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	<title>Archives des piscine - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des piscine - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Urbex : Fiche d&#8217;exploitation n° 238</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Oct 2016 06:57:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le vent du Nord passe à travers les carreaux brisés et laisse entendre une mélodie âpre, comme sortie d&#8217;une flûte de pan démantibulée. Il y fait froid, comme toujours : [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_17492" style="width: 970px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17492" class="size-full wp-image-17492" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2016/10/julien-ribot-endroit-desaffecté.jpg" alt="© Julien Ribot" width="960" height="639" /><p id="caption-attachment-17492" class="wp-caption-text">© Julien Ribot</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le vent du Nord passe à travers les carreaux brisés et laisse entendre une mélodie âpre, comme sortie d&rsquo;une flûte de pan démantibulée. Il y fait froid, comme toujours : les lieux sont comme les hommes. Inhabités ils se vident lentement de leur chair et de leur chaleur, et ce même en été. Rien ne peut les réchauffer, comme si leur coquille vide était en réalité un trou noir qui ne faisait qu&rsquo;aspirer la vie qu&rsquo;ils côtoyaient.<span id="more-17568"></span></p>
<p style="text-align: justify;">J&rsquo;aime ces lieux pour leur calme, et leur sérénité. Me poser, là, sur des pierres au passé chargé, et m&rsquo;envelopper de mille et une histoires prêtes à être racontées. Vous y voyez sans doute la fuite du temps, l&rsquo;inexorable déchéance de l&rsquo;homme sur la Nature. Au contraire, je vois ces plongeurs qui se réunissaient pour une compétition chaque dimanche, ces cours donnés à des enfants grenouilles barbotant encore dans l&rsquo;eau ; j&rsquo;entends ces cris de joie qui emplissaient la piscine et résonnaient pour s&rsquo;éclater plus haut, sous ce toit cathédrale &#8230; <em>ne courez pas, ne courez pas autour de la piscine</em> ! ; je sens encore cette odeur acide et caractéristique du chlore qui piquait mes yeux et les rendait, au bout d&rsquo;une heure, comme ceux des lapins russes dans les cages de mon grand-père, rouge sang ; sous mes semelles le sol est encore trempé de ces éclaboussures que des enfants joueurs viennent de jeter.</p>
<p style="text-align: justify;">Et vous, quelle vie y voyez-vous maintenant ?</p>
<p style="text-align: justify;">La littérature est une véritable chimère. Le conteur crée de toutes pièces un univers et le rend palpable. Le lecteur voyage alors à travers des contrées diverses et variées sans jamais quitter son fauteuil ni sa maison. L&rsquo;écrivain possède cette capacité à regarder le monde sous un autre angle, et, au bout de son stylo, il a le pouvoir de le magnifier ou au contraire de le salir ou de le détériorer, d&rsquo;opérer une transmutation tel le fameux alchimiste de Coelho.</p>
<p style="text-align: justify;">Alexandra K.© le 31 octobre 2016</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Terjit</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">« Bonsoir Bérénice,</p>
<p style="text-align: justify;">Comme promis tu trouveras ci-dessous mon projet de discours pour l’inauguration. Je sais qu’en ouvrant ce mail tu vas te dire que comme d’habitude je m’y suis pris à la dernière minute… comme tu as raison… Tu sais bien que je n’ai jamais aimé ce genre d’exercice, notre métier c’est de construire, d’embellir, de créer, pas d’écrire des phrases pour un parterre de politicards qui ne voient l’architecture que comme un moyen d’assurer leur réélection… Ca me dégoute !</p>
<p style="text-align: justify;">Alors que nous, hein ! Tu te souviens de notre enthousiasme quand on est rentrés de Chandigarh ? Bon d’accord depuis on a compris l’organisation fasciste de Jeanneret mais comme nous étions pleins d’ambitions, de rêves de grandeur à la Niemeyer, d’envie de changer le monde par l’architecture quand on a décidé de créer notre cabinet ! Je suis souvent nostalgique de cette période où on y croyait encore…</p>
<p style="text-align: justify;">Excuse-moi, je me fais un petit coup de blues ce soir, genre idéalisme de l’ancien combattant. J’en suis à mon troisième Scotch bien tassé pour me donner du courage, je ne suis pas sûr que ça m’aide finalement… Bref… Mais bon, je te le demande : on en est où maintenant, hein ? Et bien je vais te le dire : à transformer pour le maire de machin truc là, merde j’ai oublié son nom, une piscine en dance floor pour abrutir les hordes de gueux décérébrés et leur faire croire qu’il fait quelque chose pour leur avenir… C’est à gerber.</p>
<p style="text-align: justify;">Oh oui, je sais ce que tu vas me dire : « si on ne le fait pas un autre s’y collera », et le pire c’est que tu as raison ! Adieu Brasilia sur Creuse, au revoir Chandigarh sous-bois, bonjour le Macoumba de Cloyes-sur-le-Loir ! Heureusement de l’avenue Foch on ne le verra pas cet étron Beauceron.</p>
<p style="text-align: justify;">Ca fait rêver non ? Faire les beaux-arts pour en arriver là : quel succès fracassant !</p>
<p style="text-align: justify;">Bon, c’est vrai il y a des compensations à bosser avec ces blaireaux. Comment ils appellent ça déjà ? Ah oui, un « partenariat public-privé », quelle rigolade ! Je me souviens encore de notre fou rire en sortant de la réunion avec le service des marchés publics chez les ploucs. Entre le juriste au charisme de palourde, la responsable des marchés avec sa gueule de mérou pas frais et le maire qui avait de la buée sur les lunettes à force de plonger dans ton décolleté, on se serait crus chez Deschamps et Makeïeff. Je te vois encore leur dire : « Oui, bien sûr qu’on peut faire à l’économie mais franchement est-ce que Cloyes-sur-le-Loir mérite ça ? Je vous le dit tout net : non ! Il vous faut un lieu innovant, hi-tech, pour attirer les habitants de la région. Alors oui, évidemment ça a un coût, mais qu’est-ce que le prix étalé sur 30 ans d’exploitation ? ». Tu as même réussi à leur faire garder les graffitis sur les murs et à faire la piste de dance dans le bassin !  Et vlan, en trois phrases tu as fait baisser notre charge d’un million et tu leur en a pris 4 de plus ! Tu es vraiment trop forte, même le mec de chez Eiffage il en revenait pas et pourtant ils sont balaises ceux-là ! Je crois même que si tu n’avais pas mis de soutien-gorge on pouvait les pomper de 1 ou 2 millions de plus, mais bon le maire aurait fait un AVC avant la fin de la réunion…</p>
<p style="text-align: justify;">Ok, ok, je rigole mais tu attends mon discours, je sais ! Alors le voilà :</p>
<p style="text-align: justify;">«  Madame la Ministre, Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, Mesdames et Messieurs,</p>
<p style="text-align: justify;">C’est avec la même émotion qu’un compagnon du Tour de France dévoilant son premier chef d’œuvre que je m’adresse à vous aujourd’hui. Mais avant de vous parler de l’idée fondatrice de ce projet qui fera de Cloyes-sur-le-Loir le phare de la région Centre, je tiens à rendre hommage à tous ceux qui ont permis la réalisation de ce grand projet.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord vous, Monsieur le Maire. Dès la première réunion j’ai compris dans votre regard que derrière le gestionnaire, le garant des finances publiques, brillait la lumière de l’avenir. Je vous sais modeste mais je tiens à vous le dire publiquement Monsieur le Maire, j’ai vu en vous l’homme de demain, l’Oscar Niemeyer du 21<sup>ème</sup>siècle ! Votre ville a eu raison de vous choisir, votre destin est tout tracé vers les sommets, la France a besoin d’hommes comme vous.</p>
<p style="text-align: justify;">Mesdames et Messieurs les élus, je veux juste dire que vous pouvez être fiers de travailler avec ce grand homme puisque votre regard et votre vision sont dignes de lui. Comme tout artiste, le Maire a besoin d’inspiration, de références, vous êtes en quelque sorte ses muses.</p>
<p style="text-align: justify;">Je veux aussi remercier l’ensemble des membres du service des marchés publics qui ont su par petites touches m’accompagner dans mon travail d’architecte. Vous le savez tous ici, mon métier est souvent celui d’un ermite devant sa planche à dessin, il est facile de s’emporter dans des projets irréaliste ou ennuyeux, grâce à vous, à votre professionnalisme vous avez remis en cause les certitudes d’un homme d’expérience. Bravo !</p>
<p style="text-align: justify;">Pour terminer avec les remerciements, je veux dire ma gratitude à une personne de l’ombre qui est parmi vous. Il s’agit de mon double, de Bérénice, mon associée depuis plus de 20 ans. Moi je suis un artiste global, je conçois l’idée, Bérénice s’attache aux détails, aux petites touches originales qui font que nos projets sont uniques, et ce qui est un tour de force, toujours en veillant scrupuleusement à tenir le budget initial.</p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant il est temps de parler de ce lieu fait pour vous. D’abord intéressons-nous à l’extérieur du bâtiment. Vous vous souvenez tous de ce toit rond en plastique délavé par le temps, comme une verrue au milieu de votre belle campagne. La vision est maintenant transformée, futuriste, avant-gardiste. Pour donner de la perspective nous avons entouré le bâtiment d’un parking à la mesure de succès annoncé : 12850 places mesdames et messieurs ! Ainsi vous ne voyez plus une verrue mais un champignon sortant de terre, large, majestueux, appétissant. Les touches de couleurs pailletées sur le toit sont en mica du Pendjab, c’est cette qualité exceptionnelle qui reflète aussi bien la lumière des 18 projecteurs de DCA. Un ami de la Nasa m’a même dit que la nuit le reflet est visible depuis l’espace, c’est vous dire la puissance du rayonnement !</p>
<p style="text-align: justify;">L’extérieur c’est bien, mais l’important est à l’intérieur. Avez-vous remarqué le vestibule de l’entrée ? Bien sûr que vous l’avez remarqué, je plaisantais. Cette cascade de matières nobles qui vous fait traverser l’espace dans une pénombre rassurante jusqu’au vestiaire. Ah ce vestiaire ! Je dois dire que l’idée de la placer au centre de l’entrée à la place des douches est une idée de Monsieur le Maire, encore une vision d’avenir : le mettre au centre a permis d’utiliser les anciens vestiaires de la piscine en les customisant, version home staging dans un patchwork dégradé du rouge au mauve des plus chaleureux.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite vous arrivez dans l’espace proprement dit, et là je vous demande votre plus grande attention.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons stylisé l’espace en changeant presque tout mais en gardant l’essentiel. Je m’explique. Où est la piste de dance ? Dans l’ancien bassin ! C’est une idée qui vient de la célèbre boite de Dubaï, le « Bain du sultan ». Nous avions le choix entre combler ce trou ou l’utiliser tel qu’il est aujourd’hui. Bien sûr cela a nécessité un travail supplémentaire d’architecture, c’est plus facile de couler du béton que de réutiliser l’espace en le gardant dans son jus. Et vous remarquerez que nous avons gardé l’esprit piscine en ne mettant pas de rambardes sur les bords, cela a évité un surcoût, bien sûr, mais surtout cela rend l’espace plus convivial : imaginez 20000 personnes plongeant sur la piste de dance dans une soirée mousse ! Nous avons aussi fait le choix, par soucis écologique, de ne pas retirer les graffitis sur les murs. Les enlever nécessite l’utilisation de produits chimiques très dangereux, ils ont simplement été recouverts d’un film plastique imputrescible innovant : c’est le même qui sert de protection pour les tableaux du Louvre, une référence !</p>
<p style="text-align: justify;">Et le clou du spectacle, si j’ose dire, vous remarquerez que les stands pour plonger sont encore là, avec leurs numéros en noir. Au début nous avions pensé les retirer et mettre à la place un podium pour le DJ, quelle fausse bonne idée cela était. 4 stands pour 4 DJ, même à Ibiza vous n’en trouverez pas autant que cela dans une discothèque. Ainsi vous pourrez avoir en même temps 4 styles de musique différents, comme une vision universelle de l’art de danser.</p>
<p style="text-align: justify;">Rassurez-vous je ne vais pas tout vous détailler, il faut gardez encore des surprises. J’aurai pu vous parler des isolants phoniques récupérés dans la tour de Jussieu, c’est si tendance, ou encore des toilettes sèches derniers modèles, mais le temps manque et je ne veux pas vous assommer de détails.</p>
<p style="text-align: justify;">Juste une dernière chose pour vous donner l’ampleur de ce projet et la vision de l’avenir radieux de Cloyes-sur-le-Loir. Je me permets de vous en parler puisque madame la Ministre m’y a autorisé, j’ai été choisi pour les prochains projets de votre ville : l’autoroute de 2 x 4 voies qui arrivera directement sur le parking du Macoumba, la réalisation du nouveau complexe nautique avec fosse de plongée et simulateur de surf, la construction d’un complexe cinéma de 18 salles et enfin, c’est avec émotion que je vous le dit, la sortie de terre dans un maximum de 5 ans de la première station de ski de la région centre !</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà Mesdames et Messieurs ce que je voulais vous dire ce soir. Je suis fier d’avoir réalisé votre rêve, celui d’une région, d’un pays, et même celui d’une civilisation.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous remercie. »</p>
<p style="text-align: justify;">Bon, c’est fait… j’ai essayé de faire le plus sobre possible, j’espère que ça te conviendra.</p>
<p style="text-align: justify;">L’inauguration est à 18h00, je te propose de nous retrouver sur le parking du Leclerc à 17h00. J’ai prévu un camion pour camoufler ma Bentley et ta Porsche, mon second chauffeur nous y attendra avec la Clio de Bernadette, je pense que c’est mieux pour ne pas faire jaser chez les bouseux…</p>
<p style="text-align: justify;">Il est bien tard, et je crois que je suis un peu bourré. Je ne sais pas si je vais pouvoir dormir il y a un foin du diable dehors, ce sont les derniers de la Manif pour Tous qui rentrent aussi torchés que d’habitude… Tiens-toi bien à tes bretelles ! Je viens d’aller à la fenêtre et tu sais ce que j’ai vu ? Geneviève de Fontenay en train de gerber dans le caniveau… elle est fun mémère !!! Tu vois, tu n’arrêtes pas de dire qu’il se passe jamais rien avenue Foch, c’est pas dans ton 18<sup>ème</sup> bobo que tu verrais ça ! Bon allez, je te laisse, je vais descendre faire un selfie avec la vioque au chapeau !</p>
<p style="text-align: justify;"> Je t’embrasse »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Jos</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les larmes de Tania</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pétrifiée, les yeux rivés sur l’écran, Tania n’en revient pas. Submergée par la tristesse et la douleur, elle se souvient et pleure.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait à peine 10 ans. Elle habitait Pripiat, ville moderne d’Ukraine construite pour accueillir les employés de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Son père y était salarié. Sa mère, elle, travaillait à la piscine municipale ce qui permettait à Tania de s’y rendre souvent et d’évoluer avec délice et dextérité dans l’eau tiède du grand bassin. Tout allait bien pour Tania : elle grandissait dans un milieu que l’on qualifiait alors d’aisé et dans une famille heureuse et aimante. Ses grands-parents habitaient à Kiev et l’accueillaient avec bonheur pour les vacances ou quand elle était malade et que ses parents ne pouvaient s’occuper d’elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Tania se souvient et pleure.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était un jeudi, le jeudi 26 Avril 1986 très exactement… Malade, elle était depuis quelques jours chez ses grands-parents pour se reposer. Le dimanche suivant elle devait retourner auprès de ses parents à Pripiat…</p>
<p style="text-align: justify;">Ce matin-là, comme tous les matins, elle s’était réveillée vers 9h, s’étirant avec délice dans le lit douillet de sa chambre de vacances. Elle adorait ce moment où à peine sortie de ses rêves, l’odeur des tartines grillées et du chocolat chaud venait lui chatouiller les narines. Aux senteurs de son petit déjeuner préparé avec amour par sa grand-mère, se mêlait le doux fond sonore des chants rituels entonnés par les chœurs folkloriques que diffusait la radio de son grand-père.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce matin-là, aucune odeur particulière, aucun son rassurant n’étaient venus la tirer avec douceur de son sommeil. A la fois désemparée et angoissée par l’absence de ses repères familiers, elle s’était levée sans traîner et avait dévalé l’escalier avec la rapidité dont les enfants de 10 ans sont capables. Elle avait trouvé sa grand-mère assise à la table de la cuisine, se balançant d’avant en arrière dans un mouvement lancinant. Un mouchoir en boule dans la main, les yeux gonflés et rougis d’être trop frottés et les joues inondées d’un flot de larmes amères, la vieille dame déplorait le malheur qui touchait sa famille, ses voisins, son pays. La petite avait aussitôt compris qu’une terrible catastrophe venait de se produire.</p>
<p style="text-align: justify;">Tania se souvient et pleure.</p>
<p style="text-align: justify;">Un réacteur de la centrale avait explosé un peu après 1 heure du matin.</p>
<p style="text-align: justify;">Son père qui travaillait cette nuit-là faisait partie des premières victimes dont le nombre allait bientôt dépasser l’entendement. Il n’était jamais rentré à la maison.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa mère, inquiète de ne pas le voir arriver à l’heure habituelle et alertée par des salariés de la centrale, avait fait fi des mesures de confinements et s’était rendue à la centrale quêtant en vain des nouvelles de son mari bien aimé. Elle ne connaissait pas encore l’ampleur de la catastrophe et ne savait pas qu’elle s’exposait à un taux d’irradiation qui lui serait fatal.</p>
<p style="text-align: justify;">Même la nature s’étaient liguée contre eux et les vents entrainant les éléments radioactifs sur Pripiat avaient contaminé la ville modèle et ses habitants auxquels l’ordre d’évacuation ne fut donné que 30 heures après l’accident.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa mère avait encore vécu trois ans après le drame, trois années de souffrance et d’agonie, trois années de peine et de douleur.</p>
<p style="text-align: justify;">Tania n’était jamais retournée à Pripiat. Elle ne voulait pas vivre dans le passé et ne s’y plongeait que pour revivre ses souvenirs heureux et se rappeler ses 10 ans de bonheur et d’insouciance. Et voilà que trente ans après, penchée sur son écran, la femme qu’elle était devenue était frappée de plein fouet par la photo de la piscine -aujourd’hui désaffectée &#8211; où travaillait sa mère et par le titre de l’article qu’elle illustrait « L’ultime expérience de Tchernobyl, tombez amoureux de Tchernobyl et de Pripiat » ! Elle découvrait  avec stupeur que des visites de la ville fantôme de Pripiat et de la zone d’exclusion de Tchernobyl étaient organisées par des pseudos agences de tourisme assurant aux adeptes de voyeurisme des sensations fortes à travers un voyage morbide, sinistre et pernicieux… Ce tourisme de l’horreur faisait fureur et avait déjà attiré plusieurs milliers de personnes en un an à peine !</p>
<p style="text-align: justify;">Tania s’interroge et pleure.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’homme a un devoir de mémoire, s’il se doit de rester vigilant face aux dangers qu’il a lui-même engendrés, quelle est la raison qui le pousse à se gargariser du malheur des autres, à trouver du plaisir et une excitation primitive en retournant sur les lieux d’un drame qui a provoqué tant de peine et de souffrances ?</p>
<p style="text-align: justify;">Tania ne comprend pas et pleure.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Manue</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ils avaient vu les ruines et la désolation. Ils avaient croisé des êtres fantomatiques aux chairs brûlées, errants désespérés, sans but. Ils avaient observé les racines des arbres reprendre le contrôle de la terre, les plantes recouvrir les constructions qui tenaient encore debout, les aigles survoler les derniers incendies centenaires. Autour des foyers rougissants, la nature leur semblait différente, comme devenue folle. Des créatures, certainement magiques, presque maléfiques, peuplaient ces lieux. Elles avaient deux, trois, quatre ou cinq pattes, des yeux fiévreux, maladifs. Leur squelette apparaissait presque sous leur peau écorchée vive, leurs membres décharnés ne savaient plus les porter. Ils survivaient plus qu’ils ne vivaient, se dévoraient pour ne pas mourir, mourraient pour ne surtout plus vivre.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils étaient las. Ils n’avaient prévu ça. Ils ne pensaient pas que ce qu’ils avaient semé il y a si longtemps se détruirait aussi vite, même la peste ne faisait pas aussi bien.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis ils entrèrent dans cette drôle de coupole. A l’intérieur, un trou, éclairé par des sortes d’étranges hublots, occupait la majorité de l’espace. Un trou décoré. Un trou sale. Une drôle de chose vraiment. Ils connaissaient d’autres cavités semblables, mais beaucoup plus profondes et au destin plus dramatique aussi. Ils avaient vu les dessins, lu des textes qui paraissaient sacrés, découvert les tas d’os et respiré l’air de ces lieux, chargé de larmes et de souffrance inutile.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils étaient là maintenant et cherchaient à comprendre. Un calme inconnu régnait ici, un silence absolu, et ils surent qu’ils étaient arrivés au bout de leur exploration. La vie avait été ici joyeuse, elle les amène avec eux, ils n’ont qu’à se laisser porter, ils n’ont qu’à ressentir, ils n’ont qu’à ouvrir leur conscience et écouter leur cœur.</p>
<p style="text-align: justify;">La première chose qu’ils voient est bleue, transparente, translucide, scintillante, magique, c’est l’eau, bienveillante et régénératrice, porteuse de tant d’espoirs, l’essence même du monde. Elle est prisonnière du trou mais porteuse de tant d’espoirs encore.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis, ils entendent des cris, mais joyeux, du bonheur sonore.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, ils les voient, presque nus mais intacts, pas comme ceux qu’ils ont découvert dehors. Ils les observent plonger dans l’eau de ces cubes numérotés posés au bord du trou, leurs sourires sont éclatants, ils semblent tellement insouciants, tellement jeunes. Comment ont-ils pu en arriver là ? Ils les voient nager, ils n’ont pas perdu leurs instincts primitifs et sont comme des poissons dans l’eau. Ils savent qu’ils ne sont pas loin de comprendre. Là où un mouvement archaïque est source de joie, ailleurs il est source de conflit. Et les images défilent sous leurs yeux, certains se battant pour le feu, du métal, précieux ou non, de la nourriture, pour un dieu ou pour leur plaisir, et d’autres luttant pour survivre et transmettre à leurs enfants l’humanité toute entière. Leur instinct n’a pas suffi et il ne reste plus qu’un trou, un abime au fond rempli d’immondices. Et des bribes de vie qu’ils essayent vainement de capturer.</p>
<p style="text-align: justify;">Son vertige passa enfin ; alors qu’elle nageait, s’entraînant au centre aquatique de son quartier pour son prochain plongeon en apnée en Méditerranée, cela a été le trou noir. Et pendant qu’elle luttait pour ne pas étouffer, elle a vu sa piscine vieillir d’un coup et devenir un avenir probable si le monde continuait à aller droit dans le mur. Elle a vu des créatures extraterrestres se poser sur le bord du bassin et essayer de respirer les derniers souffles de vie de la Terre. Mais c’est elle qui a gagné ce combat, ils sont repartis vers d’autres cieux sans tout emporter et elle a réouvert les yeux. L’air moite, les cris, l’eau turquoise, les beaux maîtres nageurs bien équipés, tout était là, sous son nez.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a peut-être une chance alors se dit-elle et inconsciente d’avoir sauvé sa planète par sa seule respiration elle plongea à nouveau.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Bénédicte</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">J&rsquo;ai dix-neuf ans, je suis bourré et je viens de fumer un joint. Je crois aussi que quelqu&rsquo;un m&rsquo;a refilé une pilule mais je suis incapable de dire laquelle&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette piscine désaffectée est devenue notre fief en quelque sorte. Nous avons été les premiers à la squatter lorsqu&rsquo;elle a fermé, quand le manque de subventions et la vétusté des installations ont signé son arrêt de mort. Nous avions quinze ans, ce fut facile de s&rsquo;y introduire une nuit. Depuis nous avons sauvagement défendu ce territoire qui est devenu le notre. Par rapport aux entrées des immeubles, c&rsquo;était incomparable. Et personne n&rsquo;est venu nous en chasser, bien trop contents qu&rsquo;ils étaient tous de nous avoir vu quitter le bas des Tours&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est grand, il y a de la place pour les battles de hip-hop, les couples se font et se défont toujours dans les vestiaires, les dealers ont annexé les douches et les tagueurs, dont je fais partie, recouvrent nuit après nuit la moindre parcelle de mur disponible&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pour prendre un peu de recul et regarder mon dernier tag que je suis là, au bord du bassin, sur le plot n°3. Les grandes vitres, la lune et un montage électrique sauvage, nous donnent une lumière étrange et belle. Cela fait un bon moment que j&rsquo;ai entrepris cette fresque au fond de la piscine. Les autres tagueurs me respectent ici, je fais partie des anciens, alors ils me l&rsquo;ont laissé&#8230;.J&rsquo;ai passé beaucoup de temps, assis en tailleur sur le bord, à me demander ce que j&rsquo;allais entreprendre et par quel bout commencer. Puis je me suis décidé pour la mer. C&rsquo;est pas mal pour une piscine non ?&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf que là il se passe des choses bizarres sous mes yeux. Je vois de l&rsquo;eau qui bouge, pas la mer, mais celle de la piscine d&rsquo;avant. Je sens l&rsquo;odeur du chlore, j&rsquo;entends les cris des filles éclaboussées par nos plongeons, je vois les mères en colère repêcher leurs marmots et aller se plaindre aux maîtres-nageurs, je suis enveloppé d&rsquo;une chaleur humide et il y a de la buée sur les vitres&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne me souviens pas d&rsquo;avoir sauté&#8230;..</p>
<p style="text-align: justify;">Quand je me suis réveillé à l&rsquo;hôpital, j&rsquo;ai vu des types à l&rsquo;air vraiment sérieux qui m&rsquo;ont annoncé que je ne remarcherai jamais&#8230;Sur le moment je l&rsquo;ai mal pris. Puis après quelques mois de rééducation intensive, j&rsquo;ai décidé de balader mon fauteuil roulant dans les collèges pour expliquer à tous ces gamins que l&rsquo;alcool et les drogues diverses font faire des choses qu&rsquo;on passe une vie à regretter&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Claude</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Année deux mille trois cent quatorze après JC</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant que John Lynch menait rondement ses investigations archéologiques, Bruce son jeune assistant, observait la salle étrange qu’ils venaient de mettre à jour, dont les vitraux exigus laissaient passer une lumière  blafarde sur les murs blancs ornés de signes multicolores. Le silence qui régnait lui laissait paradoxalement imaginer le tumulte d’un temps obscur, l’effervescence d’une foule joyeuse aujourd’hui disparue. Une certaine perplexité l’envahissait soudain.</p>
<p style="text-align: justify;">John s’installa sur un coin de faïence et écrivit sur sa tablette numérique :</p>
<p style="text-align: justify;">«  La découverte récente dont je suis à l’origine est majeure. Elle éclaire de manière manifeste nos connaissances jusque-là balbutiantes des rites et coutumes du XXIe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">La mise à jour du tombeau d’un dignitaire dont on peut situer le pouvoir entre 1990 et 2030 tend à prouver les points suivants :</p>
<p style="text-align: justify;">L’immense fosse vide était l’emplacement du corps du défunt entouré des biens nombreux accumulés durant son règne. Des pillards en ont enlevé toute trace.</p>
<p style="text-align: justify;">Les piédestaux numérotés sont sans nul doute les vestiges de joutes oratoires organisées à l’époque pour départager les prétendants à la fonction suprême.</p>
<p style="text-align: justify;">Les peintures décorant les murs adjacents restent un mystère. Je m’orienterais aujourd’hui vers l’hypothèse d’un panégyrique à la gloire du personnage, voire un hymne illustrant les faits glorieux de l’élu du peuple. »</p>
<p style="text-align: justify;">John se leva, parcourut lentement les abords de la cavité avec l’air suffisant d’un piètre scientifique sûr de son effet après des conclusions hâtives.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant ce temps, Bruce s’était aventuré seul au milieu de quelques guérites qui longeaient la fosse. Par terre, dans un amas de poussière, il trouva un petit manuscrit à carreaux, jauni,  froissé, devenu presque illisible, sur lequel était écrit maladroitement à la main un message sibyllin : « Té tro bel. J’ te kiffe. Atant moi en sortant de la picine ». Il s’empressa de l’apporter à son patron.</p>
<p style="text-align: justify;">John prit le papier et le relut plusieurs fois à voix haute. Il regarda alors autour de lui et, d’un geste désinvolte le déchira en morceaux, murmurant froidement à Bruce : « On laisse tomber çà ; on ne va tout de même pas ici réinventer l’Histoire ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Nady</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Exposition des œuvres du célèbre photographe Julien Ribot organisée par le Musée de la Poste à l’Espace Niemeyer, Entrée libre, Paris, le 29 octobre 2016</p>
<p style="text-align: justify;">Une femme est plantée là, devant ce cliché, depuis une bonne vingtaine de minutes… Cette femme s’appelle Leena. Le gardien est passé 2 ou 3 fois vers elle pour s’assurer qu’elle allait bien et que rien de grave ne se préparait. Elle était élégante dans son manteau ajusté, pas de risque de ceinture explosive en vue et surtout elle ne gênait personne dans la bulle qu’elle s’était confectionnée autour d’elle. Il a juste remarqué que ses yeux étaient écarquillés et semblaient scruter chaque détail de la photo ; son regard et tout son être étaient plongés dans l’œuvre comme si elle avait réussi mentalement à pénétrer à l’intérieur du cliché, à l’intérieur de cette piscine abandonnée et riche de graffitis. L’attention de Leena ne pouvait pas se détacher de ce lieu surprenant, vide, tourmenté, unique, moche… Moche ??? non, ce n’est pas ce qu’elle voulait dire mais c’est le premier mot qui arriva dans le flux de pensées des souvenirs de sa propre vie qui émergeaient, là, à ce moment précis, devant cette photographie  : bien que remplie à l’hiver de son existence, sa vie n’a pas toujours été ainsi ; vide et abandonnée ont plutôt été ses qualificatifs depuis sa naissance : abandonnée par sa mère en naissant sous X dès son arrivée sur Terre, abandonnée par les hommes qu’elle ne pouvait pas retenir tant son être était tourmenté et empli de violence intérieure qui ne tolérait pas les caresses, abandonnée par son fils qui ne supportait plus une mère « Relou » et qui décida d’aller vivre chez son père… Bref, le cycle se répétait inlassablement… Jamais 2 sans 3 dit le dicton, mais comme sur ce cliché il y a eu un chiffre 4… On lui en voulait, ce n’était pas possible autrement !</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, au printemps de sa vie, quand Leena s’est vue abandonnée par le système capitaliste, seul monde où elle se sentait à sa place, valorisée par des primes conséquentes, un déclic s’opéra en elle : elle était abandonnée encore une fois, certes, mais ce n’était pas comme les abandons précédents dans les larmes, fracas et mots durs ! Là, elle entendait : « ce n’est pas de votre faute, vous avez de grandes qualités, ne baissez pas les bras, vous retrouverez facilement, vous êtes un bon élément pour une société mais là hélas la conjoncture mondiale est en crise et on ne peut plus vous garder car on n’a plus de liquidités pour payer votre salaire » et avec ces paroles là, ça change tout !</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr que la terre trembla sous ses pieds à l’annonce de son licenciement… Bien sûr que le monde autour d’elle avait revêtu un voile sombre mais elle y distingua encore des couleurs à travers la brume comme les graffitis de cette piscine abandonnée. Au moment précis de l’annonce de cette fin professionnelle, elle ressentit une chaleur en elle. Elle avait touché le fond et brûlait, elle se brûlait… c’était intense et merveilleux. Il lui a fallu de longs mois de travail sur elle pour renaître de ses cendres. Puis, petit à petit, elle attaqua la rénovation de sa piscine intérieure, aidée par de nombreuses nouvelles et belles rencontres qui ont cru en elle pendant ces années sombres de chômage. Jusqu’au jour où l’eau recommença à couler à flot dans une piscine à débordement et Leena donna un coup de pied au fond et remonta à la surface, belle et resplendissante, comme ce jour où elle décida de venir visiter l’exposition des photos de Julien Ribot, un artiste qu’elle suit depuis quelque temps et qui la fascine à travers ses clichés de lieux déserts. Prochaine expo de prévue pour Leena  : celle ayant pour thème le temps suspendu dans ce même lieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte d&rsquo;Adèle</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Cela faisait quelques jours que Fabien et sa bande avaient repéré les lieux. La piscine du 15ème arrondissement. Leur piscine. En cinq ans elle avait beaucoup changé et pas en bien.</p>
<p style="text-align: justify;">La piscine était maintenant à l’abandon, vide, laide, et promise tôt ou tard à une destruction dès que la mairie en donnerait l’ordre. Probablement verrait-on pousser à son emplacement un ilot d’immeuble ou  un supermarché avec un parking, qui servirait le dimanche de terrain de jeux aux skaters du quartier.</p>
<p style="text-align: justify;">Lui aussi glissait en silence sur ses roues, accompagnés de ses deux amis fidèles, ceux qui l’avaient toujours suivi dans ses plans foireux, ceux avec qui le maître mot était confiance.</p>
<p style="text-align: justify;">La disparition programmée de la piscine, cet espace qui avait marqué leur vie, ils ne l’acceptaient pas. Lui encore moins que les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans quelques heures le soleil se lèverait, il fallait faire vite. Chacun était équipé d’un sac à dos, que lui portait comme d’habitude en ventral.  Ils pénétrèrent rapidement dans le bâtiment, pour ne pas être vus, par la porte  que l’un d’entre eux était venu forcer la nuit d’avant. Portant les quelques planches déposées la veille, ils avaient traversé les anciens vestiaires, les casiers aux portes arrachées, le local des douches au carrelage moisi et s’étaient arrêté au bord du bassin, saisis par l’immense volume de la piscine vide.</p>
<p style="text-align: justify;">« Allez les gars, on y va ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Comme toujours, Fabien avait donné le signal de l’action. Les deux autres avaient installé les planches en un plan incliné et Fabien avait roulé avec adresse sur le fond autrefois carrelé de la piscine, où quelques flaques d’eau de pluie, tombée à travers le toit crevé du bâtiment, rappelaient vaguement la masse d’eau chlorée contenue jadis entre les quatre parois verticales.</p>
<p style="text-align: justify;">Vide, la piscine offrait une perspective inattendue. S’il faisait abstraction de l’accès provisoire fourni par les planches, Fabien se voyait dans un immense et sombre tombeau de béton. Le plongeoir des dix mètres, au-dessus de lui, lui semblait si petit, si loin, un rêve, un vague souvenir, une nausée, un vertige.</p>
<p style="text-align: justify;">D’un effort musculaire, il vira sur place, autant que le permettaient ses roues.</p>
<p style="text-align: justify;">« Lumière ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Ses amis mirent en route  les deux projecteurs de chantiers sur batterie, empruntés pour cette nuit.</p>
<p style="text-align: justify;">Fabien sortit de son sac les bombes de peinture, les posa sur ses genoux, et commença à tracer les contours de la fresque cent fois imaginée. Il avait eu bien le temps d’y réfléchir. Il fallait du noir, beaucoup de noir, des angles aigus, des cassures, des lignes brisées qui dégringolaient vers le fond. Le geste était saccadé mais précis, la surface était immense, il travaillait sans s’arrêter. Une douleur apparut, qui diffusait de ses doigts contractés sur la bombe jusqu’à son épaule, puis coulait comme de la lave dans le bas de son dos. Une bombe, deux bombes, trois bombes. Il se souvenait de la souffrance, il grimaçait, contenant sa violence à grand-peine.</p>
<p style="text-align: justify;">« ça va Fabien ?»</p>
<p style="text-align: justify;">La voix de l’ami le ramena au présent.</p>
<p style="text-align: justify;"> « Passe-moi le gris et le blanc »</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps que les couleurs éclaircissaient la fresque, le geste se faisait plus doux, plus rond, ajoutant quelques courbes, remplissant le vide. Les muscles se déliaient, l’esprit s’apaisait, les traits du visage se détendaient.</p>
<p style="text-align: justify;">A travers les étroites fenêtres du bâtiment, un peu de lumière commençait à filtrer, le jour pointait. Le temps pressait. Le gris des parois reculait sous les jets de peinture.</p>
<p style="text-align: justify;">Aux premiers rayons du soleil, il s’empara fébrilement de la bombe de jaune, coiffant chaque motif d’un trait vif, qui éclairait et donnait de la profondeur à tout l’ensemble. Il y était presque.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ajouta deux étoiles, leur éclat illuminait le tableau autant que le sourire sur son visage.</p>
<p style="text-align: justify;">« ça y est, les gars, j’ai fini »</p>
<p style="text-align: justify;">Il se tourna vers eux, avide de leur réaction. A leur immobilité, à leur silence, à leur regard étonné dans lequel il lisait du respect autant que de l’admiration, il comprit qu’il avait réussi.</p>
<p style="text-align: justify;">Il avait tout mis dans son tableau : le pari stupide, le saut du plongeoir, le trou noir, les mois d’hôpital, le combat vers la vie, la renaissance. Et les deux amis.</p>
<p style="text-align: justify;">Il sortit son appareil photo, visa le mur peint, prit la photo, et pivota rapidement pour déclencher sur les visages devant lui.</p>
<p style="text-align: justify;">« Allez, on dégage avant de se faire prendre. J’ai encore besoin d’un coup de main, la pente est trop raide pour mon fauteuil roulant, vous pouvez me pousser pour sortir de là ? »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo, mais publiés en d&rsquo;autres lieux</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1WnABbFoIwMqswt9VPNP2_2OnhbSKz5LcpPq74xMDL8c/pubhtml?gid=160645801&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="500" height="550"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/urbex-fiche-dexploitation-n-237/17568/">Urbex : Fiche d&rsquo;exploitation n° 238</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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