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	<title>Archives des femme mannequin - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des femme mannequin - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Poupée de plomb &#8230; (Ecriture n°260)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Mar 2017 04:39:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photo]]></category>
		<category><![CDATA[femme mannequin]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Harassée, piquée, elle restait digne, la jambe nonchalamment relevée. Comme si de rien n&#8217;était. Toujours avec cette classe qui la caractérisait. Les chaussures impeccablement cirées, le pli du pantalon droit [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_19019" style="width: 479px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-19019" class="size-full wp-image-19019" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2017/03/vitrines-noel-kot.jpg" alt="" width="469" height="501" /><p id="caption-attachment-19019" class="wp-caption-text">© Kot</p></div>
<p style="text-align: justify;">Harassée, piquée, elle restait digne, la jambe nonchalamment relevée. Comme si de rien n&rsquo;était. Toujours avec cette classe qui la caractérisait. Les chaussures impeccablement cirées, le pli du pantalon droit masculin ajusté et un trench à col fourrure élégamment noué.<br />
Digne.<span id="more-19045"></span></p>
<p style="text-align: justify;">De petites goulées d&rsquo;air imperceptibles s&rsquo;échappaient de ses lèvres, les yeux mi clos, dans le vague, elle semblait s&rsquo;assoupir lentement.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, hallebardes et baïonnettes ne cessaient de piquer. N&rsquo;allaient-ils donc jamais s&rsquo;arrêter ? En rivière continue, l&rsquo;armée des ombres sortait, avec à sa tête un stratège pernicieux. Il savait où frapper. Bientôt, telles des fourmis, les soldats la recouvriraient et chercheraient à percer son mystère. Ils l&rsquo;allongeraient, l’attacheraient et la décortiqueraient comme la poule aux oeufs d&rsquo;or, alléchés de savoir enfin ce qu&rsquo;elle cachait.</p>
<p style="text-align: justify;">La légende dit pourtant qu&rsquo;il ne faut ni s&rsquo;y frotter ni la regarder, qu&rsquo;un maléfice s&rsquo;abat sur ceux qui l&rsquo;auraient approchée. Elle, elle sait. Visage couvert, yeux baissés, elle protège les autres de son secret. Si elle relevait la tête, vous verriez se noyer dans son regard de la mélancolie  : celle de trop connaître la faiblesse des Hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K. 03.25.2017</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pierre R</strong>. © :</p>
<p style="text-align: justify;">(histoire vraie)</p>
<div style="text-align: justify;">
<p>Je dois vous parler de mon grand-père.</p>
<div>Il s&rsquo;appelait Charles et avait la noble profession de modèle pour soldat de plomb.</div>
<div>Né en 1901, il avait manqué la première guerre mondiale de peu et en était fort chafouin. Car il aimait l&rsquo;armée le bougre ! A l&rsquo;époque, il suffisait de lui parler de tocsin, d&rsquo;uniformes, d&rsquo;étendards, de baïonnettes pour le voir, la larme à l&rsquo;oeil et la main sur le coeur, vanter les mérites de nos Maréchaux.</div>
<div>Sans surprise, il entra en 1919 au service de la société Quirin, fabricant au Creusot de petits soldats de plomb (qui en l&rsquo;occurence était en aluminium comme chacun sait).</div>
<div>Il devint alors modèle officiel. Chaque jour, il enfilait une tenue militaire différente. Fantassin de la IIIeme République, Grognard Bonapartiste, Mousquetaire du Roi, marin des guerres sino-française du XIXeme, etc. Tandis qu&rsquo;il posait fièrement, un mouliste reproduisait fidèlement sa silhouette dans de l&rsquo;argile qui permettrait ensuite de façonner le moule en étain dans lequel on coulerait l&rsquo;aluminium en fusion.</div>
<div>En 20 ans, il enfanta pas loin de 800 modèles de soldats différents, matrice de plusieurs centaines de milliers de jouets. C&rsquo;était sa grande fierté. « Je suis le plus grand père de la Nation. J&rsquo;ai engendré des armées gargantuesques, capables de défier les plus puissants », se plaisait-il à raconter à tous ses camarades de boisson.</div>
<div>Puis vint la guerre de 39. Il avait 38 ans mais était encore mobilisable. Heureusement ! Son honneur n&rsquo;aurait pas supporté une seconde impasse.</div>
<div>Il fut affecté à la 60ème division d&rsquo;infanterie de la 7ème armée du 1er groupe d&rsquo;armée, celle-là même qui s&rsquo;était illustrée à Saint-Hilaire-Le-Grand en 1914 dans des superbes uniformes à pantalons rouges et vestes bleues. Pensez-vous qu&rsquo;il était ravi ! Mais la déception arriva dès le premier jour quand il enfila la vareuse verte-grise de rigueur. Il regretta amèrement ces beaux uniformes d&rsquo;antan, apanage des grandes armées, qu&rsquo;il avait endossés durant vingt ans. Il fut un camarade déprimé et déprimant : « Avec de tels chiffons kakadois, on va la perdre, c&rsquo;est sûr ! ». Durant les 9 mois de sa mobilisation, il envoya soixante trois réclamations au chef d&rsquo;état major des Armées pour demander le retour d&rsquo;uniformes flamboyants. Il militait pour le retour du bonnet à poils Napoléonien. « Certes un peu voyant mais tellement plus chic ».</div>
<div>A la capitulation de 1940 il rentre chez lui puis est envoyé en 1942 au STO dans l&rsquo;usine d&rsquo;Hugo Ferdinand Boss de confection des uniformes nazis. Quel dilemme ! Malgré son patriotisme exacerbé, il dû reconnaitre que les uniformes allemands avaient quand même de la gueule ce qui confirma sa prédiction « qu&rsquo;avec nos vareuses kakadoises, on devait la perdre ! ». Il  resta trois longues années à confectionner des pantalons SS. Sournoisement, il n&rsquo;appliquait pas les consignes et faisait quelques tours de moins lors de la couture du bouton, dans le secret espoir de voir la braguette d&rsquo;un officier supérieur s&rsquo;ouvrir en pleine opération ou en plein discours. On a les actes de résistance que l&rsquo;on peut.</div>
<div>De retour en 1945, il apprend que la société Quirin s&rsquo;est converti à la mode du plastique et constate que les modèles n&rsquo;ont plus la ressemblance d&rsquo;antan. « Tout fout le camp » répète-t-il à tout bout de champ. Il se lance alors dans la collection de soldats de plomb à son effigie et en l&rsquo;espace de trente ans fouine, chine et en retrouve plusieurs milliers.</div>
<div>Pépé est mort la semaine dernière.</div>
<div>Il a légué à ses huit petits-enfants 4451 soldats de plomb chacun. C&rsquo;est gentil, je ne dis pas. Quelque part, je le comprends. Mais comment dire&#8230;</div>
<div>Que va dire ma femme ? Où vais-je les ranger ? Car j&rsquo;ai déjà ma collection de petites voitures. J&rsquo;en ai 3792. Que des Renault : de la Type A de 1898 à la dernière Kwid. (même si des fois, j&rsquo;envie un peu le design des berlines allemandes&#8230;)</div>
<div></div>
</div>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nady</strong> © :</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis lasse de vos haines,<br />
Je suis fatiguée de la folie du monde en peine,<br />
Je suis dépitée de la tournure que prennent les événements actuels.<br />
SVP, arrêtez de crier<br />
Je ne supporte plus de vous voir cracher<br />
Vo ressentiments avec autant de vivacité.<br />
Et j’ai encore moins envie de participer à vos idées de guerre<br />
Dans ce monde où beaucoup de choses me désespèrent.<br />
SVP, je vous demande d’arrêter de vous agiter<br />
Tout autour de moi ; des raisons, toujours, vous cherchez<br />
Pour pleurer, vous lamenter, m’affliger…<br />
Chaque coup dur subi dans le Monde devient La cause que vous défendez.<br />
SVP, arrêtez de me brandir Vos idéaux<br />
Vous avez besoin de mon énergie et de mon réseau<br />
Pour rendre le futur de vos enfants plus beau?<br />
Laissez moi améliorer notre présent tourmenté …<br />
Je vous ai longtemps écouté dans le passé,<br />
Des débats parfois nous avons tentés<br />
Mais me convaincre vous n’y êtes pas arrivés.<br />
SVP, lâchez moi<br />
Pensez vous vraiment que j’ai la grande naïveté<br />
De vous suivre les yeux fermés<br />
Dans vos combats plein de vanités ?<br />
SVP, éloignez vous de moi,<br />
Vous avez fini par me lasser,<br />
Vos discours ne m’intéressent pas,<br />
L’Heure est grave et vos idées ne m’enchantent pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Bon, vous semblez ne pas entendre mes suppliques qui vous implorent le silence</p>
<p style="text-align: justify;">Très bien, alors on va jouer ensemble sans démence…<br />
D’un coup de jambe et d’un revers de main je pourrais vous pousser,<br />
Libérant ainsi ma route de vous et de vos absurdités…<br />
Mais rassurez vous, je ne vous veux aucun mal, bien au contraire j’aime la paix,<br />
Et comme vous je jouis d’une belle et grande Liberté.<br />
Puis je vous demander quelques secondes de patience,<br />
Le temps d’entrer dans ma bulle de silence…<br />
Ça y est, bien calée au dos du tronc de cet arbre majestueux,<br />
Vêtue de manière confortable et chic<br />
dans un pantalon au style classique,<br />
avec sur le dos, un trench imperméable à toute sorte de vent et pluie de critiques…<br />
je suis prête à tout mais laissez moi fermer mes yeux.<br />
Courez maintenant, brandissez vos armes, hurler,<br />
Je ne vous vois plus,<br />
Je ne vous entends même plus,<br />
Votre bave ne m’atteint plus.<br />
Mais attention, ne soyez pas dupe,<br />
Je vous sais aux aguets de mes moindres faits et gestes durant toutes les journées.<br />
Vous n’êtes pas sans ignorer que quand je vis en statut public, tout est contrôlé ?<br />
Parfois même il m’arrive de vouloir vous provoquer<br />
Et rêver à vos regards indiscrets,<br />
Vous, qui aimez juger.<br />
Souvent il a fallu vous admirer,<br />
A jouer le paon à en perdre toute crédibilité.<br />
Mais aujourd’hui c’en est fini<br />
de toute cette comédie.<br />
Quoique… J’espère que mon chapeau de clown saura vous dérider…<br />
Pour l’instant il me protège bien de l’affreux spectacle<br />
De vos différentes armées,<br />
Courant ici et là, sans trop savoir où aller,<br />
Escaladant parfois avant de dégringoler…<br />
Ne croyez pas que je dorme pour vous éviter…<br />
Je ne fais que méditer<br />
A notre belle Humanité,<br />
Prête, chaussée de mes bottes de 1 000 lieux, à prendre le chemin du leader<br />
Qui saura tous nous rassembler<br />
Avec toutes nos singularités<br />
Pleines de disparités…<br />
Il me tarde de voir ce jour arriver…</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Adèle</strong> © :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La panne</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait regardé la photo proposée par l’atelier d’écriture de Leiloona et elle ne la comprenait pas. Une scène construite, surement un truc d’intello avec une idée bien savante derrière, Lacan and co, une vision esthétique, en noir et blanc, comme il se doit. Quand elle l’avait vue la première fois, en miniature sur son écran de téléphone portable, elle avait cru voir une chinoise, à cause du chapeau pointu à larges bords, comme celui des femmes des rizières d’Asie. Agrandie sur son écran d’ordinateur portable, la photo était tout autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait détaillé le personnage central assis au sol. Homme ou femme, on ne voyait que les mains ; la vêture, élégante, pantalon à carreaux et veste fourrée, bottines lacées montantes, auraient pu convenir aux deux sexes. Le visage était masqué par un carton imprimé d’un gâteau à étages, ou peut-être était-ce un chapeau au motif de drapeau anglais, rien n’était certain. Autour d’elle &#8211; elle avait tendance à penser que le personnage était une femme, à cause de la fourrure au col et aux manches- des petites figurines de soldats envahissaient l’espace, jusqu’à grimper sur ses manches et ses cuisses. Ils étaient immobiles, de plastique ou de ferraille, mais leur grand nombre, leur positionnement réaliste &#8211; une bataille, un affrontement-  les rendaient vivants, alors que le personnage assis, espèce de géant figé dans une pose étudiée, mais pourtant être vivant, semblait un peu mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon Dieu, faut-il être tordu pour inventer des trucs pareils ! Quelle idée, quelles idées pouvaient bien traverser le cerveau du photographe au moment de composer cette photo ? Quel était son message, on ne fait quand même pas ça pour rien ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ne pas comprendre, cela l’ennuyait assez.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’allait-elle pouvoir choisir comme thème pour l’atelier d’écriture ?</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre ? Soit. Vaste sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre c’est moche.</p>
<p style="text-align: justify;">Un peu court.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle se creusait la cervelle et rien ne jaillissait de ses circonvolutions atrophiées. Où peut-être était-ce l’effet de la fatigue de sa journée de travail ? A cet instant elle n’aurait pas voulu voir son propre scanner cérébral. Dire qu’il y en avait dont le métier était de faire des photos ! Ou encore de la plongée sous-marine ! Y a pas à dire, ils y en a qui se la coulent douce, pensa t’elle, même si elle ne pratiquait pas la plongée sous-marine et ne faisait guère que des photos-souvenirs.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle se pencha sur l’écran, convergeant au maximum de ses possibilités oculomotrices sur les détails de la photo. Elle distinguait les figurines armées d’arbalètes et de lances, montées sur des chevaux et cachées derrière des boucliers.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle cherchait quoi écrire. De préférence quelque chose qui la mettrait en valeur, qui prouverait son intelligence. Elle était bien certaine de l’être.</p>
<p style="text-align: justify;">Le regard du contemporain sur les guerres passées ? Digresser sur les méfaits du colonialisme, de l’expansionnisme de l’Occident ? L’indifférence du spectateur devant les guerres du journal télévisé ? La guerre comme un jeu ? La peste brune qui envahit le monde ? Mince, le point Godwin !</p>
<p style="text-align: justify;">Elle observa le personnage central, géant endormi entre les minuscules soldats de plomb. Raconter un cauchemar épouvantable ? Une attendrissante scène de jeu entre une maman et ses enfants ? Pourquoi pas un conte avec des nains guerriers abattant un ogre?</p>
<p style="text-align: justify;">Que des sujets-bateaux, et pas certain que son style, qu’elle jugeait souvent médiocre et la consternait, elle qui aurait tant voulu avoir le fameux don d’écriture dont les écrivains qu’elle admirait déniaient l’existence, « quatre-vingt dix pour cent de travail », répétaient-ils tous à l’envi, non, pas sur que son style alambiqué et sans grâce arrive à produire un texte dont elle serait quelque peu satisfaite.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle regardait la photo, cherchant l’inspiration divine, ou au moins une idée originale.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux rubans de souple métal, à la fonction inconnue si ce n’est décorative, meublaient la scène. Pas grand-chose à en dire. Le chemin de la vie, la route vers la victoire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Que dire encore ? Le genre, les rôles assujettis à chaque sexe ? La guerre pour les hommes, la mode pour les femmes ? Sujet tendance et tendancieux. Elle ne s’y risquerait pas, afin d’éviter les critiques partisanes et acides. Elle savait être sensible à l’excès aux avis négatifs, même si ce petit atelier virtuel n’affichait pas de prétention littéraire, mais l’objectif de s’amuser un moment.</p>
<p style="text-align: justify;">Le sens de la photo était hermétique à son regard, mais elle la trouvait plutôt jolie. Si elle écrivait quelques lignes autour d’une expo vue ? N’est pas Leiloona qui veut. Elle se savait incompétente en matière d’art, ses avis se résumaient à j’aime/j’aime pas, elle n’avait pas de bagage culturel, elle ne savait pas analyser, justifier, donner envie.</p>
<p style="text-align: justify;">L’art comme vecteur de paix ? Trop ambitieux</p>
<p style="text-align: justify;">Et pourquoi ne pas s’en sortir avec un haïku énigmatique, pied de nez à la photo ?</p>
<p style="text-align: justify;">Elle était dépitée, elle ne trouvait rien à écrire et cela contrariait son léger esprit de supériorité qui, elle le savait bien, est l’apanage des faibles.</p>
<p style="text-align: justify;">Non, cette fois-ci tant pis, elle était en panne d’inspiration et elle allait passer son tour à l’atelier d’écriture.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ludovic L.</strong> © :</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">Je ne sais par où commencer. Seul, assis, j&rsquo;attends. Les questions affleurent, se posent et s&rsquo;imposent&#8230; mais les réponses restent lointaines&#8230;</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">Que faire? Les soldats de plomb évoquent l&rsquo;enfance et me ramènent en arrière. Il y aurait alors tant à dire. Je me tourne, observe autour de moi et ne vois que le silence convenu de cette fin d&rsquo;après midi. Je change de position, passe un pied sous mes fesses comme un écolier déconcentré, agité, dont la compréhension du monde qui l&rsquo;entoure est un grand brouillard, opaque.</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">La brume justement, se lève, et rend mes idées déjà peu claires complètement floues.</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">Que faire? La même question&#8230; ou plutôt non, une nouvelle question, plus précise: que dire?</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">J&rsquo;observe encore, plus attentivement, change de pied, gigote, produit un petit bruit répétitif avec mes doigts, un tic nerveux gardé de l&rsquo;enfance&#8230; on y revient! Les soldats, les habitudes ancrées, l&rsquo;enfance est peut être la clé&#8230;</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">Mais alors que dire?</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">Ou plutôt qu&rsquo;écrire? Un œil par la fenêtre m&rsquo;indique que le brouillard n&rsquo;est qu&rsquo;imagination, dehors au contraire, le soleil brille, un de ces premiers soleils de printemps. Il faudrait sortir, respirer les parfums d&rsquo;herbe coupée, écouter les premiers migrateurs tout juste revenus de leur long périple vers la chaleur, vivre le calme d&rsquo;un&#8230; quel jour sommes-nous? Dimanche?! Le calme d&rsquo;un dimanche donc, à la campagne.</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">Le brouillard est dans mes yeux, s&rsquo;interpose entre moi et cette photo, empêche la muse de l&rsquo;imagination de m&rsquo;inspirer un texte pour l&rsquo;atelier de Leiloona&#8230;</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;">J&rsquo;abandonne, laissant ce personnage à ses soldats et le photographe à l&rsquo;interprétation d&rsquo;un cliché qui ne m&rsquo;aura pas fait éclore une histoire&#8230;</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;"> À moins que&#8230; ?</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p class="Corps" style="text-align: justify;"><strong>Jos</strong> ©</p>
<p style="text-align: justify;">Complainte d’un mannequin</p>
<p style="text-align: justify;">Assise sur le sol,<br />
Toute de noir vêtue,<br />
Sur moi la farandole<br />
De soldats incongrus.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai pas la parole,<br />
Et je n’ai pas la vue,<br />
Mais je sens mes guiboles,<br />
Envahies de poilus.</p>
<p style="text-align: justify;">Et devant leur gloriole,<br />
Les passants détendus,<br />
Se moquent de ces mariolles,<br />
De mon chapeau pointu.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais loin d’être un guignol,<br />
Quand juin sera venu,<br />
Je serais le symbole,<br />
De l’été revenu.</p>
<p style="text-align: justify;">De très fines étoles,<br />
Je serai revêtue,<br />
Et sous un parasol,<br />
On m’aura étendue.</p>
<p style="text-align: justify;">Adieu guerriers frivoles,<br />
Vous qui ne serez plus,<br />
Que de pauvres furoles,<br />
A jamais disparues.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Claude</strong> © :</p>
<p style="text-align: justify;">Hôpital Necker. Aile 4. Chambre 312. L’enfant est là, immobile, allongé au milieu de sondes, de tuyaux, de multiples perfusions, et les battements lents de son jeune cœur dessinent sur les écrans de contrôle des courbes incertaines. La chute dans un ravin l’a plongé dans un coma profond depuis bientôt sept jours. L’enfant a de la fièvre et transpire abondamment. Il émet de temps à autre quelques gémissements incompréhensibles. Il délire.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’enfant vit. Dans son cerveau demeuré intact, il découvre tout à coup que ses multiples bandelettes qui enveloppent ses plaies le libèrent de son corps. Elles se déroulent au-dessus de lui, ondulent et dansent avant de repartir vers l’infini comme des aurores boréales. Il voit ses soldats de plombs, les 128 figurines de sa collection, arriver en renfort en alignements bien formés, puis se répartir en petits groupes sur ses bras, son ventre et autour de ses jambes meurtries. Ce sont eux qui vont l’aider. Ils attendent les ordres. L’enfant est assis sur le lit, revêtu de son uniforme de guerre, coiffé d’un chapeau de grand capitaine. Il commande alors aux escadrons de lutter contre le mal, son mal. Il a décidé de se battre. Il ne faut pas qu’il meure. Il n’a pas peur de la mort mais il ne doit pas faire cette peine à ses parents, ni à Emma, sa petite copine à qui il n’a pas encore dit qu’il voudrait un jour se marier avec elle ; il lui avouera bientôt, alors il faut qu’il vive. Sa volonté devient inébranlable.</p>
<p style="text-align: justify;">La bataille se déroule. La nuit est rude. L’enfant souffre, crie, hurle. Il lutte avec force et résiste avec cran ; ses troupes courageuses gagnent du terrain jusqu’au plus profond de lui-même ; la veille de l’accident, il les avait bien entraînées. Il sent le mal sournois prendre la fuite et maintenant seule la fierté l’envahit. Il est plus fort que jamais et est dorénavant persuadé de sa victoire. Il guérira. S’il s’en sort, il sera un héros face aux autres, face à Emma, et il devine que la vie sera encore plus belle qu’avant.</p>
<p style="text-align: justify;">Au petit matin, le calme revient. Les douleurs s’apaisent peu à peu, puis disparaissent en même temps que son armée s’éclipse dans les confins de ses rêves. Il sait qu’il a vaincu.</p>
<p style="text-align: justify;">L’enfant ouvre lentement les yeux. Il s’aperçoit alors que la grisaille de son monde inconscient a, en un instant, fait place à la clarté : celle du blanc des murs, des plafonds, et des blouses médicales qui s’agitent dans sa chambre. Le soleil passe un rayon complice par la fenêtre. Mais il voit surtout briller face à lui les larmes de joie qui coulent lentement du regard de sa mère.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Valérie</strong> © :</p>
<p style="text-align: justify;">Ils avaient enfin atteint leur but et pourtant, ma déception était on ne peut plus grande.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà des années qu’on vante ma beauté. Ma mère, la première qui m’élève seule depuis que mon père nous a abandonné alors que je n’avais que 4 ans pour retourner vivre dans son pays d’origine, le Japon. Petit, j’étais leur petit bambou, leur petit nem mais papa ne supportait plus de vivre en France. Alors il est parti.</p>
<p style="text-align: justify;">Papa et maman ont bien fait les choses cependant et je peux dire que je suis plutôt un beau métis. J’ai le regard et les cheveux de braise de mon père. Le joli petit nez aquilin de ma mère qui me donne un côté féminin mais l’ossature de son père, un bel homme d’ 1m95. Entre force et douceur, j’attire le regard des autres, femmes et hommes confondus depuis que je suis tout petit. A l’école maternelle, j’étais toujours le chouchou des maîtresses qui me trouvaient « trop mignon ». Lors des spectacles j’avais souvent le rôle important, on me mettait toujours au milieu du groupe. En primaire, mon charme séduisait de plus en plus. Il faut dire que ma mère veillait à ce que je parte chaque jour bien coiffé, bien habillé. Malgré des moyens peu élevés, elle se sacrifiait pour moi, pour que chaque jour je sois le plus beau.</p>
<p style="text-align: justify;">Lors du spectacle de fin d’année en 5ième, le père d’un copain, photographe de métier me remarqua. Durant la soirée, il prit des photos de tous les élèves mais comme il me le dit plus tard, son objectif était attiré par moi. Quelques jours plus tard, par l’intermédiaire de Paul mon copain, il demanda à ma mère s’il pouvait faire une séance photos avec moi le week-end suivant. Ma mère hésita, elle avait un peu peur, ne connaissait pas ce milieu, ne voulait pas me faire miroiter des choses. Le père de mon copain la rassura lui expliquant que cela n’engageait à rien, que cela resterait entre nous mais qu’il sentait que j’avais du potentiel, que j’accrochai la lumière. Alors elle accepta. Le samedi en début d’après-midi, nous nous sommes donc rendus chez Paul et j’ai fait mon premier shooting. Le premier d’une longue série. Intimidé, un peu gauche, je ne savais pas quoi faire, comment bouger. Je me sentis même un peu ridicule. Yves, le père de Paul semblait au contraire très satisfait du résultat. Il m’encourageait, me guidait sur mes déplacements, m’indiquait où poser mon regard, comment sourire… Quand je vis les photos qu’il avait faites, je fus effectivement surpris. Je ne me reconnaissais presque pas. Il avait réussi à faire ressortir des choses que je n’avais jamais vu dans le miroir. Ma mère, elle-même n’en revenait pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Yves nous invita à revenir quand nous en aurions envie. Pendant ce temps, sans même m’en parler, il commença à montrer mes photos à des collègues dans le milieu de la mode, lui étant plus spécialisé dans les photos d’objets. Il croyait avoir trouver une perle noire.</p>
<p style="text-align: justify;">Moi j’avais passé un agréable moment à faire ces photos mais je n’y pensais plus. Je retournais à l’école comme avant, je jouais avec mes copains comme si de rien n’était, je faisais mes devoirs&#8230; Je n’imaginais pas ce qui se tramait derrière moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour, peu après ma rentrée en 3<sup>ième</sup>, ma mère reçut un appel de Yves. Il voulait nous présenter quelqu’un. Il avait enfin trouvé un photographe dans la mode qui acceptait de me voir et de faire quelques photos. Le feeling ne passa pas aussi bien qu’avec Yves.  Ce n’est pas que mon physique ne l’intéressait pas mais il me trouvait trop jeune et n’avait pas de projet pour moi pour le moment. A croire qu’il avait juste voulu faire plaisir à Yves en venant. Yves était gêné et me promit de trouver quelqu’un d’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Les jours et les mois passèrent. Je devenais de plus en plus grand. Le sport commençait à sculpter en douceur mon corps. Je faisais du hand ball en club et de la natation. Les filles me tournaient autour sans même que je m’en rende compte, les copains me le faisaient remarquer..  Yves m’informait régulièrement de ses recherches, me demandait de refaire de temps des clichés pour mettre dans mon book. Un véritable agent !</p>
<p style="text-align: justify;">Il finit par trouver un photographe convaincu Marc et alors ma vie fut un peu chamboulée. Lui comme Yves misait beaucoup sur moi. Il me fit faire shooting sur shooting, en intérieur, en extérieur, seul, avec d’autres garçons, d’autres filles. Il adorait mon regard, mes cheveux, mes mains. Il m’inscrivit à des castings, dans la région d’abord puis sur Paris, bien sûr. Impossible de percer dans la mode sans monter sur la capitale. Je dus louper des cours mais plutôt en réussite scolairement je rattrapais rapidement les retards accumulés.</p>
<p style="text-align: justify;">Marc réussit à me vendre sur de petits projets : des photos publicitaires pour des produits alimentaires, une marque vestimentaire peu connue… Je perçais tout doucement, cela m’amusait. Les copains, et encore plus les copines m’enviaient un peu. J’avais soi-disant « trop de chance ». Pas toujours facile cependant de se faire recaler lors d’un casting… pas évident non plus d’obéir et de tout accepter, des accoutrements les plus grotesques aux situations les plus délirantes. Mais maman, Yves et Marc étaient toujours là pour me soutenir, ne baissaient pas les bras, croyaient en moi et restaient à l’affut de toutes les opportunités.</p>
<p style="text-align: justify;">On travaillait sur mon look, mon style, ma personnalité et je fus enfin choisi pour faire des photos pour VOGUE Homme. J’avais été sélectionné parmi des centaines de candidats au cours d’un casting qui dura plusieurs jours. Yves et Marc avaient laissé leur place aux plus grands photographes derrière les objectifs desquels je tremblais comme à mes débuts. L’ambiance était stressante, on enchainait les prises d’un lieu à l’autre. On devait se changer à la vitesse de l’éclair, poser torse nu, ce que je n’avais encore jamais fait. Chaque matin, les organisateurs appelaient les candidats retenus. Et je fus dans les dix derniers.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voilà la première photo de moi parue dans le grand magazine. Elle a été faite par un photographe américain célèbre Jack Hobbs. Je crois bien que c’est la photo que je déteste le plus. Elle m’a demandé des efforts surhumains, une patience extrême le temps que tous les petits soldats puissent être installés exactement comme il fallait. Je crevais de chaud sous les lumières des projecteurs dans un blouson de cuir et de fourrure. On ne voit de moi que mes mains ! Tout ça pour ça ! Tout dans cette photo m’insupporte : cette scène de guerre dans laquelle mon corps est mis en scène est tellement loin de ce que je suis. J’avais des fourmis dans les pieds mais bouger ou étirer un peu mes jambes m’était désespérément impossible. Je ne pouvais prendre le risque de faire tomber un soldat qui serait venu faire tomber son voisin ruinant tous les espoirs de Marc et Yves. Je ne voulais pas les décevoir. Je ne pouvais les voir mais j’imaginais leur sourire bienveillant et leur fierté de me voir sous l’objectif de Jack Hobbs. Heureusement que ce chapeau ridicule était là pour cacher les larmes que je ne pus retenir ce jour-là.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mary</strong> © :</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; « Nous ne sommes pas encore arrivés qu’il y a des morts et des blessés partout. Malgré notre armement solide, l’ennemi nous condamne à des pertes toujours plus importantes, au fil de notre avancée. Le ciel est plombé, la végétation devenue rare, confère au paysage un caractère singulier, comme dessiné au charbon de bois .Tandis qu’un bataillon part à l’assaut, empruntant un pont pour approcher au plus près la colline qui mène au château, les troupes adverses les tiennent en joue, protégés par un mur de pieux, leurs arbalètes lourdes prêtes à tirer. Pour autant que je peux en juger de ma position, le château est ceint d’une douve qui luit par moments à l’occasion des éclaircies, les meurtrières sont dissimulées dans un ornement architectural qui ne me trompe pas, elles abritent forcément les meilleurs tireurs du comté. Combien de temps encore avant d’arriver au pied de l’édifice et pouvoir déployer les échelles ? Là encore il faut s’attendre à une forte résistance, au cours de laquelle beaucoup de nos hommes perdront la vie. Nos arbalétriers manquent de savoir-faire et nos chevaliers ont déjà été décimés pour la plupart, leurs armures trop lourdes les ont défavorisés. Mon seul but est de pénétrer la forteresse, de prélever toutes les victuailles, poules, jambons, pommes de terre, pâtés, pains, beurre, armes et fourrage, nécessaires à la suite de notre progression. »</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; « Et oh, tu m’entends ? Bon, tu arrêtes là maintenant avec tes petits soldats, ça commence à bien faire. Il y en a toujours un pour se coincer dans le tuyau de l’aspirateur. Crécy, Crécy ….A ton âge, tu devrais t’intéresser aux garçons, sortir aller avec tes copines boire un coca à Avant-Cap. C’est tes séries là-aussi, qui te montent à la tête. A table ! Moi j’y vais .Ton père va s’impatienter ! »</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; « L’ennemi vient encore d’avancer un peu plus, déployant une ruse qui a failli nous faire perdre du terrain : drapeau blanc levé, ils apportent des marmites de soupe fumante. Nos fantassins pourtant affamés résistent et s’éloignent contournant ainsi le piège tendu et progressant toujours plus vers la colline. »</p>
<p style="text-align: justify;">-« Ho, ho ! ça refroidit ! Descends maintenant ! Y’a des beignets en dessert ! »<br />
&#8211; « Cette fois, ce sont des marmites d’huile bouillante qui sont déversées sur nos soldats qui ont tenté d’atteindre le château par le pont suspendu. Ne rien lâcher. Je dois oublier la tentation de répondre aux cris qui me parviennent .L’odeur d’huile chaude m’envahit les narines. Jusqu’à quand pourrons nous tenir ? »</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; « Jeanne, tu nous entends ? »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Terjit</strong> ©</p>
<p style="text-align: justify;"> » C’est toujours le même paquet carré de la taille des boites de thé de la maison. Le papier cadeau ne change pas non plus, éternellement ce bleu délavé qui est la signature du magasin de jouets d’en bas. La rosette de bolduc doré est systématiquement placée dans le coin droit de la boite, juste au-dessus de l’étiquette blanche indiquant « A ….. De la part de …&#8230; », comme-si je ne pouvais pas deviner qui me l’offrait.</p>
<p>Le second paquet ne varie jamais non plus. Beaucoup plus petit que le premier il est rectangulaire et plat, mais emballé exactement de la même manière, avec les mêmes fioritures inutiles. Cette boite est celle des tubes de peinture. Elle contient toujours les mêmes couleurs : l’argenté pour le métal des armures et des armes, le marron clair pour imiter le cuir et le bois de la lance ou du glaive, le rose pâle pour la peau, le rouge pour la tunique et la jupe. Les tubes sont soigneusement alignés dans l’ordre, le bouchon vers le haut. La seule fantaisie est la couleur du manche du pinceau : la plupart du temps il est noir mais de temps en temps il est beige.</p>
<p>Avant même d’ouvrir la plus grosse boite je sais qu’il va y avoir 12 soldats: huit légionnaires, deux archers, un centurion et un cavalier avec son cheval. Je sais aussi que je vais passer le prochain week-end à peindre tout cela, avec application « parce qu’une collection pareille ça se bichonne »  comme dit mon père à chaque fois. Puis je vais les placer sur l’étagère qu’il a posée exprès pour eux juste à côté de mon lit. Il ne pouvait pas trouver meilleure place pour que chaque soir je m’endorme avec cette masse menaçante sous les yeux.</p>
<p>Comment leur dire que je n’en peux plus de ces soldats ? Comment leur dire que je fais le même cauchemar toutes les nuits à cause d’eux ? Je suis recroquevillé dans un coin de ma chambre, les soldats s’animent les uns après les autres toujours dans le même ordre : d’abord les légionnaires, puis les archers, suivis des centurions et enfin des cavaliers. Ils s’approchent lentement mais avec une détermination implacable. Je deviens de plus en plus petit au fur et à mesure qu’ils arrivent. D’abord ils m’entourent, puis ils construisent une sorte de camisole faite de longs rubans métalliques qui empêchent toute fuite.</p>
<p>Leur labeur terminé ils commencent à me grimper dessus, prennent position sur les rubans pour être à ma hauteur et me narguer. Les centurions se répartissent les groupes, les ordres qu’ils vomissent s’entrechoquent au point qu’ils deviennent inaudibles puis tous s’arrêtent ensemble. Le silence est d’abord coupé par un ricanement, suivi par tous les autres dans une cacophonie macabre. Un groupe que je n’avais pas vu monter derrière mois dépose sur ma tête un chapeau en forme de gâteau d’anniversaire beaucoup trop large pour mon crane rétréci. Je suis acculé, emprisonné, martyrisé par leur moquerie. Comme je ne vois plus rien ils en profitent pour m’attaquer de toute part : je sens les lances me piquer, les glaives m’écorcher, les flèches me transpercer. Je suis incapable d’appeler au secours. Je baigne dans mon sang. Un centurion sort de la mêlée, il s’approche de mon oreille et me dit toujours la même phrase avec la voix de mon père : «Tu ne te rends pas compte des efforts de tes parents pour t’offrir de si beaux jouets, si rares, si chers. Tu n’es pas digne de leur sacrifice pour te faire plaisir ». Rassemblant le peu de force qu’il me reste je pousse un cri à faire trembler les murs puis je me réveille tremblant dans mon lit. Je suis incapable de refermer les yeux de peur qu’ils ne reviennent. La nuit se termine enfermé sous ma couette pour ne plus les voir, et surtout ne pas s’endormir à nouveau.</p>
<p>Chaque matin mes parents me demandent si j’ai bien dormi. Je réponds toujours oui et ma mère dit immanquablement que j’ai une petite mine, qu’il va falloir retourner encore une fois chez le médecin pour renouvelé l’ordonnance des petites pilules « qui fortifient », parce que j’ai « quand même une petite santé ».<br />
Comme d’habitude je vais m’exécuter sans rien dire. La nuit prochaine mon cauchemar reviendra. A la prochaine occasion ma collection s’agrandira encore et ils seront toujours plus nombreux à m’assaillir. Si seulement j’arrivais à leur en parler sans les décevoir, eux qui sacrifient tant de choses pour m’offrir «  ces merveilleux cadeaux ». Ils ont juste compris que j’ai un don pour la peinture, mon père m’a assez souvent dit que je peignais beaucoup mieux les soldats que lui au même âge. C’est vrai que je prends du plaisir à tenir le pinceau, à sentir l’odeur de la peinture, à exécuter un geste millimétré, mais je n’arrive pas à leur dire.<br />
Comment expliquer à un militaire de carrière qui place l’art du combat comme étalon de la virilité qu’on peut être un homme en peignant des paysages ou des natures mortes ?  Comment lui dire que je ne suis pas son clone ? »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/12tCkH5Dk5R_kFtDH-3dOlzn-866hn9R416aNs1NSc3Q/pubhtml?gid=1491349259&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="400" height="350"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/poupee-de-plomb-ecriture-n260/19045/">Poupée de plomb &#8230; (Ecriture n°260)</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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