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	<title>Archives des Romaric Cazaux - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des Romaric Cazaux - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Atelier d&#8217;écriture n°276</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Sep 2017 13:42:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle photo ! Hop, hop, hop ! Je lirai et commenterai tous vos textes samedi ! En attendant, pour ceux qui souhaiteraient déjà travailler sur la photo, la voici [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle photo ! Hop, hop, hop !</p>
<p>Je lirai et commenterai tous vos textes samedi ! En attendant, pour ceux qui souhaiteraient déjà travailler sur la photo, la voici ! 🙂</p>
<p>Amusez-vous bien !</p>
<div id="attachment_20189" style="width: 1986px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-20189" class="size-full wp-image-20189" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2017/09/8707206936_915963b72b_o.jpg" alt="" width="1976" height="2965" /><p id="caption-attachment-20189" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p><span id="more-20183"></span></p>
<p>Merci <a href="https://www.flickr.com/photos/romaric-cazaux/13815349585/sizes/o/" target="_blank" rel="noopener">Romaric</a> !</p>
<p>Le formulaire à remplir ! Et rendez-vous lundi matin pour la lecture des textes !</p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLScfd7LCIaaL8iSjaHR1x3t5QSi3ZMttDzMSGLJV9fohnNdxiw/viewform?embedded=true" width="760" height="500" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
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		<title>Bérézina dans l&#8217;air !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Sep 2017 03:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
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		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chaque lundi, à 10h, heure du sacro-saint café, Joanne K et Robert se retrouvaient. Qu&#8217;il pleuve, vente, ou neige, le lundi était sacré. Lundi, jour du débrief de l&#8217;atelier. Mais [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_20110" style="width: 710px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-20110" class="size-large wp-image-20110" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2017/09/15259002148_d3d30f4f4a_o-700x466.jpg" alt="" width="700" height="466" /><p id="caption-attachment-20110" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p style="text-align: justify;">Chaque lundi, à 10h, heure du sacro-saint café, Joanne K et Robert se retrouvaient. Qu&rsquo;il pleuve, vente, ou neige, le lundi était sacré. Lundi, jour du débrief de l&rsquo;atelier. Mais la pause ne commença pas comme d&rsquo;habitude.</p>
<p style="text-align: justify;">Robert fulminait, lui habitué à être assis sur sa chaise, faisait les cent pas :</p>
<p style="text-align: justify;">-Je n&rsquo;y crois pas ! Elle l&rsquo;a fait !<br />
&#8211; Oui, enfin, il fallait s&rsquo;y attendre, non ? Après 7 ans d&rsquo;atelier chaque lundi,  cela devait bien que cela arrive un jour.<br />
&#8211; Non, c&rsquo;est elle la patronne, elle n&rsquo;a pas le droit de ne pas publier de texte. C&rsquo;est son bébé, son antre, son bijou. Et là, rien, pas de texte.<br />
<span id="more-20144"></span></p>
<p style="text-align: justify;">JK réfléchissait sur la déontologie d&rsquo;un atelier d&rsquo;écriture, les yeux rivés sur cette robe rayée de la vitrine.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8211; Moui, n&#8217;empêche, si Leiloona n&rsquo;écrit pas sur cette photo, qui parlera de nous ?</p>
<p style="text-align: justify;">La femme déplia ses jambes, mue par une idée soudaine !</p>
<p style="text-align: justify;">-En fait, tu sais quoi ? Son absence sur cet atelier m&rsquo;a donné envie d&rsquo;écrire ! Je vais écrire une histoire et je lui enverrai illico par mail !</p>
<p style="text-align: justify;">Voici comment JK R. prit un jour sa plume pour ne plus la lâcher.<br />
Voici comment Robert envoya un mail à Leiloona avec ces deux mots : « Mission accomplie ».</p>
<p style="text-align: justify;">(NB : Promis, je reviens vers vous dès la semaine prochaine.)</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K, le 10 septembre 2017</p>
<p style="text-align: justify;">————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Nady</strong></p>
<div class="m_-7591818681588879754gmail-" style="text-align: justify;">
<div class="m_-7591818681588879754gmail-_1mf m_-7591818681588879754gmail-_1mj">3 mois et 15 jours que je suis là, dans le village de mon enfance, à la terrasse de ce café, en face de la boutique éphémère « La pluie et le beau temps », pour écrire mon second roman… Le premier a eu un succès certain il y a deux ans et mon éditeur m’avait de suite demandé de me mettre au travail pour un tome 2 mais c’est à ce moment là que le vieux a décidé de crever ! Décidément, il aura bousillé ma vie jusqu’au bout ! Même si j’ai quitté le toit familial à ma majorité, on dirait qu’il a attendu que mes années de galère soient terminées, pour, en pleine promotion de mon roman, qui commençait à plaire, me signifier qu’il existait en arrêtant de respirer sur cette terre ! Comment maman a-t-elle fait pour supporter ce crétin pendant plus de 45 ans ?</div>
</div>
<div class="m_-7591818681588879754gmail-" style="text-align: justify;">
<div class="m_-7591818681588879754gmail-_1mf m_-7591818681588879754gmail-_1mj">C’est drôle que ces souvenirs reviennent à ma mémoire à cet instant précis, après avoir tapé près de 220 pages et maintenant que j’en suis à écrire la conclusion… ça doit être déjà la nostalgie de voir la fin de ce congé sans solde arriver dans 2 semaines qui doit raviver toutes ces pensées ! J’aurais même dû prendre 2 mois supplémentaires sans solde… c’est vrai quoi ! Maintenant que j’ai rasé la maison du vieux pour y construite une maisonnette bien fonctionnelle qui connait beaucoup de succès en location AirBnB, j’aurais pu avoir assez d’économie, avec en plus les gains de mon premier roman pour tenir encore un peu ; mais il faut reconnaître aussi que le loyer de mon studio dans la capitale me revient très cher… Enfin, je ne peux plus revenir en arrière maintenant, mon patron m’attend en début de mois prochain et je me dois de finir ce roman d’ici là… Mais je vous avouerai que je sèche un peu depuis quelques jours… Disons que mon esprit est de plus en plus souvent attiré en face et ma curiosité redouble à chaque fois que je vois Jean ouvrir sa porte…</div>
</div>
<div class="m_-7591818681588879754gmail-" style="text-align: justify;">
<div class="m_-7591818681588879754gmail-_1mf m_-7591818681588879754gmail-_1mj">Jean c’est le monsieur de la maison d’en face, à côté de la boutique éphémère. D’après le patron du café, il a perdu sa femme l’an dernier et est visiblement tombé en dépression. Il n’a pas trop l’habitude de se montrer ; quelquefois on le voit aller chercher du pain et depuis le décès de son épouse, c’est la mairie qui lui livre ses repas et parfois une aide ménagère. Jean a pris plus de 20kg en l’espace de quelques mois m’a-t-on dit…</div>
</div>
<div class="m_-7591818681588879754gmail-" style="text-align: justify;">
<div class="m_-7591818681588879754gmail-_1mf m_-7591818681588879754gmail-_1mj">La dame avec qui il discute c’est Françoise, une chic femme ! Son mari travaille en Afrique où elle vit ; et cette année, d’avril à la fin de l’été, elle a décroché un poste pour tenir cette boutique éphémère, histoire d’occuper son temps pendant ce passage en France. Elle et son mari habitent à 5km de là, dans leur maison secondaire. Françoise a un je-ne-sais quoi de très avenant ; elle parle avec tout le monde et sait ne pas empiéter sur l’intimité de chacun. Nous déjeunons ensemble parfois certains midis et ses histoires d’Afrique m’ont donné quelques idées d’écriture d’ailleurs, il faudrait que je le lui dise à l’occasion.</div>
</div>
<div class="m_-7591818681588879754gmail-" style="text-align: justify;">
<div class="m_-7591818681588879754gmail-_1mf m_-7591818681588879754gmail-_1mj">Il y a un mois de cela, sur les coups de 11h, j’ai vu Jean sortir de chez lui pour aller chez le coiffeur au bout de la rue. Françoise était assise sur le banc, fumant une clope et attendant le chaland. Bien que plongé dans l’écriture de mon roman, je n’ai pu m’empêcher de relever la tête quand j’entendis Françoise saluer Jean en lui souhaitant une bonne journée et le complimentant sur sa nouvelle coupe. Même lui je crois, il a été surpris… C’est tout de même rare de croiser un inconnu, qui plus est une femme, et de recevoir une telle marque d’attention, non ? Il n’y a qu’en randonnée qu’on se salue !</div>
</div>
<div class="m_-7591818681588879754gmail-" style="text-align: justify;">
<div class="m_-7591818681588879754gmail-_1mf m_-7591818681588879754gmail-_1mj">Du coup Jean, bien qu’interloqué, s’est arrêté tout en cherchant désespérément ses clés pour vite rentrer se cacher. Françoise n’a pas lâché et a continué un semblant de conversation sur la pluie et le beau temps, thème sur lequel elle était rodée avec l’enseigne de sa boutique. Ça n’a pas duré longtemps mais tout de même 5 minutes, montre en main, quand Jean retrouva enfin son trousseau et alla s’enfermer devant la télé… Le lendemain, mine de rien, Jean ouvrit la porte comme pour aérer son intérieur, chose qu’il ne faisait jamais… Par le plus grand des hasards, Françoise était sur le pas de porte de sa boutique… les clients se faisaient rares en cette fin d’été, surtout que les soldes étaient terminées ! Alors, qu’est il arrivé d’après vous ? Et bien ils ont discuté… un peu plus longuement que la veille cette fois ci, un quart d’heure peut être… toujours de la pluie et du beau temps et des attentats de Paris aussi mais tout cela semblait si loin de ce petit village paisible. Le lendemain et les jours suivants, on avait l’impression qu’ils s’étaient donné rendez-vous sans le faire exprès… Jean ouvrait de plus en plus souvent son entrée mais n’arrivait toujours pas à franchir le pas de s’afficher complètement à l’extérieur. Ils auraient pu venir discuter en terrasse de ce café après tout ! Mais Jean ne semblait pas encore prêt, alors il prenait sa chaise qu’il rapprochait de l’entrée et les voilà engagés dans plein de sujets de discussion… Parfois Françoise s’échappait servir une cliente ou une famille devant la vitrine ou qui entrait dans la boutique… Jean en profitait pour se désaltérer et dès qu’il entendait Françoise revenir sur le banc, il reprenait place joyeusement sur sa chaise devant l’entrée… De mon côté je n’oubliais pas que ma priorité était de finir ce roman avec le temps qui filait mais je me laissais distraire avec ces deux là… J’aimais beaucoup les écouter le mardi matin car là Jean expliquait à Françoise ce qui s’était passé dans l’Amour est dans le Pré la veille, une émission qu’il suivait assidûment cette année. Etait ce le signe que son deuil se terminait pour laisser à nouveau son cœur battre d’amour ? Il semblait défendre le choix de Francis qui avait ramené deux prétendantes chez lui : l’une experte dans les travaux agricoles et l’autre juste amoureuse des yeux de Francis et se pliant en quatre pour satisfaire ses papilles avec de bons petits plats. Et c’est elle que Francis avait choisi ! Il fallait voir Jean argumenter à Françoise que Francis avait fait le bon choix car l’amour c’est plus important qu’une aide dans les travaux de la ferme ! C’est à ce moment d’ailleurs que j’avais voulu le filmer pour publier cette captation sauvage sur mon mur facebook… Oui, je sais que ce n’est pas bien de faire cela mais rassurez vous, la vidéo n’a pas fonctionné et c’est ce cliché qui a été pris. Un super souvenir pour moi surtout quand je vois l’air dubitatif de Françoise pendant l’argumentation de Jean ; je ne pouvais m’empêcher de penser aux discussions que j’avais avec elle sur sa fille, se plaignant souvent de la charge mentale qui l’épuisait avec ses 4 enfants, son travail et son mari souvent absent…</div>
</div>
<div class="m_-7591818681588879754gmail-" style="text-align: justify;">
<div class="m_-7591818681588879754gmail-_1mf m_-7591818681588879754gmail-_1mj">Le temps passait donc agréablement ainsi entre mes mots et leurs maux qu’ils échangeaient devant la terrasse du café. Ce que je retiendrai de cette retraite active autour de l’écriture, sera ce moment de rencontre de 2 êtres que tout opposait et qui pourtant ont eu beaucoup de choses à se dire… Il parait qu’il y a des personnes qui nous font rire plus fort, qui rendent nos sourires plus vrais, nos larmes un peu moins douloureuses et nos vies tout simplement meilleures… Je pense que Jean a trouvé son ange… Puisse t il retrouver l’énergie qu’il a perdue pour entamer dorénavant, au départ de Françoise, une nouvelle vie, où règneront à nouveau légèreté et bonheur…</div>
</div>
<p style="text-align: justify;">————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Ludo</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Jeanne lève le rideau de fer, est surprise par le soleil qui l’éblouit. Elle démêle cheveux et lunettes qui se sont noués comme dans un serment d’amour et chausse ces dernières. Elle s’avance sur le trottoir et déploie, manivelle en main, le auvent de sa boutique de vêtements. Le strident grincement par lequel il se plaint d&rsquo;être ainsi réveillé, pourrait être désagréable aux oreilles de Jeanne. Mais elle sait que c’est lui qui donnera le signal à Raymond, l’avertira que c’est l’heure de leur rituel café, elle, sur le banc qui longe la fenêtre de la maison, lui, un tabouret sur le pas de la porte, mais à l&rsquo;intérieur, toujours.<br />
Cela avait commencé quelques mois plus tôt, un jour de peu d’affluence à la boutique, Jeanne s&rsquo;était installée sur le banc, un livre à la main. Raymond, seul à sa fenêtre, surveillant le temps qui s&rsquo;écoule sans autre but que de laisser vieillir les humains, lui avait alors proposé un café. Le premier d’une longue série interrompue seulement par les dimanches, jour de fermeture de la boutique de Jeanne. Elle avait accepté, et naturellement, la conversation s&rsquo;était engagée autour de la lecture en cours de Jeanne, elle lui avait dit l’histoire de cette femme abandonnée dans l&rsquo;hiver glacial de cette nuit de Saint Sylvestre, dans un pays nordique. Elle avait raconté la neige, le froid dont on ne sait si il est dû à l’hiver ou à la solitude… Elle avait lu un passage à voix haute et le plaisir dans les yeux de Raymond. Alors le rituel s&rsquo;était installé, chaque matin, elle avait oralisé quelques pages pour lui, en échange de son café amer et brûlant qui réchauffait le corps tout entier.<br />
Elle patiente des secondes qui lui paraissent des heures, tente de prendre un air détaché, les jambes croisées sur le banc, mais Raymond n’ouvre pas. L&rsquo;inquiétude monte, insidieuse…</p>
<p style="text-align: justify;">Raymond avait dû fouiller un peu dans les cartons du grenier. Il y a bien longtemps que les livres avaient quitté sa vie, la lecture ne faisait pas partie de ses passe-temps. Le jour où Jeanne avait raconté la première histoire et lu pour lui quelques pages, il avait senti grouiller son ventre et se former un sourire sur ses lèvres. Il avait aimé sa voix douce, sa manière de dire les mots, de leur donner une épaisseur, de les faire naître sur sa langue, puis de les laisser s&rsquo;échapper de ses lèvres roses, charnues, sensuelles… ce sont des mots qu’il apprenait en l’écoutant, parce que comme les livres, ces mots avaient fui son vocabulaire depuis longtemps, lui l&rsquo;éternel célibataire se refusait à accepter qu’il tombait amoureux de sa voisine.</p>
<p style="text-align: justify;">On est lundi et Jeanne lui a demandé, avec un sourire qui l’a désarmé, l’a fait fondre et à qui il était impossible de dire non, elle lui a demandé que ce matin, ce soit lui qui lise quelques lignes pour elle. C’est plus tard, lorsqu’il a sérieusement soupesé le problème qu’il s’est rendu compte. Il ne possédait aucun livre ou si peu, en tous cas, rien qui soit présentable à Jeanne qui lit si bien, des textes si beaux… En redescendant du grenier, un vieux roman de ses années de collégiens à la main, il en avait commencé la lecture à voix haute et l&rsquo;évidence était apparu. Il ne pourrait pas!</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque le grincement du rideau résonne, son cœur palpite, sa gorge se noue, mais il a décidé de résister, de ne pas ouvrir, de rester sourd.<br />
Trois petits coups secs claquent sur sa porte, la voix de Jeanne prononce son prénom. D&rsquo;habitude il aime ces deux syllabes dans sa bouche, mais pas ce matin, il a honte, tellement honte… elle dit qu’elle s’inquiète, il ne le veut pas, alors, surmontant sa gêne, il ouvre, Le rouge et le noir à la main…<br />
Jeanne lit dans ses yeux…<br />
&#8211; ce n’est pas grave Raymond, ne soyez pas gêné. Si vous voulez, je peux vous réapprendre à lire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Miss Marple</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Tu vois Nicole, que je t&rsquo;explique,</p>
<p style="text-align: justify;">Oui je sais, en bonne bretonne élevée au bon lait frais comme dans le temps, que vous alliez chercher à la ferme dans des pots à lait, des petits, pas de la taille de celui qui se trouve en décoration devant ma porte, tu ne vas pas croire ce que je vais te raconter.</p>
<p style="text-align: justify;">Difficile en effet quand on n&rsquo;a pas quitté ce petit coin de France, peut être même pas cette rue, comme toi..voyons qu&rsquo;est ce qui a changé en 50 ans ??<br />
le nom de cette boutique «  la pluie et&#8230; » le beau temps, je suppose .. les vêtements qui s&rsquo;y vendent, oui.. c’était une mercerie avant, non ?? une quincaillerie ou un marchand de couleurs !</p>
<p style="text-align: justify;">Difficile de croire qu&rsquo;il y a une autre vie ailleurs, que J&rsquo;ai eu une autre vie ..</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant que tu voyais, de loin..Mai 68.. plus d&rsquo;essence pour ton solex bleu, mais la plage , elle est ici, pas sous les pavés comme ils disaient à Paris !!, tu portais des robes à fleurs, tu rêvais de partir en combi volkwagen, tu fumais Dieu sait quoi, tu voulais virer de Gaulle mais tu n&rsquo;avais pas le droit de vote, à l’époque on votait à 21 ans, nous étions donc «  mineurs » !</p>
<p style="text-align: justify;">As tu idée de ce que j&rsquo;ai osé faire ? Regarde, je mime, regarde moi bien, observe la position des jambes, de la tête et même des bras !</p>
<p style="text-align: justify;">Non, pas du qi gong ni du tai chi, on n&rsquo;en parlait pas, regarde mieux, tu ne comprends pas, pourtant c&rsquo;est facile, allez je t&rsquo;aide par quelques mots : mawashi, atari, basho,chiri-chozu et surtout chanko-nabe, le repas qui nous était servi cinq à sept fois par jour.. et pour finir, Intai..la retraite.. eh oui, j&rsquo;étais SUMO !!</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Valérie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">La vie réserve bien des surprises à chacun d’entre nous, des bonnes et des moins bonnes. Nous avions tout pour être heureux, enfin je le croyais. Nous vivions dans une petite ville en bord de mer non loin de Marseille. Nous bénéficions d’un climat agréable toute l’année, pouvions profiter des plaisirs de la mer autant que nous le souhaitions. Mon père, comptable dans une grosse banque travaillait en ville et ma mère tenait la petite mercerie qui jouxtait notre maison de ville. J’adorais la rejoindre dans son univers. Les cotons et les laines de toutes les couleurs, les boutons de toutes les formes, les tissus, les patrons…tout me fascinait dans sa boutique. Ecouter les clientes de maman échangeaient sur leurs projets, la petite robe qu’elles étaient en train de coudre, le tableau qu’elles brodaient, la barboteuse qu’elles tricotaient…était pour moi un vrai plaisir. J’enregistrais tout. Maman connaissait ses produits sur les bouts des doigts mais était d’une maladresse telle qu’elle ne pouvait s’adonner à aucune de ces activités, à mon plus grand regret. J’aurais tant voulu apprendre …</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, j’étais heureuse.  Une seule chose me manquait peut-être, un frère ou une sœur. J’y pensais parfois, me disant à quel point il serait agréable d’avoir un compagnon de route pour partager avec lui mes jeux, mes joies, mes peines. J’avais des amis bien sûr comme tout le monde mais ce n’est pas pareil. Enfin j’imagine. Je n’ai su que, il y a quelques années, que ce manque avait été encore plus fort pour la personne qui m’était la plus chère au monde, ma mère. Alors qu’elle avait à peine quarante-cinq ans et moi vingt, maman s’est effondrée dans sa boutique, une crise cardiaque, une mort aussi subite que violente. C’est mon père qui l’a trouvée en rentrant du travail le soir. Quand je suis arrivée de la fac, on l’entendait hurler de la rue.</p>
<p style="text-align: justify;">A peine entrée dans l’âge adulte, il a fallu que je gère l’enterrement de maman car papa, rongé par la tristesse, en était incapable.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est en rangeant ses affaires, que j’ai découvert tout un pan de son existence jusque-là ignoré. En classant les papiers, je suis tombée sur le livret de famille où j’ai lu que mes parents avaient eu un garçon cinq ans avant moi et que ce dernier était mort accidentellement à peine âgé de trois ans. Je comprenais d’un coup les tremblements incessants de ma maman, son air ailleurs parfois, sa sur protection vis-à-vis de moi. Elle m’avait aimée mais ne s’était jamais remise de l’absence de son fils. Elle se sentait sans doute coupable et devait vivre avec la peur que cela recommence. C’est à ce moment aussi que j’ai découvert qu’elle prenait des antidépresseurs depuis des années, sans doute responsables de son arrêt cardiaque.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai dû arrêter mes études pour veiller sur mon père. Il ne s’en remettait pas, il pleurait à longueur de journée. Il ne sortait plus, n’allait plus au travail, il s’était mis à boire et à manger n’importe quoi n’importe comment. Il a pris kilos sur kilos et est devenu obèse et impotent. Je ne pouvais pas le laisser seul. J’avais trop peur.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré notre douleur, nous avons cependant dû réagir. Mon père était passé à demi-traitement et nous allions bientôt plus pouvoir payer les différentes traites, de la maison et de la boutique. C’est alors que j’ai proposé à mon père de rouvrir la mercerie, ce lieu qui renfermait malgré tout tant de bons souvenirs. Il a accepté.</p>
<p style="text-align: justify;">Les débuts ont été difficiles, mais petit à petit les clientes m’ont fait confiance et de bouche à oreille ma clientèle a augmenté. J’ai diversifié un peu les services proposant tout d’abord des retouches. Et me familiarisant avec ma machine à coudre, j’ai mis en place des ateliers de couture. Les participantes, ravies de leur petite trousse ou de leur petit sac repartaient avec le sourire et m’encourageaient vivement à développer mes talents de couturière. J’ai donc commencé à piocher dans les nombreux patrons du magasin et j’ai essayé, parfois avec succès d’autre fois moins. Je coupais du soir au matin, piquais, surpiquais, défaisais, recommençais… Au bout de quelques années je suis devenue experte et j’ai même réussi à créer deux modèles de robe que je réalise aujourd’hui encore à la demande des clientes, après avoir choisi avec elle le tissu le plus adapté à leur teint, leurs courbes… Pour m’aider à répondre à la demande j’ai même embauché une couturière.  C’est ainsi que peu à peu j’ai redonné vie à la boutique de ma maman dont j’ai conservé le nom « La pluie et le beau temps », nom qui m’a intriguée petite mais qui prend  tout son sens aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon père est fier de moi. Tous les jours depuis plus de trente ans, on se retrouve pour papoter un peu dès que j’ai un moment. Il n’est jamais retourné au travail mais il gère la comptabilité de la boutique.  Il a retrouvé un peu le sourire mais n’a pas perdu ses kilos. En rigolant, il me dit souvent que c’est sa bouée pour ne pas se noyer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte d&rsquo;Adèle</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">L’heure des confidences<br />
Angelina avait, comme on dit, fait sa vie à Paris, bien loin de sa famille sicilienne. Quarante années pendant lesquelles elle avait d’abord trouvé du travail comme serveuse ou vendeuse, puis avait fondé une famille. Elle venait certaines années en vacances à Céfalu, pour se reposer et rendre visite à ses parents.<br />
Ses enfants, quoi de plus normal, étaient partis à leur tour, puis avait sonné l’heure de la retraite et, presque aussitôt, par surprise ou par traitrise, son mari s’en était allé manger les pissenlits par la racine.<br />
Paris était devenue ville trop grise, elle avait fait ses valises, direction son île bordée de ciel bleu et de rochers, un été à se faire bercer par la mer et la tendresse de son grand frère Adriano, à visiter oncles et tantes, cousins et cousines, et dieu sait qu’ils sont nombreux dans les tribus italiennes.<br />
Après aout écrasant, septembre promettait de belles journées. A dix neuf heures, avant le traditionnel vin blanc-campari, Angelina et Adriano s’asseyaient ensemble, elle dehors, sur le banc, avide des derniers rayons du soleil et lui à l’intérieur, suant et transpirant malgré l’ombre, malgré l’abri et la fraicheur de l’ancienne charcuterie familiale, transformée en logement au jour où Adriano avait déposé son tablier gris et ses couteaux.<br />
De part et d’autre du perron ils devisaient avec légèreté, partageant leurs souvenirs, ou faisant semblant, la mémoire est parfois capricieuse, quand les émotions et les sentiments sont partie prenante. Ils recommençaient leurs chamailleries d’enfants et cela faisait un bien fou à Angelina, et lui donnait l’impression que tout était à recommencer.<br />
Il y avait un sujet qu’ils évitaient, par respect pour le mari, fraichement disparu. Mais ce soir-là c’est elle qui commença à parler, sans regarder son frère, la tête levée, comme si elle parlait aux étoiles. Lui, derrière, écoutait.<br />
«Dino, [car c’était ainsi qu’elle appelait son frère depuis toujours], Dino, tu te souviens de Gino, le fils des Bellini, celui qui m’emmenait faire des tours de Vespa le dimanche, pendant que papa et maman étaient à la messe ? Qu’est-ce que j’ai pleuré quand il a disparu sans prévenir, du jour au lendemain ! J’avais seize ans, et lui vingt. C’est l’année où tu as arrêté le football. Tu venais d’entrer en apprentissage dans la charcuterie du papa et tu as commencé à grossir. Dino, est-ce que personne n’a jamais eu des nouvelles de Gino depuis ce jour?»<br />
Pas de réponse. Assis dans son dos, Adriano gardait le silence.<br />
«Tu vois, je n’ai jamais eu de chance avec mes amoureux. Tu te rappelles de Luca, le beau brun qui mettait toujours du gel sur ses mèches ondulées ? Lui aussi, envolé, je n’ai jamais su ce qu’il est devenu, on avait projeté de partir tous les deux à Palerme, il m’avait promis qu’on logerait dans un petit appartement prêté par sa tante, il avait du travail pour moi. Je t’avais mis dans la confidence, tu devais masquer notre départ. Tu as bien pris dix kilos, cet été-là. Tu en dis quoi, Dino ? »<br />
Elle entendit son frère se racler la gorge, mais pas une parole n’en sortit.<br />
«Le plus terrible pour moi, ce fut la désertion d’Alberto, le maçon sarde avec qui tu jouais au poker le samedi soir. Alberto, j’y tenais pour de bon. Au point de passer outre les injonctions de la mama et du curé, et de faire la chose au fond des bois, et plus d’une fois, tu peux me croire. Mais nous étions aussi imprudents l’un que l’autre et je suis tombée enceinte. Tu l’as su, puisque tu nous servais de boite aux lettres. Et deux jours après mon mot qui lui annonçait ma grossesse, plus d’Alberto, plus rien, aucune trace. Tu ne trouves pas cela bizarre, Dino ? Cette année-là, tu as dépassé le quintal et le médecin a cru que tu avais le diabète.»<br />
« Alors je vais te dire, Dino, j’ai bien réfléchi dans ma petite tête, surtout ces derniers mois, parce que la mort de mon mari et mon retour sur l’île, ça a remué bien des souvenirs en moi, j’ai additionné deux et deux et j’ai tout compris ! »<br />
Derrière elle, Adriano soufflait de plus en plus fort, mais pour ce qu’elle avait à dire, elle ne pouvait pas le regarder, elle n’aurait pas eu le courage.<br />
« Dino, dis-moi la vérité, as-tu tué tous mes amants ? T’es-tu goinfré de saucisses de Gino, empiffré de pâté d’Alberto, as-tu farci tes tomates de la chair de Luca ? »<br />
Adriano poussa un petit soupir, presque un gémissement.<br />
« Angelina, tu as trop lu de romans, ton imagination a toujours été féconde, déjà toute petite tu adorais inventer des histoires. Tu as appris que la vie est cruelle, elle t’a déjà pris ton mari et je dois maintenant te ravir tes rêves de jeune fille. »<br />
« Ton Gino, il avait un petit trafic de scooters volés avec la mafia, mais comme il s’était cru plus malin, il a fini dans le port, suicidé pieds et poings liés avec un parpaing.<br />
Le Luca, c’était une petite frappe, qui avait déjà une fille qui travaillait pour lui. Tu te serais retrouvée à faire les trottoirs de Palerme, et pas pour admirer les vitrines ! J’ai été le voir avec un de mes couteaux, j’ai bien failli le faire mourir de peur, c’est vrai, mais je lui mis le marché en main, il filait par le premier bateau en partance pour l’étranger ou je lui trouais le costume.<br />
L’Alberto était encore plus lâche, quand je lui ai appris qu’il t’avait mis enceinte, il m’a avoué qu’il avait déjà une femme et un enfant en Sardaigne, qu’il allait y retourner et qu’il me laissait le soin de te l’annoncer.»<br />
Le silence s’installa. Elle sentait les gouttes de la sueur d’Adriano lui tomber sur l’épaule. Etait-ce des larmes ? Emue , elle choisit de faire diversion.<br />
« Dino, toi qui garde si bien les secrets, écoute bien, je viens de terminer le cinquième tome de ma saga, je l’ai appelé Les trois amants étonnants. Personne ne dois savoir, comme d’habitude, surtout pas les journalistes. »<br />
Adriano se pencha vers elle, entourant ses épaules de ses bras et répondit sur le ton de la plaisanterie : « Tu sais bien que je suis une tombe, ma petite Elsa ! »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Manue</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait l’air faussement désinvolte. C’était en réalité une tueuse, la meilleure, personne ne pouvait l’égaler dans son domaine et lui ne le savait pas, pas encore.</p>
<p style="text-align: justify;">La conversation avait commencé de manière totalement innocente, on aurait presque pu croire au hasard. Lui, assis là, à respirer le temps qui passe. Elle, en pleine promenade, et qui soudain ressent le besoin de s’asseoir. Ses pieds. Ses pieds lui font mal. La faute à ses nouvelles sandales lui explique t-elle. Un vrai coup de foudre. Mais malheureusement, totalement inadaptées à sa morphologie. Heureusement que son banc était là, cette pause est divine et il sent qu’elle se détend, oubliant la douleur des ampoules prêtes à éclater, cachées là, en embuscade sous les lanières.</p>
<p style="text-align: justify;">La vie est douce lui dit-elle. Quel charmant endroit … et cette boutique, à côté de chez vous, quel ravissement. Une merveille. Parce que voyez vous, j’aime les belles choses. Lui s’en doute bien, car elle a belle allure cette touriste, pas de première fraicheur c’est vrai, mais peut-il prétendre à mieux ? La première impression qu’il laisse n’est pas toujours à son avantage, il le sait, mais ensuite, il a des arguments, et très vite il passionne les femmes. Il sait s’entourer, c’est indéniable, c’est un collectionneur.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle l’a reconnu. Elle sait qu’il n’aime pas se défaire de ses meilleures pièces. Mais ces deux là, elle les aura.</p>
<p style="text-align: justify;">Tranquillement, la conversation dévie. Oui, on dirait des reproductions mais non ce sont des originaux. Mais comment peut-il les exposer ainsi à la vue de tous ? Elle est outrée. Il explique que tout est art et qu’un chef-d’œuvre, aussi rare et fragile qu’il soit, doit être vu, utilisé à ses fins premières plutôt que d’être exposé dans un musée, où il perd de son essence.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle veut les sauver, elle ! Et propose un premier prix. Il refuse.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle n’en revient pas qu’ils soient là, sous ses yeux, et que n’importe quel quidam puisse les abimer, ignorant la valeur de ce qui se trouve là ! Et la pluie, misère, la pluie, a déjà dû largement détériorer ces merveilles … sans parler des chiens, ou plutôt de leurs crottes, accrochées aux chaussures des piétons. Elle en est presque révulsée ! Et propose un deuxième prix, qu’il ne peut refuser, même s’il est largement en dessous de ce qu’elle peut encore dépenser. Avec cet argent, il va pouvoir à nouveau écumer les salles de vente et les galeries d’art.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin elle respire. Il ne l’a pas reconnue, la meilleure négociatrice du marché, travaillant pour les plus grandes fortunes et les plus célèbres fondations privées. C’est quand elle signe le chèque qu’il comprend son erreur et c’est un rien contrarié qu’il la voit partir avec les deux paillassons, pièces uniques et presque inconnues du grand public, réalisées par un immense artiste ; rarissimes, car après ces deux essais, il préféra se tourner vers la céramique. En effet, après sa période toute carrée qui avait perturbé beaucoup d’acheteurs, il ressentait le besoin de gagner à nouveau un peu d’argent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le texte de Terjit</strong> :<br />
Oscar et Marianne.</p>
<p style="text-align: justify;">Il était marin comme son père et avait passé toute sa vie dans la petite maison où il était né, tout près de Marianne, la fille de la couturière.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand ils étaient enfants il étaient inséparables ces deux-là, et comme c’était de coutume à l’époque, les parents s’entendaient sur la future vie conjugale de leurs rejetons respectifs. Pour lui le certificat d’étude puis la pêche avec son père, pour elle l’école de couture et un jour la transmission du commerce. Tout était prévu : le mariage le lendemain de la majorité de Marianne, les grossesses à répétition et la vie de famille parfaitement traditionnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette union programmée depuis l’enfance réjouissait les deux familles et ils étaient élevés comme un couple en miniature, dans cette idée inéluctable de faire leur vie ensemble. Les parents avaient même pris la peine d’installer leurs chambres de chaque côté du mur mitoyen et tous les soirs le rituel était immuable. Une prière pour se protéger mutuellement du malheur et un baiser sur la photo de Marianne posée sur le banc lors de leur habitude du matin : lui dedans, elle dehors, à se raconter leurs rêves de la nuit, ils avaient 6 ans quand le photographe les a surpris. Il faisait un court silence puis frappait trois petits coups secs sur le mur auxquels elle répondait immédiatement, pour se souhaiter bonne nuit. Tout était immuable, réglé, rassurant.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec l’arrivée de l’adolescence leurs jeux d’enfants se faisaient de moins en moins innocents, si bien qu’ils décuplaient l’envie d’être enfin adultes pour vivre leur amour si consciencieusement construit. La vie coulait normalement : Oscar partait à l’aube sur le chalutier avec son père pendant que Marianne reprisait avec amour ses vêtements usés.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr les journaux parlaient de plus en plus de tous ces rapatriés qui arrivaient à Marseille mais personne ici ne se sentait concerné, jusqu’à ce matin de juin 1962 où un autocar s’arrêtait sur la place du village. Une dizaine de familles en descendaient avec pour tout bagage « une main devant, une main derrière » comme ils disaient eux-mêmes. Ils ne ressemblaient pas à la population Bretonne : ils avaient le teint cuivré par le soleil, les cheveux uniformément bruns et parlaient fort avec des expressions inconnues.</p>
<p style="text-align: justify;">La mairie organisait leur hébergement à coup de réquisitions et la famille Benguigui s’installait de l’autre côté de la rue dans la maison de Germaine, morte quelques mois plus tôt. En guise de maison c’était plutôt un immense hangar à bestiaux avec une minuscule pièce de vie à un bout. Ils étaient quatre : les parents, Simon et Rachel, et leurs enfants, Sarah tout juste 15 ans et Gilles 21 ans passés.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien entendu ils éveillaient la curiosité, cela faisait bien longtemps que le dernier étranger aperçu ici ne venait pas de plus loin que Rennes, ou au pire Cherbourg. De leur côté il était difficile d’imaginer refaire leur vie ici, c’était tellement différent de Constantine, mais ils n’avaient pas le choix : l’Algérie était devenue indépendante. Et comme ils n’avaient rien d’adapté au climat, ils étaient obligés d’utiliser leurs maigres économies pour s’habiller chez les parents de Marianne.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier à entrer dans la boutique était le père pour acheter un pantalon, un pull et un ciré pour les jours de pluie. C’est la mère de Marianne qui le recevait et ils en profitaient pour échanger quelques mots : pour le père c’était l’occasion de paraître souriant et aimable, pour la mère de Marianne de se renseigner sur ces gens en apparence civilisés mais tout de même très différents.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain c’était au tour de Gilles de venir. Il poussait la porte d’un geste mal assuré, sursautait au « gling » de la clochette de l’entrée et restait comme pétrifié sur le seuil du magasin. Retranchée derrière son comptoir Marianne pouvait le voir de près pour la première fois. Ce qu’elle avait vu de lui au loin se confirmait à deux détails près : il était bien plus grand qu’elle ne le croyait et il avait des mains de pianiste. Elle était d’un coup aussi pétrifiée que lui et n’arrivait pas à articuler le moindre mot. Au prix d’un effort surhumain elle bredouillait un « bonjour » auquel une voix de baryton lui répondait un « Mademoiselle » aux accents de darbouka. Il n’était pas seulement beau, exotique et surprenant, il était pour Marianne l’incarnation de la virilité, un dieu de l’Olympe tombé du ciel par miracle. Quand il plantait son regard d’un noir insondable dans ses yeux bleus elle se consumait. Sa puissance était telle qu’elle savait qu’elle venait de tout perdre : son enfance, son avenir, ses parents et jusqu’à sa virginité. Mais sa décision était prise, inéluctable : il serait l’homme de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme chaque soir Oscar frappait les trois petits coups secs sur le mur de sa chambre mais pour la première fois il n’y avait aucune réponse. Quelques instants plus tard il entendait des cris, des hurlements dans la maison de ses futurs beaux-parents, puis plus rien à part des sanglots de l’autre côté du mur. Il recommençait à frapper ses trois petits coups inlassablement, mais il n’y avait jamais aucune réponse.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain matin il attendait dès l’aube devant le magasin. Marianne sortait une valise à la main totalement défaite par une nuit de calvaire. Oscar ne savait pas quoi dire alors elle se plantait devant lui et ne réussissait à dire dans un sanglot que ceci : « Gilles… je suis désolée » et elle traversait la rue vers la maison de Germaine. Dans un gémissement d’agonie Oscar appelait Marianne qui se retournait pour l’entendre dire « tu n’échapperas pas à mon amour ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le scandale était énorme dans le village, au point que la police devait garder jour et nuit la maison des Benguigui pour éviter le lynchage. Marianne était excommuniée le dimanche suivant l’affaire pour trahison envers la famille d’Oscar et parce que Gilles était juif. Poussés encore une fois à l’exil les Benguigui quittaient ce coin de Bretagne trois jours plus tard sous escorte.</p>
<p style="text-align: justify;">Les années passaient dans le silence et la souffrance de chaque côté du mur : des parents avaient perdu leur unique fille, d’autres un avenir radieux pour leur fils et les deux familles leur honneur. Mais voilà, le temps avait fait son œuvre, les témoins du scandale étaient morts et ce vieux garçon discret que jamais personne n’avait vu accompagné était devenu transparent. C’est vrai qu’en apparence il n’a plus personne, mais la réalité est bien différente : il n’est jamais seul puisqu’il n’a jamais oublié son serment.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis 50 ans il la trouve toujours aussi belle, les rides n’y changeront jamais rien.<br />
Depuis 50 ans cette photo est devenue l’album de sa vie<br />
Depuis 50 ans la photo vieillit avec eux, du moins c’est ce qu’il voit chaque soir en embrassant Marianne.<br />
Depuis 50 ans il n’espère qu’une chose : être le premier à s’effacer de la photo.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>————————————————————————————</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les textes écrits sur d&rsquo;autres blogs :</p>
<p style="text-align: justify;">
<iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/e/2PACX-1vS5_Ahp9GBzApCFzsZ6EsdGPOT00DPcYHBZ9z3cqonAFaqqCziqQKte2XLnxZSykchqnkacqQkzZ50L/pubhtml?gid=190611319&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="500" height="450"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/berezina-dans-lair/20144/">Bérézina dans l&rsquo;air !</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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		<title>Atelier d&#8217;écriture n°275</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Sep 2017 09:48:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture à contraintes]]></category>
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		<category><![CDATA[histoires multiples]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Me revoici avec la nouvelle photo ! Votre bel enthousiasme en cette rentrée faisait plaisir à lire ! Nous revoici repartis, donc ! 🙂 Cette semaine, la photo est signée [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/atelier-decriture-n275/20109/">Atelier d&rsquo;écriture n°275</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Me revoici avec la nouvelle photo ! Votre bel enthousiasme en cette rentrée faisait plaisir à lire ! Nous revoici repartis, donc ! 🙂</p>
<div id="attachment_20110" style="width: 1290px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-20110" class="size-full wp-image-20110" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2017/09/15259002148_d3d30f4f4a_o.jpg" alt="" width="1280" height="853" /><p id="caption-attachment-20110" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p style="text-align: justify;">Cette semaine, la photo est signée <a href="https://www.flickr.com/photos/romaric-cazaux/15259002148/" target="_blank" rel="noopener">Romaric Cazaux</a> ! (Merci !)<span id="more-20109"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Le formulaire à remplir si vous souhaitez participer à l&rsquo;atelier. A lundi pour de nouvelles aventures.</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSeqKvo-OlEkn0D9RJ0SJAf1ediT_AprRJkI9_VPUd_3o5HV8Q/viewform?embedded=true" width="760" height="500" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
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		<title>Atelier d&#8217;écriture 236 : Une Photo Quelques mots</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Oct 2016 10:19:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
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		<category><![CDATA[écrire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hop, la nouvelle photo signée Romaric Cazaux ! Les modalités : par ici, mes petits ! Chargement en cours&#8230;</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/atelier-decriture-236-une-photo-quelques-mots/17369/">Atelier d&rsquo;écriture 236 : Une Photo Quelques mots</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Hop, la nouvelle photo signée <a href="https://www.flickr.com/photos/romaric-cazaux/6158209240/" target="_blank">Romaric Cazaux</a> !</p>
<div id="attachment_17366" style="width: 2930px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17366" class="size-full wp-image-17366" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2016/10/6158209240_5b81a1d5f2_o.jpg" alt="© Romaric Cazaux" width="2920" height="1947" /><p id="caption-attachment-17366" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p><span id="more-17369"></span></p>
<p>Les modalités : <a href="http://www.bricabook.fr/2016/09/une-photo-quelques-mots-233e-atelier-decriture/" target="_blank">par ici, mes petits</a> !</p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSf0fJ1GkBf2JOesI_8eIYhR2QSUg45QD2UMRG8jMe7__6439Q/viewform?embedded=true" width="760" height="500" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
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		<title>Atelier d&#8217;écriture 232 Une Photo Quelques mots &#8230;</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/atelier-decriture-232-une-photo-quelques-mots/17080/</link>
					<comments>https://alexandrakoszelyk.com/atelier-decriture-232-une-photo-quelques-mots/17080/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Sep 2016 05:30:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photographie]]></category>
		<category><![CDATA[portable]]></category>
		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle photographie est signée Romaric Cazaux que vous connaissez tous ici ! A vos plumes, claviers, smartphones ! Vous vous inspirez de cette photographie, vous écrivez un texte (ton [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/atelier-decriture-232-une-photo-quelques-mots/17080/">Atelier d&rsquo;écriture 232 Une Photo Quelques mots &#8230;</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La nouvelle photographie est signée <a href="https://www.flickr.com/photos/romaric-cazaux/28804058933/" target="_blank">Romaric Cazaux</a> que vous connaissez tous ici !</p>
<p style="text-align: justify;">A vos plumes, claviers, smartphones !</p>
<div id="attachment_17081" style="width: 1034px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17081" class="size-full wp-image-17081" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2016/09/28804058933_f0ccb9e7fc_b.jpg" alt="© Romaric Cazaux" width="1024" height="682" /><p id="caption-attachment-17081" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p><span id="more-17080"></span>Vous vous inspirez de cette photographie, vous écrivez un texte (ton et genre de votre choix) que vous publiez le lundi matin. Pour que les autres participants viennent vous voir, merci d&rsquo;insérer ci-dessous le lien vers votre texte.<br />
Que l&rsquo;écriture vous porte !</p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfzypm-zWtIHtq1r3Hl0GiSUhjcbSuJR5Zxt0OBTT54zLnyOQ/viewform?embedded=true" width="760" height="500" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Fauche-moi (Atelier d&#8217;écriture)</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/fauche-moi-atelier-decriture/15755/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Apr 2016 05:19:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photo]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
		<category><![CDATA[une photo quelques mots]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Elle part. Cette fois encore, je n&#8217;ai pas su la retenir. Mon sang bouillonne dans mes veines et se déverse dans des torrents de boue, ma vue se trouble et [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_15729" style="width: 397px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-15729" class="size-full wp-image-15729" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2016/04/7308910486_27584ee0e6_o-1.jpg" alt="© Romaric Cazaux" width="387" height="799" /><p id="caption-attachment-15729" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p>Elle part. Cette fois encore, je n&rsquo;ai pas su la retenir. Mon sang bouillonne dans mes veines et se déverse dans des torrents de boue, ma vue se trouble et peine à distinguer les ombres.<br />
Est-elle encore là ?</p>
<p>Mon corps tombe de sa hauteur minuscule. Je ne suis rien. A peine un pantin qui gesticule et crie des borborygmes d&rsquo;amour incompréhensibles.<span id="more-15755"></span></p>
<p>Elle laisse là un trou béant. Son dos, encore, était une promesse d&rsquo;un retour. Sa robe en transparence monacale laissait un parfum d&rsquo;albâtre, promesse d&rsquo;un avenir meilleur. Ses pas, même, étaient un espoir vain.<br />
Las.<br />
J&rsquo;ai beau tendre mon oreille, je n&rsquo;entends plus le claquement de ses talons.<br />
Seul.</p>
<p>Je lève les yeux. La porte me fait de l&rsquo;oeil de sa lumière heureuse et projette son rayon, halo blafard qui ne m&rsquo;atteint même pas. Je suis le Quasimodo de Versailles, le bossu abandonné. Mes jambes flasques ne me portent plus, je glisse alors sur le carrelage froid et imprime mes doigts d&rsquo;aigle dans les rainures noircies. La poussière crisse sous mes ongles, mais je n&rsquo;avance pas.</p>
<p>Je hurle alors mes abîmes de silence et déploie en vain mes ailes de moulin à vent. Il ne me reste plus qu&rsquo;à compter mon souffle et espérer qu&rsquo;elle reviendra pour me prendre. Mais aujourd&rsquo;hui, même la faucheuse m&rsquo;a abandonné.</p>
<p style="text-align: right;">© Leiloona, le dimanche 10 avril 2016</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Nady</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Soudain une panne d’électricité se déclencha dans le couloir. Mais, qui voit on arriver à l’autre bout dans le contre jour de la porte ouverte ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pffffff ! Y en a marre ! On la connait la suite, c’est bon ! Elle va arriver en face de nous, lâchant son sac Dior sur le sol, la tête haute et le maquillage au top ! Elle n’aurait pas aussi l’idée de dégrafer sa robe et la laisser glisser non ? Bon c’est vrai que la transparence du tissu laisse présager de la perfection de son corps de midinette ! Pfffffff ! Elle m’agace ! Il ne manquerait plus qu&rsquo;elle accentue sa démarche chaloupée pour nous narguer ! Et au bout de quelques secondes elle va nous sortir « C’est parce que je le vaux bien ! » J’adore !</p>
<p style="text-align: justify;">Il manque plus que la musique tiens !</p>
<p style="text-align: justify;">« ooohh oh ooooh, oh oh oh ohhh<br />
ooohh oh ooooh, oh oh oh ohhh</p>
<p>It&rsquo;s a cruel cruel world, to face on your own,<br />
A heavy cross, to carry alone,<br />
The lights are on, but everyone&rsquo;s gone,”</p>
<p style="text-align: justify;">Mais non, rassure toi Beauté, tout le monde n’est pas parti, tu n’es pas seule alors sois humble et tais toi !</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps, qui sait ? Peut être qu’elle va se prendre les pieds dans sa robe longue ! Faut dire qu’il n’y a pas beaucoup de lumière aussi ! Et si en tombant, voilà que son sac en skai répande par terre les dernières courses du jour pour le repas de ce soir ! Et splash ! 4 œufs ! 4 ! beuuuurk, ça ne va pas être joli joli tout ce jaune d’œuf sur la robe et le visage ! en même temps, c’est bon pour les cheveux ! mdr et puis, qui dit qu’elle sait se maquiller ? Elle a peut être plein de cernes sous les yeux, faut pas croire ! Ce n’est pas parce qu’on voit deux fines gambettes au loin comme ça qu’on doit s’attendre à voir Miss France débarquer hein !</p>
<p style="text-align: justify;">Tout à coup, la lumière fut et on vit arriver en face de nous une adorable demoiselle, à la trentaine ravissante, sourire sincère aux lèvres, avec une démarche quelque peu hésitante, de peur de déranger le groupe que nous sommes dans la salle d’en face, un sac de maîtresse d’école en bandoulière, et balbutiant timidement avec un accent à la Birkin : «Excusez moi de vous déranger, je suis un peu perdue… C’est bien ici le stage sur la confiance en soi ? »</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Claude</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Le comte et la comtesse de la Remaillère habitaient un vaste et riche appartement du 8<sup>e</sup> arrondissement de Paris aux boiseries encaustiquées et parquet grinçant. Leur fortune datait du XVIIe siècle, époque à laquelle les ancêtres d’Henri-Jean avaient acheté leur titre de noblesse contre une poignée d’esclaves. Depuis, les activités des héritiers consistaient à paraître et à laisser passer le temps en mondanités. Aujourd’hui, faute de rois, seul l’ennui régnait chez Louise et Henri-Jean.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, Louise pour exister un peu entre deux amants, organisait des « tea times », des ventes de charité et, pour distraire sa fille Edwige,  des rallyes bridges où, à ce jeu, les convives brillent généralement plus avec des piques qu’avec un cœur.</p>
<p style="text-align: justify;">Invité comme chaque mois, mais ce jour-là accaparé par son travail à HEC, Aignan demanda à son ami d’enfance Lucas, un sang bleu devenu marginal, de le remplacer au pied levé.  Il avait pas mal zoné, Lucas. Il vivait tant bien que mal de sa musique dans les couloirs du métro ou devant les files d’attente de Notre Dame : la musique, c’était son truc. Mais au jeu et aux cartes, il n’avait pas son pareil. Il avait fait ses classes au bonneteau à Barbès, puis s’était illustré dans les pokers clandestins de Pigalle avant de débarquer ce soir là, pourquoi pas, au milieu de dorures rococo.</p>
<p style="text-align: justify;">Fascinée par ce jeune homme charismatique, insolite au milieu de la vingtaine de personnes coincées qui prenaient leurs cartes le petit doigt levé comme dans un remake des « Envahisseurs », Edwige tomba folle amoureuse. Elle vit en Lucas celui qui la sortirait de ce monde étriqué qui l’étouffait. Le soir, sans avertir sa famille, elle prépara une valise et partit avec lui. Il l’emmena dans le loft qu’il occupait, lui fredonna mille chansons avec sa douce et irrésistible voix, et lui proposa de partager ne serait-ce qu’un instant de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques années plus tard, suite à un scandale mondial, les avoirs du comte de la Remaillère furent bloqués définitivement au Panama. De plus, Henri-Jean dût verser au fisc une somme énorme pour fraude fiscale, et trouver rapidement un CDD de magasinier malgré son âge avancé. Nobles déchus, le couple habitait depuis dans un deux pièces à Montrouge et réapprenait peu à peu la vraie vie. Un soir, installés dans leurs ultimes fauteuils rescapés de leur déroute, leurs regards furent attirés par la télé qui diffusait « The Voice ». C’était la finale. Ils découvrirent alors devant une foule enthousiaste, et sous des applaudissements nourris, un couple de candidats atypiques se présenter sur un décor de carré d’as. C’étaient leur fille Edwige et Lucas qui interprétaient divinement et avec conviction une chanson de Jacques Brel : « Ces gens là ».</p>
<p style="text-align: justify;">« Faut vous dire, Monsieur</p>
<p style="text-align: justify;">Que chez ces gens-là</p>
<p style="text-align: justify;">On ne vit pas, Monsieur</p>
<p style="text-align: justify;">On ne vit pas, on triche. »</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Manue</strong> </span>:</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne lui reste qu’à fermer les yeux pour oublier à jamais qu’elle n’est plus là.</p>
<p style="text-align: justify;">Son paradis s’est envolé, ses nuits sont cauchemars et sueurs froides, il dort debout, il rêve éveillé, il la voit partout, elle est perdue en enfer. Déchiré, épuisé, il ne pense qu’à la rejoindre alors qu’elle est pourtant si vivante en lui.</p>
<p style="text-align: justify;">Une odeur traverse l’atmosphère et il la revoit ce matin de printemps partant pour une journée de travail, une douce brise chargée de senteurs intemporelles souffle ce jour-là et son cœur va exploser de tout cet amour qu’il éprouve à son égard. Plus tôt, leurs corps se sont unis avec passion et il sait au plus profond de son être que dans neuf mois ils seront trois.</p>
<p style="text-align: justify;">Que sont devenus ces moments heureux où le bonheur semblait à portée de main ?</p>
<p style="text-align: justify;">La lumière est la même mais l’encadrement de la porte est désespérément vide. Prostré au fond du vestibule, tout lui revient. Il l’aime. Elle est là. Belle à mourir dans sa robe qui laisse deviner les courbes de sa silhouette, elle s’apprête à le rejoindre. Carreau noir et elle va sombrer, carreau blanc et l’avenir sera radieux. C’était leur petit jeu à tous les deux, sur la pointe des pieds elle ne marchait que sur les blancs car un gouffre profond l’attendait sur les noirs. Elle prenait son temps, ils en avaient tellement devant eux du temps ! Tel un pantin, elle traversait la pièce en évitant soigneusement les dalles noires. Il était le marionnettiste de sa vie, tirant les ficelles de son destin. Pourtant il a failli et tout s’est emmêlé. Elle ne fut bientôt plus qu’une ombre … la dépression est arrivée si vite, d’abord des nuages noirs, un vent puissant, son cerveau ne fut plus qu’une immense tornade que rien ni personne ne pouvait arrêter. Il a essayé de l’aider, en vain. Ses gestes se faisaient plus lents, elle vacillait un peu plus chaque jour et choisissait invariablement les noirs. Son cœur devint de bois. Les yeux fermés, de toutes ses forces, il voulut la manipuler à nouveau mais les ficelles étaient trop fragiles pour son corps devenu trop lourd. Avance, marche, regarde, tu sens ce souffle de printemps, cette odeur de bonheur ? Il était trop tard, elle s’éteignit alors qu’il tenait sa main pour la réchauffer.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ferme ses yeux. Carreau noir ou carreau blanc ?</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Bénédicte</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;"> Il était bientôt l&rsquo;heure de la fermeture. Les derniers groupes de visiteurs étaient tous partis. Le soleil couchant baignait de lumière la façade Ouest du château. Mon carnet à dessin sous le bras, je marchais rapidement vers la sortie à travers les larges couloirs, quand j&rsquo;ai aperçu sur le pas d&rsquo;une porte une silhouette de femme. Elle avançait dans la lumière qui dessinait ses jambes à travers le tissu léger de sa robe. Je me suis arrêté pour la regarder. J&rsquo;ai pensé qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas entendu les gardiens passer dans les salles pour annoncer la fin des visites. Je me suis approché d&rsquo;elle pour la prévenir, et quand j&rsquo;ai touché son épaule j&rsquo;ai vu avec stupéfaction ma main traverser son corps, et elle a disparu&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">     Je crois que je suis resté paralysé par le choc pendant un long moment&#8230;.Lorsque j&rsquo;ai retrouvé la force de me diriger vers l&rsquo;entrée du château, le soleil s&rsquo;était couché. Près de la billetterie, j&rsquo;ai vu un homme en uniforme qui s&rsquo;est aussitôt dirigé vers moi. Je ne devais pas avoir l&rsquo;air très bien car il semblait inquiet. Il m&rsquo;a pris par le bras et m&rsquo;a aidé à m&rsquo;asseoir dans un fauteuil du vestibule. Il est parti un instant, m&rsquo;a rapporté un verre d&rsquo;eau, et s&rsquo;est assis à mes côtés. Pendant un moment nous sommes restés silencieux, puis il s&rsquo;est mis à parler :</p>
<p style="text-align: justify;">          C&rsquo;est ma femme que vous avez vu&#8230;.Elle est morte il y a deux ans d&rsquo;une rupture d&rsquo;anévrisme alors que nous visitions ce château. Les premiers temps, je ne pouvais m&#8217;empêcher de revenir errer dans ces lieux pour être plus proche d&rsquo;elle. Il m&rsquo;arrivait parfois de sentir son parfum en traversant certaines salles&#8230;.J&rsquo;étais de plus en plus persuadé qu&rsquo;elle était encore là, quelque part&#8230;.Quand j&rsquo;ai su qu&rsquo;un veilleur de nuit avait cru apercevoir une silhouette en robe blanche dans les couloirs, je n&rsquo;ai eu de cesse de me faire embaucher à sa place. Ce ne fut pas très difficile car un gardien de nuit qui commence à parler de fantôme perd de sa crédibilité&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">     Et depuis, chaque soir à la même heure je la retrouve, je lui parle, elle me sourit sans jamais me répondre, joue parfois à cache-cache avec moi dans ce dédale de pièces, de couloirs, d&rsquo;escaliers dérobés&#8230;.Parfois je crois entendre son rire juste avant que je la trouve. Je me suis fait à l&rsquo;idée de ne plus jamais la prendre dans mes bras, je suis juste heureux d&rsquo;être là&#8230;.Mais depuis quelques temps il y a des soirs où elle ne se montre pas. Je crois de plus en plus que c&rsquo;est ma présence qui l&#8217;empêche de partir là où elle doit aller&#8230;.Alors j&rsquo;ai décider de quitter cet emploi pour la libérer&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">     Voilà Monsieur, vous savez tout. Je vous en prie, ne dites rien à personne, dans un mois je ne serais plus là et il n&rsquo;y aura plus de fantôme au château&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">     Qu&rsquo;auriez-vous fait à ma place ?&#8230;.Bien entendu, j&rsquo;ai promis. De toutes les façons je suis convaincu que si l&rsquo;envie me prenait de raconter cette histoire, personne ne me croirait&#8230;</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p>Les liens vers les autres textes écrits à partir de la même photo mais hébergés sur d&rsquo;autres sites :</p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1Mp74u8rsEcPHI5GNJlbbfM33soDxeB-6Xpt1m2crgPA/pubhtml?gid=2144769779&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="600" height="650"></iframe></p>
<p>&nbsp;</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Echos du temps (Atelier d&#8217;écriture 201è)</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/14628-2/14628/</link>
					<comments>https://alexandrakoszelyk.com/14628-2/14628/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Dec 2015 04:00:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture web]]></category>
		<category><![CDATA[Château de Versailles]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photo]]></category>
		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sentir le parquet ciré craquer sous ses ballerines, apprécier le silence des salles, le chuchotis de chacun devant des oeuvres centenaires. Leur parler doucement, pour ne pas brusquer leurs craquelures [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_14588" style="width: 610px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-14588" class="size-large wp-image-14588" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2015/12/18755019136_407d45b92a_o-1024x682.jpg" alt="© Romaric Cazaux" width="600" height="400" /><p id="caption-attachment-14588" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p>Sentir le parquet ciré craquer sous ses ballerines, apprécier le silence des salles, le chuchotis de chacun devant des oeuvres centenaires. Leur parler doucement, pour ne pas brusquer leurs craquelures et leur dorure. Léna aime flâner dans les musées, casque sur les oreilles et téléphone à la main. Elle tweete et retweete, notifie les institutions. Trouver la bonne accroche, la belle image. Un petit tour sur Instagram et puis s&rsquo;en va sur Facebook. Vie colorisée et aseptisée où le bonheur a les nuances d&rsquo;un filtre gratuit. Recadrer, rogner, effacer, amoindrir les défauts, la vie en utopie.<span id="more-14628"></span></p>
<p>Les oeuvres silencieuses la regardent défiler de leurs yeux clairvoyants, elles ont traversé les siècles et vu les us et les coutumes évoluer : débarquement des audioguides et des téléphones, démantèlement de la parole du conférencier au profit d&rsquo;appli&rsquo; piochées sur l&rsquo;apple store et autre market dédié, enfermement des gens, isolement, rétrécissement de l&rsquo;écoute de l&rsquo;autre.</p>
<p>Léna, écoute ces oeuvres, ces voix venues d&rsquo;un autre temps susurrer leur <em>memento mori,</em> écoute<em> </em>leurs préceptes venus d&rsquo;un autre siècle. Délaisse les chiffres, la virtualité et les portails malsains, pose les yeux sur nous, et entend ce chant libérateur que l&rsquo;Art délivre. Assieds-toi, ne dis rien, lève ton regard sur les génies d&rsquo;Autrefois, ils t&rsquo;enseigneront leur sagesse.</p>
<p>Coupe tes ailes pour mieux voler.</p>
<p style="text-align: right;">© Leiloona, le 20 décembre 2016</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Claude</strong> </span>:</p>
<p style="text-align: justify;">Quatre heures dans un château à arpenter les salles,</p>
<p style="text-align: justify;">Les chambres et les boudoirs et la chapelle royale</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’a restauré mille fois Viollet le Duc, low cost,</p>
<p style="text-align: justify;">Pour finir sur un mur calendrier des Postes,</p>
<p style="text-align: justify;">Simon n’en pouvait plus, ses joues étaient vermeilles.</p>
<p style="text-align: justify;">Son corps enfin vaincu par l’onde du roi sommeil,</p>
<p style="text-align: justify;">Il se laissa tomber sur les genoux d’Eva,</p>
<p style="text-align: justify;">La copine polonaise de son amie Carla.</p>
<p style="text-align: justify;">Carla une fille de riche, joyeuse comme un Bergman</p>
<p style="text-align: justify;">Qui n’écoute que Boulez en parfaite mélomane.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle lui fait lire tout Proust, qu’il trouve beaucoup trop lent</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant qu’elle prend son pied en dévorant Cioran.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’installa alors dans un rêve vagabond</p>
<p style="text-align: justify;">Du genre dont on est fier quand il nous correspond.</p>
<p style="text-align: justify;">Il rêva de Marie, la fille du boulanger,</p>
<p style="text-align: justify;">Une âme simple généreuse et qui le fait craquer.</p>
<p style="text-align: justify;">Celle qui rit aux éclats quand on lui parle d’art</p>
<p style="text-align: justify;">Et griffe son partenaire quand elle regarde Star Wars.</p>
<p style="text-align: justify;">Ses lectures favorites, c’est surtout les journaux</p>
<p style="text-align: justify;">Où elle trouve l’horoscope et Steph de Monaco.</p>
<p style="text-align: justify;">Le songe mena Simon visiter son deux pièces</p>
<p style="text-align: justify;">Où seul le lit défait fut signe de noblesse.</p>
<p style="text-align: justify;">Une sonnerie retentit, à l’heure de fermeture</p>
<p style="text-align: justify;">Du château ennuyeux à l’étroit dans ses murs.</p>
<p style="text-align: justify;">Simon ouvrit ses yeux dans la pièce assombrie,</p>
<p style="text-align: justify;">Et aperçut Carla qui n’était pas ravie</p>
<p style="text-align: justify;">Que pendant son sommeil il appelât Marie.</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Manue Rêva</span></strong> :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une bulle hors du temps, déconnectée de mon présent, je laissais mon imagination vagabonder. Depuis ce matin, mes pas me menaient de salle en salle, de tableau en tableau, des kilomètres de tapis … et j’avais oublié jusqu’à qui j’étais. Trop d’histoire, j’étais épuisée, le cerveau vide, ou trop plein, en déambulant automatiquement, je m’interrogeais. Que pouvait-il penser en se couchant entouré de ses dizaines de courtisans tous à sa botte ? Voyait-il par la fenêtre la petite servante, juste débarquée de sa campagne, traverser la cour du château à la lueur de sa fragile chandelle ? Seul au milieu de sa démesure, imaginait-il que des siècles plus tard sa maison serait envahie de badauds en quête de culture ?</p>
<p style="text-align: justify;">Fermant les yeux, j’étais lui.</p>
<p style="text-align: justify;">J’avais mal. J’étais seul.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous pensent que c’est ma vanité qui m’a conduit si loin. Ils ne savent pas que je suis terrorisé. Le martèlement des sabots des chevaux de cette nuit là résonne encore dans ma tête. La fuite m’habite avec autant de force qu’il y a soixante-dix ans, elle coule dans mes veines. Mon sang royal est bleu de peur et seule la lumière m’apaise, il faut qu’elle brille de mille feux pour que la tempête qui souffle à l’intérieur se calme. Je ne suis pas le soleil, c’est lui qui est venu pour me réconforter quand au petit matin, à des lieues de Paris, j’ai entrouvert le rideau de cuir du carrosse. Il a senti ma détresse et m’a réchauffé. Et il s’est installé. En moi. Il m’a porté durant toutes ces années alors que les ombres luttaient dans mes entrailles pour prendre le pouvoir. Ils ne savent pas que je me nourris de ses rayons. Les imbéciles.</p>
<p style="text-align: justify;">Et aujourd’hui, il est en train de me quitter. Je suis à nouveau un petit garçon perdu au milieu de la folie des hommes, pourtant, tous à mon chevet veulent que je sois grand. Les bougies, des milliers de bougies, m’ont maintenu en vie quelques heures de plus, le temps de prier un peu, le temps de pleurer encore une fois mon enfance perdue … Pourquoi est-ce si long ?</p>
<p style="text-align: justify;">La peine ressentie me fit sursauter, et rouvrir les yeux. J’étais là, dans sa chambre, près de la fenêtre. A travers le carreau, une touriste cherchait du regard ce qu’elle était venue faire ici. Un garçon se reposait la tête sur les genoux de sa mère. J’esquissais un sourire lumineux et repris pied avec la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faisait chaud.</p>
<p style="text-align: justify;">Le soleil brillait.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Bénédicte</span></strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est moi,à gauche sur la photo.Je m&rsquo;appelle Solène.Quand j&rsquo;y repense avec un peu de recul maintenant que nous sommes rentrés,quel gâchis ce voyage!&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">   Mes parents ont voulu nous faire plaisir,et pour couper un peu nos longues vacances en Bretagne, nous ont emmené faire un grand tour de vieilles pierres&#8230;.Les pauvres,ils ne savaient pas que j&rsquo;étais amoureuse depuis si peu de temps que chaque seconde passée loin de lui fût une torture!&#8230;Le téléphone greffé au creux de la main,je n&rsquo;ai rien vu,rien apprecié d&rsquo;autre que les textos reçus et envoyés!&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">   Dans mon coeur un calendrier se couvrait de traits rouges.Je ne voyais que le dernier jour,celui où je retrouverai la douceur de sa bouche.L&rsquo;inquiétude me rongeait,me détournait de tout ce que j&rsquo;aurai pu trouver beau.Et si une autre avait profité de mon absence pour prendre une place trop vite laissée vacante?..Est-ce que son coup de coeur pour moi était aussi fort que mon coup de foudre pour lui?&#8230;Serait-il capable de m&rsquo;attendre?&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">   Tout autre chose que ce questionnement sans fin passait au-dessus de ma tête : la beauté des lieux,leur histoire,la chance que j&rsquo;avais de pénétrer dans de tels endroits,l&rsquo;enthousiasme de mes parents&#8230;Heureusement d&rsquo;ailleurs que leur propre joie les a empêché de s&rsquo;apercevoir de mon désinterêt total&#8230;J&rsquo;aurais été désolée de leur faire de la peine en accordant si peu d&rsquo;attention à ce qui,pour eux,était un beau cadeau qu&rsquo;ils faisaient à leurs enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">   Le jour du retour a fini par arriver.Le dernier trait barré sur mon calendrier,le compte à rebours s&rsquo;est enclenché,nous avions rendez-vous sur la plage.Encore un peu de patience,et les vacances allaient enfin commencer&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">   J&rsquo;ai fini l&rsquo;été collée contre lui, mais je ne vous surprendrai pas vraiment si je vous dis que nos sentiments n&rsquo;ont pas survécu à la rentrée.Et maintenant,à travers les nombreuses photos prises par ma famille,je regarde avec un peu de mélancolie tout ce que je n&rsquo;ai pas vu&#8230;.</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Nady</span></strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">3 personnages au premier plan de cette photo, 3 attitudes, 3 destins, 3 présents, 3 passés, 3 avenirs…</p>
<p style="text-align: justify;">Il me plait souvent d’observer les gens aux terrasses des cafés et m’imaginer leurs vies, leurs envies, leurs frustrations, leurs rêves, leurs déceptions à la seule vue de leurs démarches, de leurs comportements, de leurs visages souriants, tristes, ouverts, fermés. Parfois, des bribes de leurs conversations ne m’échappent pas et viennent confirmer ou infirmer souvent les pensées de mon imagination.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette semaine, le froid extérieur et un début d’otite me font bouder les terrasses chauffées ; un coup de vent malencontreux pourrait achever mon état et ce n’est pas le moment surtout en ces veilles de fêtes où il va falloir donner de la voix pour entonner les jingle bells sous le sapin, être en forme pour danser jusqu’au bout de la nuit et avoir envie de déguster tous ces merveilleux plats accompagnés de leurs crus et bulles indispensables à ce type d’événements !</p>
<p style="text-align: justify;">Aussi, cette semaine, la photo de l’atelier Bricabook.fr me donne l’opportunité, le temps d’un texte, de laisser vagabonder mon imagination sur la vie supposée de ces 3 protagonistes ! Merci Leiloona.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne reconnais pas le château : je distingue à travers les fenêtres de belles étendues de verdure, une belle place… serait ce celui de Compiègne, de Chantilly ? ou Versailles même peut être ? La jeune adolescente semble en tout cas captivée par cette vue. S’imagine-t-elle à l’époque des Rois et des Reines ? et peut être s’y voit elle dans une longue robe qui lui sert bien la taille avec un corset bien ajusté et s’apprêtant à commencer une promenade dans le parc, accompagnée de plein de soupirants à ses côtés ? La visite guidée audio de l’exposition permanente de l’endroit qu’elle vient d’effectuer lui donne toutes ces idées de grandeurs et d’un autre monde qu’elle se plait à imaginer le temps d’un instant, en n’y prenant que les bons côtés car robe longue, corset et talons hauts c’est bien beau mais ne remplaceront jamais le confort d’un short et de ballerines plates…</p>
<p style="text-align: justify;">A côté d’elle, ses parents ? Difficile de distinguer leurs traits avec leurs positions mais il me plait de penser que ce sont ses parents. Un papa fatigué de ses semaines de travail où les heures au bureau ne sont plus comptées. L’objectif du chiffre d’affaire est élevé, les clients plus rares et plus indécis alors il faut préparer plein de présentations nouvelles pour les séduire, et tout cela prend du temps… A côté de son travail journalier, il donne aussi de son temps à titre bénévole à des associations pour aider ceux dans le besoin, histoire de se déculpabiliser un peu de sa soif capitaliste. Mais il tient aussi à sa famille et ne voulait pas manquer cette visite d’exposition en cette journée ensoleillée avec sa garde rapprochée. Mais la visite a duré 1h30 et son organisme n’en peut plus. Sa tête ne peut plus recevoir de nouvelles informations, son corps ne le porte plus et il savoure les genoux de sa bien aimée le temps d’une sieste salvatrice de 10 minutes.</p>
<p style="text-align: justify;">Son épouse se prête au jeu du réconfort ; c’est tout de même son mari, elle peut bien faire cet effort mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps. Elle a envie de continuer à prendre des photos et tester son nouveau reflex, cadeau de son anniversaire le week-end précédent. Les enfants sont grands maintenant, ils n’ont plus besoin d’elles constamment quand elle rentre du travail alors elle a pu reprendre sa passion de la photo, virus qu’elle a d’ailleurs donné à son fils, celui qu’on ne voit pas sur le cliché car c’est lui qui prend cette merveilleuse photo volée. Bon, en attendant que la micro sieste de son chéri se termine, elle en profite pour lire les textes de la semaine de ses acolytes de l’atelier d’écriture de Bricabook.fr sur son smartphone car la fin du week-end approche et elle aimerait bien avoir fini de tout lire avant la nouvelle publication du lendemain.</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p>Les liens vers les autres textes écrits à partir de la même photo :<br />
<iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1bcD5ziBESVnpoNwTRWTH6Lje1osoJnPSoH9IkBzOb0M/pubhtml?gid=389842814&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="600" height="650"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/14628-2/14628/">Echos du temps (Atelier d&rsquo;écriture 201è)</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Touche-moi, touche à tout (Atelier d&#8217;écriture 200è)</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/touche-moi-touche-a-tout-atelier-decriture-200e/14547/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Dec 2015 04:00:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photo]]></category>
		<category><![CDATA[ensemble]]></category>
		<category><![CDATA[érotisme]]></category>
		<category><![CDATA[lingerie]]></category>
		<category><![CDATA[lingerie Aubade]]></category>
		<category><![CDATA[parure de Noël]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
		<category><![CDATA[rêverie]]></category>
		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La parure, la couleur bronze du mannequin, son aspect satiné, la douceur froide du plastique alliée aux formes parfaites, lisses, au grain de peau inexistant attirèrent son regard. Derrière la vitrine, l&#8217;hiver [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="aligncenter size-medium wp-image-14548" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2015/12/buste-femme-lingerie-1-199x300.jpg" alt="buste femme lingerie" width="199" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;">La parure, la couleur bronze du mannequin, son aspect satiné, la douceur froide du plastique alliée aux formes parfaites, lisses, au grain de peau inexistant attirèrent son regard. Derrière la vitrine, l&rsquo;hiver ne semblait pas avoir de prise.<span id="more-14547"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Dehors, il en était autrement. Le froid piquait les joues de Florence. Elle rentrait du travail à pieds, ses bottes s&rsquo;entrechoquaient dans un ballet infernal et si elle n&rsquo;avait pas levé les yeux pour éviter un passant, sa capuche lui aurait caché la vitrine. Ses bottines cessèrent net, une vapeur cristalline s&rsquo;échappa de ses lèvres. Et si elle se l&rsquo;offrait ? Elle poussa alors la porte du magasin. La vendeuse la détailla de la tête aux pieds, un sourire hypocrite aux lèvres.</p>
<p style="text-align: justify;">« Puis-je vous aider ? Connaissez-vous déjà votre taille ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Florence eut l&rsquo;impression d&rsquo;être une gamine pré-pubère. Elle se renfrogna mais prit soin de rester aimable. Oui, elle connaissait sa taille, bonnet et string, non elle n&rsquo;essaierait pas l&rsquo;ensemble, elle connaissait la marque et elle prenait toujours la même taille, que le soutien-gorge soit corbeille ou coque. Elle tendit sa carte bleue pour couper court à la vendeuse. Celle-ci comprit à quelle cliente butée elle avait à faire &#8230; elle en parlerait d&rsquo;ailleurs à sa collègue tout à l&rsquo;heure, cela les ferait parler 15 bonnes minutes.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois le paquet entre ses mains, Florence sortit du magasin. Le faux satin glissait lentement entre ses doigts gantés de cuir rouge. Elle imagina alors le soir où elle mettrait l&rsquo;ensemble. Nue, devant sa glace, elle se pencherait en avant, ajusterait la fermeture, ferait claquer les bretelles sur sa peau blanche, glisserait quelques doigts sous le tissu pour faire ressortir le galbé de ses seins, se redresserait, rentrerait le ventre par réflexe. Un sourire gourmand rétrécirait ses yeux en amande. Elle toucherait ensuite du bout des doigts la douce dentelle, parcourrait la bordure lentement, elle se cambrerait un peu, frissonnante, puis viendrait s&rsquo;appesantir autour de la fleur.<br />
Elle s&rsquo;y attarderait quelques instants, fermerait les yeux, puis laisserait tomber ses mains. En suspens, le temps d&rsquo;un souffle.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle continuerait alors à s&rsquo;habiller. Personne d&rsquo;autre ne viendrait continuer ses caresses, il y avait bien longtemps que personne d&rsquo;autre ne la touchait.</p>
<p>Elle esquissa un sourire. Les hommes ne savaient pas quelle démone dormait en elle.</p>
<p style="text-align: right;">© Leiloona, le 13 décembre 2015, sainte Lucie</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Bénédicte</span></strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">A l&rsquo;usine de fabrication ils ne nous ont pas donné de visage.Je le regrette souvent,je ne me trouve pas finie.Déjà que je n&rsquo;ai pas de bras non plus et que mes jambes s&rsquo;arrêtent aux genoux&#8230;.C&rsquo;est plus facile pour m&rsquo;installer dans les vitrines,je prends moins de place et l&rsquo;essentiel y est parait-il&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">   On m&rsquo;a parlé d&rsquo;une certaine Vénus de Milo,je ne la connais pas mais il semblerait qu&rsquo;elle soit l&rsquo;ancêtre de notre lignée.Pourtant elle a un visage elle&#8230;Nous n&rsquo;y avons pas droit car nous sommes là pour faire rêver les gens qui nous regardent.Hommes ou femmes doivent pouvoir mettre sur nos formes le visage de leur choix.Pour les hommes ce sera celui de la femme aimée ou de la femme rêvée,qui est parfois la même ou pas.Pour les femmes c&rsquo;est le plus souvent leur propre visage&#8230;.On appelle ça un »processus d&rsquo;identification »,c&rsquo;est très important pour la vente.Après tout c&rsquo;est pour ça que je suis là,emballée de matières précieuses et délicates,et dotée d&rsquo;une poitrine que je trouve personnellement un peu grosse.Mais voilà,notre série a été dessinée par un amoureux des balconnets et on sait bien qu&rsquo;avec ces modèles il faut du monde dedans pour qu&rsquo;il y ait du monde dehors!&#8230;..</p>
<p style="text-align: justify;">    Si vous vous demandez où se trouve le cerveau qui me permet de raconter ma vie,je n&rsquo;en sais rien.Les mots ne sortent pas d&rsquo;une bouche que je n&rsquo;ai pas et je sais que vous ne m&rsquo;entendez pas&#8230;.Mais pourtant je ressens des choses et je connais les mots.Peut-être mon cerveau se trouve-t-il logé au même endroit que mon coeur,sous ce globe arrondi?&#8230;Il me semble que c&rsquo;est de là que viennent toutes les émotions qui m&rsquo;habitent&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">    Dans la journée nous échangeons entre nous,et je m&rsquo;aperçois que nous n&rsquo;avons pas toutes le même caractère et que certaines parures nous vont mieux qu&rsquo;à d&rsquo;autres.A côté de moi se trouve en ce moment un corps plus fin et plus délicat que le mien et nous ne portons jamais la même lingerie.Mais j&rsquo;ai entendu dire qu&rsquo;il faut de tout pour faire un monde,sa peau est plus pâle aussi,et la semaine dernière celle qui était à mes côtés avait un teint très foncé,comme celui de certaines femmes ou certains hommes que je vois entrer dans le magasin.Je les entends parfois dire »je voudrais ça »,et il m&rsquo;est arrivé de rester toute nue un moment sous le regard des passants.Ce n&rsquo;est pas très agréable,j&rsquo;ai ma dignité&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">    Avec le temps nous avons appris,moi et mes compagnes de travail,à deviner qui allait entrer dans le magasin et pour laquelle d&rsquo;entre nous.Il y a des regards qui ne trompent pas&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">    Bon je vais vous quitter,je sens que ça s&rsquo;agite derrière moi et les lumières se sont éteintes au dessus de la tête que je n&rsquo;ai pas.Il parait que tout le monde va se coucher mais nous sommes fabriquées pour dormir debout&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">    A demain.</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Claude</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Sébastien Lambert avait toujours été le souffre-douleur du bureau. Aide-comptable depuis vingt ans dans l’entreprise, célibataire, le visage ingrat, gauche, ses collègues ne manquaient jamais de le charrier ou de lui préparer quelque coup pendable. Ce jour-là, à l’occasion de son anniversaire, pour rigoler, ils lui offrirent un présentoir de lingerie fine qu’ils avaient récupéré devant une échoppe en réinstallation de vitrine. Plus vrai que nature :une poitrine provocante, une peau métallisée, des dessous affriolants, des dentelles,… bref un buste à fantasmes. Sébastien, rouge écarlate et les yeux baissés, esquissa un merci, but un coup et rentra chez lui son cadeau encombrant sous le bras.</p>
<p style="text-align: justify;">En arrivant, il croisa Madame Leflou, la gardienne de l’immeuble, qui promenait son chien. « Ben dites-donc, c’est vot sapin d’Noël ? ». « Euh, non… ». Gêné, il monta dans les étages, ouvrit sa porte, déposa le mannequin en résine  sur la commode et se coucha, la tête un peu lourde des quelques verres de crémant qu’il avait absorbé.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’endormit.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout à coup, il entendit un bruit inhabituel venir de la salle de bains. Il se releva et vit alors en contre-jour, une ombre qui dansait maladroitement en entrant dans sa chambre. Il poussa un cri étouffé d’étonnement. Madame Leflou était devant lui, avec pour seuls vêtements la parure deux pièces qu’on lui avait offerte. Certes, l’élastique était serré à la taille et la poitrine flottait un peu dans les bonnets 95C, mais la gardienne revêche paraissait soudain féminine, émouvante et désirable. « Monsieur Lambert, c’est peut-être l’occasion de mieux se connaître ?&#8230; ». Elle se faufila dans les draps se blottit langoureusement contre Sébastien.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain matin, Sébastien se réveilla fatigué avec un sacré mal de tête. Il avait dû rêver. Il vit le buste toujours à la place où il l’avait déposé la veille. Il n’y avait plus de soutien-gorge.</p>
<p style="text-align: justify;">Il descendit prendre l’air. Il vit Madame Leflou devant sa loge distribuant  le courrier dans les boîtes à lettres. « Bonjour Monsieur Lambert ! Il y en a eu du raffut chez vous cette nuit, dites donc ! Remarquez ça me regarde pas… ». Elle fit tomber une enveloppe à terre. Tandis qu’elle se penchait pour la ramasser, Sébastien aperçut dans l’échancrure de son corsage la dentelle de la lingerie disparue.</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Le texte de Nady</strong></span> :</p>
<p style="text-align: justify;">L’ATTENTE</p>
<p style="text-align: justify;">Attendez moi mes chers parents, c’est promis, je passerai vous voir dès que j’aurai du temps ; en ce moment et depuis quelque temps et encore pour un certain temps c’est la course et je n’ai hélas pas encore le temps…</p>
<p style="text-align: justify;">Attendez moi les enfants, je vous promets que maman viendra jouer avec vous bientôt mais elle a une tonne de dossiers à terminer et est déjà en retard sur tous ses projets ; alors ce n’est pas encore pour sitôt…</p>
<p style="text-align: justify;">Attends moi mon chéri, je te jure qu’on le fera prochainement notre petit week-end romantique dont on parle depuis si longtemps. J’aurai même une belle surprise pour toi et je t’assure que tu ne seras pas déçu de la belle parure de lingerie que je me suis offerte en pensant à toi. Regarde la photo pour avoir un aperçu. Je l’ai rangée dans le tiroir de la commode de notre chambre car pour l’instant, ce n’est pas le moment, j’ai trop de choses à faire et à penser et ma carrière ne fait que démarrer, alors patience…</p>
<p style="text-align: justify;">Attendez moi les amis, nos discussions passionnées et nos complicités me manquent terriblement mais en ce moment je n’ai pas une minute à moi pour vous rejoindre en terrasse ou en boîte car ma vie de famille m’accapare et puis il y a le boulot aussi où les places sont chères, et puis il y a les sous pour sortir aussi qui manquent avec tout ce que l’on doit payer dans les temps…</p>
<p style="text-align: justify;">Attends moi le climat, je te fais la promesse de m’occuper de toi dès que le temps me le permettra mais pour l’instant, je n’ai pas le temps car je cours, je vole, je gaspille, je suis dans l’ère du temps…</p>
<p style="text-align: justify;">Attends moi la politique, cela fait un moment que je te promets de m’y lancer pour changer un peu les visages bien installés en toi et qui me saturent tellement je n’y comprends plus rien à leurs discours sans fin mais pour l’instant ce n’est pas encore le moment pour moi. Laisse moi retrouver de l’énergie et l’espoir d’y croire encore pour relever notre pays…</p>
<p style="text-align: justify;">Attendez moi les divines pâtisseries de Dalloyau, Pierre Hermé, La Durée ou Angelina, je vous promets de vous faire honneur bientôt mais je dois avant tout perdre 5 petits kilos pour vous dévorer sans culpabilité et aujourd’hui la balance me dit que ce n’est pas le moment…</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps là, la vie s’écoule paisiblement sans m’attendre plus que ça. Les parents vieillissent, les enfants grandissent, le chéri s’évade ailleurs chez une autre qui a de belles parures aussi et qui, elle, a trouvé le temps de les sortir du tiroir ; les amis s’éloignent pour s’épanouir sur d’autres sentiers avec d’autres gens qui ont du temps pour eux, le climat se dégrade, la politique s’enlise, la gourmandise donne du bonheur aux Epicuriens qui ont décidé de se faire plaisir… Comme eux, prends le temps de vivre pleinement ! Aime, déteste, profite sans abus, mange de fins mets, bois d’excellents crus, adore sans t’aliéner, consomme sans gaspiller car elles ne t’attendront pas, elles ! L’amitié, l’amour, la vie ont besoin de tes attentions de tous les instants avant que la mort, qui attend chacun de nous, ne t’accueille dans ses bras, sans crier gare, après avoir patienté le temps qu’il faudra… Alors tente de ne pas avoir de regrets !</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Voici les liens vers les autres textes écrits à partir de la même photo</strong></span> :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1jwwBoCqGMuUUP6aGj6Uj3ARtrlFf5i_g68UpXmKlO8A/pubhtml?gid=1232768720&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="600" height="650"></iframe></p>
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		<title>Tutu, tout à toi (Atelier d&#8217;écriture)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Nov 2015 23:31:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier écriture]]></category>
		<category><![CDATA[danse]]></category>
		<category><![CDATA[danseuse]]></category>
		<category><![CDATA[opéra]]></category>
		<category><![CDATA[rat de l'opéra]]></category>
		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La grâce d&#8217;un cygne et la légèreté d&#8217;une plume. M&#8217;élever aux sons des croches psalmodiées par le piano mesure, poser mes bras dans une arabesque voluptueuse, un sourire mystérieux sur [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_14113" style="width: 810px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2015/11/14468577975_34250fcbd5_o.jpg"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-14113" class="size-full wp-image-14113" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2015/11/14468577975_34250fcbd5_o.jpg" alt="© Romaric Cazaux" width="800" height="647" /></a><p id="caption-attachment-14113" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p style="text-align: justify;">La grâce d&rsquo;un cygne et la légèreté d&rsquo;une plume. M&rsquo;élever aux sons des croches psalmodiées par le piano mesure, poser mes bras dans une arabesque voluptueuse, un sourire mystérieux sur les lèvres, effleurer le sol de mes pointes oiseau.<span id="more-14175"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Je vends du rêve, je suis une chimère gracieuse, les gens me louent et s&rsquo;inclinent devant moi. Petit rat devenu étoile, mon corps chrysalide n&rsquo;a aucune limite et se plie au rythme imposé.</p>
<p style="text-align: justify;">La beauté et l&rsquo;agilité de mon corps n&rsquo;ont d&rsquo;égal que la souffrance que je lui impose. Malmené, écorché, déformé, il est mon instrument. Épuisée, tordue, bouffie, droguée, bleuie, je n&rsquo;ai de cesse de repousser ses limites dans un crescendo machiavélique, un tourbillon infernal dans lequel je frôle les abîmes et me perds.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès la sortie des planches, et une fois mon tutu remisé, le cygne redevient canard. Je ne suis alors qu&rsquo;une femme aux grands yeux mystérieux, et incompris, au sourire de Joconde. Muse inaccessible, on n&rsquo;a de cesse de vouloir percer mon secret, l&rsquo;extraire de force comme une poule aux oeufs d&rsquo;or qui aurait un trésor en elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Personne n&rsquo;a encore trouvé le sésame, pourtant je suis certaine qu&rsquo;un jour un homme piano saura me faire danser sans tutu ni paillettes, il élèvera ce corps meurtri, lui apprendra la douceur. Et le petit rat deviendra une étoile même lorsqu&rsquo;il ne foule pas les planches.</p>
<p style="text-align: right;">© Leiloona, le 8 novembre 2015</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Claude</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Je me demande comment on peut aimer ce genre de ballet vieillot et soporifique alignant des petits rats clonés pour un spectacle qui, en général, ne casse pas que des noisettes. Je dis ça, mais j’ai humblement un profond respect pour les danseurs. Ils réveillent sans doute en moi des souvenirs personnels aussi cuisants que les courbatures occasionnées.<br />
Il y a longtemps, une troupe chorégraphique cherchait des hommes ; moi, une femme. Ce fut simple, on fit affaire : j’intégrai rapidement le ballet sans avoir une fois dans ma vie pensé exercer cette discipline. L’insouciance donne parfois des ailes.<br />
Les répétitions consistaient à obéir à une femme slave très âgée qui avait dû connaître tous les tsars de l’histoire russe, ancienne du Bolchoï comme tant d’autres, et à suivre un autre russe de la même génération, exilé lui aussi, qui nous accompagnait au piano. Par chance pour moi, le vieil homme adorable avait accompagné dans les années 20 les films muets, et pouvait sur un échange de sourires complices, adapter facilement le rythme de la musique à celui de mes tristes performances. La polka effrénée devenait menuet paisible. Le monde se pliait à ma lenteur.<br />
Tandis qu’à la barre, une dizaine de jeunes éphèbes et de filles caoutchouteuses hissaient, avec un sourire désespérant, leur jambe jusqu’au-dessus de leur tête avec un ordre digne d’un défilé de dictature militaire, moi, au fond de la salle, arborant la mine des mauvais jours, je montais péniblement mon mollet aussi haut qu’un compas à 45°. La pitié que j’inspirais ne me décourageait cependant pas de trouver une âme sœur ; mon obstination suscitant des regards bienveillants, je traduisais cela comme un succès annoncé.<br />
L’entraînement dura à peine quelques semaines ; bien peu pour transformer un bout de bois en marshmallow.<br />
Vint le premier spectacle. Une salle comble. Déjà décomposé par l’émotion et la fatigue, je devais, lors du dernier tableau, effectuer un solo, une série de sauts écarts sur fond de musique tzigane. Ca fait rêver comme çà, mais quand on effectue ce genre de performance sans respirer, ça a une autre allure. Rouge écarlate, prêt à éclater, je voyais dans les yeux de mes collègues la peur de l’explosion. Mais le pire m’attendait. Ma prestation était suivie d’un porté. Ma partenaire, hélas, était la seule en surpoids. Je la hissais donc du bout des bras avec grande difficulté, le rictus de l’effort plus proche de l’haltérophile que d’un Noureev dans la Belle au Bois Dormant. Surtout il fallait la reposer au sol en douceur. Alors, comme un jeune aviateur qui réussit de peu son premier atterrissage, je poussais un cri :« Han !», et soufflait si fort que les premiers rangs sentirent un courant d’air chaud onduler leurs chevelures.<br />
Bravo ! Bravo ! Bis ! Bis ! Eh oui, bis. Je refis mes sauts à deux doigts de l’apoplexie avant de retomber lourdement au sol dans une nuée d’applaudissements. J’étais Sarah Bernhardt dans l’Aiglon mille fois morte et mille fois ressuscitée. Rideau.<br />
L’expérience se reproduisit à de multiples reprises. Avec le même succès. Sans clairvoyance de ma part, environné que j’étais par des gens adorables, indulgents ou ignorants, j’aurais facilement pu devenir le Foster Jenkins de la danse. Finir à Carnegie Hall dans un dernier saut dérisoire et pathétique.<br />
Aujourd’hui, je suis tranquille, on ne risque plus de me solliciter. De toutes manières qu’ils ne comptent pas sur moi, j’ai trouvé une femme.</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Louise</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai mal au corps. Terriblement mal. Depuis tellement longtemps que j’ai oublié quand ça a réellement commencé. Quand la douleur a pris le pas sur la douceur. Mon corps est soumis à la danse, s’est soumis à la danse. Ce n’est plus mon corps. C’est étonnant d’ailleurs que je puisse encore avoir mal. Que mon corps puisse encore ressentir la douleur après tant de brûlures, de déchirures. Que je puisse encore souffrir, moi qui ressens désormais si peu de choses.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait si. Je ressens le froid de cette salle mal chauffée. Quand toutes les autres, si parfaites, si lisses, pensent à leur guêtres, moi je me gèle les collants de trop de « tête ailleurs ». Elles sont si belles  ces autres, et si souriantes. Elles ont l’air si sûres de ce qu’elles font là. Moi je ne sais plus pourquoi je danse, pourquoi je n’ai plus de vie, plus de temps, plus d’amies. Je voudrais arrêter de penser à la beauté du geste. Pour la beauté du geste. Ne plus me cacher derrière la froideur de mes positions. Ne plus m’arrêter sur mes positions.</p>
<p style="text-align: justify;">Pas d’amis, pas de sorties. Seulement le temps d’une insomnie pour l’oblique de mon corps et la tangente de mon esprit.</p>
<p style="text-align: justify;">Si je n’ai pas la danse je n’ai plus rien. Je ne sais rien faire d’autre. Je ne sais faire que ça. Evidemment je mourrais de l’admettre. Il paraît que cela me donne un air hautain et distant. L’air de me croire mieux que tout le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ainsi est ma vie. Je ne sais pas me laisser avoir froid, me laisser aller à être fatiguée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne peux pas me laisser avoir froid, être fatiguée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne peux pas me laisser aller, je ne suis pas sûre de ne pas être submergée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne peux pas m’arrêter, je ne suis pas sûre de ne pas m’effondrer&#8230;</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Nady</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Ne t’arrête jamais de danser !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La vie te sourit ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Alors danse, virevolte, tourne, déchaine toi sur les musiques les plus endiablées ! N’oublie pas d’être rigoureux ! Sois discipliné ! Épuise-toi à la tâche ! Sois exigeant avec toi-même mais n’oublie pas d’être patient avec le partenaire en face de toi qui débute ! Aide le de temps en temps, donne lui un peu de ta confiance, encourage le à progresser et toi n’oublie pas d’aller au-delà de tes limites ! Fais toi plaisir aussi en choisissant les musiques les plus improbables qui te font vibrer mais garde à l’esprit de donner un résultat propre et harmonieux !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La vie te boude ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Continue à danser ! Et comme un pied de nez au négatif qu’elle veut instaurer dans ta vie, accroche-toi et tourne, tourne, reste droit et bien ancré au sol ! Concentre-toi sur ta respiration et tes gestes, c’est autant de temps en moins que tu accorderas aux soucis ! Ne t’arrête pas même s’il t’arrivera parfois de pleurer dans le mouvement ! Continue de danser ! L’air sèchera tes larmes mais toi reste vigilant à tes pas pour te pas te blesser ! Une plaie à la fois ! et pour l’instant ton but principal est d’éviter que le bobo à ton âme ne s’agrandisse alors danse !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La vie t’accable ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Persévère dans la danse ! Choisis un partenaire qui saura te guider parfaitement et t’éviter ainsi trop d’efforts ! Laisse-toi porter par lui et par des musiques douces qui sauront te bercer tout en allégeant ta peine. Tu auras du mal à entrer dans la danse, à t’imprégner des sons pour pouvoir lâcher prise mais fais toi confiance ! Danse sur des musiques que tu maîtrises et sur lesquelles tu t’es beaucoup entrainé ! Tu les connais par cœur dans le moindre détail de leurs difficultés tellement tu les as répétées alors tente de te laisser aller sur elles et fais confiance à la vie ! Même si la légèreté que tu recherches tardera à arriver, continue à danser et un jour, pendant un instant, une seconde, puis une minute et enfin des heures tu retrouveras ton bien être tant attendu ! Danser c’est être libre et tu le vaux bien !</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;">Le texte de Bénédicte</span> :</p>
<p style="text-align: justify;">Oh non pas cette photo&#8230;.Je ne savais même pas que je l&rsquo;avais encore&#8230;.Je ne sais pas quoi en faire,c&rsquo;est à peine si je peux la regarder&#8230;.Mes yeux s&rsquo;enfuient sans cesse et puis reviennent.Mon coeur bat fort,je l&rsquo;entends dans mes oreilles,j&rsquo;ai une boule dans la gorge,je devrais la jeter mais en même temps je ne peux pas&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">    Ces jambes,les troisiemes en partant de la gauche,je les connais,ce sont les miennes&#8230;Je vois bien que les pointes ne sont pas encore bien assurées,j&rsquo;ai du mal à cambrer,c&rsquo;est assez inhumain comme position:ça tire dans les mollets,dans les cuisses et ça fait des crampes dans la plante des pieds&#8230;.Celle à gauche elle a tout bon,c&rsquo;était la chouchou des profs d&rsquo;ailleurs,n&#8217;empêche qu&rsquo;elle avait déjà les orteils dans un drôle d&rsquo;état&#8230;.Mais on nous répétait sans cesse qu&rsquo;il faut souffrir pour devenir danseuse,ça va avec les cheveux tirés jusqu&rsquo;à faire mal aux tempes et l&rsquo;interdiction de manger des bonbons&#8230;..</p>
<p style="text-align: justify;">     Devenir danseuse étoile,c&rsquo;est le rêve de beaucoup de petites filles et j&rsquo;avais tout fait,promis à maman un nombre incalculable de choses pour être inscrite à un cours et puis rentrer à l&rsquo;Ecole des petits rats de l&rsquo;Opéra&#8230;..C&rsquo;était difficile la pension pendant la semaine et ces week-ends qui passaient si vite&#8230;.Mais les gestes étaient si beaux parfois&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">     Et puis un jour,la conjonction entre ce feu passé à l&rsquo;orange et moi,trop impatiente de l&rsquo;autre côté&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">  Quand je pense à ce moment,ce n&rsquo;est pas la douleur qui revient en premier,c&rsquo;est l&rsquo;odeur de l&rsquo;eau de Javel autour de mon lit&#8230;.Je ne la supporte plus.Je revois les opérations,les plâtres et la rééducation.Et une mère tellement triste qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus de place pour mon propre chagrin&#8230;.Mais c&rsquo;était sans doute bien comme ça,sinon aurais-je trouvé la force de faire tout ce que j&rsquo;ai fait depuis?&#8230;.</p>
<p style="text-align: justify;">     C&rsquo;était presque hier le jour où mon fils est sorti de l&rsquo;école avec un dessin à la main.Avec son beau sourire édenté il m&rsquo;a expliqué qu&rsquo;il fallait s&rsquo;imaginer en petit animal et représenter sa maman.Et là mon coeur a chaviré de tendresse et de fierté quand il m&rsquo;a tendu son flamand rose gracieusement perché sur une patte&#8230;.</p>
<p><strong> </strong><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p>Les liens vers les autres textes écrits à partir de la même photographie :<br />
<iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1bOs11rkeTygoqlNFVg1iYkYs3jJfx2Mb3GJ348cDvHE/pubhtml?gid=1562304735&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="600" height="650"></iframe></p>
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		<title>Atelier écriture #195 Une photo quelques mots &#8230;</title>
		<link>https://alexandrakoszelyk.com/atelier-ecriture-195-une-photo-quelques-mots/14111/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Nov 2015 09:06:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
		<category><![CDATA[Atelier d’écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Une photo, quelques mots]]></category>
		<category><![CDATA[atelier écriture en ligne]]></category>
		<category><![CDATA[atelier écriture web]]></category>
		<category><![CDATA[danseuse]]></category>
		<category><![CDATA[écrire à partir d'une photo]]></category>
		<category><![CDATA[écriture à partir d'une photographie]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
		<category><![CDATA[rat de l'opéra]]></category>
		<category><![CDATA[Romaric Cazaux]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je manque de temps pour vous lire, je manque de temps tout court, mais pour de belles raisons &#8230; Je reviendrai vous lire dans la semaine &#8230; La nouvelle photo [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/atelier-ecriture-195-une-photo-quelques-mots/14111/">Atelier écriture #195 Une photo quelques mots &#8230;</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Je manque de temps pour vous lire, je manque de temps tout court, mais pour de belles raisons &#8230; Je reviendrai vous lire dans la semaine &#8230;</p>
<p>La nouvelle photo est de <a href="https://www.flickr.com/photos/romaric-cazaux/14468577975/" target="_blank">Romaric Cazaux</a>.</p>
<div id="attachment_14113" style="width: 810px" class="wp-caption aligncenter"><a href="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2015/11/14468577975_34250fcbd5_o.jpg"><img decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-14113" class="size-full wp-image-14113" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2015/11/14468577975_34250fcbd5_o.jpg" alt="© Romaric Cazaux" width="800" height="647" /></a><p id="caption-attachment-14113" class="wp-caption-text">© Romaric Cazaux</p></div>
<p>A vos claviers ! Publication des textes lundi 9 novembre.</p>
<p><iframe src="https://docs.google.com/forms/d/1D3_QeZF6dwDvh5w09ZJpRRr9PZaU_KEe-BwhYkVsgIw/viewform?embedded=true" width="760" height="500" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0">Chargement en cours&#8230;</iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/atelier-ecriture-195-une-photo-quelques-mots/14111/">Atelier écriture #195 Une photo quelques mots &#8230;</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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