer dans une bicoque faite toute de bois au milieu de la forêt de Brocéliande.<br />
Selon la légende de cet endroit quelque peu tellurique, quelques bonnes fées, appelons les ainsi, te guidèrent vers de nouvelles activités…<br />
C’est ainsi qu’à la tombée de la nuit, tu t’endormais bercée par les bruits de Brocéliande.<br />
Tout le jour, ainsi coupée du monde, de ton ancien monde, tu partais parcourir les sentiers boueux de ta forêt sans aucune nostalgie pour tes déambulations citadines de jadis.</p>
<p style="text-align: justify;">Que deviens-tu Lisa depuis que tu es partie pour vivre une autre aventure que je ne pouvais partager avec toi !!</p>
<p style="text-align: justify;">Lisa, ma Lisa…</p>
<p style="text-align: justify;">Et là, surprise, toi ou plutôt cette image, cette photographie de toi dans cette galerie parisienne, ce visage, ton visage noyé dans ce feuillage sombre, ce bras, ce geste gracieux de la main qui n’appartient qu’à toi.<br />
Jamais je n’aurai imaginé pareille audace de ta part. Toi, tatouée.</p>
<p style="text-align: justify;">L’artiste, photographe, a saisi ce qui m’a échappé, ta beauté pure, vraie. Est-ce-bien toi, cette femme qui a partagé ma vie. Je brûle de te retrouver pour découvrir cette nouvelle Lisa tatouée qui un jour de mai m’échappa ou s’échappa plus exactement des carcans dans lesquels la ville l’enfermait.</p>
<p style="text-align: justify;">Retrouver celui ou celle qui a capté cette image de toi, le galeriste me communiqua le nom du photographe. De nationalité australienne, il vit à Sydney. Grâce aux autoroutes du web, j’ai marché sur ta trace. Les bonnes fées de Brocéliande ont murmuré à ton oreille. Un jour, peut-être, je saurai pourquoi tes pas t’ont conduite auprès de ces amis de l’autre bout de la terre : les aborigènes.</p>
<p style="text-align: justify;">A bientôt ma douce, continue à tracer ton chemin vers l’infinie beauté de ce monde.<br />
Pour ma part, elle est partout, il suffit de porter son regard à la minute, seconde pour saisir une image qui emplira le cœur, l’âme de toute cette beauté.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Apolline</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Son visage est totalement dans l’ombre sauf.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme un boa qui se déroule au creux d’une jungle glauque avec juste le rai de lumière qui éclaire d’une belle et longue lumière le bras nu, levé à angle droit dans la position un peu artificielle de celle qui veut faire admirer le dessin tatoué, inscrit de l’épaule jusqu’à la main aux doigts dépliés nonchalamment dans un geste de demande, l’index en avant.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux autres petites flaques de clarté à l’épi des cheveux en haut du crâne et à l’aigu du nez qui tranche le profil.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est fière de son tatouage, c’est le premier, elle a longuement hésité mais amoureuse de la nature, elle a choisi et dessiné elle-même cette guirlande de feuilles aux contours précis et déliés. Elle arbore son œuvre. Elle n’a pas eu mal, elle savait que Matzo serait délicat avec elle. Elle a décidé de se faire photographier au milieu des frondaisons comme pour souligner le mélange subtil entre les circonvolutions végétales de son bras et celles authentiques des arbres qui l’entourent.</p>
<p style="text-align: justify;">On la devine, le regard de l’observateur est séduit et attiré par ce bras nu et invitant. On tenterait une caresse si on ne craignait d’être piqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle s’appelle Apolline et habite la Guadeloupe.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vT9rjsycWgdU_nOZnQAVrDv4AlcJOwCJSwuTbMZgvPsiQYgxP3Y4rLrH4pYzo90n7w4y4jfJMNQEh4C/pubhtml?gid=496548376&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="550"><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" data-mce-type="bookmark" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span>&gt;<span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span><span data-mce-type="bookmark" style="display: inline-block; width: 0px; overflow: hidden; line-height: 0;" class="mce_SELRES_start">﻿</span></iframe></p>
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		<title>Photo de l&#8217;atelier d&#8217;écriture n°315</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Oct 2018 10:20:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[femme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voici la photo du 315è atelier d&#8217;écriture. Il n&#8217;y aura pas d&#8217;atelier pendant les vacances de la Toussaint (pendant les fêtes de Samain, c&#8217;est relâche. 😀 ) Nous publierons nos [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Voici la photo du 315è atelier d&rsquo;écriture. Il n&rsquo;y aura pas d&rsquo;atelier pendant les vacances de la Toussaint (pendant les fêtes de Samain, c&rsquo;est relâche. 😀 ) Nous publierons nos textes<strong> le lundi 5 novembre.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2018/10/atelier-decriture-314-penombre-discrete/" target="_blank" rel="noopener">Si vous voulez lire les textes du 314è atelier, c&rsquo;est par ici.</a></p>
<p><div id="attachment_22634" style="width: 5194px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-22634" class="size-full wp-image-22634" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/10/tyler-dozier-157879-unsplash.jpg" alt="" width="5184" height="3456" /><p id="caption-attachment-22634" class="wp-caption-text">© Tyler Dozier</p></div></p>
<p><span id="more-22633"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Pour ceux qui ne connaissent pas : je poste chaque mardi (ou mercredi) une photographie, et vous avez quelques jours pour écrire un texte. Ton et genre libres. Une page word maximum. Vous vous inscrivez sur le formulaire ci-dessous et vous y ajoutez l’url de votre blog. Le lundi matin, votre lien apparaîtra automatiquement sous les textes.</p>
<p style="text-align: justify;">Si jamais vous n’avez pas de blog, vous pouvez m’envoyer votre texte (le mieux est de ne pas me l’envoyer après 20 h le dimanche soir. Sinon, vous attendrez le lundi soir pour que j’actualise les textes.)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cet atelier d’écriture est un moment de partage. Une fois votre texte publié, il est plus convivial de continuer ce partage en lisant et commentant les textes.</strong> Pas tous forcément, mais ceux qui nous ont marqués, ceux que nous avons aimés, voire même ceux (tout simplement) que nous voulons commenter… L’échange est, selon moi, la base de ce rendez-vous. (Sinon, il nous suffit de retourner à l’activité solitaire de l’écriture …)</p>
<p style="text-align: justify;">Le formulaire à remplir :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSdyJA4vbonudDWQcKIEXfA5_kbYHaKjoZfC41ZWtJBfWn4VRA/viewform?embedded=true" width="640" height="895" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
<p style="text-align: justify;">Belles vacances et à très vite !</p>
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