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	<title>Archives des correspondance - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des correspondance - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Correspondance (Ecriture)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Feb 2018 04:00:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[correspondance]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mon cher amour, Sur le quai de la gare, tu t&#8217;es retournée sur un dernier sourire et quelques mèches  emmêlées dansaient encore de la frisure de nos étreintes. Dans le [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="aligncenter size-large wp-image-21236" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2018/01/Abandon-700x467.jpg" alt="" width="700" height="467" /></p>
<p style="text-align: justify;">Mon cher amour,<br />
Sur le quai de la gare, tu t&rsquo;es retournée sur un dernier sourire et quelques mèches  emmêlées dansaient encore de la frisure de nos étreintes.<br />
Dans le train qui m&#8217;emmenait, j&rsquo;ai compté les lignes des champs qui me séparaient de toi. Le soleil se couchait sur l&rsquo;enlacement de nos bras, je me suis endormi apaisé. J&rsquo;ai rêvé de toi.<br />
Je suis bien arrivé hier soir. L&rsquo;accueil fut généreux, mes hôtes en liesse. Je venais enfin pour écrire et me reposer de cette année remplie de salons et de rencontres.<br />
Il y a au fond du terrain une allée de glaise, et un lac rempli d&rsquo;une vieille péniche grinçante. Je me suis assis là ce matin, je me remplissais de silence. Un autre air, une autre lumière, pourtant tout me ramenait à toi. Alors je t&rsquo;ai imaginée, ma funambule, ton minois à travers les hublots, puis ton corps assoiffé de soleil, nu sur le ponton.<br />
A midi, la tête tournée vers le soleil, j&rsquo;ai eu hâte de voir passer ces nuages, ils étaient le métronome de mon retour vers toi. Ce soir, pourtant, le temps est à l&rsquo;orage, et ma bougie grésille du vent qui s&rsquo;engouffre sous la fenêtre.<span id="more-21263"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Loin de toi, je te couche à la nuit tombée dans mes histoires, les boucles de mes lettres s&rsquo;allongent comme la caresse de mes doigts sur ton corps blanc. A travers mes mots, je te ressens. Des fois, je me demande pourquoi il faut se séparer, si c&rsquo;est pour que tu envahisses mes pensées et mes écrits. Je suis comme ces saules pleureurs du lac dont les branches souples tentent de s&rsquo;arrimer au sol sans jamais y arriver.</p>
<p style="text-align: justify;">En attendant de pouvoir de nouveau t&rsquo;enlianer, reste belle, bois la vie, et ouvre-toi aux curiosités. Je te prendrai bientôt de nouveau ma bien-aimée, au-delà de tes nouvelles richesses.</p>
<p style="text-align: justify;">Je t&#8217;embrasse par-dessus les baisers d&rsquo;hier.<br />
Ton dévoué.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Eva ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ses valises sont prêtes, l’aube n’est pas encore levée, Julian ne devrait plus tarder. Il se retourne vers les escaliers, là où ses parents et sa petite soeur dorment. Il est évidemment triste de les quitter, ils vont énormément lui manquer, mais que voulez-vous c’est de leurs fautes à eux. Ses parents. Il n’y connaisse rien à l’amour passionnel. C’est eux qui ne l’acceptent pas comme il est. Son propre bonheur passe bien après leur ouverture d’esprit beaucoup trop étroit.</p>
<p style="text-align: justify;">Il caresse une dernière fois Murphy qui émet un ronronnement de satisfaction, plonge la main dans sa poche et sort la photo que lui a donné sa grand-mère Gaby il y a tout juste deux ans. Juste avant qu’elle ne meure.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette photo, il ne la quitte plus des yeux. Ce vieux rafiot sur une sorte de lac parmis des dizaines de saules pleureurs. Pourquoi le lui avoir donné ? Au verso, à l’écriture devenu illisible trois phrases : York, Angleterre &#8211; Là-bas, quand tu seras prêt &#8211; Ne montre pas à tes parents.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qu’il ne sait pas, c’est qu&rsquo;à l’ombre des saules au fin fond de la photo se cachent deux jeunes filles à peine plus vieilles que lui. Gaby et Margaret, quarante-cinq ans plus tôt.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous les jours pendant une toute petite demi-heure depuis bientôt un an, elles se retrouvent sous ces saules, cacher aux yeux de tous. Margaret, arrive toujours avec un petit panier rempli de douceurs pour le goûter. Ces trente minutes suffisent à Gaby pour la rendre infiniment heureuse. Elles s’aiment plus que de raison, c’est une histoire d’amour platonique certes mais passionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis tout a changé le jour où le père de Gaby les a vus en prenant cette satanée photo. Direction l’internat religieux pour Gaby, à l’autre bout du pays. Elles ne se sont jamais revus mais ont gardé le contact par lettre. Margaret est restée vivre à York dans sa maison d’enfance et ses souvenirs amoureux. Dans sa dernière lettre Gaby explique à Margaret que son petit-fils adoré est gay et qu’elle sait pertinemment que ses parents ne l’accepteront jamais, à sa plus grande peine. Alors Margaret lui a envoyé la photo qui les a séparés et qu’elle attendait impatiemment l’arrivé d’Enzo et Julian lorsqu&rsquo;ils seront prêts.</p>
<p style="text-align: justify;">Julian vient d’arriver, il sort précipitamment de sa vieille Alfa, enlace et embrasse passionnément Enzo, l’aide à porter ses valises et partent.</p>
<p style="text-align: justify;">Direction York et son secret bientôt dévoilé.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Texte de Nady ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">L’espoir je l’ai trouvé au vert, bien loin de l’ambiance polluée de Paris. C’est dans cette région où les fleuves ont la même couleur que le feuillage des arbres et non celle de leur tronc comme la Seine, que j’ai pu me reconstruire et être en accord avec moi sans colère refoulée.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était il y a 25 ans. En me levant de la table du petit déjeuner, je lui ai lancé : « Plus rien ne va entre nous, je crois qu’il est temps de nous séparer ». Pour seule réponse je me suis retrouvé brusquement plaqué contre le mur, la lame d’un couteau de cuisine pointée vers ma gorge avec comme seules paroles : « D’accord ! Tu pars mais tu peux faire une croix sur les enfants ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Son regard, sa voix, la violence soudaine de son geste et ce corps à corps inattendu ont créé une brèche, un trou de douleur intérieure.</p>
<p style="text-align: justify;">La vie n’est pas un long fleuve tranquille mais quand on vous prive du sang de votre sang, vos amours, vos fils, d’une manière si soudaine, la déchirure est telle qu’il vous faut trouver un moyen pour stopper la montée de la crue des émotions, qui elle, risque, en plein débordement, de faire des ravages insoupçonnés bien plus importants.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme le fleuve, soumis aux aléas du temps, doit faire le dos rond lorsque ses nappes d’eau souterraines sont pleines et attendre que Dame Nature ait dit son dernier mot, j’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur en capitulant devant son fort caractère devenu violent en évitant un rapport de force perpétuel pour le bien être de nos enfants ; ils avaient 2 et 5 ans à l’époque.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes passés devant le juge, j’ai signé un contrat sans garde alternée ; je les voyais un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, la vie m’a donné raison. Aujourd’hui mes fils sont proches de moi et on aime se retrouver assez régulièrement dans mon havre vert de paix et s’installer entre hommes dans ma vielle barque à l’abandon pour taquiner parfois le poisson entre fou rire et boissons.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Texte d&rsquo;Alouette ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Echouée</p>
<p style="text-align: justify;">Assise sur un banc sur le chemin de halage elle regardait cette péniche. Un seul mot lui venait à l’esprit : échouée. Comme elle, elle était également échouée au milieu de la verdure. Echouée et bancale.<br />
Elle s’appelle Espérance. Elle a 14 ans. Elle repense à tous les noms de ces embarcations qu’elle peut lire lorsqu’elle se promène sur les quais de Seine Elle a toujours aimé lire leurs noms. Ces noms ne sont pas donnés par hasard ; ils évoquent une histoire, un espoir parfois, un rêve, un remerciement. Elle songe.<br />
Son nom, si particulier, lui a été donné par sa mère adoptive. Elle l’avait tellement attendue, espérée qu’il était pour elle une évidence. Elle aurait pu l’appeler Victoire mais la portée symbolique ne serait pas la même. En l’appelant ainsi elle manifestait son attente récompensée mais aussi son désir d’avenir et surtout sa confiance « Tu es mon espérance et ton avenir t’attend. Maintenant, prends ton vol » C’est comme cela que sa maman lui avait expliqué ce choix.<br />
Mais aujourd’hui, malgré ce grand soleil, cette verte nature signe d’espérance elle a envie de dire que « L’espérance n’est qu’un charlatan qui nous trompe sans cesse et pour moi le bonheur n’a commencé que lorsque je l’ai perdue. » Elle n’a pas l’âme disposée à croire que ce qu’elle désire adviendra. Le bonheur.<br />
Cette péniche penche, elle est rouillée, elle est seule et ne sert à rien. Que fait &#8211; elle là ? Pourquoi est-elle échouée ? Elle est inutile, elle n’est même pas belle. Espérance se pose les mêmes questions pour elle. Le parallèle avec sa vie l’impressionne.<br />
Adoptée à l’âge de 6 ans, elle se considère échouée dans cette nouvelle vie, nouvelle famille, nouveau pays. Cela fait déjà longtemps qu’elle vit ici sur les bords de la Seine mais elle ne se sent pas attachée. A l’image de cette péniche elle a connu des moments de calme, de sérénité, mais aujourd’hui dans ce corps d’adolescente ce n’est pas mer calme c’est plutôt grand vent !! Elle s’interroge sur son identité née de la fusion de deux destins, celui de ses parents adoptifs et le sien, celui d’une enfant abandonnée.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle se dit que cette péniche aura peut-être une deuxième vie. Elle pourrait devenir une guinguette, un salon de thé, un restaurant …rendre des gens heureux.<br />
Perdue dans ses pensées elle ne s’est pas rendue compte qu’une vieille dame s’est assise à côté d’elle. Elle l’observe depuis un moment. Elle a le visage ridé, chaque ride exprime des moments clés de sa vie, heureux ou malheureux. Elle est toute petite, avec un visage rond aux traits presque enfantins derrière ce réseau de rides. Elle porte un long gilet marron tricoté à la main, ses cheveux sont poivres et sels coiffés d’un magnifique chignon. Elle se met tout doucement à parler à cette jeune fille tourmentée. Son discours n’est pas anodin, comme si elle lisait en elle. Sa voix est douce. Espérance ne s’en choque pas. Elle est plutôt conquise, hypnotisée par ces yeux d’un bleu électrique. Elle répond naturellement aux questions de la vieille dame qui l’interroge sur son blues apparent.<br />
C’est ainsi, au gré des jours, du cliquetis de l’eau, du balancement de la péniche que la confiance s’installa entre elles et que, régulièrement, elles se retrouvèrent face à cette péniche échouée. Espérance y retrouva foi en la vie, en l’avenir en son espérance grâce aux échanges, aux témoignages à l’écoute attentive de cette vieille dame, prophète providentiel.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;">Textes d&rsquo;Adèle © :</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;"><strong>Naufrage</strong></p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Moteur coupé, mue par l’élan, la péniche de bois et de rouille, courant sur son erre, était venue s’échouer sur la rive recouverte d’herbes hautes. C’est là que je l’ai découverte, tout au bout de l’île, cachée par le vert tendre des saules pleureurs et l’ondoiement des roseaux touffus. Le bâtiment avait gardé fière allure, une ligne équilibrée entre solidité et confort. La cale était profonde ; elle avait du en transporter, des marchandises, à travers l’espace et le temps. Du charbon avant-guerre, des céréales et du sable ensuite. Petit soldat de la reconstruction, je l’aurais bien décoré de la médaille du travail.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">J’imaginais l’habitation autrefois spacieuse et lumineuse, avec sa timonerie toute vitrée et sa cabine éclairée de hublots qui semblaient me faire de l’œil. Entre deux escales, les heures passées, nichées au creux de l’eau, tièdes en hiver, fraiches l’été, devaient apaiser l’âme, et les paysages autour, distraire l’esprit. Le mien s’évadait.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">L’aventurière avait du en parcourir, des canaux et des rivières, des fleuves et des ports, elle avait du en voir des paysages, traversant  l’Europe et reliant les rives ensoleillées de la méditerranée à celles ventées de la mer du Nord. J’aurais aimé qu’elle me raconte ses périples dans les terres de l’Est, Allemagne, Autriche, Hongrie ; s’était-elle aventurée jusqu’aux rivages de la mer Noire ?</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">La coque portait les traces d’un accostage un peu rude, mais les garde-corps métalliques tenaient bon ; les bois avaient perdu leur revêtement lasure, se teintant d’une grisaille qui s’harmonisait à la couleur marronnée de la grande carcasse immobile et silencieuse. Au gré des pluies et des vents,  de l’agression d’une inondation ravageuse, le bateau avait pris du gite, et la vase avait commencé son travail d’engloutissement et de destruction.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;"> En plongeant la main sous le miroir opalescent de l’eau, peut-être aurais-je trouvé quelque écrevisse d’eau douce, ou dérangé un vilain poisson-chat. Nul doute qu’aux soirs de printemps,  j’aurais pu entendre le coassement incessant des grenouilles énamourées. Parfois voir un martin-pêcheur, un geai se poser quelques instants pour reprendre souffle, étourdis par le vent de l’orage.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;"> Bâtiment immobile, mais frémissant encore de vie.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Ou épave, rebut, déchet destiné à la casse.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Paradis ou enfer, tout est une question de regard.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">La vieillesse est un naufrage.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Les vieux sont des trésors vivants.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;"><strong>Naufrage bis</strong></p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Tu m’as dit que c’était terrible, ce qui lui arrivait, que pendant quatre vingt ans, ç’avait été ta mère et qu’aujourd’hui  quand tu allais lui rendre visite dans sa maison de retraite, tu ne voyais plus en elle qu’une  vieille femme, toute tassée, ridée, laide, et maintenant qu’elle n’avait même plus sa tête &#8211; tu te rends compte, elle qui avait été une femme si brillante ? -, tu te demandais à quoi ça servait que le personnel  continue de la nourrir, de lui donner la becquée à la petite cuillère, une vilaine purée dont elle recrachait la moitié sur son bavoir – un bavoir, quelle déchéance, elle si élégante !</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Je t’ai demandé si tu pensais qu’elle souffrait, si elle se rendait compte de son état. Tu m’as répondu que non, qu’une sorte d’indifférence au monde s’était installée dans son corps, que tu avais le sentiment que ta mère ne te reconnaissait même plus et que ça aussi, c’était d’une violence inouïe pour toi, qui avait tant besoin, plus que tout autre, qu’elle t’aime, encore et toujours,  et de façon indéfectible, jusqu’à ce que toi tu disparaisses.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">C’était déjà pour toi une douleur ineffable, de penser que bientôt elle t’abandonnerait, car pour toi c’était cela, la mort, un abandon de toi qui resterait vivante, demain, le lendemain, et encore le surlendemain, un an, dix ans, le restant de ta propre vie et tu devrais composer avec l’absence charnelle de celle qui t’avait portée, autant dans sa tête que dans son corps, par son regard aimant, parce que oui, elle t’avait aimée, tu es étais certaine, même si elle n’avait jamais prononcé ces mots – chez toi ces choses-là ne se disaient pas.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Tu m’as dit « Je ne peux pas imaginer que ma mère meure ». Et je voyais bien dans ton regard à la fois perdu et déterminé que tu formulais cette pensée de sa mort prochaine pour mieux la conjurer et la fracasser. Même pas peur, ça voulait dire, alors que tu tremblais d’une terreur irrationnelle et pourtant réelle.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Quels mots, mon amie,  pour t’aider à franchir le gouffre que ta souffrance ouvre sous tes pas ? Comment te rappeler sans indécence que la mort fait partie du chemin à parcourir, que c’est un effacement et non une disparition ?</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">J’ai préféré t’emmener avec moi, tu as accepté de me suivre, nous avons marché le long de la rivière, la promenade n’était pas aisée, au milieu des ajoncs et des saules, nous faisions attention à poser nos pas hors des trous d’eau et des orifices de terriers. Je t’ai guidée entre les buissons d’épine et tu l’as découverte, la vieille péniche échouée. Tu m’as dit « Elle est belle ! » et nous avons souri.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Le navire abandonné ne pouvait plus naviguer, c’était certain, il avait subi les assauts de la rouille et des intempéries, sa coque était trouée et prenait l’eau, et son air penché laissait augurer une mise au rebut, voir une décomposition prochaine. Foutue, la barcasse !</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Et pourtant, sa beauté était indéniable, et la cale était pleine à ras bord des souvenirs entassés par les mariniers, au fil des navigations. Des voyages, des rencontres.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Tu as défait tes sandales, pantalon relevé au-dessus des chevilles, tu t’es avancée dans la vase tiède jusqu’à toucher  le flanc du bateau.  Ta main a parcouru ses éraflures. De l’index replié, tu as donné de petits coups qui ont fait résonner le métal d’un son clair. Tu as posé la main sur le plat-bord et tu as caressé le bois patiné par les intempéries. Autour de tes pieds frétillaient quelques gardons ; un geai s’est posé en équilibre sur le garde-corps ; une poule d’eau regagnait son nid accroché à l’étrave.</p>
<p style="font-weight: 400; text-align: justify;">Tu as dit « Elle est arrivée à la fin de sa vie » et tout était dit.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Texte de Val ©</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle drôle d’idée de me prendre en photo ? Seule en plus… J’aurai déjà peu compris faire le fond d’un selfie mais seule je comprends encore moins. Il y a tant d’années que plus personne ne pose les yeux sur moi …alors me prendre en photo ! En plus, vu le nombre de clichés qu’elle a pris et le temps que cela lui a demandé, sa photo doit en plus être jolie. Il faut dire que si moi j’ai une sale tête, mon environnement a de quoi faire rêver. Ca doit faire un peu comme la belle et la bête : tout ce vert derrière moi symbolisant l’espoir et ma vielle carcasse rouge au premier plan rappelant la misère, la peur… J’ai le mauvais rôle. J’ai eu mes beaux jours pourtant, moi aussi, avant la mort de Dad. Il m’a bichonné. Nous avons vogué sur de nombreux fleuves…Mais il n’est plus là, embarqué, bien trop tôt, par la maladie. Ce n’est pas sa femme qui allait s’occuper de moi, elle ne m’a jamais aimée, toujours jalousée. Il faut dire qu’il en a passé des heures à me poncer, me vernir, me peindre. Même pas reconnaissante des découvertes qu’elle n’aurait pu faire sans moi. Elle m’a abandonnée. Même les enfants qui avaient pourtant aimé les vacances sur le bastingage, qui se réjouissaient à chaque passage d’écluse m’ont oublié et laissé dépérir. Chacun a ses occupations, je ne leur en veux pas. C’est la vie ! Mais depuis, ma peinture s’écaille, je rouille de partout, la cabine où Dad tenait fièrement la barre s’effrite… Je n’ai pas bougé d’ici depuis des mois. Seuls les saules pleureurs me tiennent compagnie. Les rares promeneurs qui passent près de moi se lamentent de me voir pourrir sur place, s’interrogent. A se demander même par quel miracle la décharge ne m’a pas encore évacuée.</p>
<p style="text-align: justify;">J’aime imaginer que cette jeune femme a un projet pour moi, qu’elle pourrait me redonner une deuxième vie. Si je pouvais parler, je lui lancerai bien une idée : me transformer en auberge pour des sans-abris … mais peut-être a-t-elle d’autres plans. Enfin je peux toujours rêver, c’est tout ce qu’il me reste alors…</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
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