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	<title>Archives des entrelacs - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des entrelacs - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Happy Litha (Ecriture 273è)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Jun 2017 04:00:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="size-large wp-image-19734" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2017/06/terre-paume-700x466.jpg" alt="" width="700" height="466" /></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a chez toi ce goût de sel et de terre. Chacun de tes mouvements lents entonne une vibration stellaire. Parfois s’en échappent des rires par grappes. Je les attrape, les tresse et les assemble en guirlande  comme ces bonhommes de papier que nous aimons tracer au compas sur ce drap blanc, avant de les découper tous un à un soigneusement, le bout de notre langue tiré. Ils forment ensuite une couronne dont je te ceins,  bel éléphantin.<span id="more-19744"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a chez toi ce goût de chlorophylle et de terre. Sur ta peau le vert de la forêt se conjugue aux brames du cerf Cernunnos. Tu portes tes pas triomphants à travers la vallée luxuriante du mont Nysa, le jour tu sèmes et récoltes le raisin, le soir venu, à l&rsquo;abri dans le temple, paré du canthare, tu déverses sur moi ce vin enthéogène. Nous embarquons alors vers notre terra incognita.</p>
<p style="text-align: justify;">La nuit dernière, alors que le solstice battait ses tambours magiques, je me suis faite biche. Là, au-dessus de toi,  ton front brûlant contre le mien, j’apposai le pentalpha, sceau de Salomon. Dans le ciel, la constellation du Grand Chien se métamorphosa alors. Sirius, Sirios, Osiris : les anagrammes effectuaient un ballet séraphin et fêtaient le nouvel ordre revenu.</p>
<p style="text-align: justify;">© AK, samedi 24 juin 2017</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Claude</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">A la demande du magazine Géo, en 1982, je suis parti faire un reportage photo sur l’hévéaculture en Tanzanie. Alors, muni de mon Leïca et d’un simple sac à dos (on voyageait léger à cette époque), j’ai quitté mon appartement parisien un beau matin d’avril.<br />
J’ai découvert là-bas une région reculée mais magnifique ainsi que des gens extraordinaires : simples, pauvres, travailleurs mais d’une force morale et d’une gentillesse unique. La petite tribu dans laquelle je suis resté un mois appartenait au clan des Houkati, une des plus vieilles familles dont le patriarche, père de la moitié du village, jouait à la fois le rôle de sage, de sorcier, de juge et d’instituteur.<br />
Pendant cette période, j’ai partagé leur repas, j’ai participé aux travaux collectifs, j’ai suivi les saigneurs d’hévéa dans la dense forêt et j’ai fêté avec eux la nouvelle lune et leur divinité Leiloonaki en fumant des pipes ensorcelantes devant un grand feu de joie.<br />
Quand le dernier jour arriva et je quittai bien plus qu’une famille : des amis.<br />
La femme du mage s’approcha de moi, de la terre noire, bien grasse plein les mains. Elle sourit de ses quelques dents et versa délicatement ce terreau fertile qui s’agrégeait en petite boulettes collantes dans un bocal. Puis, elle me montra mon appareil photo en souriant de plus belle.<br />
Je mis quelque temps à comprendre. Ou à vouloir comprendre. Elle proposait tout simplement d’échanger mon Leïca à 6000 francs contre un pot de terre du coin. J’ai dû prendre ce jour-là la décision la plus difficile de ma vie.<br />
Certes ces simples gens étaient attachants. Certes ils ignoraient complètement le coût de mon appareil photo. Certes la terre était leur or noir et la matrice locale la plus précieuse. Mais quand même ! Et puis qu’en feraient-ils ? Ce n’était pas raisonnable.<br />
Devant mon hésitation, un groupe s’agglutina autour de nous et le mage arriva. J’entendis leur messe basse vibrer et je leur abandonnai alors mon Leïca avec regret.<br />
Ce n’est que dans l’avion que je me détendis. J’avais fait ce jour-là un très beau geste humaniste. Sans doute que mon appareil resterait dans cette tribu de primitifs comme le totem de ma visite, le symbole pour des générations d’un européen (entendez un demi-Dieu) descendu de l’oiseau de fer pour les visiter. Les femmes raconteraient à leur fille la légende du bel homme blanc.<br />
C’est à la douane que les choses se compliquèrent.<br />
&#8211; c’est quoi ? demanda le moustachu en uniforme.<br />
&#8211; de la terre de Tanzanie, dis-je avec une once de fierté, prêt à lui raconter mon noble geste d’anthropologue.<br />
&#8211; vous vous foutez de moi ?<br />
Je ne compris pas tout de suite. Un collègue tout aussi moustachu arriva (penser à étudier le rôle de la moustache dans la fonction de douanier), trempa son index dans le bocal, le huma puis goûta brièvement.<br />
&#8211; ce sont des boules d’opium mélangées à de la résine de cannabis.<br />
-Mais non, protestai-je, c’est de la simple terre que j’ai échangé contre mon Leïca<br />
&#8211; Un Leica à 6000 francs contre un bocal de terre ? Vous vous foutez de nous ?<br />
Il parait qu’il y avait dans son bocal pour près de 80 000 francs.<br />
Pendant mes cinq années de prison pour recel de stupéfiants, j’eus le temps de repenser à leur générosité. Ah les braves gens ! Rendez-vous compte ! J’aurai gagné 74 000 francs. Enfin. A supposer que…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Marie LN</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Pierre sortait d&rsquo;une présentation déterminante à son Conseil de Direction, satisfait mais guère étonné d&rsquo;avoir obtenu les budgets nécessaires à son service de sécurité informatique : les pagailles récemment subies par de grandes entreprises du monde entier à la suite de cyber-attaques avaient largement renforcé l&rsquo;impact de sa présentation powerpoint sur le directeur financier.<br />
Si ses alertes et préconisations sur les risques informatiques étaient reconnues et respectées dans son univers professionnel, sa conscience des risques climatiques et sa manière personnelle de les parer ne pouvaient rester que très confidentielles.<br />
Sept ans auparavant, sa vie avait basculé malgré lui dans une dimension inattendue et même inenvisageable. Cela avait commencé par un déjeuner avec une collègue qui lui avait confié ses dons de communication avec les animaux, non seulement vivants, mais aussi morts. Gardant difficilement son sérieux et sa courtoisie il avait écouté poliment, et comme sa collègue s&rsquo;était sentie comprise, il n&rsquo;avait pu refuser peu après une invitation à une réunion assez privée de médiums et shamans. Il faut dire que sa curiosité l&#8217;emportait sur le sentiment de ridicule, et il espérait ajouter une perle à sa collection d&rsquo;anecdotes.<br />
Or à son mental défendant, cette réunion avait ouvert les portes de son extrasensorialité, fermées depuis son enfance : il fut obligé de laisser revivre son don pour communiquer avec les arbres, la terre, l’eau et le vent. Les lointains souvenirs de ses vacances avec son grand père qui l’avait initié revenaient à sa mémoire, ainsi que les sensations qui parfois le submergeaient tellement qu&rsquo;il en avait plus tard volontairement coupé la perception, refoulant ce qui l’effrayait. Au cours des dernières années, il avait finalement accepté et maîtrisé ce talent dans le secret.<br />
Alors en ce soir d&rsquo;été, en sortant de sa réunion, il s&rsquo;était arrêté dans la campagne desséchée par plusieurs semaines sans pluie. Encore vêtu de son accoutrement de cadre supérieur, mais débarrassé de ses chaussures et chaussettes, il avait planté ses pieds dans le sol et pris une poignée de terre dans sa main gauche.<br />
Il entendait l&rsquo;air chaud du sud hurlant comme un loup affamé, s&rsquo;abreuvant des rivières et des forêts de cette campagne du centre de la France. Laissant parler à travers lui les ancêtres des ancêtres de ses ancêtres qui du fond des âges avaient ainsi communié avec les éléments naturels, il psalmodia un rituel secret en chuchotant. Avocat de la terre qu&rsquo;il foulait et étreignait dans sa main, il plaidait sa cause, et invoquait le vent d&rsquo;ouest et la pluie devant le soleil couchant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Alexandre</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ce matin, de lourds nuages gris survolent les collines. La maison de Fernand s’est parée d’une étrange mélancolie accentuée par le silence pesant qui règne sur cette campagne berrichonne.<br />
Fernand est debout près du trou profond qu’il vient de creuser. Au fond, un corps couché sur le côté, le visage reposé, les yeux fermés.<br />
Fernand saisit une poignée de terre et, immobile, le regard tourné vers la dépouille, laisse sa pensée vagabonder dans les méandres de ses souvenirs. Il pense à tous les instants passés ensemble. Les éternels moments de caresse, d’affection réciproque, les jeux sans fin, les nuits passées blottis l’un contre l’autre. Loin des tumultes de la vie, de la vanité du monde, ils s’étaient repliés dans leur univers modeste pendant ces quelques années partagées, témoins réciproques de leurs existences paisibles. Fernand avait été un jour diagnostiqué « autiste asperger » par un psychiatre. Il se savait différent, à part dans une société de conventions et d’hypocrisie. Seul son compagnon semblait le comprendre, recevant ses confidences avec une bienveillance dénuée de tout jugement.<br />
Aujourd’hui, Fernand se sent plus seul que jamais. Son visage est creusé par son chagrin, il essuie ses larmes avec la manche de son éternelle chemise à carreaux. Il a envie de s’allonger lui aussi dans cette fosse funèbre en attendant une mort de retrouvailles.<br />
Finalement, il se résout à jeter sa poignée de terre, puis une autre et une autre avec une frénésie de désespoir. Il hurle intérieurement de douleur. Ses cris étouffés au plus profond de lui même résonnent dans la campagne déserte.<br />
Son petit chat Filou est mort hier soir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Lise</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Longtemps, j&rsquo;ai aimé des hommes avec cette sourde culpabilité lumineuse que nous ressentons dans un coin de notre âme.<br />
Souvent, j&rsquo;en ai discuté avec mon amie Lucie.<br />
Pour elle, l&rsquo;amour était chronophile. Elle savait qu&rsquo;elle tombait amoureuse d&rsquo;un homme quand elle était persuadée de le connaître depuis toujours. De l&rsquo;évidence d&rsquo;une rencontre suivaient des discussions immédiatement fluides et une impression énigmatique de se retrouver après mille ans d&rsquo;absence. Le temps était le vecteur de ses amours comme il étalonne chez d&rsquo;autres le chemin de la sagesse.</p>
<p style="text-align: justify;">Longtemps, son témoignage m&rsquo;a perturbée car j&rsquo;étais à son apothème.<br />
Chez moi, l&rsquo;amour passait par toutes les cellules de mon corps. Auprès de l&rsquo;homme, je ressentais l&rsquo;osmose cellulaire, une fusion intense et intime de chaque centimètre carré de ma peau. Mes globules dansaient au rythme de nos coeurs et l&rsquo;union charnelle portait si magnifiquement son nom.<br />
J&rsquo;étais dans la matière, elle dans l&rsquo;espace-temps. Deux relativités amoureuses.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand Lucie est morte, j&rsquo;ai pris ses cendres dans ma paume et j&rsquo;ai lentement considéré cette poussière d&rsquo;être, ni froide ni chaude, ni caressante ni blessante. J&rsquo;ai refermé ma main et mes yeux. Soudain, j&rsquo;ai vu : les cendres s&rsquo;immiscer doucement entre mes phalanges, matière inerte, atomes de mon amie à jamais transformés en carbone. L&rsquo;espace d&rsquo;une seconde, j&rsquo;ai caressé ce secret universel, là où les choses et le temps se rejoignent.</p>
<p style="text-align: justify;">Adieu Lucie, je te connais depuis une éternité et tout mon corps vibre encore de ton sourire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nady</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">C’est le début de l’été et pour nous la fin de notre belle épopée dans ce merveilleux pays d’Afrique du Sud qui nous a bluffés.</p>
<p style="text-align: justify;">On en a fait des photos ! En mer, en safari, en randonnée, au restaurant… on a tout essayé ! des selfies, des paysages, des portraits ! On a même parfois singé l’artiste russe, Murad Osman, en lui piquant sa mise en scène de l’un de nous de dos tenant la main de celui qui prend le cliché ! et tout cela sous la pluie mais le plus souvent sous un soleil brûlant, tard en matinée ou en fin de soirée…</p>
<p style="text-align: justify;">De tous les inoubliables souvenirs qui se sont ancrés dans nos mémoires au début fatiguées, il me restera ce cliché que tu m’offris le jour de notre départ au moment où tu sentis que les larmes n’allaient pas tarder à arriver : deux symboles, ta main et cette terre d’Afrique du sud, qui me sont chers sur lesquels tu as décidé de zoomer un soir, dans ce royaume de Swaziland, pendant que je me douchais et que le soleil se couchait, laissant apparaître au-dessus des montagnes un ciel rosé.</p>
<p style="text-align: justify;">15 jours exceptionnels de réalisation d’un rêve de gamine à visiter cette terre qui m’a toujours attirée et comble du bonheur, le réaliser avec toi à plein temps sans s’étouffer.<br />
Cette terre où mon âme s’est sentie en paix et reposée et pour sûr, j’y reviendrai !</p>
<p style="text-align: justify;">360 heures à tenir ta main chaque jour et continuer à resserrer le lien qui nous unit et en même temps partir à la découverte du littoral et de l’intérieur des terres sur plus de 4 000 km de trajet.<br />
Ta main, ferme et tendre à la fois, celle des caresses que tu sais si bien prodiguer et celle du réconfort qui a toujours su habilement m’extirper du groupe de Français plein de jugements et d’autorité sur ce peuple d’Afrique d’une grande bonté !</p>
<p style="text-align: justify;">21 600 minutes à ne pas se lâcher et s’émerveiller en duo des beautés des paysages et des populations locales heureuses de nous présenter leurs rites, cultures et passé.<br />
Cette terre qui connut beaucoup de combats pour la liberté et qui a su m’apprivoiser !</p>
<p style="text-align: justify;">1 296 000 secondes où nos pensées se sont senties apaisées dans cet environnement de liberté où nous étions en totale sécurité.<br />
Ta main toujours présente pour me rassurer même quand l’éléphant s’approchait de notre 4&#215;4 avec le ranger inquiet que nous ne patinions s’il fallait d’urgence reculer…</p>
<p style="text-align: justify;">Ta main que j’aimais souvent rejoindre avec la mienne autour des arbres de cette Terre, emplie d’énergie et de beauté, et qui a su nous revigorer !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Françoise</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Main aux milliers de pouvoirs avec laquelle je mange ou je peux boire au creux de ma main.<br />
Main qui me permet d&rsquo;écrire, de peindre, de dessiner, de sculpter. Grâce à toi, je peux devenir une artiste.<br />
Main avec laquelle je peux jouer du piano, du violon et tous les instruments qui illuminent cette vie.<br />
Main au pouvoir infini, réconfortant pour tes caresses, tes gestes délicats, tes pouvoirs de guérir.<br />
Jolie main sublimée par un bijou et des ongles joliment peints.<br />
Tu es géniale !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Jean-Luc</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">De plus loin qu’il m’en souvienne, le monde était ainsi. Les Anciens racontaient comment les saisons avaient disparus les unes après les autres. L’hiver d’abord. Les hommes avaient moissonnaient et les récoltes étaient désormais à l’abri. Les troupeaux avaient été menés à l’estive mais la Saint Michel était passée et les bêtes ne voulaient plus redescendre vers les plaines fertiles. Les hirondelles virevoltaient toujours. Les roselières autour des étangs restaient vacantes et les fils électriques étrangement vides. Les arbres avaient gardés leurs feuilles pourpres, cramoisies d’or. Un arrêt sur image, une pause dans l’enregistrement de la vie. Une fibrillation encore perceptible, manifestation d’une mort annoncée. Les yeux se tournaient vers la lune à la recherche de signes de destruction. Des fous polissaient leur boule de cristal. Des Nostradamus brandissaient des versets auguraux. Et dans toutes les bouches la même interrogation.<br />
Quelques vieillards érudits imaginèrent alors un apologue : une petite fille avait dérobé une poignée de terre sacrée. Elle avait fui en criant : « La terre n’appartient pas à l’homme, c’est celui-ci qui appartient à la terre. Sous nos pieds se trouve la cendre de nos ancêtres, tout ce qui arrive à la terre nous arrive. Prenez garde ! »<br />
Ce geste insensé, motivé par le désir d’éveiller nos consciences nous avait pétrifiés d’abord. Puis il avait fallu apprendre à survivre mais surtout à réparer le mal. Cela durait depuis des siècles mais rien ne changeait. Des volontaires étaient partis en expédition par delà le monde pour retrouver cette poignée de terre. Aucun n’était revenu. Des offrandes annuelles avaient été mises en place. Elles avaient lieu pendant deux mois en souvenir de ce que les Anciens appelaient Mawsim. Les larmes des habitants étaient recueillies dans de grandes citernes et abreuvaient le terre sainte jusqu’à saturation. Les populations avaient peu à peu modifié leurs comportements. Nous étions plus attentifs, plus alertes. La nature n’était plus une image fugace à nos yeux. Nous attendions le retour des saisons : de l’été cuisant sur les plages, des cueillettes de champignons en automne, du rhume des foins printaniers et des descentes en luge en hiver… Mais la petite fille ne revenait pas. Parfois, je croisais des aventuriers qui attestaient l’avoir vue dans telle ou telle contrée. Je n’en croyais rien. Je savais qu’elle réapparaitrait un jour. Elle serait là, à l’aube, les cheveux aux vents, dans une fine robe de lin. Inchangée. Elle s’approcherait doucement vers la stèle que les Anciens avaient construite pour commémorer son vol et d’une voix claire : « Voilà. Je te ramène la poignée de terre qui te manquait, pièce de ton puzzle millénaire, tu es complète maintenant, tu vas pouvoir revivre ! »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bénédicte</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Après une semaine de travail intensif, Dieu lança sur son oeuvre une dernière poignée de continents. Puis il s&rsquo;assit sur son nuage et contempla sa création. Tout était prévu pour l&rsquo;avènement d&rsquo;un être à son image, doté d&rsquo;intelligence, de facultés d&rsquo;adaptation et de liberté&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">    Hélas, le temps de Dieu et le notre n&rsquo;ayant rien à voir, Il s&rsquo;aperçut très vite que de sa liberté l&rsquo;homme n&rsquo;allait pas forcément faire bon usage, et qu&rsquo;au bout d&rsquo;un certain nombre de siècles l&rsquo;espèce humaine courait à sa perte &#8230;.Comme Il éprouvait malgré tout de l&rsquo;affection pour ce bipède dans lequel Il reconnaissait quelques traits de son caractère, Il envisagea quelques solutions&#8230;..Etant donné qu&rsquo;il était impossible de lui révéler son existence sans lui retirer la liberté fondamentale de croire ou non en Lui, Il s&#8217;employa pendant quelques millénaires à multiplier les avertissements sous forme de catastrophes en tout genre&#8230;.<br />
Malheureusement, la tête dans le guidon et le goût du pouvoir dans la bouche, l&rsquo;homme n&rsquo;en tenait aucun compte. Des civilisations entières disparurent laissant derrière elles mystères et ruines. Les paysages se transformaient, la Terre et l&rsquo;Eau souffraient, les populations subissaient, se déplaçaient, se mélangeaient, et les mêmes erreurs se reproduisaient&#8230; Les regards se tournèrent souvent du côté du ciel, attendant sous un nom ou un autre, un soutien, une révélation, une justification de leurs actes. En vain&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">    Alors Dieu, un brin fatigué, reprit son baluchon de graines sur l&rsquo;épaule et partit semer la vie sur une autre planète en abandonnant celle-ci à son funeste destin &#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Valérie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs idées me sont d’abord venues en voyant cette belle photo puis comme une évidence une d’entre elles est sortie du lot.<br />
Cette image aux couleurs apaisantes c’est à vous tous, chers amis, ai-je envie de dire même si je ne vous connais pas personnellement, qu’elle m’a fait penser.<br />
Vous qui au cours de cette année scolaire m’avez tendu votre main, m’avez offert vos mots, avez partagé et commenté les miens.<br />
Votre gentillesse, votre bienveillance m’ont portée toute l’année, m’ont encouragée moi qui depuis longtemps avais envie d’écrire et n’avais jamais osé le faire.<br />
Votre imagination, vos savoirs, votre culture, vos sentiments, vos émotions, vos coups de gueule parfois ont été les petits grains de sable qui toute l’année m’ont alimentée et m’ont fait grandir. Les lundis de cette année ont eu un goût tout particulier. Je les attendais impatiente de découvrir vos textes, de retrouver vos plumes. J’ai été émue, touchée, j’ai souri et même souvent ri en vous lisant.<br />
Vous allez me manquer cet été. Plusieurs d’entre vous ont sans doute de beaux projets d’écriture, petits ou grands. J’espère que les vacances vous apporteront la sérénité nécessaire pour les faire avancer.<br />
Je vous souhaite d’excellentes vacances et je vous remercie encore pour ces beaux moments de partage.<br />
Sincérement.<br />
Valérie</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Adèle :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
H.<br />
Le moment fût précieux.<br />
Je t’ai tendu la main.<br />
En retour tu m’as tendu la tienne, et tu l’as ouverte au ciel. Ton bras s’est allongé, nu, révélant cette chair blanche du creux de l’avant-bras, là où déposer un baiser sur la peau fine et glabre émerveille, où un fin pli en travers du muscle dessine une fossette plus tendre que celles de ton sourire.<br />
Les doigts à peine écartés, cette main-là ne demandait rien, elle était vide et cette vacuité m’offrait le monde. Elle était pleine d’humanité et de bien d’autre chose. Je la devinais généreuse, capable de toutes les grâces mais aussi des pires forfaits, prête à me voler l’instant aussi bien que ma vie entière. A caresser et à pincer, à donner du plaisir et une envie impossible à apaiser.<br />
Ton corps avait accompagné ce geste d’un petit mouvement vers l’avant, une légère inclinaison, une avancée de la ligne droite des épaules, qui, plus fort que ta voix, m’avait dit « Viens, je t’invite en voyage ! »<br />
J’avais marqué une hésitation, de celles dont on se rappellera toujours, des années plus tard, qu’on ait choisi de se jeter ou de reculer. Qu’on ait des regrets ou des remords, aucun futur ne comblera jamais cette parcelle de temps.<br />
Tu savais que j’avais peur, tu comprenais le langage de mon corps sans jamais l’avoir touché encore.<br />
Tes yeux se sont posés, là, tranquilles, sur mon visage, que tu as parcouru de ton regard sombre pour plonger par mes pupilles dans le noir de mon âme et m’éclairer à en être éblouie. J’ai baissé les paupières, aveuglée et submergée, le souffle coupé autant que la vue. Tomberai-je ?<br />
Mes jambes vacillaient comme deux folles, lâchées par le cerveau en plein court-circuit.<br />
« Je vais flancher et m’écraser au sol », pensai-je, mais tel un trapéziste, tu avançais un peu plus ta main et tu m’attrapais au vol, juste avant l’évanouissement. Tes doigts refermés sur les miens, je ne pouvais plus t’échapper. Ta paume était chaude.<br />
Tu m’attiras à toi et tu embrassas mes joues d’un double baiser, en riant.<br />
Tu donnas une poignée de main à mon mari, qui se tenait à mes côtés.<br />
« Au revoir, A. »<br />
Aujourd’hui, au soir de ma vie, je te rends au ciel et à la lumière, mon doux souvenir d’une idylle fantasmée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes publiés sur d&rsquo;autres blogs, mais écrits à partir de la même photo</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1xTPhw5I3q3G1D8Lz7kDYVRepRQ7LtVCE13bcwlr8p1I/pubhtml?gid=774549905&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="500" height="550"></iframe></p>
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