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	<title>Archives des the smoker - Alexandra Koszelyk</title>
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	<title>Archives des the smoker - Alexandra Koszelyk</title>
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		<title>Les détails font la perfection, et la perfection n&#8217;est pas un détail. Atelier d&#8217;écriture</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Alexandra Koszelyk]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Apr 2017 21:16:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[# Parfois j'écris ...]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous rencontrons tous de nouvelles personnes chaque jour. Et inéluctablement nous opérons toujours le même schéma. Qui ai-je en face de moi ? Un rapide scan de l&#8217;autre. Mouvement des [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/les-details-font-la-perfection-et-la-perfection-nest-pas-un-detail-atelier-decriture/19179/">Les détails font la perfection, et la perfection n&rsquo;est pas un détail. Atelier d&rsquo;écriture</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_19155" style="width: 277px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-19155" class="size-full wp-image-19155" src="http://www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2017/04/fume.jpg" alt="" width="267" height="403" /><p id="caption-attachment-19155" class="wp-caption-text">© Kot</p></div>
<p style="text-align: justify;">Nous rencontrons tous de nouvelles personnes chaque jour. Et inéluctablement nous opérons toujours le même schéma. Qui ai-je en face de moi ? Un rapide scan de l&rsquo;autre. Mouvement des yeux presque imperceptible. Silhouette, stature, visage, vêtements, chaussures. Tout est passé au crible. En moins de dix secondes, nous voici catégorisés et rentrés dans des petits moules.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, si nous prenions le temps de nous arrêter quelques instants, nous verrions certains détails qui font l&rsquo;homme.<span id="more-19179"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui m&rsquo;avait plu chez lui ? Son froncement de sourcils. Je n&rsquo;ai rien vu d&rsquo;autre. Ni son bonnet, ni sa cigarette, ni son Barbour décrépi. Plus tard, je tenterais même de reproduire cette mimique adorable. En vain.<br />
Il faut dire qu&rsquo;il y a dans cette élévation du sourcil gauche une interrogation permanente pointée vers l&rsquo;autre. <em>Que me veux-tu, toi ? </em></p>
<p style="text-align: justify;">Nous devrions toujours porter une attention aux nuances du visage. Elles apportent une réponse que l&rsquo;autre ne pourrait nous donner. Parfois même parce qu&rsquo;il ne la connaît pas encore. Aussi puis-je dire aujourd&rsquo;hui que je l&rsquo;ai aimé non pas pour ses mots ou ses gestes sensuels qui vinrent plus tard, mais bien pour ce portrait. Pour cette moue et ce regard bien particulier qui font de lui un être unique&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque jour, je le regarde et perçois toujours autant de choses dans son regard, dans son expression. Une bouffée de bonheur m&#8217;emplit et je peux alors m&rsquo;écarter du miroir et partir au travail.</p>
<p style="text-align: justify;">© Alexandra K. lundi 10 avril</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Blaise</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">« Tu n&rsquo;es qu&rsquo;une petite chochotte ! Tu n&rsquo;as rien d&rsquo;un homme » cria-t-elle en claquant la porte sur 5 ans de vie commune.<br />
Il fallait assurément que Blaise soigne son image masculine s&rsquo;il voulait de nouveau connaître les félicités de l&rsquo;amour.<br />
Il prit conseil auprès de son ami Claude qui lui proposa, avant de s&rsquo;inscrire sur un site de rencontres, de lui tirer un portrait plus viril et enclin à attirer les femmes.<br />
Parka militaire, cigarette savamment tenue et un faux air de Robert De Niro lui donnèrent une mâle posture dans ce cul-de-sac putassier et abondamment taggué.<br />
@Leil92 fut la première à réagir dans sa BAL « Salut beau gosse, j&rsquo;espère que tes tatouages sont à l&rsquo;avenant&#8230; »<br />
Il avait oublié ce détail.<br />
L&rsquo;après-midi même, il se rendit dans un salon spécialisé et engagea la conversation avec une blondasse aussi percée qu&rsquo;un tuyau de mauvais turfiste.<br />
&#8211; alors quel motif ?<br />
&#8211; je ne sais pas &#8230;.<br />
&#8211; un truc que vous aimez ?<br />
&#8211; une intégrale de Cauchy ?<br />
Elle fit la moue. Il retombait si facilement dans son travers. Il osa :<br />
&#8211; j&rsquo;aimerais un truc bien viril comme une tête de mort avec un serpent qui sort de l&rsquo;oeil.<br />
La fille le regarda un instant et lui confia<br />
&#8211; vous savez, les femmes aiment bien découvrir avec le tatouage d&rsquo;un homme, sa sensibilité. Une sorte de part féminine en dessous d&rsquo;une carapace virile de cuir.<br />
&#8211; son côté « chochote » en somme&#8230;<br />
&#8211; voilà. Fit-elle avec un premier vrai sourire.<br />
Perplexe, il éluda :<br />
&#8211; je vais y réfléchir, merci<br />
De retour chez soi, Blaise grava frénétiquement cette pensée sur l&rsquo;Homme qui deviendra célèbre :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>S’il se vante, je l’abaisse</em><br />
<em> S’il s’abaisse, je le vante</em><br />
<em> Et le contredis toujours</em><br />
<em> Jusqu’à ce qu’il comprenne</em><br />
<em> Qu’il est un monstre incompréhensible.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Isabelle</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial, sans-serif;">Hossein attendait. Comme tous les jours, il attendait. Il venait dans cette rue lugubre, que même les tags colorés des rideaux de fer des boutiques abandonnées ne parvenaient pas à égayer. Il attendait dans le froid, si inhabituel pour lui, que même la faible lueur de la cigarette qu&rsquo;il s&rsquo;octroyait ne parvenait pas à amoindrir. Ironie du sort : ces cigarettes qui avaient si souvent servi d&rsquo;octroi lors de son périple, c&rsquo;est désormais lui qui les fumait. Bien faible compensation dans ce nouveau monde, dont la grisaille et la violence l&rsquo;avaient surpris, lui qui quittait un pays lumineux obscurci par le fanatisme. Lui qui avait quitté Dalal, son aimée, sa douce, sa promesse. Dalal, celle qui avait eu l&rsquo;incongruité de naître blonde dans un pays où même les cheveux couleur locale devaient être dissimulés à la concupiscence des regards des hommes. Dalal&#8230; c&rsquo;est pour elle qu&rsquo;il était venu dans ce pays dur et froid, à la liberté toute relative, où même les gens du cru peinaient à la tâche. Elle devait le rejoindre une fois sa situation améliorée. Et c&rsquo;est pour ça qu&rsquo;il attendait, dans cette rue, l&rsquo;ouverture des bureaux de l&rsquo;association d&rsquo;accueil et d&rsquo;aide aux réfugiés. Un éclat de soleil dans les ténèbres. Elle lui avait procuré un petit boulot, une petite chambre d&rsquo;hôtel et grâce à leurs bonnes volontés communes, Hossein avait pu envoyer l&rsquo;argent qui manquait à son soleil. Elle pourrait venir illuminer cette ville et sa vie, à nouveau. Il savait que le convoi était parti, qu&rsquo;il était en route. Elle arrivait, son aimée, sa douce, sa promesse. Bien sûr, cette route serait longue et pénible, il le savait, mais il avait tant de fois rêvé à leurs retrouvailles, à ses mains à lui sur ses courbes à elle, à leurs lèvres scellées, à ses yeux brillant d&rsquo;être posés sur la lumière de sa chevelure&#8230;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-family: Arial, sans-serif;">Dominique, la responsable de l&rsquo;association, l&rsquo;accueillit avec un franc sourire et l&rsquo;annonce tant attendue&#8230; le convoi allait arriver en Italie. Le cœur d&rsquo;Hossein bondit, ses yeux ourlés de cils noirs s&#8217;embuèrent. Enfin&#8230; et ce soir-là, quand il rejoignit sa petit chambre, il regarda le lit d&rsquo;un air attendri&#8230; bientôt&#8230; Par réflexe (oui, déjà ce réflexe), il alluma le poste de télévision, fenêtre ouverte sur la vaste diversité du monde. BFM vomissait ses infos quotidiennes, empreintes de malheur, de honte et de superficialité. Un envoyé spécial se trouvait à Lampedusa où un énième bateau de réfugiés avait sombré. A nouveau, les media/police/ »gens » avaient filmé la misère du monde, se délectant sans scrupule de ce que d&rsquo;autres étaient plus malheureux qu&rsquo;eux. Les yeux d&rsquo;Hossein avalèrent les images sans ciller, sans larmes&#8230; parmi les corps et les visages déjà déformés par la décomposition étincelait une chevelure blonde, la chevelure d&rsquo;une aimée, d&rsquo;une douce, d&rsquo;une promesse&#8230;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Claude</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Il se nommait Thomas ; on l’appelait le Père Thomas. Dans des temps immémoriaux, il avait été prêtre, rapidement révoqué après qu’il ait sérieusement tabassé un évêque pédophile. Il était ensuite entré dans la légion, puis avait vécu de petits boulots, partageant quelques années avec Fatou, une adorable sénégalaise sans papiers, qui s’était vue reconduire à la frontière sans espoir de retour. Thomas ne s’en était jamais remis. Alors il avait zoné. Il avait sombré dans l’alcool, pas mal de coke, fumait son paquet de cigarettes dans la journée. La patronne du bistrot qu’il fréquentait, la bonne Lucienne, lui prêtait un local où il pouvait dormir, se redonner un vague sens à la vie, et s’adonner à ses passions : le dessin et la peinture qu’il appliquait sur tous les supports se trouvant à sa portée, papiers, murs, meubles… Il devait à Lucienne de l’avoir sauvé. Lucienne était la Jeanne de Brassens. Sa générosité avait réveillé son altruisme mis à mal par ses innombrables galères. Il savait que d’autres que lui avaient besoin d’un coup de main.</p>
<p style="text-align: justify;">Les jeunes du quartier aimaient bien ce personnage de Thomas, truculent et sympathique. Ils défilaient chez lui à longueur de journée : des paumés, des marginaux, des désœuvrés. Il leur racontait mille histoires de sa vie décalée, mais surtout il se plaisait à les écouter, à les consoler, à les réorienter. Il regardait leurs tags simplistes sur les murs de la rue et leur disait : « Vous êtes cons de marquer votre territoire avec des trucs aussi nuls. C’est pas votre territoire qu’il faut marquer, c’est votre caractère qu’il faut afficher ! ». Alors il leur prodiguait quelques conseils, leur indiquait quelques pistes. Il déambulait dans le quartier à la découverte de leurs nouvelles créations. Grâce à lui, certains connurent la gloire, fréquentaient des artistes connus du Street Art, étaient habitués des galeries « Méfiez-vous, il y a des salauds dans le milieu ! », leur disait Thomas.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa popularité alla jusqu’aux politiques en mal de notoriété qui voulaient le rencontrer, l’honorer publiquement et le montrer comme exemple d’engagement social pour la réinsertion. « Réinsertion, mon cul, oui » maugréait Thomas, « L’art c’est justement de savoir sortir de son cadre de référence ! ».</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour, on retrouva Thomas, mort, seul, dans son local.</p>
<p style="text-align: justify;">Le jour des obsèques, accompagnant Lucienne, les jeunes du quartier, et de nombreux artistes des arts de la rue, se retrouvèrent au cimetière. Chacun avait à la main une bombe aérosol de couleur différente. Un grand black ému colla sur le cercueil une photo de Thomas qu’embrassait en riant Fatou. Les jeunes alors défilèrent un à un, taguant d’entrelacs multicolores et chatoyants le cercueil en bois blanc et la pierre tombale qu’ils avaient bricolée avec des marbres de récupération.</p>
<p style="text-align: justify;">Le soleil brillait haut en ce mois de juin. Dans le grand cimetière, la sépulture bariolée de Thomas resplendissait comme une lumière dans un monde de désespérance.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Nady</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><b>Le jugement</b></p>
<p style="text-align: justify;">Qui est donc cet homme si chaudement habillé ?<br />
Nous sommes pourtant en plein été !<br />
Avec la chaleur qu’il fait, a-t-il vraiment besoin d’un bonnet ?<span class="m_4790366370506043343gmail-text_exposed_show"><br />
Peu d’entre nous oseraient imaginer<br />
Qu’il souffre d’un mal, qui, sans plusieurs couches, va le glacer ;<br />
Et ainsi habillé<br />
Il est soulagé…<br />
Beaucoup d’entre nous aimeraient aussi lui dire d’arrêter de fumer,<br />
Car Fumer tue, il le sait !<br />
Mais après tout, s’il aime fumer<br />
Pour des soucis oublier<br />
Ou tout juste la vie kiffer,<br />
Quel droit avons-nous à le juger ?<br />
Qu’auraient encore d’autres à ajouter sur ce cliché ?<br />
Ah oui, le lieu ! C’est tout ce qu’il a trouvé<br />
Pour se faire photographier ?<br />
Un cadre de rue plein de tags parsemés !<br />
En même temps,<br />
Est-ce que l’esprit de ces bien pensants<br />
Le verrait ainsi accoutré<br />
Dans le hall d’un Palace bien situé ?<br />
Ne vous fiez pas à ce seul cliché…<br />
Si ça avait été une femme courtement vêtue,<br />
En talons hauts et jupe fendue,<br />
On, pronom imbécile qui définit souvent celui qui l’emploie sans jamais le citer,<br />
L’aurait de suite traité de prostituée !<br />
Le jugement a encore de beaux jours devant lui,<br />
Une manière pour certains de se sentir en vie,<br />
En déversant à qui voudrait les entendre tous leurs préjugés<br />
Qui leur permettent d’exister !</span></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Adèle</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’homme invisible</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il savourait cette cigarette-là, comme à chaque fois, et un peu plus ce matin car c’était une nouvelle première fois, et ma foi, celle-ci avait été délicieuse. Du sucre et du miel. Vous pourriez penser qu’il était cynique, mais il ne l’était pas. Il appréciait les petits moments de bonheur et de tendresse que la vie lui offrait et que lui-même donnait à d’autres avec générosité, voilà tout. Ici et maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous n’imaginez pas comme ça avait été difficile pour lui de perdre son travail d’infirmier, quand l’hôpital local avait fermé, de quitter ses repères, ses collègues, sa petite vie tranquille, sa femme à qui il n’avait jamais fait d’enfant, et même pas d’enfant dans le dos.</p>
<p style="text-align: justify;">Il avait bouffé de la vache enragée et des sandwichs plus très frais. Il avait couché chez des potes d’un jour, rarement chez des amis d’hier ; Montaigne et La Boétie, c’était bon pour les livres ou pour sa vie d’avant-hier.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour on lui avait tendu la main, et même deux. Une pour l’empêcher de lever le coude, l’autre pour le remettre debout. Une asso, des humains, un petit boulot, un studio.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui il était content de sa vie. Peut-être même qu’il était heureux ? Va-t’on savoir, on ne le sait qu’après, n’est-ce pas ? Quand tout est foutu, quand tout est perdu, qu’on espère juste que demain ne sera pas pire qu’aujourd’hui. Que celui qui n’a connu ce genre de désespoir s’estime aimé des dieux. Lui savait.</p>
<p style="text-align: justify;">Il était devenu un homme invisible, un de ceux que vous croisez le matin sous le porche de votre immeuble, ou peut-être à la nuit tombée quand vous rentrez du travail. Un de ces indispensables que pourtant vous saluez rarement, et d’ailleurs lui-même n’y tient pas plus que ça, la discrétion c’est son point fort, je dirais même son atout majeur, si vous voyez ce que je veux dire. Non, vous ne souriez pas, c’est que vous ne comprenez pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors je vous en dis un peu plus. Son boulot, c’était juste quelques heures pour gagner des sous, son boulot, c’était les poubelles. Pas éboueur, non ça aurait été un vrai travail, avec un nom de métier, alors que lui, ce qu’il faisait, ça ne portait même pas de nom. Lui, il sortait le matin les poubelles de la ville, il les tirait de ces immeubles bourgeois avec un porche, ces résidences cossues mais trop petites pour avoir un gardien. Les gens déposaient leurs sacs de plastique noir ou gris dans le conteneur collectif et lui, il le poussait sur le trottoir. Il repassait quelques heures plus tard et  rentrait le conteneur vide, à l’abri dans la cour ou dans un local dédié.</p>
<p style="text-align: justify;">Capuche sur la tête, engoncé dans son grand duffle-coat trouvé au vestiaire d’une asso, il exécutait sa tâche, sans enthousiasme mais avec application. Toujours il ramassait les détritus posés à terre par des négligents, ou les canettes de bière à moitié pleines des ados.</p>
<p style="text-align: justify;">Au début, il avait eu peur de croiser un visage connu, quelqu’un de son ancienne vie. Il baissait la tête, bonnet enfoncé jusqu’aux yeux. Comme cela personne ne le saluait et il ne disait bonjour à personne. Maintenant cela lui était bien égal, mais il avait gardé l’habitude. Il était l’homme invisible.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis il y avait eu le jour de la première. Ce matin-là, il était tôt, peut-être sept heures, il faisait froid et il se dépêchait de ramasser le contenu d’un sac, crevé par un chat. Il faut bien que les chats abandonnés se nourrissent, il ne leur en voulait pas, mais quand même, ça faisait des cochonneries, regardez toutes ces saletés par terre. Il entendit une porte s’ouvrir, un pas dans l’escalier. C’était une petite dame, poubelle à la main. Il n’avait pu éviter son sourire, elle avait tenu à le remercier et à bavarder un peu. Colette aussi aimait les animaux, elle-même avait une jolie chatte, qu’elle tenait à lui présenter.</p>
<p style="text-align: justify;">Après cela, dans le quartier, elles s’étaient donné le mot.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y avait eu Marguerite, qui voulait des conseils pour ses fleurs. Elle avait aussi des camélias à rempoter. Comme Colette vantait sa vigueur, peut-être qu’il voudrait bien lui donner un coup de main ?</p>
<p style="text-align: justify;">Au 33 de la rue, Joséphine avait eu un lavabo bouché. Quoi de mieux qu’un homme pour un problème de tuyauterie ? La voisine le disait si habile de ses dix doigts.</p>
<p style="text-align: justify;">Le dimanche soir, c’est Florence que le départ de ses enfants en pension rendait toute chose. Le service des urgences était bondé, est-ce qu’il ne viendrait pas l’ausculter ?</p>
<p style="text-align: justify;">Son jour préféré était le jeudi. Le mari de Juliette descendait prendre son travail à sept heures, une poubelle à la main. Lui, soulevait avec obligeance le couvercle du conteneur, l’autre y balançait son sac sans un regard pour l’homme invisible. Le moment pour lui de monter réchauffer les pauvres petits pieds de Juliette, tapis au fond du lit.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce matin il était tout content d’avoir dégivré le congélo de la rouquine, la nouvelle de l’immeuble du coin.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi passait la semaine, en toute simplicité, de petites attentions en moments d’amitié, il prenait soin des femmes du quartier, voilà tout.</p>
<p style="text-align: justify;">Et comme toujours, le meilleur moment de la journée, c’était celui de la cigarette grillée sur le trottoir, vite fait devant la devanture fermée du quartier. Invisible, comme toujours.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Manue</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Paul est un homme ordinaire. Un homme comme on en rencontre souvent dans la rue aujourd’hui, ni plus mystérieux qu’autrui, ni plus sympathique que l’idée qu’on se fait d’un homme qu’on croise sans s’arrêter.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant, il était la conscience du monde et en avait beaucoup souffert. Alors depuis peu, son front se fait plus soucieux et il garde toujours allumée une cigarette, la fumée comme garde fou contre les autres, ça marche plutôt bien.</p>
<p style="text-align: justify;">Paul était né gentil. Très, trop même. Il ne savait pas dire non, il ne pouvait pas dire non d’ailleurs, ça aurait été trop désagréable pour celui qui venait de lui demander un service, et Paul ne pouvait accepter cela. Qu’importe le souhait, Paul s’exécutait, et ce depuis des siècles.</p>
<p style="text-align: justify;">Paul ne savait pas pourquoi il était comme ça, il ignorait aussi la raison de son immortalité et ça le rendait fou, forcément. Le monde ne tournait plus rond depuis un moment et il devait pourtant continuer à distribuer inlassablement sa gentillesse. Il pouvait aider le misérable à sortir de sa condition ou l’amant à conquérir son aimée. Mais il devait aussi aider le voleur à dérober, le meurtrier à tuer, les puissants à régner et les imbéciles à être heureux. C’était sans fin et il ne pouvait faire autrement.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour, pourtant, il eut une idée. Alors qu’un homme lui avait demandé une horreur, comme le plus souvent depuis un siècle ou deux, il décida que s’il ne pouvait pas éviter de dire oui, il pouvait par contre faire taire celui qui sans se décourager faisait la même demande jusqu’à ce que lui s’exécute … Car Paul n’était pas seulement que gentil jusqu’au trognon, et immortel, il avait aussi le pouvoir de se faire obéir des objets (ce qui était tout de même indispensable pour l’aider dans son immense tâche d’aider les autres). Et sans plus réfléchir, au premier carrefour, il dévia des rues et des feux tricolores toutes les voitures afin qu’elles écrasent celui qui le tourmentait avec sa demande contraire à sa conscience. Les automobiles se mirent à tourner, tourner, tourner, sans s’arrêter, réduisant en miettes l’importun. Pour la première fois, il s’était libéré de son vœu et sans le savoir, il avait inventé le rond point.</p>
<p style="text-align: justify;">L’humanité ne sut jamais qu’elle devait à Paul cette brillante amélioration de la circulation citadine. Elle ignora aussi de quel fou elle avait été épargnée.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis, Paul évite la foule, il préfère observer en retrait derrière son écran de fumée le monde qui grâce à lui tourne de plus en plus rond, c’est indéniable …</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Valérie</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">Comme tous les jours pour me rendre au boulot, je dois prendre le métro. Chaque matin la même course à travers les couloirs souterrains. La même angoisse qu&rsquo; il y ait un soucis de circulation et que je sois en retard. La même crainte de me trouver dans un wagon avec des gens agressifs. La même déception de ne pas avoir de place assise me permettant de m&rsquo;évader dans un bon livre. Le même dégoût qui monte en moi avec ce mélange d&rsquo;odeurs. Mais depuis quelques jours, l&rsquo;espoir de croiser l&rsquo;homme qui, il y a  quinze jours de cela, m&rsquo;envoya la fumée de sa cigarette en pleine figure. Entre deux correspondances, je marchais comme la majorité de mes congenéres tête baissée, regardant mes pieds dans les couloirs quand il m&rsquo;interpella violemment, et, la tête à peine levée me cracha sa fumée dessus. Je ne lui avais rien fait, rien dit. Je ne l&rsquo;avais même pas vu. Sur le coup je fus profondément humiliée et je ne trouvai aucun mot. Emportée par la foule, je ne pus réagir d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre. J&rsquo;avais à peine eu le temps de croiser son regard triste et en colère. Malgré un certain agacement, j&rsquo;essayai de comprendre son geste, son message. Il n&rsquo;avait sans doute pas fait cela pour rien. Pourquoi moi? Peut-être voulait-il que je me redresse, que je marche la tête haute, que je regarde le monde autour de moi, que je fasse attention à lui et aux autres.<br />
Depuis, je regarde effectivement le monde autrement. Grace à lui, j&rsquo;ai réalisé que malgré tous les petits désagréments de mon quotidien, j&rsquo;ai la chance d&rsquo;avoir un boulot, la chance le soir de rentrer dans mon chez moi, la chance de préparer un bon repas à ma famille, la chance de me coucher dans un lit douillet. Cet homme m&rsquo;a ouvert les yeux et permis de relativiser plein de choses. Je le cherche désespérément chaque matin. Je voudrais le remercier et lui proposer mon aide, lui indiquer les démarches qu&rsquo;il peut faire, vers qui se tourner&#8230;Lui tendre la main, simplement.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.bricabook.fr/2012/06/larguer-les-amarres/73852104_p/" rel="attachment wp-att-5474"><img decoding="async" title="73852104_p" src="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" srcset="http://i2.wp.com/www.bricabook.fr/wp-content/uploads/2012/06/73852104_p.gif?zoom=1.5&amp;resize=50%2C50" alt="" width="50" height="50" /></a>————————————————————————————</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les textes écrits à partir de la même photo mais publiés sur d&rsquo;autres blogs</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><iframe src="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1z12TMlIORRwovnSS7Vk8znw5dmYZJt2IFDdlVZ9WlRw/pubhtml?gid=247027354&amp;single=true&amp;widget=true&amp;headers=false" width="300" height="450"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://alexandrakoszelyk.com/les-details-font-la-perfection-et-la-perfection-nest-pas-un-detail-atelier-decriture/19179/">Les détails font la perfection, et la perfection n&rsquo;est pas un détail. Atelier d&rsquo;écriture</a> est apparu en premier sur <a href="https://alexandrakoszelyk.com">Alexandra Koszelyk</a>.</p>
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