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	<title>Archives des Parc des monstres - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des Parc des monstres - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Bosco Sacro, Parco dei Mostri, Ecriture</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Nov 2017 04:00:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pendant les fêtes de Samain, la Toscane m’ouvrait ses bras de cyprès. Leur fine verticalité entrecoupait l’horizon d’un bleu que Michel Ange avait dû jalouser. J’entamai là une retraite de [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20473" style="width: 710px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-20473" class="size-large wp-image-20473" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2017/10/IMG_20171022_115346_611-700x700.jpg" alt="" width="700" height="700" /><p id="caption-attachment-20473" class="wp-caption-text">© Leiloona</p></div>
<p style="text-align: justify;">Pendant les fêtes de Samain, la Toscane m’ouvrait ses bras de cyprès. Leur fine verticalité entrecoupait l’horizon d’un bleu que Michel Ange avait dû jalouser. J’entamai là une retraite de quelques jours dans un monastère avec pour seules amies ces araignées millénaires au fil de soie. Au petit matin du 1er novembre, alors que les portes de l’Autre monde peinaient encore à se refermer, je tombai par hasard sur les jardins de Bomarzo. Là, aux confins du Latium une merveille de la Renaissance. Des monstres gardiens trônaient, rois d’un monde disparu. Un lion et sa lionne, une harpie, une nymphe endormie, une baleine, Pégase, Héraclès, deux sphinx et même Echidna.<span id="more-20498"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Aucune âme qui vive aux alentours. Même les oiseaux se taisaient, se désolant du manteau rugueux de l’hiver qui se tricotait de feuilles mortes. C’est alors que je le vis. Une bouche édentée, ouverte, un appel. Il me sembla le reconnaître. Mais d’où ? Je m’y glissai. Sa cavité pour berceau.</p>
<p style="text-align: justify;">A mon retour, un spleen indéfini m&rsquo;engagea à ouvrir le vieil album de famille. Cet album de cuir dans lequel je regarde ces hommes et ces femmes des quasi-inconnus. Mais cette fois-ci ce fut différent. Je tombai sur une photo en noir et blanc. La même bouche édentée me souriait. Protée-Glaucos. Mes doigts gourds peinèrent à décoller la photo. Au dos y était écrit :<br />
« K. Forêt du Chaco, Amérique du Sud, 1926 ».</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K, le 5 novembre 2017</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte d&rsquo;Anselme</strong> :</p>
<div style="text-align: justify;">
<div>
<div>
<div>
<div>
<div>
<div>
<div>C&rsquo;était au Paraguay en 1928. Irinushka avait installé son trône au milieu de cette gueule.</div>
<p>Certains racontaient qu&rsquo;elle avait fui la Russie après la révolution. D&rsquo;autres prétendaient qu&rsquo;elle était immortelle.</p>
</div>
<p>Irinushka menait son monde d&rsquo;une main de fer. Toujours en pantalon beige et en bottes noires. Le visage fermé, elle accueillait les guérilleros, les trafiquants d&rsquo;armes et les barons de la drogue avec toujours le même cérémonial.</p>
</div>
<p>&#8211; Vous voyez ce dragon ? Il a six dents. Comme mon six-coups.</p>
</div>
<p>Et elle exhibait un gigantesque révolver exhumé des guerres mexicaines.</p>
</div>
<p>Jamais je ne l&rsquo;ai vue fréquenter intimement un homme ou une femme. Le soir, quand le rhum déliait les langues, certains parlaient à voix basse de rites ancestraux avec des animaux. Je n&rsquo;y ai jamais cru. Elle était bien trop fière pour s&rsquo;abandonner à une telle débauche.</p>
</div>
</div>
<p>La première fois que je l&rsquo;ai rencontrée, j&rsquo;étais puissamment encordé. Un soldat me jeta à ses pieds. Elle me considéra lentement, tétant un cigare. Ne le posant que pour tremper ses lèvres dans un whisky millénaire.</p>
</div>
<div style="text-align: justify;">Enfin, elle parla.</div>
<p style="text-align: justify;">&#8211; Alors. Il parait que tu connais le mexicain jaune ?</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Claude</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Zouzou, le lion savant, faisait à l’époque le bonheur des cirques d’Europe. Sa spécialité : garder durant un long moment un ballon sur le sommet de son crâne, la gueule grande ouverte, les yeux rivés vers le ciel. On se l&rsquo;arrachait et son succès fut tel que les chapiteaux qui l&rsquo;accueillaient affichaient pratiquement toujours complets. Le fier dompteur en tira rapidement de larges bénéfices qui firent sa fortune mais permirent d&rsquo;offrir tout de même de temps en temps à Zouzou quelques morceaux choisis de bœuf transgénique pour le récompenser de ses efforts.<br />
Cependant Zouzou était dépressif. Affublé d’un nom ridicule, lui, le roi des animaux, se retrouvait chaque soir sur une piste étroite pleine de sciure, à faire le pitre dans un numéro puéril, devant un parterre inculte dont les applaudissements le mettaient dans l’état d’un dictateur qui entendrait rire la foule.<br />
Il rêvait de la savane natale où il était autrefois respecté, craint. Là-bas, il régnait sur un territoire grand comme dix départements. Le soir il guettait antilopes grassouillettes et buffles appétissants avant de fondre sur eux et les croquer avec une puissance doublée d&rsquo;une rapidité sans égale. Le jour, selon son désir, il couvrait une dizaine de lionnes soumises dans une brutalité à faire pâlir un producteur américain. Puis il remontait sur un haut rocher, contemplant son pouvoir avant une longue sieste bien méritée. La vie sauvage lui allait bien.<br />
Lors d’un spectacle, dans un acte de rébellion, il croqua le dompteur de rage sous les « holà ! » d’un public partagé entre l’horreur de la scène et le plaisir pervers que les romains devaient éprouver devant le martyr des premiers chrétiens. Zouzou fut rapidement euthanasié sans procès, ainsi le veulent les règles juridiques d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<br />
Quelques décennies plus tard, un sculpteur altruiste et défenseur de la cause animale fit fondre, grâce à une souscription, une statue de bronze en hommage à Zouzou. Il souhaitait représenter ainsi à travers l’histoire de ce lion, la révolte contre l’esclavagisme, la réaction contre l&rsquo;oppression. L&rsquo;artiste crut bon de donner un peu de hauteur à son œuvre en lui donnant un nom à connotation symbolique et ésotérique. Mais l&rsquo;animal y figurait la gueule grande ouverte, les yeux tournés vers le ciel et un ballon posé sur la tête.<br />
Hélas pour Zouzou, quand le ridicule tue, il emmène souvent sa proie dans la tombe.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte d&rsquo;Adèle :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Colère</p>
<p style="text-align: justify;">Je t’ai dit la laideur de ta bouche quand tu es en colère contre moi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Elle grandit, elle enfle, elle me montre ses dents cruelles, tel un vilain dieu maya.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ces moments-là, de la béance de tes lèvres coulent alors des mots incendiaires, un magma de lave amorale prêt à m’engloutir tout entière. Tu craches, tu éructes, jusqu’à en postillonner de rage ou d’impuissance.</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être même,  pourrais-tu  alors me dévorer toute crue ?</p>
<p style="text-align: justify;">Je regarde cet orifice déverser venin et huile brûlante. Quelle langue bifide caches-tu derrière tes dents, incisives comme tes paroles ? Paralysée par la peur, je n’entends que la prosodie de ta colère et tes paroles se perdent dans les méandres de mon système limbique.</p>
<p style="text-align: justify;">Aucune échappatoire, me voilà comme prisonnière d’une île dévastée par un cyclone.</p>
<p style="text-align: justify;">Annihilé par la puissance de ta furie, mon esprit rapetisse et se replie au plus profond de mon corps, dans le cerveau ou dans le cœur, il se disloque en milliers de fragments qui se dispersent de la nuque aux orteils.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout aussi brusquement, ta colère retombe, tu entrouvres les lèvres sur un gros soupir, quelques mots me parviennent, que je commence à comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi, mon amour, tout ça pour ça ?</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte d&rsquo;Iza</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Nady avait passé des mois à chercher un cadre accueillant et un sponsor à la hauteur pour recevoir les lecteurs de l&rsquo;atelier d&rsquo;écriture de Bricabook. Aussi quelle ne fut pas sa surprise de trouver dans sa boîte aux lettres une lettre d&rsquo;un certain Déjanor accompagnée de six billets d&rsquo;avion pour la Toscane. Le généreux mécène, grand admirateur du blog de Leiloona, proposait d&rsquo;héberger toute la troupe dans son monastère rénové pour un long week-end de trois jours. Pour prouver sa bonne foi, il avait envoyé des photos du site et Nady avait été charmée par l&rsquo;endroit ; son iconoclasme avait surtout été attiré par les étranges sculptures du jardin. Les participants ne furent pas difficiles à convaincre, d&rsquo;autant que la Patronne connaissait déjà les environs.<br />
Une fois sur place, ils furent subjugués par la beauté des lieux. Jos ne se départait pas de ce sourire flamboyant qui ornait en permanence son visage, Manue plaisantait en se disant que le type qui habitait là, seul, devait être bien barré. Leiloona prenait des photos en vue d&rsquo;ateliers futurs. Arrivés dans le majestueux salon, tous ne purent s&#8217;empêcher de sursauter à la vue de leur hôte, arrivé sans crier gare. Il se tenait bien droit, mais détendu, un sourire malicieux sur ses lèvres délicatement ourlées, le regard sombre mais terriblement sensuel. L&rsquo;aréopage féminin ne put s&#8217;empêcher de frémir à la vue de sa toison pectorale naissante qui émergeait du col V de son t-shirt et de ses fesses fermes et musclées (décidément&#8230;) galbées dans un pantalon d&rsquo;un luxe tout italien. Iza se voyait bien plonger avec lui dans un lac etc etc&#8230; Valérie gardait son calme olympien et n&rsquo;attendait qu&rsquo;une chose : la lecture. A quoi répondit Terjit que l&rsquo;on pouvait bien prendre un moment pour une visite guidée des lieux. Déjanor se tourna vers lui et répondit qu&rsquo;en effet, ils avaient tout leur temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Le monastère était un enchantement : mobilier ancien, tableaux de la Renaissance&#8230; Leiloona fut fascinée par une édition originale de « L&rsquo;Enfer » de Dante. Tous étaient subjugués et leur hôte semblait pleinement satisfait de cette hypnotisante fascination. Il déambulait dans les lieux avec aise et marchait avec la grâce du serpent dans l&rsquo;Eden. Et arriva le moment-clé de la visite : la présentation des jardins. Une luxuriance maîtrisée tout à l&rsquo;italienne. Et surtout ses sculptures étranges, créatures chthoniennes ouvrant grand la bouche vers&#8230; vers quoi d&rsquo;ailleurs ? Ils n&rsquo;allaient pas tarder à le découvrir car Déjanor leur révéla que la lecture aurait lieu dans une grotte aménagée. Il les invita à s&rsquo;engouffrer dans cette bouche immense et à suivre un long corridor assez sombre. Une sensation de claustrophobie les saisit et Iza s&rsquo;inquièta de l&rsquo;éventuelle présence de rats-taupes dans ce tunnel. Leiloona regretta de ne pas avoir emmené TroGnon qui se serait certainement cru dans la Batcave. Mais ils parvinrent rapidement à une cathédrale souterraine où avaient été disposés des fauteuils club qui n&rsquo;attendaient que leur futur prélassement, un immense buffet de nourriture aux goûts de chacun, des étagères garnies de livres, des bouteilles de grands crus&#8230;on aurait dit que leur hôte savait lire dans leurs pensées et avait su percer à jour leurs moindres désirs. Alors que tous s&rsquo;exclamaient à la splendeur inattendue de l&rsquo;endroit, un fracas assourdissant leur étourdit les oreilles.</p>
<p style="text-align: justify;">Les murs, jusqu&rsquo;alors de pierre grise, s&rsquo;enflammèrent de l&rsquo;intérieur, brûlant d&rsquo;une lave écarlate. Tous cherchèrent leur hôte du regard, sans le trouver. Retentit à cet instant un son étrange : des sabots martelant le sol et des grognements de bête. Le Minotaure ? Hélas&#8230; si seulement&#8230; Déjanor, sous sa véritable forme, apparut dans la salle&#8230; toison roussie, sabots luisants, regard jaune aux pupilles verticales, cornes imposantes qui raclaient presque le plafond&#8230; malgré sa peur, Nady constata que le Diable n&rsquo;était visiblement plus habillé en Prada. Le rire du démon envahit l&rsquo;espace et retira à tout jamais le sourire du visage de Jos. Déjanor lança ses deux bras en avant et projeta chacun des écrivains dans un fauteuil club. Des sangles apparurent de nulle part et leur enserrèrent le torse et les jambes. Une vieille machine à écrire surgit sur leurs genoux, une feuille déjà enroulée sur le transport. Deux mots y étaient tapés : « Herzlich willkommen ». Le diable regarda un à un les participants et dans un éclat de rire méphitique leur adressa ces mots :<br />
« Et maintenant, écrivez ! »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Nady</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Le roi des forêts,<br />
Sculpté gueule ouverte ici<br />
Dans ce parc bien vert.<br />
Un abri certain<br />
Pour des petiots qui aiment jouer<br />
Et s’y réfugier.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Manue</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Elle n’était plus qu’un cri. Un cri silencieux, le plus douloureux qui soit. Celui que les autres n’entendent pas. Rien ne sortait et pourtant sa bouche était toute entière tournée vers eux. Ses yeux imploraient mais ils ne comprenaient pas. Une souffrance de pierre. Et ils restaient de marbre. Un mal tapi au cœur des entrailles et qui parfois sort la tête après une longue apnée. Un corps invisible, se fondant dans la terre, se cachant, ne sachant pas bien à quoi il sert et pourquoi il devrait se montrer. Une honte sourde l’habite, celle d’être elle-même, fragile et gracieuse. Une telle chimère quand on habite un corps aussi solide, englué dans la masse. Que se passerait-il si elle sortait ? Qui seraient-ils pour juger de sa démarche ? Comment peut-on voler avec des ailes alourdies par les années passées repliées ? Marcher quand on ne sait même pas si on a des pieds … ils sont tellement loin, enfouis. Alors ses yeux parlent pour elle, ils disent tout, sa stupeur d’être paralysée et son envie de sortir, sa rage de vivre et la fureur de n’être qu’une demie vie.<br />
Il est un jour prochain où les statues oseront sortir de leur coquille. En attendant, elles sont là, elles t’accompagnent, au plus profond d’une forêt, au bout d’un lointain voyage ou derrière les haies bien taillées d’un château. Elles sont ces êtres invisibles que tu croises dans la rue, au détour d’un trottoir. Elles sont aussi celles que tu crois connaître. Mais que se passerait-il si tu voyais au fond de leur cœur ? Si tu les écoutais ? Si le cri qu’elles poussent depuis si longtemps parvenait à tes oreilles ? Et si de pierre elles devenaient de chair. Et si elles étaient l’autre près de toi ?</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Valérie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">A l’aube de ses quarante ans, Kasun a ressenti le besoin de retourner dans son pays d’origine, le Sri Lanka. Auteur de bandes dessinées, il ne trouvait plus l’inspiration et il savait que là-bas, il trouverait de nouveau de quoi écrire, de quoi amuser les enfants. Sa mère quand il était tout petit, l’avait bercé d’histoires avec des personnages tous plus étranges les uns que les autres qu’il avait introduit dans ses écrits. Il avait essayé de trouver l’inspiration en allant en Bretagne dans la vallée des Traouiero, dans la forêt de Brocéliande aussi, mais rien n’y avait fait. Les korrigans et autres farfadets ne l’avaient guère inspiré.<br />
J’étais quelque peu réticente à ce voyage, que je jugeais dangereux mais je ne pouvais l’en empêcher. Il est donc parti en avril dernier. Je l’ai déposé à Roissy et c’est la dernière fois que je l’ai vu. Tout au long de son séjour et de ses recherches, il m’envoyait des photos. La dernière que j’ai reçue, c’était cette grotte sombre, effrayante, recouverte à moitié de végétation étrange. Ces yeux orbités, ces narines dilatées par la colère et cette bouche immense prête à l’avaler tout cru ne me disaient rien de bon. Quand la photo est arrivée sur mon portable, j’ai tout de suite répondu à Kasun, l’implorant de ne pas y pénétrer, de ne prendre aucun risque. Mais il n’a pas dû recevoir ma réponse. Je m’en voulais mais malgré sa peur que je pouvais ressentir à des kilomètres, je l’imaginais souriant car il avait retrouvé ce lieu magique, lieu que je reconnaissais moi-aussi pour l’avoir vu dans ses premières BD. J’en tremblais d’émotion et de crainte. Sa mère lui avait raconté tant de choses à son sujet. Elle lui avait notamment expliqué que tous les dix ans, un homme devait être sacrifié afin que la malédiction ne frappe les villages alentours. Si la tradition était respectée, tout aux villages voisins n’était que fête, les bébés naissaient dans la joie et l’amour, on ne manquait pas une occasion de festoyer, de danser, de s’amuser. Les filets des pêcheurs remontaient pleins comme jamais, les arbres fruitiers croulaient sous les fruits&#8230; Si elle ne l’était pas, les malheurs s’enchainaient pour une décennie : de mauvaises récoltes, des disputes entre voisinage, des séparations…<br />
Les jours qui ont suivi ont été affreux. L’attente était insupportable. Je n’arrivais pas à joindre Kasun, mes sms restaient sans réponse et mon téléphone muet. A son hôtel, personne ne l’avait vu. Jusqu’au jour où je reçus un appel.<br />
&#8211; Mme Ponti ? Désolé de vous déranger. Agent Marteau de la police de Colombo au Sri Lanka.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; Bonjour. Qu’est-il arrivé à mon mari ? Je suis si inquiète.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; Nous avons retrouvé sa voiture devant la grotte de la déesse Hiruni. Les habitants de Negombo sont fiers de votre mari et le vénèrent depuis plusieurs jours déjà. Grace à lui, la déesse Hiruni sourit de nouveau et va les épargner de tous les malheurs pendant les dix ans à venir. Ils ne savent comment vous remercier.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; &#8211; Nooonnn.</p>
<p style="text-align: justify;">Je m’effondrai. Cela ne pouvait pas être vrai, c’était un cauchemar, une mauvaise blague<br />
&#8211; &#8211; Il faut être forte Madame. Votre mari est un héros ici et vous serez toujours la bienvenue. Je vous envoie une photo de sa dernière demeure, si je puis dire.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; Merci de veiller sur lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Je reçus quelques minutes après une photo de la grotte. C’était incroyable, le visage était devenu souriant, ses traits s’étaient adoucis et n’avaient plus rien d’effrayants. Ma belle-mère avait donc dit vrai. Cette grotte avait bel et bien une âme ou était habitée par un esprit divin. Ceux qui l’avaient bâti en donnant chacun un peu de leur personne en avaient fait une personne à part entière, capable du meilleur comme du pire, comme chacun d’entre nous.<br />
Après plusieurs jours à pleurer, je réalisai que je me devais de finir d’écrire ce que Kasun avait commencé. Il serait le héros du dernier tome de ses BD. Le lendemain, je pris un avion pour Colombo.</p>
<p style="text-align: justify;">En arrivant sur les lieux, je découvris mille et une offrandes au pied de la grotte, des fleurs, des gâteaux, des petits mots, des bougies…Des hommes, des femmes et leurs enfants se recueillaient devant cette grotte, le temple de la déesse Hurini, en fait, qui m’avait pris mon homme mais que tous ici vénéraient. Devant leurs sourires, leur dévotion, ma peine se fit plus légère. Je restai à genoux plusieurs heures entourée de ces inconnus qui sans s’en rendre compte me donnèrent la force de continuer. Je revis tous les merveilleux moments partagés avec Kasun, notre rencontre, nos voyages, notre mariage, la naissance de nos enfants… Il était revenu à sa terre, il me manquait et me manquerait toujours mais je réalisai que son sacrifice, notre sacrifice n’était pas vain. En me relevant, la colère m’avait quittée, je ne lui en voulais plus d’être parti, de m’avoir abandonnée. Je décidai de rester vivre quelques temps sur ces terres empreintes à jamais de celui que j’avais tant aimé.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.100000023841858&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vTXiZG-iOH8WTOC4W3cbh93AZtTrw3gbd2nBW-w0cbPOEnaJjQycLQEdClweS2w50pN7Dk9jELMA-2B/pubhtml?gid=1458293509&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="300" height="450"></iframe></p>
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